‹ Les colonies françaisesChapitre 41 sur 99 · L. DELA.PORTE, né en · texte numérisé non relu

L. DELA.PORTE, né en

Phot. Waléry.

(I) Voir page 387.

(t) Vers la même époque, G. Janneau et, après sa mort, l'inspecteur des affaires indigènes Aymonier entreprirent de sérieuses éludes cpigraphiques sur les monuments kbmers.

Il étudia, en février 1877, les monuments de Vat-Phou visités par Francis Garnier en 1867, et entreprit vers l'est une exploration qui précisa les données rapportées par Doudart de Lagrée sur le massif des Khas- Boloven circonscrit par le Se-Don, le Se-Kong et le Mé-Kong. Il visita Attopeu, mais il dut alors revenir à Bassac, en proie à une fièvre intense qui le mit à deux doigts de la mort.

Des qu'il fut rétabli, il remonta le Mé-Kong; il réussit à franchir le redoutable rapide de Ya-Pout, où, avant lui, Delaporte en 1867, d'Arfeuille et Reinhart en 1869, avaient failli être entraînés par les tourbillons. Au delà de Kemmarat, la traversée du rapide de l'île Sa fut beaucoup plus dangereuse. Le 2 mai, il arriva à La-Kbon.

De là, il se proposa de gagner l'Annam en franchissant la ligne de faîte qui sépare le bassin du Mé-Kong du littoral de la mer de Chine. Il traversa de l'ouest à Test, puis du nord au sud, la région montagneuse et boisée habitée par les tribus sauvages des Khas. A Song-Kon, il s'embarqua en pirogue sur le Se-Bang-Hien, et prit la direction de l'est. Mais la difficulté de se procurer des vivres l'obligea à revenir à Song-Kon, où il se munit de porteurs et d'éléphants pour s'engager à pied dans la direction de l'Annam. Après quoi il s'avança au nord jusqu'au pays des Pou-Thays. Il était malade et dépourvu de tout lorsqu'il s'engagea dans les montagnes de l'Annam. Enfin il atteignit Kam-Lo, d'où il se dirigea sur Quang-Tri et Hué. Cette dernière exploration, effectuée dans les conditions les plus pénibles et les plus difficiles, avait été très féconde en résultats géographiques (1).

Le I>' Neis. — Le D»" Harmand eut pour continuateur un de ses collègues, le D' Neis, médecin de la marine, chargé en 1880, par M. Le Myre de Vilers, gouverneur de la Cochinchine, de remonter le Dong- Naïou Don-Naï. Quittant Bien-Hoa, le D'Neis arriva au bout de trois jours

Le D' HARMAND, né en 1845.

Phot. Carjat.

(1) Vers la même époque, Dutreuil de Rhins fit un levé de la rivière de Hué, établit une carte de la province de Quang-Duc et dressa un itinéraire de Hué à Tourane. M. de Kergaradec, lieutenant de vaisseau, consul de France à Ha-Noï, • fit uno reconnaissance du fleuve Rouge qui confirma les indications fournies par

k Kien ou Hoang-Kien, qui est le premier village des Mois, comme les appellent les Annamites. Arrêté dans sa marche par la maladie, il ne put atteindre les sources du Don-Naï et revint par la province de Binh Thuan. Ce fut seulement dans un second voyage, en mars 1881, qu'il y parvint en la compagnie du lieutenant Septans (I).

Le dernier et le plus important voyage du D' Neis fut celui qu'il accomplit sur le haut Mé-Kong, en 1893. Il partit de Saigon en décembre 1882, ayant pour toute escorte deux interprètes annamites et deux miliciens; il remonta le Mé-Kong jusqu'à son affluent le Nam-Chane, encore inexpioré, et il projetait de gagner Louang-Prabang à travers le pays absolument inconnu de Tran-Ninh, quand il dut, à une faible distance de Xieng- Kouang, se mettre hors de portée des Hos, hordes de pillards chinois qui avaient envahi la contrée. Il gagna alors Louang-Prabang par la voie du Mé-Kong. et il y séjourna huit mois. Il en explora tons les environs, reconnut le Nam-Kan, qui aboutit à Louang-Prabang, puis le Nam-Hou, qui se jette dans le Mé-Kong un peu plus au nord.

