‹ Les colonies françaisesChapitre 6 sur 99 · COLONIES IL · texte numérisé non relu

COLONIES IL

cation morale. Elle reprenait donc bientôt place sur son trône. On lui apportait alors de l'eau du bain dans une corne de bœuf. Les assistants se présentaient à tour de rôle à ses pieds, et elle leur mouillait légèrement la tête avec ses doigts trempés dans la corne. Elle parcourait ensuite la salle, aspergeant tout le monde de Veau lustrale. Elle faisait même le tour du palais, aspergeant les troupes qui présentaient les armes. Revenue sur son trône, elle mangeait le premier riz, faisait le premier repas de la nouvelle année, le Jaka. En dernier lieu, des étrangers, les représentants rivaux des catholiques et des protestants, étaient admis à la cérémonie, et ils en étaient des spectateurs un peu indiscrets. Avant l'époque de leur admission, le jaka était pris en commun familialement, et chacun recevait un peu de riz, avec du miel et du bœuf de l'année précédente. Pendant ce temps, au dehors et dans tout le pays, les enfants et les jeunes gens, portant au bout d'un bambou une torche allumée, parcouraient les rues et les rizières en chantant et en appelant les bénédictions du ciel sur la nouvelle année. Je passe sur tous les détails accessoires. Mais une description complète de cette fête, dont on a tant parlé sans la comprendre, mériterait d'être conservée. Ainsi on faisait des sacrifices de bœufs sur les tombeaux et, comme à la Pâque juive, on répandait de leur sang sur le linteau et le montant des portes. Dans les colonies de blancs qui existaient du temps de Placourt, parmi les Zafibrihama ou descendants d'Abraham, encore représentés à l'île Sainte-Marie, il y avait des juifs. Ils chômaient le samedi et pratiquaient la circoncision sans être musulmans. Les Hovas, à leur arrivée, ne connaissaient pas l'usage du bœuf, ou le dédaignaient. La tradition a conservé le souvenir des circonstances où un de leurs rois (Ralambo, 1587) les a presque obligés, par ses recommandations, à le faire entrer dans leur alimentation. Ce ne sont donc pas eux qui l'ont introduit à Madagascar. Il n'a pu, d'ailleurs, y être mené de l'Indonésie, où ne se trouve pas la même variété et oîi il n'a pour ainsi dire pas de rôle dans l'alimentation; encore moins de l'Inde. La présence de ce bœuf à longues cornes à Madagascar, que nous avons rapproché du sanga du pays des Gallas (Zaborowski, Origine et caractère des Hovas, p. 41), présence peut-être ancienne d'après des restes trouvés dans le sol, son élevage en grand dans tous les pâturages de l'île, les habitudes carnassières répandues avec lui, sont pour nous autant de preuves de relations également anciennes avec l'Afrique orientale. Nous en dirons autant de la coutume de la circoncision. Toutes les peuplades de Madagascar se circoncisent. Et c'est pour elles l'occasion d'une fête annuelle célébrée avec beaucoup de pompe, et d'une façon absolument indépendante du mahométisme. Chez les Hovas eux-mêmes, cette fête avait lieu tous les sept ans, sur une prescription solennelle émanée du souverain. C'était même pour eux la fête par excellence. Elle durait deux mois et l'année était jubilaire. La dernière prescription royale relative à la circoncision date de 1869, année de l'établissement officiel du méthodisme anglais. Les partisans des anciens usages ne la pratiquent plus qu'à la dérobée, au milieu d'un groupe choisi de parents et d'amis. Mais elle a conservé toute son importance en dehors du pays hova soumis à l'influence des missionnaires, importance telle que Flacourt pouvait dire, au

xvn^ siècle, qu'elle conslituait tout ce qui pouvait représenter la religion chez les Madécasses. On a vu que, si des détails de la cérémonie peuvent

passer pour arabes, il en est aussi de très particuliers qu'on observe chez

les Cafres Béchuanas {La CUxoncision en Afrique et à Madagascar, 1896).

Les Hovas avaient cependant, avant rintronisation du protestantisme,

ÎOO MADAGASCAR

tin culte national que leurs souverains ont longtemps défendu, même par la violence, comme la base de leur puissance, car ils en étaient les grands prêtres. Ce culte, au fond, était fétichique et s'adressait à de grossières idoles, dont certaines, on l'a vu, étaient empruntées aux Betsiléos.

