COLONIES IL
verneur de la Gochinchine, M. Le Myre de Vilers, envoya à Ha-Noï une (loltille de cinq petits bâtiments, montés par trois cents hommes. Ce détachement était commandé par le capitaine de vaisseau Henri Rivière, qui devait éviter l'emploi de la force et faire simplement la police du fleuve. La flottille arriva à Ha-Noï le 5 avril.
L'expédition Rivière (1882!. — Les Pavillons-Noirs avaient pris position à Nam-Dinh et 10 000 Chinois s'étaient massés à Son-Tay.
Rivière se vit dans l'obligation de prendre sans retard l'offensive et, le 25 avril 1882, il adressa un ultimatum au gouverneur de Ha-Noï ; des renforts venus d'Haï-Phong avaient fort à point augmenté son effectif et, le 26 avril, il enleva la citadelle de Ha-Noï; mais, soucieux de manifester ses sentiments paciflques, il l'évacua, ne laissant qu'une compagnie d'infanterie de marine dans la pagode centrale.
La cour de Hué faisait secrètement appel, au cours de ces incidents, à l'intervention armée de la Chine, qui s'était manifestée déjà par l'envoi de bandes de Pavillons- Noirs et de soldats réguliers; le général Hoang, frère de Tu-Duc, prenait à sa solde les Pavillons- Noirs ; les gouverneurs du Yun- Nan et du Kouang-Si appuyaient sous-main le soulèvement préparé par les autorités annamites ; à Paris, le marquis Tseng réclamait le retrait des troupes françaises de Ha-Noï, et tandis que les vice-rois du sud envoyaient aux Annamites des troupes, des armes et des munitions, le Tsong-Li-Yamen feignait de débattre un projet de traité avec M. Bourée, ministre de France à Pékin. La guerre seule devait dénouer à bref délai un état de choses si confus.
Après la prise de Ha-Noï, Rivière était allé occuper Hong-Hay, sur le golfe; puis il s'était dirigé sur Nam-Dinh, place qui fut prise parle commandant Badens, le 27 mars. Presque en même temps, Berthe de Villers repoussait 4 000 Pavillons-Noirs et Annamites, qui avaient tenté de surprendre Ha-Noï. Refoulés sur Bac-Ninh, ils s'accrurent en tel nombre de réguliers chinois et d'Annamites que, faisant un retour ofl"ensif, ils s'enhardirent jusqu'à investir Ha-Noï, où Rivière était rentré le 2 avril. Ils pénétrèrent même dans la ville marchande où ils allumèrent un incendie dans la nuit du 16-17 mai. Rivière appela à son aide quelques
Le Commandant RIVIÈRE (1827-1883). -Phot.Nadar.
renforts de la division navale et procéda à des préparatifs d'attaque. Le 19 mai, il ordonna une sortie sur la route de Son-Tay ; la colonne, formée d'environ 500 hommes se porta, avec trois canons, sur le village de Phu-Hoaï, refuge central des Pavillons-Noirs. Après avoir franchi le Pont-de-Papier, sous les ordres du commandant Berthe de Villers, elle attaqua les villages de Tien-Toag et de Trung-Mong, où les Pavillons- Noirs s'étaient concentrés.
Assaillie à l'aile droite, elle se vit bientôt serrée de près sur le flanc gauche.
Rivière ordonna la retraite, devenue nécessaire : un combat obstiné se livra autour d'un canon embourbé du Villa7's. Enveloppé par la masse des ennemis, Rivière fut tué, et Berthe de Villers reçut une blessure mortelle, non loin du lieu où Garnier avait succombé ; les Chinois mutilèrent leurs corps.
Conquête du Tonkln.
Premières opérations. — Rivière mort, il s'agissait, avant toutes choses, de pourvoir aux nécessités du moment et de venger l'honneur de nos armes.
Les Chambres votèrent à l'unanimité les crédits demandés par le gouvernement. Le général Bouët, commandant général des troupes de Ck)chincttine, fut nommé le 30 mai an commandement supérieur dn corps expéditionnaire. La situaiion qu'il trouvait dans le delta ne lui permettait pas de prendre l'oCfensive. Débarqué au Tonkin le 7 juin, à la tête
d'un corps expéditionnaire de 3 500 hommes, il mit de suite Haï-Phong en état de défense, fit garder la mission par des détachements, et relia la concession à la citadelle par une fortification continue. Â Ha-Noï, les travaux de mise en état de la place furent poursuivis avec une grande rapididé.
Le premier fait d'importance qui signala l'expédition du Tonkin fut la brillante sortie conduite par le colonel Badens, le 19 juillet 1883, contre les Annamites qui entouraient Nam-Dinh, et qui eut pour résultat de déblayer les abords de la place. Du cAté de Ha-NoI, une série de reconnaissances permit de mesurer les forces des Pavillons-Noirs.
Vers la même époque, M. Harmand, consul de France à Bang-Kok, nommé par
Le Général BOUET (1833-1887}.
Phot. Appert.
décrot du 8 juin commissaire général civil do la République française, arrivait au Tonkin avec la mission d'empêcher que l'aciion militaire s'étendît au delà d'un certain ravon, de ramener à nous le gouvernement annamite, de rompre les intelligences emre Hué et Pékin et de gagner, s'il y avait lieu, les Pavillons-Noirs à la solde de l'Annam. Comme il importait qu'aucun conflit d'attributions né pût naître, le général Bouët conserva plein pouvoir de statuer, quant au plan de campagne, à l'organisation et à la répartition de nos forces. Toutefois, en cas de désaccord avec le commissaire civil, il agirait sous sa seule responsabilité. Le 30 juillet, le commissaire général réunissait à Ha'i-Phong, en conseil de guerre, l'amiral Courbet et le général Bouët, afin do délibérer sur la situation et d'arrêter un plan de conduite. On décida d'abord que l'effort principal devait se porter sur Ha-No'i, le point le plus important du delta, afin de désorganiser les bandes de Pavillons-Noirs, Chinois et Annamites, qui s'étaient retranchées dans de fortes positions vers Phu-Hoa'i, entre le Day et le fleuve Rouge. Sur Nam-Dinh, les opérations devaient être bornées à celles qui seraient nécessaires pour élargir pro^ gressivement le cercle d'occupation. On mit ensuite en discussion un autre pointi qu'un événement tout récent rappelait à l'attention.
JUort de Tu-Duc. Prise des forts de Hué. — La nouvelle de la mort subite de l'empereur d'Annam, Tu-Duc (20 juillet 1883), et des difficultés auxquelles avait donné lieu le choix de son successeur, venait de parvenir à Haï-Phong. Depuis lon:.;temps déjà, les hommes les plus compétents émettaient l'avis que l'affaire du Tonkin ne se réglerait pas sans une intervention à Hué : c'était là qu'il fallait chercher la principale source des difficultés; c'était de là que partaient les ordres donnés, pour la résistance, aux mandarins du Tonkin, les subsides et leè encouragements aux Pavillons-Noirs. Ne convenait-il pas de profite» des troubles résultant de la mort du roi et de la transmission du pouvoir pour se porter rapidement sur la rivière de Hué, enlever les forts qui commandaient la passe, et de là dicter des conditions? Les avantages de cette opération furent reconnus à l'unanimité. Quant aux moyens d'action, il suffirait que les forces de l'escadre fassent augmentées de quelques pièces d'arlillerie, fournies par le corps expéditionnaire, de matériel, et d'un petit corps de débarquement emprunté à la Cochinchine. Rendez-vous fut pris à Tourane, où se rencontrèrent, le 15 août, l'escadre du Tonkin et les bâtiments envoyés de Saïgon. Le 18, la flotte parut à l'entrée de la rivière de Hué. Les opérations, conduites avec habileté et décision les 18, 19 et 20 août, ne nous coûtèrent que quelques blessés. Le débarquement au nord eut lieu le 20, malgré la résistance des ennemis, embusqués derrière les dunes; les forts et les batteries du sud furent occupés sans combat.