Ne pouvant rentrer par le Tonkin, dont la situation politique était très troublée, le D"" Neis choisit, du côté de l'ouest, la voie de Xieng-Maï, sur laquelle un seul voyageur européen, le Norvégien Cari Bock, l'avait précédé. Remontant le Mé-Kong jusque près de Xieng-Sen, M. Neis suivit le Nam-Kok, affluent inexploré du Mé-Kong et parvint à Xieng-Hay. De là, il gagna Xieng-Maï à dos d'éléphant. De La-Khon, il continua son voyage en pirogue jusqu'à Raheng, d'où une jonque l'amena à Bang-Kok, Il se rendit par mer à Chantaboun, d'où il gagna à pied Battambang par la plaine des Saphirs, puis Angkor et Saigon.

Durant ce voyage de dix-huit mois, il n'avait pas parcouru moins de 5 000 kilomètres.

Explorations Aymonier, Delaporte et Fournereau. — De 1879 à 1881, M. Aymonier avait étudié, au point de vue épigraphique, la partie centrale du Cambodge comprise entre les lacs et Stung-Treng. En 1882, il visita les monuments des provinces sétendant du Mé-Kong au Siam. Venant toucher le Mé-Kong à Stung-Treng, il fit un grand détour vers l'est à travers d'épaisses forêts et rejoignit le fleuve à Sambor. Il rapporta àSaïgonen 1883 plus de 200 inscriptions intéressantes

Jean Dupuis. M. Aumoitte, chaneelier du consulat d'Ha Noï, fût le premier qui se rendit à I,ang-Son. MM. Villeroi d'Augis et Courtin explorèrent en l«8i la nvièro Noire, principal affluent de droite du fleuve Rouée. Enfin, en I88i-l88t, M. Fuchs, ingénieur des mines, accomplit une mission d'études géologiques dans diverses parties de l'Indo-Chine, et notamment au Tonkin.

(1) En 1882, MM. Septans etGauroy cherchèrent à passer du bassin du Mé-Kong dans la province de Binh-Dinh, à travers le pays des Ban-HaVs; iis remontèrent le Mé-Kong jusqu'au confluent du Ché-Long, mais parvenus dans le bassin de la rivière Bit, affluent du Sé-Bang-Kban, ils durent rebrousser chemin devant les dispositions hostiles des indigène».

La mémo année, les sources de la Kang-Lé,ou rivière deSafgon, furent décoavertes par le lieutenant d'infanterie de marine Gautier.

pour l'étude des mœurs, de la religion et de l'histoire des Khmers. Au point de vue géographique, la partie la plus intéressante d'un nouveau voyage qui eut lieu au Laos et à Siam en 1883-1884 fut l'exploration du bassin du Sé-Moun ou rivière d'Oubôn, trait d'union entre le Mé-Nam et

le Mé-Kong. . j t^.

Dans un dernier voyage (1884-1885), M. Aymonier, parti de Phan- Xi, dans la province annamite de Binh-Thuan, traversa les provinces de Kh'anh-Hoa et de Phu-Yen, et arriva à Qui-Nhone; mais l'état troublé

du pays mit fin à ses rechercheb.

Sa relation de voyage publiée, Delaporte reprit le chemin de rindo-Chine avec un personnel de mouleurs (1882). Ses nouvelles recherches portèrent sur trois points différents : Angkor et ses environs, le territoire entre Kompong-Thom et Ka-Kéo, enfin les ruines de Bassette, près de Battambang.