A l'origine, les Hovas construisaient des cases du même genre que celles des Betsimisarakas. Et, au milieu de notre siècle, il y avait encore à Tananarive même pas mal de maisons en bois. Mais, par l'effet de la <îulture du riz, leur territoire et une partie de celui des Betsiléos ont fini par être entièrement déboisés. On n'y voit pas un seul arbre. Un petit paquet de bois à brûler coûtait aussi cher à Tananarive qu'un kilogramme de riz blanc décortiqué. Toute construction en bois était <lonc devenue impossible. A notre arrivée, les habitants de Tananarive savaient déjà fabriquer et cuire avec de la tourbe des briques et des tuiles, ■et construire des maisons à étages à la mode européenne. Mais la véritable case indigène ét^t et est encore en argile séchée. Elle a environ ^ mètres sur 4 et se compose de deux pièces surmontées d'un grenier plus ou moins habitable dont le toit est de chaume. Hovas et Betsiléos malaxent l'argile extraite à côté même de la case à construire et la disposent •en élévation. Après avoir établi une première hauteur de 50 centimètres, ils attendent que ce mortier soit séché ; ensuite ils recommencent et superposent à la première une seconde hauteur de 50 centimètres. Ainsi de suite. Les murs ainsi édifiés, les Betsiléos les crépissent d'argile délayée avec de la bouse de vache. La première pièce sert la nuit aux animaux •domestiques, y compris les porcs. La seconde pièce, où couche la famille, est garnie de nattes, qu'on recouvre au besoin d'autres nattes, mais qu'on n'enlève jamais. Son séjour est presque intolérable pour des Européens, à cause des parasites qui y grouillent. Le mobilier, en dehors des rouleaux de nattes, se compose de cruches à eau, de pots pour cuire le riz, de calebasses et de caisses de bois pour les vêtements. Une tige de fer fichée dans l'âtre supporte une cupule remplie de graisse rance dans laquelle brûle un chiffon de coton. C'est la lampe malgache. Imitateurs empressés de tout ce qu'ils voient, les Hovas riches ont depuis longtemps adopté «ne partie du mobilier européen. Nos boîtes à musique ont eu auprès d'eux un succès énorme. De même, ils ont adopté, dès qu'ils l'ont pu, le costume européen. Depuis notre conquête, beaucoup de petites industries indigènes ont donc disparu, par suite de cette préférence pour nos produits. Mais, au fur et à mesure qu'on descend l'échelle sociale, le nombre des pièces du costume européen en usage diminue. La chose dont on se passe tout d'abord, c'est le paletot, la veste. Le gilet est ensuite sacrifié. Le lamba indigène suffit, en effet, à remplacer ces deux vêtements; le lamba, toutefois, est remplacé lui-même souvent par une couverture de fabrication européenne. Enfin, on se prive même du pantalon. Les jeunes gens en particulier se contentent parfaitement de simples caleçons, de bas de laine et de souliers de toile. Les artisans sont souvent même sans pantalon et sans caleçon et se contentent alors de la chemise de couleur. Au bas de l'échelle viennent les porteurs de filanjane, les borizana. Pour eux, ils n'ont pas renoncé à la quasi nudité indigène : ils ne portent avec le seldik et le lamba autour des reins que notre chapeau de paille, depuis

longtemps en usage jusque parmi les Sakalaves. Ce sont d'ailleurs des nègres. Le seidik serre la taille et descend jusqu'au genou. Le lamba est

une pièce d'étoffe plus grande qu'on drape comme un manteau en rejetant un des pans sur l'épaule droite, ou comme un châle. Les lambas en soie ne trouvant plus que peu d'acheteurs, on les fabrique surtout avec

•du fil de chanvre assez grossièrement apprêté. Chacun de ces lambas -représente un mois de travail d'ouvrière, et il ne se vendait néanmoins que 3 fr. 75.

La base de l'alimentation est toujours le riz. Pour le cultiver, les Hovas ont su créer des rizières jusque sur les coteaux et vallons élevés, lis retournent le sol argileux, durci par la sécheresse, à l'aide de longues bêches et onti-ecours à des irrigations pour l'ameublir. Ce sont les femmes qui repiquent les plants venus de semis à proximité des villages. Les racines sont maintenues sous l'eau jusqu'à la maturité. Une fois mûr, le riz est coupé avec de grossiers couteaux, et c'est à la main, en frappant les gerbes contre une pierre, autour de laquelle une aire battue a été préparée, qu'on sépare le grain de la paille. Le décortiquage est opéré par les femmes à l'aide de pilons dans de grands mortiers de bois, comme en Afrique et en Indo-Chine. Dans la région moins peuplée et plus pauvre du sud de l'Imérina, la culture du manioc a remplacé en partie celle du riz. Plus au sud encore, dans le territoire riche en humus qui est sur la route de Pianarantsoa, la culture du maïs est aussi très répandue. Les pommes de terre elles-mêmes, introduites depuis peu de temps, sont cultivées en plus d'un endroit. Dans les environs de Tananarive on trouve la plupart de nos légumes usuels, mais surtout le pé-tsdi ou chou de la Chine. Notre farine de froment et notre pain sont naturellement aujourd'hui connus à Tananarive, mais ils y sont encore très coûteux. En dehors du bœuf, du porc, de la volaille consommée en grande quantité, le mouton indigène compte, dans l'alimentation. Mais il est de qualité médiocre.