Opérations du général Bouët. — Pendant que la flotte opérait à Hué. le général Bouët ne restait pas inactif. Le 15 août, ses troupes quittèrent Ha-Noï, divisées en trois colonnes, fortes chacune de 500 hommes, et, après diverses opérations, dégagèrent les abords de la capitale du Tonkin. Du côté de Haï-Phong nos troupes avaient fait de rapides progrès : Haï-Dzuong et Quang-Yen étaient tombés en notre pouvoir les 13 et 20 août.
Le général Bouët fit pousser des reconnaissances par les canonnières jusque sous les murs de la citadelle de Son-Tay. La situation paraissant favorable, les ordres de marche furent aussitôt lancés. Le si, tout le corps expéditionnaire était installé à Palan, protégé par la Fanfare et le Pluvier, qui surveillaient en même temps l'ennemi du côté de Bac-Ninh. Dès le commencement de septembre, le fleuve Rouge était dégagé jusqu'à l'embouchure du Day, et pendant ce temps les opérations convenues contre Hué avaient été, on vient de le voir, dirigées avec un plein succès par l'amiral Courbet.
Traité du 35 avril 1884. — L'impression produite fut telle que la cour sollicita une suspension d'armes. Le 23, M. Harmand se rendit à Hué avec les pleins pouvoirs dont il était muni et s'installa à la légation de France. De là, il adressa au gouvernement annamite un ultimatum où, après avoir rappelé les nombreux
griefs que nous avions à faire valoir, il indiquait les conditions d'une paix acceptable. Le 25 août, après une longue discussion, TAnnam reconnaissait notre protectorat avec toutes les conséquences de ce mode de rapports au point de vue du droit des gens.
L'exocuiion rigoureuse de la convention dépendait de la fortune de nos armes au Tonkin. Le Parlement vota de nouveaux crédits et le gouvernement substitua l'unité de direction et de commandement à la pluralité de pouvoirs et d attributions qui, dans la campagne précédente, Ee trouvaient répartis entre le général Bouët, l'amirai Courbet et M. Harmand. Des disseniimenis s'étaient élevés entre ce dernier et le général liouët relativement à la conduite des opérations ; le général demanda ou reçut un ordre de rappel (10 septembre) et le contre-amiral Courbet prit, avec la direction politique des affaires, le commandement supérieur des troupes de teire et des forces navales.
Tout le Tonkin, où M. Harmand avait fait proclamer létat de siège, ttait infesté d'insoumis, de pirates, d'incendiaires et de Pavillons-Noirs.
A Paris, l'ambassadeur de Chine, le marquis Tseng, venait de notifier officiellement l'état de guerre.
Prise de Son-Tay. — Courbet résolut immédiatement de s'emparer de Son-Tay ei de Bac-Ninh, où Pavillons- Noirs et réguliers chinois faisaient cause commune contre nous. Vers la fin de novembre 1883, l'effectif des troupes s'élevait à 9 500 hommes; Courbet en prit 6 000, organisés en deux colonnes, qui partirent d'Ha-Noï, le 11 décembre. La colonne de gauche, commandée par le colonel Belin, suivit la route de terre par Phu-Hoaï, Palan et Phung. La colonne de droite, commandée par le colonel Bichot, remonta le fleuve Rouge.
Les Pavillons-Noirs, ayant à leur tête Lu-Vinh-Phuoc, occupaient la grande citadelle de Son-Tay, entourée
de murailles, à 2 kilomètres du fleuve. Autour de la citadelle, ils avaient établi une enceinte formée par une digue haute de 6 mètres, garnie de canons et de meurtrières, plantée d'une haie de bambous épaisse de 2 mètres. Un système de défense de grandes et hautes digues était destiné à préveuir les inondations lors des crues du fleuve. La forteresse de Son-Tay, les digues et les villages groupés sur les quatre routes qui rayonnent en étoile à partir de la citadelle, étaient défendues par lOooo Pavillons -Noirs, 10 ooo réguliers chinois et 5000 Anna, mites. Cette suite de retranchements était armée d'une nombreuse artillerie. Une lutte de trois jours (14-16 décembre) fit tomber la place au pouvoir da corps expéditionnaire. Les Français eurent 83 tués, parmi lesquels 4 officiers, et 319 blessés, y compris 22 officiers; les Chinois eurent 900 tués et environ 2 000 blessés. La baiste des eaux ne permit pas aux canonnières de remonter par delà Son-Tay; l'ennemi se retira sur Hong- Hoa, dont il fit sans retard an camp retranché.
Courbet se tint provisoirement sur la défensive, dirigeant des reconnaissances
Le Général DE NÉGRIER, né en 1839.
Phot Appert.
sur Hong-Hoa et Bac-Ninh, tandis que, d'autre part, il faisait donner la chasse aux pirates qui exerçaient leurs brigandages dans le delta.
De nouveaux renforts, envoyés de la métropole, arrivèrent à la fin de février 1884 et portèrent Teffectif des troupes expéditionnaires au chiffre de 16 000 hommes . L'amiral Courbet dut céder le commandement supérieur au général Miliot, qui eut sous ses ordres les généraux Brière de l'Isle et Négrier, et il reprit le commandement de l'escadre.
Bac-Ninh, Hong-Hoa, Tuyen-Quan. — Le général Miliot, à peine débarqué, se prépara à marcher sur Bac-Ninh. D'après les rapports des espions indigènes, les moyens de défense de cette place étaient très puissants. Bac-Ninh, centre de la province de môme nom, à 35 kilomètres de Ha-Noï, commandait les routes de Thaï-Nguyén, Lang-Son et Haï-Dauong.
La Chine organisa deux armées considérables, celles du Yun-Nan et celle du Kouang-Si.— Tang-Hiong, le commandant en chef du contingent du Yun-Nan, eut sous ses ordres un corps d'armée fort de 17 ooo hommes, dont la brigade de Lu-Vinh-Fhuoc formait l'avant-garde : elle devait défendre le Yun-Nan par le fleuve Rouge. Le commandant en chef des forces du Kouang-Si, opérant au Tonkin, eut sous ses ordres 7 700 hommes et plus tard jusqu'à 15 000 hommes.