Appuyée par M. Le Myre de Vilers, gouverneur de la Cochinchine, la mission put réunir de nombreuses photographies, des relevés, des moulages de grande architecture, que M. Delaporte installa au palais du Trocadéro :

le musée indo-chinois était fondé et la conservation en fut confiée à son créateur (1).

M. E. AYMONIER, né en 1844.

Hhot. Eug. Pirou.

(1) A la demande et conformément aux instructions de M. Delaporte, des missions complémentaires furent envoyées en Indo-Chine : M. Faraut acheva l'exploration du Cambodge central et occidental, découvrit la grande citadelle de Ponteay-Chmar, la pyramide de Préa-Roup, etc. MM. Fournereau, architecte, et Raffegeaud, sculpteur, firent, en 18»7-1888, le relevé fidèle des divers monuments d'Angkor-Vat, Angkor- Thom, Banh-Yong, Préa-Khan, etc., et rapportèrent un très grand nombre de moulages et de photographies, ainsi que les éléments d'un grand ouvrage où M. Fournereau exposa les résultatsde sa mission. Son exploration de 1891-1892 dans le Cambodge siamois fut très fructueuse. Quant à M. Raffegeaud, après avoir, avec l'archiiecie Vildieu, étudié les monuments de l'Annam et du Tonkin, il revint au Cambodge en 1889 ety contracta, lamaladie qui devait bientôt l'emporter (1890). En 1896-97, M. Urbain Basser, sculpteur, visita le Siam, le Cambodge, l'Anram, et en rapporta une belle collection d'originaux et de moulages. Enfin, M. Adhémar Leclère, résident au Cambodge, envoya au musée des statues et pièces d'archéologie. M. Delaporte a donc doté la France d'un riche musée, qu'est venu enrichir la magnifique collection d'antiquités indo-javanaises qui figura à l'Exposition de 1900.

Missions Pavie. — De tous les voyageurs qui ont parcouru l'Indo- Chine, il n'en est aucun, depuis la grande exploration de Doudart de Lagrée et de Francis Garniei', qui ait fait plus pour la connaissance de noire colonie que M. Auguste Pavie, soit par les voyages qu'il a accomplis seul, soit par les missions dont il a eu la direction.

D'abord agent de l'administration coloniale des postes et télégraphes, il fut conduit par ses études pour la pose d'une ligne télégraphique entre Saigon et Bang-Kok à explorer des parties alors imparfaitement connues de la presqu'île indo-chinoise.

En 1880 et 1881, il se rendit à Pnom-Penh, au golfe de Siam, puis à Stung-Treng, surleMé-Kong en passant par Angkor. De 1881 à 1883, il alla reconnaître les routes de louest du Cambodge pour jalonner la ligne de Pnom-Penh à Baltambang et à Bang-Kok; en 1884, il explora la région, presque vierge encore, située entre Bang-Kok, la frontière de Cochinchine et la mer.

Il reconnut aussi, avec MM. Launey et Combaluzier, le terrain d'établissement d'une ligne entre Pnom-Penh et Sambor et de Kompong-Thom à la frontière de Cochinchine. Ces premiers voyages permirent à M. Pavie de réunir les éléments d'une carte qu'il devait compléter par la suite.

Mission de 1886-1889. — Nommé en 1885 vice-consul de France à Louang-Prabang, M. Pavie résolut d'entreprendre une étude plus complète de toute l'Indo-Chine.

Malgré les grandes explorations précédentes, beaucoup de parties de la péninsule restaient encore inexplorées comme la chaîne de partage entre le Mé-Kong et la mer de Chine, qui n'avait été traversée qu'en deux points par la mission Doudart de Lagrée et par le D"" Harmand; il en était de même de la région comprise entre la rivière Noire, le golfe du Tonkin et le Mé-Kong et d'une grande partie de la rive droite du Mé- Kong.