La piastre mexicaine, en usage autrefois en Cochinchine, était la base du système monétaire des Hovas. Mais ils préfèrent depuis longtemps notre pièce de 5 francs, surtout celle à l'effigie de Louis-Philippo, qu'ils coupaient en morceaux, pesés à l'aide de poids en fer poinçonnés, suivant les besoins de leurs achats.

Les Hovas avaient volontairement adopté par calcul, par ambition et pour prévenir la conquête de leur pays, l'organisation politique et administrative des États européens. Mais, malgré leur intelligence et leur souplesse, ils n'ont jamais eu le moyen de l'implanter complètement et profondément.

Ils n'avaient pas d'impôts bien réguliers, pas de finances, et par conséquent pas d'armée sérieuse ni de fonctionnaires intéressés au bien public. Leur européanisation était un décor. De même pour leur religion officielle. Le protestantisme qu'ils avaient adopté était tout extérieur. C'était un peu un simulacre, bien que des Hovas aient subi la persécution pour lui.

Dans leurs croyances il y a deux éléments, l'un importé de l'extrême Orient, l'autre essentiellement africain et en partie mahométan. Nous avons vu que la fêle du bain, lai circoncision se rattachent bien indubitablement aux influences africaines et arabes. Tels sont encore : lusage du poison dépreuve, du tanghiiin, qui fut tellement en honneur chez les Hovas eux-mêmes, qu'un de leurs rois (Ranavalona l") fit périr par lui 45 000 personnes, et ceux des Ody, fétiches ou grisgris des nègres et du serment de sang; le recours au sort par le sikidy, opération qui consiste

LES POPULATIOxNS

à jeter sur le sol des graines ou du sable et à prévoir l'avenir d'après leur arrangement, pratique surtout arabe; la répartition des jours en jj/'optce* et en néfastes. Chez les Sakalaves, les enfants nés le mardi, jour noir, sont abandonnés.

Un homme né en septembre est dans leurs croyances une cause de ruine pour ceux qui l'entourent. Ils étouffent l'enfant né dans ce mois ou lui coupent quelques doigts des pieds et des mains. On a assimilé le /"ady malgache au labou polynésien. Ils sont du moins comparables. Le tabou polynésien est un interdit frappant les personnes et les choses souvent dans un but d'utilité publique, dans l'intérêt d'une certaine morale ou au profit des chefs, s'entendant pour cela avec les sorciers. Le fady malgache paraît en rapport surtout avec les prescriptions religieuses du mahométisme. Ainsi les Malgaches en général qui, à paît les Hovas, n'ont vu dans le mahométisme qu'une loi interdisant de toucher au chien et de manger du porc ont adopté toutes ses interdictions, sauf celles concernant les boissons alcooliques. Or, ces choses interdites sont précisément les choses fady.

Et cette circonstance que la coutume du fady est justement la moins répandue chez les Hovas, dont l'origine malaise est certaine, ne

permet pas de la rattacher au tabou polynésien. Le fady, chez les Sakalaves, s'étend non seulement aux actes, mais aux noms, aux mots, aux syllabes. Le nom des morts est pour eux fady. Et les syllabes de ces noms ne peuvent plus être prononcées dans les mots où elles entrent en composition. Cela les conduit à changer, après la mort de chefs, jusqu'aux noms de l'eau ou du soleil, qu'ils désignent par une image. En cet usage réside un principe d'altération, de transformation rapide de leur langue.

Dans les conceptions plus métaphysiques des Hovas, nous retrouvons encore, comme dans le culte des ancêtres, les influencesoriginaires indo-malaises. Leurs propres traditions veulent qu'ils aient dépossédé un peuple d'autochtones, les "Wazimbas. Ces Wazimbas, dont le nom se serait conservé

Chef sakalave.

chez des tribus duMénabé, élevaient, a-t-ondit, desdolmens, destumulus, et les Hovas désignent sous le nom de tombeaux des Wazimbas des amas de pierre et jusqu'à des roches naturelles des sommets où ils se seraient autrefois réfugiés. Mais on n'a rien retrouvé sous ces roches et des amas de pierres ont été formés par les passants faisant l'offrande de cailloux à l'esprit des lieux. Les Wazimbas sont devenus des esprits mystérieux étendant leur action redoutable de dessous les pierres. Mais tous les morts survivent près de leurs tombeaux sous forme de fantômes comparables à nos génies et à nos fées. Nous avons déjà résumé ces