Le général Miliot fit deux corps de son armée : la brigade de Négrier, concentrée à Ha'i-Dzuong, devait opérer le long du Song-Kau de façon à couper la ligne de retraite de Tennemi ; la brigade Brière de l'Isle, sortant de Hanoi, devait tourner la grandroute, afin d'éviter les défenses accumulées par les Chinois, et marcher sur Bac-Ninh par les digues. Chaque brigade était forte de 5 500 hommes, et 6 000 coolies portaient le convoi. Leurs mouvements étaient combinés avec les manœuvres do la flottille des canonnières.
Le premier objectif des opérations fut Bac-Ninh. Les 85 000 Chinois et Pavillons-Noirs qui défendaient la place opposèrent aux assaillants une résistance opiniâtre; le combat dura six jours, du g au 12 mars ; enfin, l'ennemi, menacé par un mouvement excentrique de la deuxième brigade, opéra sa retraite sur deux directions : Lang-Son au nord-est, sur la frontière du Kouang-Si, et Thaï- Nguyên, au nord-nord-ouest. Négrier occupa Bac-Ninh et Brière de l'Isle prit possession de Thaï-Nguyên (19 mars). Les deux brigades convergèrent sur Hong- Hoa, grande citadelle au confluent de la rivière Rouge et de la rivière Noire, défendue par Lu-Vinh-Phuoc ; Négrier l'obligea à évacuer (12 avril). Brière de risle opéra contre un autre repaire des Pavillons-Noirs: la place de Tuyen-Quan, qui commande la vallée de la rivière Claire, et l'occupa (i" juin). L'ennemi était refoulé sur la frontière de Chine, tandis que l'escadre menaçait l'île d'Ha'i- Nan et le port de Canton. Tout marchait a souhait, quand le retour de la saison estivale vint su^pend^e les hostilités.
Convention de Tien-Tsin avec la Chine. Traité avec l'Annam (17 août 1884). — Les défaites éprouvées parles soldats impériaux et parleurs auxiliaires consternèrent la cour de Pékin, qui engagea, par l'entremise de Li-Hong-Tchang, vice-roi du Pé-Tchi-Li, des négociations avec le capitaine de frégate Fournier, commandant du Volta; ces pourparlers aboutirent à la convention de Tien-Tsin, du 11 mai 1884, dont lecture fut donnée au Parlement par Jules Kerry, le 20 mai. Les bases essentielles de cette convention étaient : la reconnaissance du protectorat de la France sur le Tonkin et sur l'Annam ; l'évacuation du Tonkin par l'armée chinoise dans des délais expirant le 6 juin pour la région de Lang-Son et du Kouang,le26 juin pour celle de Lao-Kaï et du Yun-Nan; la liberté du trafic entre l'Annam, la France et la Chine.
Ce traité eut pour corollaire celui du 17 aoiit, négocié avec l'Annam par M. Patenôtre. Tu-Duc n'avait pas laissé d'enfants mâles, et, par défiance, il avait éloigné de sa succession tous ses frères : il avait adopté trois de ses neveux, fils de sœurs, et il les avait désignés tous les trois comme devant lui succéder, sans indiquer, toutefois, celui qu'il choisirait en dernier lieu. Le premier, Duc-Duc, âgé de
dix-neuf ans, d'abord proclamé roi, ne régna que quelques jours, par suite des intrigues du régent Nguyén-Van-Thuong. Le second, âge de dix-sept ans, et nommé Trieu, était ouvertement préféré par le roi défunt, dont il partageait la haine contre la France. Le troisième était considéré par la population annamite, malgré son jeune âge (quinze ans), comme un compétiteur à opposer à Trieu, le cas échéant : il s'appelait Me-Men, dit Kien-Phuoc ou Taï-Phu. Mais ce ne fut ni sur l'un ni sur l'auire de ces personnages que se porta le choix de la reine mère, des princes du sang et du comat : Hiep-Hoa, frère cadet utérin du défunt, recueillit la succession restée vacante. On comptait beaucoup à Hué sur la résistance do Son-Tay et sur l'appui de la Chine pour nous faire échec au Tonkin; aussi Hiep-Hoa, à peine couronné, fut-il empoisonné par les partisans de la guerre, pour avoir consenti à signer le traité Harmand et paru rechercher l'alliance des Français. Les hauts mandarins, à la date du 8 décembre, intronisèrent alors Me-Men et menacèrent notre résident, M. de Champeaux, qui n'en engagea pas moins des relations officieuses avec le nouveau gouvernement. Le 86, notre ambassadeur en Chine, M. Tricou, arriva à Hué : Son-Tay ayant été pris, le régent se montra plus conciliant; il reconnut l'authenticité du traité du 25 août 1883 et fit même punir, à contre-cœur sans doute, les fonctionnaires du Nghé-An et du Thanh-Hoa qui avaient continué à persécuter les chrétiens. Ce Nguyên-Van- Thuong, notre implacable ennemi, était un homme d'origine obscure, parvenu rapidement aux plus grands honneurs. Dans diverses négociations diplomatiques, il avait habilement défendu les intérêts del'Annam, et, en 1874, après la signature des traités avec la France, Tu-Duc, qui lui avait donné déjà le portefeuille des Finances, l'avait appelé à siéger au comat et l'avait chargé des relations extérieures. Nos succès au Tonkin l'obligèrent à dissimuler sa haine et à subir nos conditions. Lorsque M. Patenôtre, conformément aux instructions reçues, se présenta à Hué pour négocier la modification de la convention Harmand, il n'eut qu'à envoyer à la cour un ultimatum pour obtenir ce qu'il voulut du régent; le traité Patenôtre remplaça le traité du 2s aoiît 1883. Notre envoyé exigea d'abord la remise du sceau impérial chinois, donné autrefois à Giâ-Long par le Fils du Ciel, pour enlever aux Annamites la dernière marque de vassalité de leur pays vis-à-vis de l'empire du Milieu. Nguyên ne consentit pas aisément à cette concession, qu'il considérait comme très importante. Il obtint que le sceau serait fondu, au lieu d'être envoyé à Paris.
Aux termes de l'article premier du traité du 6 juin i88<, «l'Annam reconnaissait et acceptait le protectorat de la France. La France représenterait l'Annam dans toutes ses relations extérieures. Les Annamites à l'étranger seraient placés sous la protection de la France. » Les articles suivants étaient ainsi conçus :
Art. 2. Une force militaire française occupera Thuan-An d'une façon permanente. Tous les forts et ouvrages militaires de la rivière de Hué seront rasés.
AET. 3. Les fonctionnaires annamites, depuis la frontière de la Cochinchine jusqu'à la frontière de la province de Ninh-Binh, continueront à administrer les provinces comprises dans ces limites, sauf en ce qui concerne les douanes, les travaux publics et, en général, les sen-ices qui exigent une direction unique ou l'emploi d'ingénieurs ou d'agents européens.
Art. 4. Dans les limites ci-dessus indiquées, le gouvernement annamite déclarera ouverts au commerce de toutes les nations, outre le port de Qui-Nhone, ceux de Tourane et de Xuan-Day. D'autres ports pourront être ultérieurement ouverts, après une entente préalable. Le gouvernement français y entretiendra des agents placés sous les ordros de son résident à Hué.
