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LES RELIGIONS

tion indigène. Mais plus encore que ces diverses formes de croyances, ce qui constitue la véritable religion de cette partie de l'Indo-Chine, c'est le culte des ancêtres, qui se pratique universellement — soit en public dans les temples funéraires ou Miéu-Tliô, soit en particulier à l'autel domestique familial — avec les mêmes rites, les mêmes offrandes de nourriture, de vêtements et autres objets nécessaires à la vie d'outre-tombe de l'âme, et aux mêmes époques que dans l'empire chinois.

Les temples, à quelque secte qu'ils appartiennent, sont construits dans le style chinois et en général assez exigus, ceux surtout du rite confucéen, qui ont toujours le caractère de simples chapelles funéraires commémoratives. L'autel, sur lequel est placée l'image principale, fait face à la porte, habituellement orientée à l'est ou au sud, rarement au nord et jamais à l'ouest.

Au nombre des religions de l'Annam, de la Cochinchine et du Tonkin, il faut également mentionner le christianisme qui, principalement sous sa forme catholique, a fait de sensibles progrès depuis une vingtaine d'années.

Ca.mbodg'e. — Il est bien difficile, sinon même impossible, de dire ce qu'était la religion primitive du Cambodge; les rares traces qu'on peut en retrouver, soit dans les traditions et contes populaires, soit dans les usages et les superstitions qui ont survécu et se manifestent encore çà et là dans les pratiques religieuses actuelles, permettent cependant de supposer que ce fut, comme dans toute l'Asie orientale, un chamanisme ou polydémonisme ayant pour base le culte des esprits de la nature et de ceux des morts au moyen d'offrandes propitiatoires et de cérémonies magiques. Par conquête ou infiltration le brahmanisme se substitua à cette antique croyance dès une époque très reculée — car on trouve déjà dans le Mànava-Dharma-Çâstra (qui date probablement du vi^ ou v siècle avant notre ère) le nom des Kâmhodjds, mentionnés comme étant des Kchatrîyas dégénérés, parmi les peuples semi-barbares voisins des frontières de l'Inde — pour à son tour faire place au bouddhisme, introduit au Cambodge vers le vu» siècle de notre ère, ainsi qu'il semble résulter de l'inscription du Vat-Prey-Vier, datée de l'an çaka 587, et resté depuis lors la seule religion du pays. Toutefois le brahmanisme ne céda pas le terrain sans luttes et, bien que son rival paraisse avoir eu pour lui la masse de la population dès le x" siècle, demeura religion d'État jusqu'à la chute de la dynastie des Varmans au commencement du xiv« siècle.

Les traditions ne s'accordent pas au sujet de l'introduction du bouddhisme au Cambodge, les unes le faisant venir directement de Ceylan, les autres de l'Inde du Nord ; mais le fait certain est que le bouddhisme cambodgien appartient à l'école Hinayâna, ou bouddhisme du Sud, forme réputée la plus pure et la plus conforme aux enseignements du Bouddha Çàkyamouni, seul objet de son culte. Au Cambodge, cependant, cette pureté est déjà quelque peu altérée par l'adoration, secondaire à la vérité, de génies, les Naths, dieux de l'ancien brahmanisme et antiques divinités indigènes, ainsi que par quelques pratiques superstitieuses. Ses religieux ou prêtres, appelés Phi-Kkhous « mendiants » (pâli bhikku.

L'INDO-CHLNE FRANÇAISE

«anscrit bhilcsliu) sont astreints à une discipline très sévère et passent pour mériter par la pureté de leurs mœurs la grande vénération que leur lémoigne la population laïque, en général très pieuse et très fervente. Stricts observateurs de la loi bouddhique, ils obéissent encore de nos jours à l'obligation de mendier de porte en porte leur nourriture quoti-

dienne. Comme livres sacrés, ils emploient le canon bouddhique pâli, écrit générale ment en caractères siamois ou birmans, qui se prêtent mieux que l'écriture cambodgienne à la transcription du pâli et du sanscrit.

Le grand nombre des temples (il n'est presque point de bourgade de quelque importance qui n'en possède au moins un) atteste la fol et le zèle religieux de la population ; mais ceux d'aujourd'hui sont loin d'atteindre à la beauté et à la richesse sculpturales des ruines anciennes, celles surtout d'origine brahmanique comme le fameux temple d'Angkor-Vat. A côté de ces vestiges vénérables du passé on rencontre aussi de nombreuses ruines de monuments religieux plus modernes, quelques-uns même récents, dont on aurait peine à s'expliquer l'abandon si on ne savait que tout temple dont un religieux a commis un crime punissable de l'exclusion de la communauté est évacué et délaissé comme souillé et désormais impropre à la célébration du culte.

Bonzes cambodgiens.