^^WBI

Betsimisarakas.

conceptions qui sont communes dans l'Indonésie, l'Indo-Ghine (Malgache, Nias, Dravidiens. Bullet. Soc. d'Anthrop., 1897, p. 93). « Tout être, tout objet a une ombre. A Tentour de l'ombre, il y a quelque chose de moins obscur, la pénombre, miroa (le double). Pour certains, miroa, c'est toute l'âme. Mais il y a quelque chose de plus subtil encore que l'ombre et la pénombre: c'est la demi-clarté vaporeuse qui entoure celle-ci. On l'appelle ambiroa, le surplus du double. L'idée d'aw^iroa s'est imposée aux Hovas comme une raison meilleure des faits. La maladie est en effet pour eux un dérangement de l'ombre. Et ils ont bien vu qu'on pouvait être malade sans perdre son ombre. Quant à ambiroa, si difficile à voir, on peut du moins la perdre sans pouvoir s'en assurer, avantage inappréciable pour les sorciers guérisseurs. Un sorcier passant près de quelqu'un peut lui ravir son âme en mettant le pied sur son ombre et sa pénombre. L'âme du mort, comme celle du malade, est donc (ou du

moins était) pour la généralité ambiroa. On l'appelle plus souvent matoatoa, fantôme de Félre, ou avelo, ce qui entre dans la nuit. Matoatoa a une vie réduite, se nourrissant de l'esprit des aliments qu'on lui offre. L'esprit des malfaiteurs, sous un nom particulier, angatra, joue le rôle de nos génies malfaisants.

L'esprit des sorciers, Mo, n'est pas moins funeste. Matoatoa, séparée du corps pendant les maladies, a toujours abandonné celui-ci lorsque la mort survient. Dbabilude elle s'échappe un an ou treize lunes auparavant.

La cruche sacrée d'Ambodinisiny.

Elle partie, restent encore aïna et satna, qui peuvent être confondues. Aïna est plutôt Vhaleine, la dernière haleine et saina, le souffle du cœur, le principe dévie. L'une et l'autre se dissipent à la mort.

La propagande religieuse des missionnaires européens s'est superposée à ces conceptions, qui ne manquent pas d'ingéniosité et de sens. Elle les a assurément en partie détruites ou réduites à l'état de vagues superstitions. Elles n'en méritent pas moins d'être retenues, et nous avons montré quelles similitudes elles offraient avec celles encore en honneur chez les Nias.

11 est supposable que les Hovas avaient à l'origine des tombeaux et des cimetières comme ceux des Betsimisarakas et gardaient longtemps leurs morts dans leurs maisons. Les tombeaux que nous leur connaissons aujourd'hui rappellent les dolmens par leurs cryptes souterraines,

formées de dalles de pierre. Ils sont surmontés d'ailleurs, au moins pour les grands, dont les bières sont faites en argent (50 000 pièces de cinq francs ont été employées pour celle de Rasohérina], d'une terrasse maçonnée qui supporte une maisonnette. Celle-ci est l'habitacle de l'ombre, de Maloatoa. Des offrandes y sont faites à l'esprit du mort. Et dans des fêtes périodiques on s'efforce de se le rendre favorable. Mais dans les aspersions et purifications qui suivaient ces funérailles indomalaises se retrouvait la trace des influences de l'Afrique sémitique.

Betsiléos. — La pénétration réciproque qui s'est opérée entre Hovaset Betsiléos ne permet plus peut-être d'établir une démarcation tranchée entre eux. Il semble indubitable que les Betsiléos ont du même sang que les Ho vas. Mais ils ont été décrits bien différemment et nous ne croyons pas qu'on trouve aujourd'hui parmi eux des individus du type hova pur à cheveux droits et raides. Ils n'ont pas les formes pleines des races jaunes. Leurs membres inférieurs sont habituellement maigres et ceux qui ne sont pas noirs sont petits (Voy. Revue Encyclopédique, 1900, p. 841). Nous admettions donc la présence parmi eux d'un élément malaisoïde comme celui du sud de l'Inde. Ils sont d'ailleurs comme ces Dravidiens, cultivateurs paisibles, se nourrissant presque exclusivement de végétaux. Peut-être faut-il même leur attribuer l'introduction à Madagascar du riz, dont ils sont restés les principaux producteurs (V. Malgaches, Nias, Dravidiens. Bullet. Soc. d'Anthr., 1897, p. 85). Ils bâtissent leurs maisons comme les Hovas, mais ils les ornent extérieurement de bois sculpté. Ils sont les auteurs de toutes les pierres levées de l'Imérina et en particulier de celles encadrées de bois sculpté, lesquelles rappellent l'art indien. Leurs pierres dressées fontsongeraux obélisques égyptiens et peutêtre ont-ils reçu directement ou indirectement quelque chose de l'Afrique orientale. Ils se sont d'ailleurs abondamment infusé du sang noir par leur mélange avec les Baras, leurs voisins du sud. Leur teint varie du jaune clair au noir le plus foncé. Il y a parmi eux une proportion élevée de vrais nègres. Et ils ont été par les Baras en contact indirect avec les Antanosy. Mais des particularités très singulières de leurs mœurs les rattachent cependant aussi.à l'Indonésie.