Art. 5. Un résident général, représentant le gouvernement français, présidera aux relations extérieures de l'Annam et assurera l'exercice régulier du protectorat, sans s'immiscer dans l'administration locale des provinces comprises dans les limites fixées par l'article 3. H résidera dans la citadelle de Hué avec une
escorte militaire. Le résident général aura droit d'audience privée et personnelle auprès de S. M. le roi d'Annam.
Aet. 6. Au Tonkin, des résidents ou résidents adjoints seront placés, par le gouvernement de la République, dans les chefs-lieux où leur présence serait jugée utile. Ils seront sous les ordres du résident général. Ils habiteront dans la citadelle, et, en tout cas, dans l'enceinte même réservée aux mandarins; il leur sera donné, s'il y a lieu, une escorte française ou indigène. t
Aet. 7. Les réMdents éviteront de s'occuper des détails de l'administration intérieure des provinces. Les fonctionnaires indigènes de tout ordre continueront à gouverner et à administrer sous leur contrôle; mais ils devront être révoqués sur la demande des autorités françaises.
Art. 15. La France s'engage à garantir désormais l'intégrité des États de S. M. le roi d'Annam, à défendre ce souverain contre les agressions du dehors et contre les rebellions du dedans, à cet effet, l'autorité française pourra faire occuper militairement, sur le territoire de l'Annam et du Tonkin, les points qu'elle jugera nécessaires pour assurer l'exercice du protectorat.
Art. 16. S. M. le roi d'Annam continuera, comme par le passé, à diriger l'administration intérieure de ses États, sauf les restrictions qui résultent de la présente convention.
Ainsi que le faisait remarquer l'exposé des motifs du projet de loi tendant à l'approbation du traité, la modification la plus importante apportée à la convention Harmand portait sur les cessions de territoire. La convention Harmand séparait de l'Annam proprement dit, pour les relier au Tonkin, les trois provinces de Thanh-Hoa, Nghé-An et Ha-Tinh, en même temps qu'elle réunissait la province de Binh-Thuan à la Cochinchine. Or, l'annexion du Binh-Thuan ne présentait que des avantages fort problématiques pour notre colonie; c'était une annexion coûteuse, qu'aucune nécessité économique ni stratégique ne commandait. D'autre part, dans l'intérêt même de l'œuvre entreprise en Indo-Chine, il importait que l'existence de l'Annam ne fût pas une pure fiction et que ce royaume formât un État subordonné distinct, capable de trouver sur son territoire des ressources qui lui permissent de vivre, sans nous créer d'embarras, et de s'administrer sous la haute direction de la France. Pour ce motif, le gouvernement français laissait à l'Annam ses trois provinces du Nord, au lieu de les rattacher adminisirativement au Tonkin. Tous leurs rapports géographiques et historiques sont avec Hué et non avec Ha-Noï; l'une de ces provinces était précisément le berceau de la dynastie qui régnait à Hué, et la rupture de ces liens traditionnels eût certainement rendu plus difficile l'acceptation des faits accomplis. Un point non moins important à noter, c'est que notre résident général en Annam avait le droit d'entretenir le chef de l'État en audience privée et devenait, en quelque sorte, son ministre des Affaires étrangères, puisqu'il présidait à toutes les relations extérieures du royaume. Quant au Tonkin, il était placé non sous l'administration directe de la France, mais « sous une surveillance constante, méthodique et attentive, grâce à laquelle nous aurions pu exercer au sud du Kouang-Si une action bienfaisante immédiate, si les intrigues de la cour de Hué, celles de la Chine et les brigandages des pirates ne nous avaient mis dans l'obligation de faire la guerre au lieu de coloniser. »
Traité du 17 juin 1884 avec le Cambodge. — Peu de temps après, M. Thomson, gouverneur de la Cochinchine, obtenait de Norodom, roi du Cambodge, par un traité en date du 17 juin 1884, la remise au résident français de tous les services administratifs du royaume.
InciiJent du Bac-Lé (23 juin 1884). — Sur la foi de la convention de Tien-Tsin, le général Millot se mit en devoir d'occuper les territoires dont la Chine faisait abandon. Le lieutenant-colonel Dugenne, à la tête d'une colonne de 800 hommes, se dirigeait sur Lang-Son (23 juin), quand, en route, il trouva les troupes chinoises retranchées à Bac-Lé. Accueillie par un feu roulant et refoulée par des forces très
supérieures, qui cherchaient à l'envelopper, la colonne dut se replier sur Bac- Ninh; des renforts envoyés par Négrier y ramenèrent ses débris. Le gouvernement français exigea aussitôt des réparations; il réclama notamment une indemnité de 250 millions; la Chine n'offrit que 3 millions. Ordre fut donné de reprendre les hostilités de suite. Le Parlement avait voté un crédit de 83 millions au mois de mai.
Opérations maritimes de Courbet. — Va.m\rdi\ Courbet avait été chargé de s'emparer, à titre de gage, dans l'île Formose, des ports de Ke-I,ung, de Tam-Sui, et des mines de houille qui les avoisinent. Son lieutenant, le contre-amiral Lespès, i>ombarda les forts de Re-Lung \,i aoiit), mais sans résultat, faute de troupes de débarquement.
De son côté, Courbet pénétra hardiment dans la rivière Min pour atteindre la flotte chinoise et détruire l'arsena-l de Fou-Tchéou. Les difficultés étaient grandes pour parvenir dans ce port intérieur: deux barres à franchir-, un seul bras de la rivière Min navigable, mais défendu sur ses deux rives par une série d'ouvrages, en partie casemates et croisant leurs feux ; plus haut, la passe M in-Gan, défendue par une rangée de batteries. L'arsenal maritime de Fou-Tchéou s'élevait à 3 kilomètres de la pointe sud de l'île Lo-Sing, où la rivière se divise en deux bras ; la réunion de ces deux bras forme le mouillage de la Pagode.
Le 23 août, Courbet ouvrit le feu contre les navires chinois; il coula neuf grands navires de guerre, puis il détruisit presque entièrement l'arsenal (24aoiài/ et, le lendemain, il redescendit la rivière Min, battant à revers les forts et les batteries des deux rives.
Cette action navale coûta aux vainqueurs des pertes qui s'élevèrent à 10 tués et 48 blesisés, parmi lesquels 9 officiers; celles des Chinois furent au moins de 2 ooo tués et blessés.
Cette rude défaite suscita à Canton une violente fureur. C'eût été le moment de frapper un grand coup, mais Courbet, qui attendait de Cochinchine et du Tonkin des troupes de débarquement, reçut simplement l'ordre de continuer les optTations sur Formose.
Il s'empara de Ke-Lung le 2 octobre 1884, et proclama le blocus de l'île. L'effectif insuffisant des troupes de débarquement ne lui permit de faire aucun progrès par delà la ligne des forts. Les positions françaises étaient dominées par celles de l'ennemi, dont les forces étaient évaluées à 8 ooo on lo ooo hommes; il n'en avait que l 800 à lui opposer. Un hiver ngoureux, des pluies torrentielles, le choléra, la fièvre typhoïde, des combats quotidiens décimèrent cruellement l'infanterie de marine. La mousson du nord -est fît par ses tempêtes des avaries à l'escadre.