De Louang-Prabang, où il arriva en février 1887, M. Pavie chercha k gagner le Tonkin par le Nam-Hou et le Nam-Ngoua, mais la révolte des Hos

M. Auguste PAVIE, né en 1847.

Phot. Courret.

Le capitaine Lunet de Liùonqaiëre, an nom de l'Ecole française d'extrAma Orient, a établi la carte archéologique et préparé le classement des monuments khmers. (V, Comptes rendus de VAcad.des inscriptions et belles-lettres, Zljuin 1901.)

l'obligea à rebrousser chemin, et il rentra, le 10 mai, à Louang-Prabang.

En janvier 1888, il repartit du côté du Tonkin pour rejoindre le colonel Pernot qui marchait sur la rive droite de la rivière Noirn ; il atteignit Dien- Bien-Phu le 14 février, trouva le 19 la colonne expéditionnaire àThouan- Giao et monta jusqu'à Laï-Chau. Il regagna Louang-Prabang par les vallées de Nam-Laï, du Nam-Ngoua et du Nam-Hou.

Rejoint ensuite par le capitaine Cupet, M. Pavie se remit en route avec lui le 6 avril. Ils gagnèrent d'abord Muong-Ngoï, sur le Nam-Hou, le premier par eau, le second par terre; puis, en trente-six jours, du 12 avril au 7 mai 1888, ils se rendirent par Muong-Son et Muong-Het à Takoa, sur la rivière Noire, en franchissant le haut plateau qui forme le faîte entre le Song-Ma et la rivière Noire. Tandis que M. Pavie revenait par eau à Ha-Noï, le capitaine Cupet retournait à Louang-Prabang par le Tran-Ninh, effectuant un nouvel itinéraire de 210 kilomètres (1).

Dans deux nouvelles expéditions, le capitaine Cupet reconnut le versant occidental de la chaîne de partage, et, en novembre de la même année, le massif montagneux du Po-Loï, entre le Mé-Kong et le golfe du Tonkin. Enfin, l'année suivante, il entreprit l'étude des voies de communication amorcées avec l'Artnam. Parti de Louang-Prabang le 13 janvier 1889, il traversa la région des Hua-Panh-Ha-Tang-Hoc, et atteignit le Song-Ka, fleuve de Vinh, dont il reconnut le cours navigable sur une longueur de 550 kilomètres (2).

Mission de 1889-1891. — Celte nouvelle mission fut organisée après le retour en France de M. Pavie en 1889, dans le but de compléter l'étude du pays compris entre Louang-Prabang et le Cambodge, et d'autre part entre cette ville et la Chine. M. Pavie emmenait avec lui M. Lefèvre- Ponlalis, attaché d'ambassade ; le capitaine Cupet, les lieutenants Cogniard, de Malglaive, Rivière, Dugast, le pharmacien militaire Massie, deux naturalistes, M. Counillon et M. Félix Le Dantec, docteur es sciences; MM. Lugan et Molleur, commis de résidence ; enfin M. Macey, délégué du syndicat français du haut Laos (3).

La mission se divisa en deux groupes : le premier, sous la direction de M. Pavie, opéra vers le nord, et le second, que conduisait le capitaine Cupet, vers le sud. L'un et l'autre avaient pour objectif Louang-Prabang.

Le groupe dirigé par M. Pavie avait pour programme de se rendre du Tonkin en Cochinchine par la l'ivière Noire et le Mé-Kong; il parvint au Cambodge en août 1890. Revenu au Tonkin, M. Pavie en repartit en janvier 1891 avec MM. Lefèvre-Pontalis et Vacle pour explorer les pays

(1) De son côté, le lieutenant Nicolon reconnut, du 8 juin au 10 juillet, les territoires de la rive droite du Nam-Hou.