Les Betsiléos élèvent des pierres en commémoration de ceux des leurs qui ont péri au loin. Il y en a qui sont contemporaines. Certaines d'entre elles restent l'objet d'un culte, comme les soi-disant tombeaux des Wazimbas. On les frotte de graisse. On jette des cailloux à leur sommet pour consulter le sort. Si ces cailloux y restent, c'est un présage heureux. Les plus pauvres portent des lambas de rabane, c'est-à-dire en fibres de l'aphia tressées, qui durent au moins autant que la vie.

Anlankares. — Les Antankares présentent la plus grande similitude avec les Comoriens. Leurs physionomies accusent des mélanges multiples et ils s'identifient d'un côté aux Sakalaves et de l'autre aux Betsimisarakas. Leur pays, comme les Comores, a toujours été sous le rayon d'action du commerce des Arabes avec l'Afrique et les Indes. Les mêmes éléments s'y sont rencontrés et plus ou moins confondus. Eux-mêmes ont été depuis un temps immémorial en relation avec les Comores, oia ils émigrent, de même que les Sakalaves et les Betsimisarakas ; beaucoup d'entre eux

en sont originaires, comme en fait foi une de leurs traditions. L'élément distinctif parmi eux, de même qu'aux Comores, c'est celui des Souahélis, nègres arabisés de la côte de Zanzibar, (^hez de grands individus maigres quoique noirs, le sang arabe se reconnaît du premier coup d'œil. Ils ne s'éloignent pas pour cela beaucoup des Sakalaves du Nord, dont ils ont les maisons, portent le costume, suivent les mœurs, car ils sont comme eux grands éleveurs de bœufs. Ils ont été en contact avec des Européens plus tôt qu'aucun des autres peuples malgaches. Certaines de leurs cou-

Cimetière betsimisaraka.

tûmes d'ailleurs n'en sont pas moins d'origine indienne et même indonésienne. Ainsi leurs femmes ont souvent un trou à la narine droite comme les Comoriennes pour l'orner d'un anneau, d'une fleur, d'un bouton de métal. C'est un usage indien introduit jusqu'en Afrique par les Arabes. L'usage de se percer et de s'étirer le lobe de l'oreille, qui se rencontre aussi parmi eux, chez les Bétanozanes et aux Comores, a la même origine. Les Antankares exposent les corps de leurs morts sous des hangars où ils se dessèchent lentement pendant qu'on brûle des résines dans des coupes. Leurs restes sont ensuite placés dans un tronc d'arbre creusé et recouvert d'un morceau de bois taillé en forme de toit. Pour les chefs, on réalise la momification en recouvrant le cadavre d'herbes aromatiques et de sable chaud. Les liquides qui s'en écoulent sont recueillis dans des pots par les esclaves de ces chefs, et de ces liquides putrides ils frottent de temps

en temps leurs propres membres. De telles pratiques sont originaires des îles de la Sonde.