Devant Tam-Sui, le contre- amiral Lespès fut encore moins heureux. Sous la direction d'officiers et d'instructeurs européens. Allemands surtout, 3 000 Chinois, armées de fusils perfectionnés et commandés par un général habile, occupaient la première ligne des défenses, un demi-cercle de i soo mètres. Le 9 octobre, les
L'Amiral COURBET (1827-1885).
Phot. Appert.
troupes débarquées livrèrent un rude combat à la baïonnette, mais sans pouvoir enlever les ouvrages. Vers la fin de janvier 1885, les renforts demandés par Courbet arrivèrent d'Afrique, ayant à leur tête le colonel Duchesne. Le 4 mars, les troupes de débarquement tentèrent une attaque semblable, qui échoua également. L'ennemi avait relié les défenses naturelles (le port de Tam-Sui est entouré de montagnes hautes de plus de 8oo mètres) par un système de fortifications formidables, qui se succédaient de crètc en crête.
Impatient d'obtenir des résultats tangibles, Courbet s'éloigna deux fois des côtes de Formose dans le dessein de frapper la Chine sur un point vulnérable : il eût voulu attaquer et détruire Port- Arthur, l'arsenal chinois du golfe de Pé- Tchi-Li, mais il ne fut pas autorise à le faire. Le 15 février, il atteignit à
Sheipoo, au sud de l'archipel Chusan (baie de Hong-Tchéou), une moitié de la flotte chinoise, qui venait de sortir de Testuaire du Yang-Tsé-Kiang. Deux canots porte-torpilles, coulèrent une frégate et une corvette chinoise de construction européenne. Courbet poursuivit les trois croiseurs qui formaient le gros de cette escadre, mais une brume épaisse arrêta sa poursuite, et les navires ennemis se réfugièrent à Ning-Po, sur la côte sud de la baie.
L'amiral s'empara quelque temps après (29-31 mars) de l'archipel des Pescadores, au milieu du canal de Formose.
Ces îles , qui possèdent d'excellents ports, constituent une base précieuse d'opérations maritimes que la France n'a malheureusement pas conservées.
Combats de Kep, Chu, Tuyen-Quan et Nui-Bop. — Parallèlement aux opérations maritimes de Courbet, le corps expéditionnaire du Tonkin avait repris l'offensive. Les troupes régulières de la Chine envahissaient la contrée par les frontières du Yun-Nan et des deux Kouangs.
Le général Millot, n'obtenant pas les renforts reconnus nécessaires, avait donné sa démission (aoiit 1884) et le général Brière de l'Isle l'avait remplacé (lo septembre). Le nouveau chef, prenant un double objectif, Laog-Son et la vallée de la rivière Claire, massa ses troupes à Haï-Phong, renforça les garnisons de Haï-Dzuong et de Bac-Ninh, et fit surveiller les rivières par les canonnières.
De septembre à octobre, les Chinois concentrés à Chu, Bao-Lac et Kep tentèrent quelques mouvements contre les positions françaises. Par une série de combats, du 2 au il octobre, sur le Loch-Nan (affluent gauche du Song-Cau), le colonel Donnier repoussa l'ennemi et s'empara du camp retranché de Chu. Le 8 octobre, à Kep, village solidement fortifié. Négrier fut aux prises avec les Chinois, qui attaquèrent avec une furieuse énergie sa colonne sur les deux flancs; mais les Chinois furent mis en déroute et perdirent un millier d'hommes. Cette double opération arrêta l'armée du Kouang-Si. L'armée du Yun-Nan ne fut pas plus heureuse dans ses attaques contre Tuyen-Quan, qui était tombé en notre pouvoir au mois de juin. Le 13 octobre, les masses ennemies, dont la présence avait été signalée au général Brière de llsle, attaquèrent inutilement la petite
Le Général BRIÈRE DE L'ISLE (1827-1896).
garnison que nous avions dans cette citadelle. Du M au 20, les rentiers de La- Vinh-Phuoc, renforcés par les réguliers du Yun-Nan. renouvelèrent leurs tentatives infructueuses sur notre poste avancé de la rivière Claire, et, se répandant dans les villages riverains pour les rançonner ou les piller, eurent plusieurs engagements avec les cannonnières. Il fallait doné à tout prix, rétablir les communications, et le colonel Duchesne fut charge de changer la garnison de Tnyen- Quan, qui fut placée sous les ordres du commandant bominé. Pendant ce temps l'amiral Courbet s'emparait de Formose, conformément aux décisions du cabinet, qui avait résolu de se saisir d'un gage jusqu'à l'aceeptation par la Chine de la convention de Tien-Tsin.
Au Tonkin, les Chinois n'avaient plus donné signe de vie, lorsque, vers la 7décembre, leur apparition fut signalée dans la haute vallce du Loch-Nan, au nord et à l'est de nos positions de Chu. Il importait d'autant plus de les repousser que leur nombre augmentait chaque jour et quils avaient journellement des engagements avec les nôtres. Le général de Négrier fut envoyé contre les agresseurs et il eut à lutter contre 12 OùO Chinois à Nui-Bop, dans la haute vallée du Loch-Nan, à Test de Chu, sur la route d'An-Chau.
Le camp retranché de Nui-Bop, adossé à deux massifs montagneux présentait un ensemble formidable d'ouvrages.
Deux jours de combat rendirent Négrier maître de cet amas de redoutes, et les Chinois se replièrent à l'est de Chu.
Victoire de Dong-Son. Siège de Tuyen- Quan. — Un mois après, le 3 février, le général Brière, commandant en chef, porta en avant le corps expéditionnaire (7 000 combattants et 7 000 coolies) afin de couper la retraite vers la frontière de Chine à l'armée du Kouang-Si. Il avait transformé Chu en camp retranché : c'est de ce point d'appui et de
Kep que partirent les brigades Négrier et Giovanninelli. Les Chinois avaient établi une ligne de forts et de retranchements sur tons les pitons et dans les défilés de la route mandarine, à Dong-Son notamment; la colonne expéditionnaire parvint à les prendre successivement d'assaut. Du 4 au lî février, on livra sept combats; les Chinois opposèrent aux assaillants une résistance opiniâtre, si bien que les deux brigades engagées eurent 450 tués ou blesses. Une inarche forcée de trois jours les amena dans le cirque de montagnes où s'élève la citadelle de Lang-Son. Les troupes victorieuses y entrèrent le 13 ft-vrier, ipais les Chinois s'étaient dérobés à leur approche et se réorganisaient à Doog- Dang, sur la frontière du Kouang-Si. Le 23, Négrier parvint au delà de ce point, à la Porte de Chine, qu'il fit sauter ainsi que les deux forts qui la flanquaient.
Si l'armée du Kouang-Si était vaincue, il n'en était pas de môme de l'armée du Yun-Nan : Tuyen-Quan était bloqué par 15 000 Chinois, depuis le 24 novembre, et la petite garnison de 600 hommes, sous les ordres du commandant Dominé, lui tenait tête héroïquement; mais les pertes journalières l'affaiblissaient et il était argent de la dégager. En conséquence, le général Brière, laissant la
Le Colonel DOMINÉ, né en 1838.
brigade Négrier à Lang-Son et emmenant la brigade Giovanninelli, se mit en route par grandes étapes sur Ha-Noï et de là sur Tuyen-Quan.