Xjaos. — Placé entre deux puissants voisins et moins avancé qu'eux en civilisation, le Laos était fatalement condamné à marcher à la remorque de l'un ou de l'autre, sinon de tous les deux, même en matière reli-

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gieuse, et c'est en eiïet ainsi que les choses se passèrent : il subit les deux influences cambodgienne et siamoise, mais surtout celle du Cambodge qui se fit sentir la première et dura le plus longtemps. Il fut donc avec son suzerain, brahmanique d'abord, puis bouddhiste. Une chronique indigène réclame pour un prince de Lan-Chhan, le roi Fa-Ngom, né en 1316, l'honneur d'avoir apporté de Ceyian la première statue du Bouddha vers le milieu du xiv* siècle, époque qui correspond avec celle de la domination définitive du bouddhisme dans le Cambodge.

Comme celui de cette contrée et du Siam, le bouddhisme laotien appartient à la branche du sud, dite Hinaydna; mais, tout en affectant à peu de chose près les mêmes formes extérieures, il est beaucoup moins pur, tant en raison de la place plus grande qu'il accorde aux croyances et pratiques superstitieuses et au culte des anciens dieux brahmaniques ou locaux, des génies (les Néak-Tu), des démons, des revenants, des esprits des morts, que du relâchement de la discipline de ses religieux — les Phik{en sanscrit b/iiksliii) « bonzes » et les Netis [çramanera] « novices » — conséquence d'ailleurs naturelle de la légèreté générale des mœurs du pays. Les bonzes se mêlent aussi beaucoup plus à la vie des laïques et interviennent dans la plupart de ses actes pour les sanctifier par leurs prières, notamment en ce qui concerne les cérémonies de la tonsure des jeunes garçons et des jeunes filles, du mariage, de la prestation du serment aux Tchau-Maeuongs ou chefs de districts, ou bien pour détruire par leurs exorcismes les effets des maléfices des sorciers (les Phi-Kuh) et des sorcières [Phi-Pop et Bop-Soeua) plus redoutées encore; pourtant ils se désintéressent du culte populaire rendu aux génies et dieux locaux aux époques du labourage, du semage, de la moisson et de la cérémonie domestique qui se célèbre régulièrement en leur honneur dans le mois de Phalgouna (février-mars). C'est à eux aussi qu'est confiée presque exclusivement l'instruction des enfants, et l'usage est assez répandu de faire suivre aux garçons la vie de novice pendant au moins quelques mois à partir de l'âge de treize ans; ceux qui se destinent à l'état religieux peuvent être ordonnés phik à vingt et un ans. Une cérémonie bouddhique, spéciale au Laos, consiste à célébrer le dernier jour , du Préah-Vasa (saison des pluies, carême bouddhique) par le lancement sur les cours d'eau de petites barques d'écorce chargées de baguettes d'encens allumées, d'arec, de bétel, etc., à titre d'offrandes expiatoires et propitiatoires. Cette cérémonie rappelle étrangement la fête du Dragon des taôistes chinois.

Les temples laotiens, très nombreux dans les centres de quelque importance (ordinairement un pour cinquante maisons), sont moins beaux que ceux du Cambodge, quoique construits sur le même modèle, et presque toujours précédés d'un campanile assez élevé servant d'abri au gong qui tient lieu de cloche. On les oriente généralement au nord, à l'ouest ou au sud, jamais à l'est. La basilique de Dhatou-Penom, métropole bouddhique du Laos, passe pour posséder une relique du Bouddha; beaucoup d'autres renferment encore d'anciennes images de dieux brahmaniques réduits au rang de génies {Néak-Ta), mais toujours vénérés et invoqués.

Colonies IL 24

Chez les populations presque sauvages des districts montagneux et éloignés des voies de communication fréquentées, le bouddhisme n'existe guère que de nom. On n'y trouve point de temples, point de bonzes — ou du moins s'il y en a, rien dans leur extérieur ne les distingue du reste du peuple — et point de culte, à part quelques pi'atiques d'incantation employées au cas de maladies. La religion de ces tribus est restée, ce qu'elle était primitivement, ancestrale, chamanique et même fétichique. Elles adorent des esprits et des génies, divinités d'habitude exclusivement locales — sauf cependant Pusnukar, patron des artisans et en particulier des forgerons, Ya-Néang, esprit des bateaux, et le dragon dévorant Nœuok à corps de serpent avec une tête de bœuf ou de coq — qui s'incarnent collectivement dans une vieille femme du pays, sorcière ou possédée, appelée Nang-Thien, entre les mains de laquelle doivent être remises les offrandes propitiatoires. Parmi les plus exigeants de ces génies figurent ceux de la maison, qui se confondent d'ailleurs avec les esprits des ancêtres. Leurs deux grandes fêtes sont celle des semailles, en avrilmai, qui dure trois jours, et celle des ancêtres, qui se prolonge pendant sept jours, en octobre-novembre, époque qui correspond au commencement de la moisson.

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