lietsimisarakas. — C'est habituellement sous les traits des Betsimisarakas qu'on se représente les Malgaches en général, car ils ont été les plus souvent visités et les plus souvent décrits. Leur capitale, Tamatave, est restée jusqu'à nos jours le centre des relations de l'île entière avec l'étranger, et c'est par leur pays qu'on a de tout temps pénétré dans l'Imérina, sur tous les plateaux de l'intérieur. Des blancs ont fait souche dans leur pays il y a longtemps. Ils sont laids, surtout à cause de leur nez, fort et saillant du bout élargi, mais écrasé à la racine, et de leurs cheveux crépus ou crépelés, longs et bouffants. Il n'y a pas de jaunes parmi eux, ni de gens à cheveux droits : et ce ne sont cependant pas de vrais nègres. On les a assimilés aux Papous de la Malaisie (Grandidikr). Il y a parmi eux plus encore que parmi les Hovas, des preuves de relations avec les îles de la Sonde. Il est manifeste que leurs côtes, que les courants marins unissent aux archipels du sud-est de l'Asie, ont reçu à maintes reprises des émigrants plus ou moins volontaires de la Malaisie, avant et depuis l'arrivée des Hovas. Parmi cesémigrantsy eût-il des noirs de la Papouasie ?Nous ne voulons pas le nier. Mais les caractères des Betsimisarakas s'expliquent aisément par un métissage d'Indo-Malais avec des noirs primitivement établis à Madagascar ou introduits de la côte d'Afrique par le commerce des esclaves qu'y ont fait jusqu'à nos jours les Arabes. Leur tignasse souvent en vadrouille est ce qui les distingue le mieux des Hovas. Mais leur morphologie crânienne est autre également, et cette morphologie, autant qu'on sache, est bien mélanésienne le plus souvent, bien que, en quelques cas, elle témoigne, avec d'autres caractères extérieurs, de mélange avec des jaunes comme les Hovas. Les hommes portent les cheveux coupés court : les enfants conservent au-dessus du front une petite touffe qu'ils tirent en manière de salut. Chez les femmes la coiffure est de trois sortes : l» les cheveux sont en nattes finement tressées et ces nattes sont réunies en boucles derrière la tête et au-dessus des oreilles ; 2° les cheveux, en masses séparées par des raies, forment sur l'occiput, de chaque côté du front et au-dessus des oreilles, six chignons volumineux ; 3° divisés par une raie au milieu de la tête, leurs spires enchevêtrées se dressent élastiques au-dessus et autour du crâne. C'est alors qu'ils rappellent les cheveux dits en vadrouille des Papous et des métis d'Indiens et de noirs du Brésil. Leurs cases sont élevées au-dessus du sol comme dans les îles de le Sonde. Le vêtement ordinaire est la camisole étriquée, dite akanjo, et la lamba en sac ou simbo, qui entoure le buste depuis les aisselles jusqu'aux genoux. Remonter le simbo, en usage jusque dans les Comores, est la principale occupation des femmes. La nourriture est la même que sur le littoral de Java : riz assaisonné d'un peu de poisson. Les Betsimisarakas mangent aussi de la racine de manioc simplement cuite à l'eau. Et c'est même là le plat qu'ils offrent aux voyageurs. Dans la plupart des autres régions de Madagascar on fabrique un vin de miel très estimé, qui est probablement d'importation arabe africaine. Les Betsimisarakas fabriquent un vin de canne à sucre. Il est fait du jus de canne écrasée qu'on mêle avec de l'eau et qu'on additionne dune écorce amère pendant la fermentation.

L'eau de cuisson du riz, c'est-à-dire l'eau bouillie dans la marmite de fonte européenne, aux parois de laquelle du riz à demi brûlé est resté atta-

co

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ché, est aussi très répandue chez les Hovas comme chez les Betsimisarakas. C'est la boisson habituelle dans notre Indo-Chine. Les Hovas portent l'eau à l'aide de cruches rondes sur la tête, à la mode africaine. Les

Betsimisarakas la portent dans de longs bambous, comme les Indo-Chinois et Indonésiens.

Voici les soins qu'ils donnent aux morts : ils les gardent longtemps à la maison et recueillent les liquides putrides qui s'en écoulent dans un vase qu'ils enterrent à part au loin. Un esprit reste auprès de ce vase. Le corps en partie desséché est enveloppé de nattes et couché sur un lit de roseaux dans le cercueil creusé dans un tronc d'arbre comme chez les Antankares. On le porte dans un fourré et on l'abandonne sur la terre nue. Les cimetières sont donc des fourrés où les cercueils sont ainsi amoncelés, absolument comme chez les primitifs indigènes, les Mois de notre Indo-Chine. On y fait des fêtes pour se concilier l'esprit des morts. A cette occasion on mange du bœuf, on boit du rhum. Et la tête du bœuf est accrochée sanglante, sur la pointe de perches fourchues fixées dans le sol. On élève de ces perches également chez les Bétanozanes, les Antanosy. Pendant deux mois après la mort d'un des siens, la famille vient chaque semaine déposer auprès de son cercueil une assiette de riz cuit, de l'eau et du rhum. Ces rites s'observent presque sans variantes jusqu'en Indo-Chine.

Les Betsimisarakas sont des gens doux et dociles, très accueillants pour l'étranger et allant très loin dans leurs habitudes hospitalières. Leurs mœurs étaient, au siècle dernier, déjà connus pour leur relâchement, rappelant celui des Polynésiennes. Ils sont indolents et peu capables d'un travail suivi.