A Hoa-Moc, distant de quelques kilomètres de la place assiégée, la colonne se heurta contre trois lignes successives de palissades et de tranchées dans un défile fortifié parle fameux Lu-Vinh-Phiioc, qui dirigpait l'armée du Yun-Nan.La contiguralion du terrain ne permettait ni à l'ariillciic ni à la flotille d'appuyer l'infanterie par un feu efficace. La bataille dura deux jours (2 et 3 mars); elle fut la plus meurtrière de toutes celles livrées au Tonkin : la colonne eut 50o tués ou blessés. Le lendemain, Brièrc entrait dans la forteresse, 3 mars. La garnison avait repoussé sept assauts : aux mines elle avait opposé des contre-mines avec un matériel insuffisant d'outils et d'engins; elle avait résisté à l'ennemi sur toutes les brèches faites par les explosions et le bombardement.
Le commandant Dominé et le sergent Bobillot, engagé volontaire, improvisé ingénieur, eurent une grande part à cette mémorable défense de Tuyen-Quan, qui coûta 278 tués et blessés. Le sergent Bobillot y reçut une blessure mortelle.
Retraite de Lang-Son. — Après la prise de Lang-Son et la destruction de la Porte de Chine, les Chinois s'étaient retirés sur leur propre territoire et avaient établi un camp retranché à Bang-Bo. Négrier était rentré dans Lang- Son, ne laissant qu'un poste avancé à Dong-Dang, à lo kilomètres sud de la Porte do'Chine et à 15 kilomètres de Lang-Son. Le 20 mars, les Chinois, repassant la frontière, tentèrent une surprise de nuit sur Dong-Dang. Prévoyant une prochaine agression par des forces plus nombreuses, Négrier dégagea cette place par une brusque offensive, le 22 ; puis, il alla attaquer avec i 20o soldats le centre de la position ennemie sur le plateau de Bang-Bo ou Dong-Bo, au nord de la Porte de Chine (23-24 mars). II enleva le.^ retranchements établis sur ce massif de rochers, mais les Chinois reprirent la lutte avec des forces écrasantes. Négrier, à court de munitions et de vivres, et affaibli parla perte de 300 hommes, rétrograda successivement sur Dong-Dang et Ki-Lua (à 12 kilomètres en avant de Lang-Son). Le 27 mars, des renforts arrivés à Lang-Son reoonstituèrent sa brigade à l'effectif de 3 500 hommes.
Mais l'armée du Kouang-Si, augmentée de nombreux contingents (on l'évalua à 40 000 hommes, même à eoooo), se porta rapidement de Bang-Bo sur Ki-Lua (28 mars). Déployée en deux ailes profondes, sur un angle aigu qui devait se changer en cerc'e enveloppant, elle attaqua avec impétuosité les positions françaises. Ses doux premiers assauts échouèrent; la troisième attaque venait de commencer quand le général Négrier, blessé, dut remettre le commandement au lieutenant-colonel Herbinger. Chef improvisé, Herbinger fut ébranlé par le poids de la responsabilité qui lui incombait tout à coup en présence des forces ennemies très supérieures, dans une région imparfaitement connue. A cinq heures du snir, il ordonna la retraite; elle s'opéra avec une précipitation regrettable. La brigade Négrier rentra dans ses quartiers de Kep et de Chu, le i" avril, le colonel Borgnis-Desbordes, puis Giovanninelli et Brière se hâtèrent de la rejoindre. Le commandant en chet ordonna aussitôt de réoccuper une partie des positions abandonnées ; mais les préliminaires de paix, signés le 4 avril, arrêtèrent soudain les opérations militaires.
La dépêche annonçant révacua*ion de Lang-Son et la blessure de Négrier produisit en France une impression douloureure, car elle laissait place aux suppositions les plus pessimistes. Les ministres se réunirent le soir même, et le lendemain le président de la République signa un projet de loi portant ouverture d'un crédit de 200 ooo 000 pour le service du Tonkin. Mais le sort du cabinet était décidé dès la veille, et personne ne fut surpris, le 30 mars 1885, en apprenant qu'au milieu d'une séance des plus orageuses, Jules Ferry et ses collègues avaient été renversés par 287 voix contre 152. La constitution si laborieuse du ministère Brisson n'était pas encore achevée que l'on apprenait à Paris deux nouvelles aussi importantes qu'inattendues : la l'i-iso des îles Pescadores et l'acceptation de la
paix avec la France. En un mot, Jules Ferry tombait au moment où l'expédition prenait fin et où la période d'organisation allait succéder aux années de conquête. La paix avec la Chine (9 juin 1885). La Chine éprouvait le besoin de désarmer : les afiaires toujours instables du royaume de Corée, l'épuisement de ses tinances, la déclaration du liz comme contrebande de guerre et par suite limminence d'une disette, peut-être d'une révolte, dans les provinces du Nord, faisaient sérieusement refléchir le Tsong-Li-Yamen. De fait, les pourparlers en vue de la paix n'avaient jamais discontinué; des fonctionnaires anglais au service de la Chine, MM. Hart et Campbell, reprirent les négociations, l'un à Paris, l'autre à Tien-Tsin. Elles aboutirent enfin à un protocole basé sur la convention Fournier du il mai 1884 : les préliminaires< signés à Paris le 4 avril 1885, furent confirmés par le traité signé à Tien-Tsin le 9 juin suivant. Cet act« diplomatique stipulait : la reconnaissance par la Chine du protectorat français sur le Tonkin et l'Annam, la délimitation des frontières, l'ouverture de voies de communication et l'installation éventuelle de consuls sur les territoires respectifs des deux puissances; pour la France, la restitution à la Chine de Formose et des Pescadores, ainsi que l'abandon d'une indemnité de guerre.
Cette double renonciation annulait tous les résultats acquis par une année de guerre; mais tant de combats restés stériles avaient démontré à l'Europe ce dont nos soldats
étaient capables. L'un des chefs sur lesquels se concentraient les espoirs le mieux fondés, l'amiral Courbet, succomba le u juin, à bord du Bayard, en rade de Ma-Kung.
Guet-apcns de Hué. — La Chine avait pris l'engagement de retirer ses troupes du Tonkin, mais les réguliers, licenciés, se ti-ansformaient tu pirates dans le delta et sur le haut fleuve. De son côté, la cour de Hué n'avait pas répudié ses ressentiments. La vigilance et la prudence s'imposaient d'autant plus au nouveau commandant en chef, le général de Courcy, que des tentatives de soulèvement avaient eu lieu au Cambodge et que Saïgon était enveloppé par des
Jules FERRY (1832-1893). — Phot. Frauck.
bandes d'Annamites, de Cambodgiens et de pirates chinois, enhardies par la faiblesse de la garnison.
Arrivé à Thuan-An le 2 juillet, pour présenter au nouveau roi Kam-NgM ses lettres de créance, le général de Courcy nommé général en chef avec pleins pouvoirs civils et militaires, prétendit aux honneurs que la cour annamite accordait jadis aux ambassadeurs chinois. On négociait, quand, dans la nuit du 4 au 5 juillet, l'armée annamit" (25 ooo à 30 000 hommes) cerna la concession et l'hôtel dé la légation française, qu'elle enveloppa d'incendies. Les soldats français ripostèrent sur-le-champ avec sang-froid et vigueur. Le colonel Pernot, qui était installé dans la citadelle, avec le gros des troupes, dégagea le général en chef et le chargé d'affaires. Au matin, la déroute des assaillants était complète : i loo canons, un matériel considérable et le trésor royal tombaient au pouvoir des vainqueurs. Les Français eurent il tués et 76 blessés; les troupes annamites avaient laissé sur le terrain au moins l 200 cadavres.