(2) Il convient de signaler aussi la mission accomplie par M. Camille Gauthier pour l'étude des voies commerciales de l'Indo-Chine. Parti de Bang-Kok, à la fin de 1887, il remonta le Mé-Nam jusqu'à Fang, limite de la navigation à vapeur sur ce fleuve, où il rejoignit M. Pavie, avec qui, après une marche très pénible, il par. vintà Nan, d'oii il gagna le Mé-Kong à Louang-Prabang.

(3) M. Macey -dirigea pendant deux ans, de 1889 à 1891, d'importantes missions commerciales jusque dans le Sip-Song-Chu-Thaï et le haut Laos.

chans ; il fut rejoint à Xieiig-Hong par MM. Massie et Macey. Tandis que ses compagnons revenaient par des voies diverses, M. Pavie pénétra par Mouong-Lé sur le territoire chinois et atteignit Man-Hao, sur le fleuve Rouge, ayant accompli dans le Yun-Nan un itinéraire tout nouveau.

Le capitaine Cupet, à la tête du second groupe, devait gagner Louang- Prabang en se rattachant aux points extrêmes atteints déjà par lui en 1887-1888 et lever le terrain compris entre la côte et le Mé-Kongà la hauteur de La-Khon.

M. Cupet et ses collaborateurs reconnurent le Kam-Mon, le Tran- Ninh et les territoires de la rive gauche de l'ancien Vien-Tian. Des reconnaissances furent faites aussi sur la rive droite du Mé-Kong eten Annam, sur les deux versants de la chaîne de partage, depuis la Cochinchine jusqu'à la hauteur de Quang-Tri. La longueur totale des itinéraires levés par ce second groupe est de 6 500 kilomètres en terrain entièrement nouveau, dont 4 000 par terre et le reste par eau.

De son côté, le capitaine de Malglaive relia La-Khon à Dong-Hoï, et Saravan à Hué, compléta le levé du Se-Bang-Hien et traversa. le plateau des Boloven, jadis visité par le Df Harmand. D'Attopeu, le capitaine ayant trouvé la route de l'Ànnam fermée par l'hostilité du gouverneur de Bassac, descendit le Sé-Kong et arriva à Stung-Treng. Les itinéraires, pour la période du 14 octobre 1890 au 15 avril 1891, ont un développement de plus de 2 200 kilomètres dans des régions neuves.

L'œuvre d'exploration de la mission Pavie, pendant la campagne de 1889-1891, est la plus considérable et la plus complète qui ait été accomplie en Indo-Chine.

Mission de 1894-1895. — M. Pavie repartit en 1894; au départ de Bang-Kok, le 24 mars 1894, sa mission comprenait cent dix personnes, tant Français qu'indigènes.

Elle remonta le Mé-Nam, mais les eaux basses ralentissant la navigation, elle n'arriva à Pitchaï que le 15 avril, et le 4 juin, àLouang-Prabang en passant par Xieng-Haï et Xieng-Sen. M. Pavie chargea MM. Lefèvre- Pontalis et Macey de remonter le cours du Mé-Kong et de continuer la mission par le Sip-Song-Pana pour aboutir au Tonkin. Les deux explorateurs remontèrent, pour la première fois, le Nam-Ta, affluent de gauche du Mé-Kong et visitèrent le district de Louang-Pouka, oii aucun Européen n'avait jamais pénétré.

Après avoir reconnu, au delà de la chaîne de partage des eaux du Nam-Ta, les origines d'une rivière importante, le Nam-Pa, visité Takié et les bords pittoresques du Nam-Ko, l'expédition se dirigea par une route nouvelle et pénible à travers les marécages et les fondri'ères vers Laï- Chau, qu'elle atteignit le 21 novembre. L'expédition avait, en huit mois, traversé le Siam du sud-ouest au nord-est et relié le Mé-Nam à la rivière Noire par un itinéraire nouveau en plusieurs de ses fractions.