Tanalas. — Les Tanalas, au sud-sud-ouest des Betsimisarakas et entre ceux-ci les Betsiléos et les Baras, participent probablement des caractères de ces peuples. Des voyageurs ont cru reconnaître parmi eux de purs Papous. Ils sont plutôt petits, ont les yeux enfoncés et ils portent leurs cheveux divisés en grosses pelotes et enroulés en tire-bouchons. Ils nous sont encore bien peu connus.

Antanosy. — Les Antanosy sont des Malgaches descendant de Betsiléos émigrés et d'une ancienne colonie d'Arabes, en partie nigritisés, de Fort-Dauphin. Des Arabes, sous le nom de Roandrians, ont été longtemps leurs chefs. Le sang arabe se reconnaît chez eux à la taille plus haute, aux traits plus expressifs, au visage moins rond, aux longs cheveux bouclés, tombants. Un groupe d'entre eux a émigré à l'intérieur dans des territoires entre les Baras et les Mahafaly. Ils montrent partout un degré de culture plus élevé que les populations environnantes; mais leurs monuments, leur civilisation sont ceux des Betsiléos et des Hovas, empreints de quelques coutumes betsimisarakas.

Antandroy. — Voisins de l'ouest des Antanosy, les Antandroy ne sont pas sans avoir subi l'influence de ceux-ci et sans se confondre en partie avec les Baras. Mais ils appartiennent à un fond essentiellement nigritique. Leurs cheveux sont très crépus, assez courts. Quelques-uns, à l'exemple des Baras, les arrangent toutefois en petites tresses roulées en boule. Leur vie misérable les isole dans leur pays aride. Ils se nourrissent de baies de cactus et d'autres maigre» produits naturels, car ils ne peuvent pas faire de culture, sauf peut-être celle du haricot [cajanus], ni élever beaucoup de bœufs.

Baras. — Les Baras occupent, au contraire, un pays fertile. Ils y sont venus de l'Est, et leur nom, qui a le sens de « sauvages », leur a été donné par les Betsimisarakas. Ils se composent en effet de gens qui ont fui le joug des Hovas, Betsimisarakas, Betsiléos, Sakalaves. Les Sakalaves dominent et il y a parmi eux de vrais nègres. Leur teint passe donc du jaune clair au noir le plus foncé. Ils vivent en petites tribus sous des chefs ou rois, sans organisation d'ensemble. Leurs villages sont assez misérables. Ils sont d'humeur guerrière, comme les Sakalaves. Ils tiennent sans doute des Betsimisarakas leur façon de se coiffer les cheveux en boules séparées et graissées.

Mahafaly. — Les Mahafaly, occupant l'angle sud-ouest, nous sont encore presque aussi incomplètement connus que les Antandroy. Mais le peu que nous en savons témoigne encore plus peut-être que tous les faits cités de la profonde influence des Arabes et de l'Afrique orientale à Madagascar, se mêlant cependant à un courant de mœurs et d'idées parti des îles indo-malaises, devenu d'ailleurs bien faible et peu distinct dans ce coin reculé. Les Hovas n'ont eu aucune action sur eux. Ils vivent encore de pillage autant que possible et de leurs troupeaux qu'ils se volent. Leurs femmes cultivent cependant un peu de maïs et des patates. Quoique en possession du fusil à pierre, ils se servent encore de la sagaie et d'un épieu armé d'une pointe barbelée. Les chefs ont jusqu'à quatre et cinq femmes. Celles-ci ne trompent généralement leur mari qu'avec la permission de celui-ci. Elles peuvent être répudiées après deux ans de ménage, si elles n'ont pas d'enfant. Elles accouchent accroupies ou assises sur les talons et ne doivent pas crier pendant le travail. Les enfants mis au monde le jeudi, jour néfaste, sont enterrés vivants.

A la naissance d'un enfant, sa légitimation est accomplie par sa présentation devant le hazomanilro. C'est un simple pieu de bois planté à l'orient dans la case du chef de la famille paternelle. Celui-ci sacrifie un bœuf, enduit le pieu de sang et annonce le nouveau venu, en particulier aux ancêtres, dont les noms doivent être énumérés dans l'ordre chronologique. A la mort d'un personnage, son corps est exposé sur un lit élevé, protégé par un toit de feuillage, et pendant qu'on fabrique la bière avec deux demi-troncs d'arbre, on sacrifie des bœufs dont la graisse est brûlée. On ne recueille pas les liquides nauséabonds qui s'écoulent

Type bara.