Ce guet-apens,dont le signal avaitété donné paruncoup decanon.étaitl'œuvre des régents. L'un d'eux, Thuyet, emmenant avec lui le jeune roi, la mère de celui-ci et quelques princes de la famille royale, s'enfuit dans les montagnes de la province de Kouang-Tri, à Kam-Lo, où il prépara des mouvements insurrectionnels. Moins énergique, le premier régent, Nguyên-Van-Thuong, fit sa soumission au général de Courcy, qui réorganisa le comat et proclama roi Chanh- Mong, fils adoptif de Tu-Duc, qui prit le nom de Dong-Khanh (19 septembre 1885). On acquit bientôt la preuve delà duplicité de Nguyên-Van-Thuong; on l'interna èi Poulo-Condor, d'où l'ex-régent fut ensuite transféré à Tahiti, où il mourut. En janvier 1886, les pouvoirs extraordinaires du général de Courcy prirent fin: Paul Bert était appelé à inaugurer une phase nouvelle dans les annales de l'Annam et du Tonkin avec le titre de résident général civil.
En attendant l'arrivée de Paul Bert, l'intérim fut exercé par le général Warnet.chef d'état-major du général de Courcy. Il fallait pacifier le pays, l'administrer sagement et lui assurer la sécurité intérieure, œuvre ardue qui ne pouvait s'accomplir que progressivement. Le général Warnet en prépara la réalisation en échelonnant des petits postes dans les districts insoumis, en organisant des milices indigènes, en traquant partout les pirates et les Pavillons-Noirs.
En octobre 1885, en exécution d'une clause du traité conclu avec la Chine, une commission avait été constituée pour délimiter la frontière entre le Tonkin et la Chine. Les délégués français avaient pour président M. Bourcier de Saint-ChalTray, consul général de France ; le capitaine Bouïnais, auteur de publications remarquées sur rindo-Chine, en faisait partie. Ces opérations, que les Chinois, par d'interminables discussions, firent traîner en longueur, ne devaient prendre fin que plusieurs années après, à la suite d'arrangements complémentaires négociés à Pékin, par M. Constans au cours de son passage à la légation de France en Chine. Elles furent marquées au début par un tragique événement : M. Ha'itce, interprète de la délégation française, fut assassiné à Mon-Kaï par une bande de rebelles chinois.
Le gouvernement civil. L'Union indo-cMnoise. —
La désignation de Paul Bert, dans la pensée du gouvernement, devait avoir une double portée : inaugurer le gouvernement civil, en substituant au régime militaire une organisation méthodique et pacifique; diminuer les charges que le Tonkin imposait à la métropole en utilisant les ressources tirées du pays lui-même. Pour bien marquer le caractère de l'œuvre à laquelle se consacrait l'illustre savant, le protectorat du Tonkin, détaché du ministère de la Marine, fut placé dans les attributions du ministre des Affaires étrangères. Le résident général était,
d'ailleurs, investi de pouvoirs étendus; au point de vue budgétaire, le principe était posé que le Tonkin devait faire face à toutes ses dépenses militaires aussi bien que civiles, sur son budget propre qu'alimentait, en dehors des recettes locales, une subvention de la métropole fixée pour 1887 à 30 millions et destinée à disparaître progressivement. La mort prématurée de Paul Bert ne permit pas la réalisation complète de ce programme- Après huit mois d'un labeur écrasant, oii il négligea de ménager ses forces, il succombait à Ha-Noï le 11 novembre 1886, laissant inachevée l'œuvre que sa haute intelligence et sa foi patriotique avaient si bien ébauchée.
Son successeur, M. Bihourd, venait d'être nommé résident général à Tunis quand parvint en France la nouvelle de la mort foudroyante de Paul Bert. Il accepta courageusement un poste qui n'était pas sans péril. Mais déjà un nouveau plan d'organisation de nos possessions indochinoises était élaboré à Paris. Il était basé sur un principe juste qui a prévalu depuis, après de nouveaux tâtonnements. L'union, au point de vue politique, budgétaire et administratif, des trois pays juxtaposés que la France avait placés sous sa souveraineté dans la péninsule indo-chinoise était apparue comme le moyen le plus pratique d'utiliser leurs ressources propres au mieux des intérêts communs. Les décrets d'octobre 1887 réunirent la colonie de Cochinchine et les protectorats du Cambodge, du Tonkin et de l'Annam sous l'autorité d'un gouverneur général qui relevait lui-même du ministre chargé des Colonies. M. Constans, qui se trouvait à Colombo, au retour de la mission qu'il avait remplie en Chine, accepta de remplacer à Saïgon M. Filippini, gouverneur de la colonie, mort subitement, et organisa V Union indo~ chinoise.
Les décrets de 1887 ne devaient pas survivre au ministère qui les avait élaborés. Dès le mois de mars suivant ils étaient modifiés; bientôt après M. Constans était rappelé en France, laissant l'Indo-Chine entre les mains d'intérimaires. Une fois encore, le 12 février isss, un vote de la Chambra sembla mettre un instant en question le sort du Tonkin • à égalité de voix, les crédits demandes par le gouvernement avaient été repoussés, et le président du conseil n'avait obtenu une majorité de huit
Paul BERT (1833-1886).
L'INDO-GHINE FRANÇAISE
voix qu'en consentant à diminuer de 200 000 francs la subvention déjà trop réduite qui figurait dans les prévisions du budget. Ce débat du 12 février 1888 marque la dernière des épreuves parlementaires qu'ait eu à traverser la question du Tonkin. Jules Ferry avait, entre tous, défendu l'œuvre de reconstitution de notre puissance en Asie avec une vaillance qui n'avait eu d'égale que l'acharnement impitoyable de ses adversaires. La capture du roi Kam-Nghi, la fuite de l'ex-régent Thuyet n'eurent pas pour résultat de ramener le calme dans les provinces centrales de l'Annam. Les anciennes bandes de Pavillons-Noirs, encouragées par la
M. Armand ROUSSEAU (1835-1896).
Phot. Eug. Plrou.
M. Paul DOUMER, né en 1857- Phot. Ladrey-Disderi.
Chine, étaient restées maîtresses du haut Tonkin et de fréquentes incursions dans le delta, des attentats contre les fonctionnaires ou les colons, paralysaient tout esprit d'entreprise. Quand M. de Lanessan accepta, avec les pouvoirs étendus que lui conférait le décret du 21 avril 1891, le gouvernement général de l'Indo -Chine, son premier soin fut de rendre confiance à la cour de Hué en lui assurant la loyale exécution des traités. La création de territoires militaires dans le haut Tonkin, les battues dans les provinces, la construction d'un réseau de routes amenèrent la pacification du pays. L'achèvement de la ligne de Phu-Lang-Thuong à Lang- Son, entreprise dès 1890, sur l'initiative de M. Eug. Etienne, alors soussecrétaire d'État des Colonies, avait montré l'importance des chemins de fer, tant pour le rétablissement de l'ordre que pour le développement économique du Tonkin. M. de Lanessan fit étudier un programme de voies ferrées et de travaux publics, dont il commença l'exécution.