L'œuvre brillante des membres de la mission Pavie se poursuivit en 1895, et servit de base à la conclusion de deux conventions internationales modifiant, dans une certaine mesure, les frontières de nos possessions du haut Laos. La mission eut à prendre sa part des travaux d'examen et délablissement de la nouvelle frontière. MM. Lefèvre-Pon-

talis, le lieutenant Thomassin et le D' Lefèvre explorèrent la région comprise entre les sources du Nam-HouetMuong-Sin, M. Pavie parcourut une partie du territoire des Sip-Song-Pana, les lieutenants Mailluchet et Oum furent chargés de dresser la carte à partir de la rivière Noire. Enfin des levés furent faits sur les deux rives du Mé-Kong, de Xieng-Kheng à Xieng- Khong.

Exploration du Mé-Kong. — L'expédition Doudart de Lagrée avait conclu à la non-navigabilité du Mé-Kong; aussi, pendant longtemps, même après les explorations des D" Harmand et Neis, ne crut-on pouvoir jamais compter sur cette voie de pénétration. Cependant, en 1884, le gouverneur de la Cochinchine française, M. Thomson, autorisa M. de Fésigny, lieutenant de vaisseau, à tenter une campagne hydrographique; en août 1885, cet officier remonta le fleuve, sur la canonnière la Sagaie, jusqu'au nord de la grande île Ka-Lomien, et arriva en face de la barrière d'îles de Préapatang, sans pouvoir la franchir. Mais le commandant Réveillère y parvint avec un torpilleur (8 septembre) et poussa jusqu'à Strung-Treng; quelques jours après, la Sagaie passait l'obstacle à son tour. En 1886, le commandant Réveillère, sur la chaloupe Préapatang, et le lieutenant de vaisseau de Mazenod, sur V Étincelle, remontèrent et redescendirent les mêmes passes, qui furent franchies de nouveau en 1889 par le lieutenant de vaisseau Heurtel sur l'aviso VAlouetle, puis sur le Cantonnais, des Messageries fluviales de Cochinchine.

La cataracte de Khône, au delà de Stung-Treng, avait bien été franchie en 1886 par Doudart de Lagrée; mais, tant que les rapides du bas Mé-Kong ne l'avaient pas été, la découverte n'avait pas eu de conséquences importantes. Les chutes de Khône furent de nouveau remontées par le D' Mougeot et par MM. Pelletier et Fontaine en 1890. Des études d'hydrographie furent faites par l'enseigne de vaisseau Guissez sur V Argus, ainsi que par M. Robaglia, lieutenant de vaisseau, en 1893.

La même année, les deux canonnières le Massie et le La Grandiere furent dirigées sur Khône, afin de poursuivre au delà des rapides l'étude bydrologique du grand fleuve. Le lieutenant de vaisseau Simon, chef de cette mission, et les enseignes de vaisseau Le Vay et Pi firent l'hydrographie du Mé-Kong sur une longueur de 2 500 kilomètres et s'arrêtèrent, en 1895, aux cataractes de Tang-Ho, bien au delà de Louang-Prabang, par 2004O' de latitude.

Les eaux étant basses à ce moment, M. Simon avait pu croire que ces rapides seraient infranchissables. Cependant, il laissa à son successeur, l'enseigne de vaisseau Mazeran, quelques indications qui permirent à celui-ci d'affronter la passe. M. Mazeran franchit, non sans peine, avec trois pirogues, les rapides de Tang-Ho, et au bout d'une dizaine de jours, il parvint à Xieng-Kok, près de Xieng-Lap.

Explorations dans l'Annam.— M. Pavie et ses collaborateurs avaient considérablement accru nos connaissances sur toute la presqu'île indo-chinoise; cependant quelques régions étaient restées

encore inexplorées, particulièrement dans l'Annam, où nous avons à signaler quelques voyages importants.