Il était réservé à ses successeurs, à. M. Armand Rousseau, qui mourut à la tâche, et surtout à M. Doumer, de poursuivre la réalisation de ces projets, dont le prochain achèvement doit assurer définitivement la prospérité de rindo-Chine.
Conventions de commerce et de délimitation avec la Chine. — Le
traité du 9 juin I88'i, qui «vait mis fin à la guerre avec la Chine, avait éié comploté par deux conventions signées à Pékin, l'une le 25 avril 1886, l'autte le 26 juin 1887. Ces arrangements avaient un double but : donner au commerce de nouvelles facilités, notamment pour la pénéiration dans les provinces méridionales du Céleste- Empire, par l'abaissement des droiis et par l'ouverture des villes où la France se réservait le droit d'installer des consuls; fixer la délimitation de la frontière entre le Tonkin et la Chine.
Cette délimitation n'était indiquée que pour la partie orientale de la frontière f t s'arrêtait à la région inexplorée, à cett« ôpnque, qui s'étend au delà de la rivière Noire. A la suite des remarquables missions remplies par M. Pavie et par le colonel Pennequin, une nouvelle convention de commerce et de délimitation fut conclue avec le gouvernement chinois le «0 juin 1895. Cet acte consacra les droits de l'Annam sur différents tcrriioires qui étaient contestés. Au delà du fleuve Rouge, que n'avait pas franchi la délimitation de 1887, elle plaça sous le protectorat de la France toute la vallée du Nam-Hou, et détermina la frontière jusqu'au confluent du Mé-Kong avec le Nam-La, la raccordant ainsi aux délimitations faites précédemment avec le Siara et la haute Birmanie anglaise.
La convention de 1895 créa de nouveaux postes consulaires, réduisit les flroits sur le transit et donna à l'industrie française pour l'exploitation des mines et la construction des chemins de fer dans le Yun-Nan, le Kouang-Si et le Kouang- Toung, des avantages formulés d'ailleurs en termes assez vagues.
A la suite de la guerre sino-japonaise et des avantages que la Chine avait accordés à l'Angleterre, la France obtint, par une convention du 18 juin 1897, la faculté d'étendre vers l'intérieur les chemins de fer du Kouang-Si et de pousser jusqu'à Yun-Nan-F'ou la ligne de pénétration dans le Yun-Nan qui figurait dans le programme des voies ferrées mises à l'étude par le gouvernement général do rindo-Chine.
Maxime Petit.
Kouang-Tcliéou Ouan. — Ces premières concessions, toutefois, étaient devenues insuffisantes en comparaison de celles que la Chine avait accordées à l'Allemagne dans le golfe de Kiao-Tchéou (6 mars 1898), à l'Angleterre (l" mars 1898) dans le bassin du Yang-Tsé-Kiang, à la Russie, enfin, à Port-Arthur et en .Mandchourie. De nouvelles négociations, engagées directement k Paris, amenèrent (12 avril 1898) la Chine à céder à bail à la France la baie de Kouang- Tchéou. Les engagement pris antérieurement pour la construction d'un chemin de fer du Tonkin à Yun-Nan-Fou étaient renouvelés et précisés; la Chine s'engageait à ne jamais aliéner l'Ile d'Haï-Nan ni les provinces litnitrophes du Tonkin (Kouang-Toung, Kouang-Si, Yun-Nan) et à nommer un Français au poste de directeur des postes impériales, quand cet emploi deviendrait vacant.
Le drapeau français fut arboré à Kouang-Tchéou le 22 avril 1898 par le contre-amiral Gigault de La Bédollicre. Le commandant en chef de l'escadre avait reçu les pouvoirs nécessaires pour procéder à la fixation de la frontière, mais il fallut compter avec le mauvais vouloir des autorités chinoises qui soulevèrent d'interminables contestations au sujet de l'occupation des îles qui commandent l'entrée de la baie. Au cours des négociations poursuivies entre notre gouvernement et le Tsong-Li-Yamcn par l'intermédiaire de M, Pichon, ministre de France à Pékin, le gouvernement français dut menacer de faire occuper de vive
Colonies II. 27
force les territoires contestés. Ces menaces furent suivies d'exécution : les 24 et 25 juin 1899 l'amiral Courrejolles prenait possession, sans incident, de trois postes, et lançait une proclamation aux indigènes; il recevait peu après de pleins pouvoirs pour régler la délimitation : ses instructions portaient qu'il devait se borner à obtenir les points nécessaires pour assurer la défense de la baie; le Tsong-Li- Yamen délégua comme plénipotentiaire le général Sou qui, après avoir entamé les négociations, les rompit. L'amiral demanda des renforts qui lui furent envoyés du Tonkin : une série d'opérations militaires commença sur les bords de la rivière Mat-Shé, que Ton remonta sur plusieurs kilomètres. Le 12 novembre, les enseignes de vaisseau Gourlaouen et Koun, appartenant à l'état-major du croiseur Descartes, étaient assassinés près de Mon-Tao au cours d'une reconnaissance. L'amiral Courrejolles fit saisir comme otage le tao-taï de Haï-Nan, dont il confisqua la canonnière, et détruisit la ville de Vouy-Hoc, centre de la rébellion.
Un arrangement signé par le général Soûle 14 novembre I899 fixa définitivement la délimitation de Kouang-Tchéou Ouan(l). La baie de Kouang-Tchéouet les territoires adjacents nous sont cédés àbail pour quatre-vingt-dix-neuf ans; à l'ouest, la frontière part de la côte près de Teo-Man; de ce. point elle court, presque parallèlement à la côte, à une distance des kilomètres environ, jusqu'à Sini-Si, puis s'écarte de la mer, passe à Thé-Man (lo kilomètres de la côte), franchit la rivière Mat-Shé au nord de l'île TaoCieu, et atteint la rivière Wom-Po, qui forme la limite orientale de notre concession. Dans les eaux françaises se trouvent, outre quelques petites îles situées à l'embouchure de la rivière Mat-Shé, l'île des Aigrettes, qui ferme la baie à l'est, l'île de Tan-Haï et l'île de Nau-Chau, qui la couvrent au sud. La concession a environ 50 kilomètres de l'est à l'ouest, et un peu plus du nord au sud en y comprenant l'aire maritime.
L'acte de délimitation reconnaît à la France, le droit de construire une voie ferrée de Kouang-Tchéou à Om-Pou sur la rive opposée de la presqu'île de Lei- Tchéou, qui tombe désormais dans notre zone d'influence. Cette presqu'île est une région houillère dune grande richesse. La concession de Kouang-'Tchéou Ouan sera également utile à la défense du Tonkin et à la pénétration française dans la vallée du Si-Kiang.
Un décret du 5 janvier 1900 a rattaché Kouang-Tchéou Ouan au gouvernement général de l'Indo-Chine.
Lucien Maury.