Le D' Yersin, ancien élève de l'Institut Pasteur et médecin du corps de santé des colonies, fit en 1892, une première exploration dans la région des sources duDong-Naï et de la ligne de partage des eaux qui sépare le fleuve de Saigon du Mé-Kong; il parcourut le massif de Lang-Bian et le pavs de la tribu farouche des Bis, dans le bassin supérieur du Dong-Naï.

En 1894, le D"" Yersin entreprit à nouveau l'exploration du massif montagneux qui sépare ce dernier fleuve du Sé-Bang-Khan. Accompagné seulement de deux boys annamites, il réussit à traverser les territoires de peuplades extrêmement belliqueuses et sauvages, telles que les Moïs Bis, Benongs, Peunongs. Il reconnut les sources du Dong-Naï, rapporta une carte exacte du cours complet du Sé-Bang-Kban et relia les itinéraires du D^ Neis et du capitaine Cupet aux siens propres.

C'est à l'année 1893 que remonte un voyage accompli par M. C.-E. Bonin, chancelier de la résidence de Than-Hoa (Annam), de Tourane à Stung-Treng par la rivière d'Attopeu. M. Bonin, qui avait déjà fait un long séjour chez les Muongs de la rivière Noire et un voyage au pays des Mois, avait reçu la mission de trouver une route praticable entre la baie de Tourane et le Mé-Kong. Il quitta Tourane le 6 mars 1893 pour remonter le Song-Kai et son affluent le Song- You. Le 21 mars, après avoir traversé des forêts vierges, il atteignit la ligne de partage des eaux et bientôt la source de l'Attopeu sur le versant laotien; pour la première fois, il en suivit le cours depuis la source jusqu'au confluent avec le Mé-Kong. Ce voyage nous renseigna sur les pays moi et lao, et sur l'hydrographie de ces régions.

L'année suivante (septembre 1894), M. Debay, officier d'infanterie de marine, se dirigea de Tourane vers les mêmes régions à la recherche d'une route plus facile que celle qu'avait prise M. Bonin. Ayant essayé plusieurs passages, il en découvrit un de 30 ou 40 mètres d'élévation seulement, et, par la vallée du Poyo ou Sé-Kénam, il atteignit Attopeu. Une excursion à Pakéo, dans le sud-est, lui fit découvrir la rivière Sé- Souk, affluent du Sé-Kénam, inconnue jusqu'alors.

C'est aussi de Tourane que partit, en 1895, M. Etienne Mercié, enseigne de vaisseau, avec une chaloupe à vapeur démontable, la Fourmi, qu'il se proposait de lancer, après lui avoir fait passer par pièces la chaîne de l'Annam, sur un des affluents de gauche du Mé-Kong, afin d'atteindre le fleuve en amont des chutes de Khône. Au prix d'efforts inouïs, il fit franchir aux diverses pièces de la chaloupe la région montagneuse qui forme le partage des eaux. La Fourmi, remontée à Lao-Bao, fut lancée sur la Sé-Tchépone. Une série de rapides ayant été franchis, le succès final allait couronner l'entreprise, lorsque, le 25 septembre, aux rapides de Sématch, le dernier obstacle sérieux qui la séparait du Mé-Kong, la Fourmi fut entraînée dans les chutes et se perdit irrémédiablement. M, Mercié fut rejeté sur le rivage, où des indigènes lui portèrent secours.

M. J.-M. Bel, ingénieur des mines, explora en 1897, accompagné de M"" Bel, une partie du massif montagneux de l'Annam. Débarqué à Qui-Nhone (province de Binh-Dinh), il pénétra dans le pays des Moïs,

franchit la chaîne principale par 900 mètres et arriva à Kon-Toum, chez les Ban-Hars. Par Attopeu, sur le versant est du plateau de Boloven, il atteignit le Sé-Kong qu'il descendit, ainsi que le Mé-Kong, pour atteindre Pnom-Penh, relevant toutes les altitudes et recueillant des échantillons qui lui permirent de fixer quelques traits de la géologie de ces régions.

Gustave Reqelsperger.

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