du cadavre. Mais aux roisi on enlève l'ongle, la dent et la mèche de cheveux qui forment les jiny (de l'arabe djinn, esprit?), reliques sacrées que doivent posséder ceux qui leur succèdent. Le cercueil qui renferme le mort avec ses armes et son argent est enterré ou placé au milieu d'un tunlulus carré formé de pierres, de 2 mètres de haut et de 5 à 6 mètres de large. On répand sur ce tumulus de la graisse des bœufs sacrifiés. Comme les Betsimisarakas et autres, les Mahafaly apportent à manger aux ombres des morts. Ils ont un étrange respect pour l'or. Les chefs seuls peuvent en avoir sur eux, et il est interdit d'en

Femmes bsras (vallée de l'Itomambi).

rentrer dans les cases. Chez les Hovas, on traitait les malades en cherchant à rattraper leur âme ou leur ombre égarée avec une calebasse. Les Mahafaly les font grimper sur une plate-forme élevée, les enivrent et les bourrent de viande, ce qui leur est d'ailleurs généralement mortel. Ils pratiquent le sikidy, consultation du sort, à l'aide de graines ou de sable. Sukalaves. — Les Sakalaves, qui furent les maîtres de presque toute l'île avant la domination hova, en constituent encore aujourd'hui le gros de la population. En dehors des territoires des peuples que nous venons de passer en revue, on les rencontre partout et on en rencontre même che2 les Baras, Betsiléos, Hovas, Bélanozanes, Antankares, etc. L'élément noir le plus commun chez tous les Malgaches se rattache même à leur souche. Ce sont, pour la presque totalité, de vrais noirs et on les a classés

dans la grande race cafre ou bantou. Ils sont loin de réaliser le beau type physique des vrais Cafres, Zoulous et autres de l'Afrique du Sud. Ce sont sans doute en majorité, c'étaient au moins originairement pour le fond, des Makouas, nègres qui occupent le littoral africain du cap Delgado,au nord, jusqu'aux environs de Quilimane, en face même de Madagascar. Les Makouas ont été jusqu'à nos jours introduits en très grand nombre par les Arabes, comme esclaves, chez presque tous les peuples malgaches. Les Sakalaves sont donc plus grands que les Malgaches de l'Est, plus généralement noirs et plus noirs, plus robustes aussi, batailleurs^

Femmes sakalaves de Majunga.

hardis. Leur nez est déprimé, mais pas toujours purement nègre. Leurs cheveux sont crépus, de 0">,15 à 0">,20 de long, mais plus longs aussi souvent. Ils les séparent par une raie au milieu de la tête et les tiennent ébouriffés ou à moitié tressés en petites nattes enduites de graisse. Ils se font aussi, pour remplacer les cheveux trop courts, de petites perruques en fibres de latanier tressées. Ils portent au-dessus du front un disque taillé dans un coquillage nacré, appelé felana, et au cou, aux bras, l'attirail habituel de fétiches des nègres.

Après avoir dominé les Hovas et leur avoir résisté obstinément, ils avaient fini par accepter plus ou moins docilement et complètement leur suzeraineté. Dans le nord, en particulier, ils ont subi l'influence des mœurs et du sang des Hovas. En outre, des Indiens du Malabar sont de tout temps venus s'établir parmi eux pour exercer de petits commerces, acheter

Colonies II. 8

du cuir, du raphia et vendre des armes, de la quincaillerie. Et il y a eu des Indiens dans leur aristocratie. Enfin, les Arabes et les noirs musulmans exercent sur eux un ascendant considérable.

Toutes les reines et roitelets sakalaves ont pour ministres ou conseillers dirigeants des musulmans d'origine étrangère. En quelques endroits les souverains sont de véritables sultans.

Les Ben Ali, les Ben Mohammed, les Ben Abdallah sont très fréquents sur la côte ouest, mais leurs pères souvent étaient de vulgaires Rakoto, Ranaivo, Rainifringa. Ils n'ont d'arabe que le nom qu'ils se donnent et jouissent néanmoins d'une énorme considération, affectant de traiter les Makouas de « sales nègres ». Ils parlent tous le souahéli^ langue des noirs arabisés de Zanzibar. Majunga même a le cachet d'une ville indoarabe et est habitée par des Arabes et des Comoriens. Voilà qui explique suffisamment comment, en dehors de la brousse où ils vivent en sauvages, les Sakalaves ont des caractères variables, parfois très sensiblement différents de ceux des Makouas.

Leurs maisons sont restées des cases nègres de bois brut, de branchages de feuilles, de roseaux. Et, dès qu'on rencontre dans leur pays des maisons en terre, on est sûr d'y trouver des Hovas. Telle est leur paresse qu'ils se mettront souvent à cent pour construire une de ces misérables cabanes couvertes de feuilles. Le plancher est formé de bambous qu'on jointoyé avec de l'argile et du sable. Deux pièces suffisent à tous les besoins de la famille. L'une sert de cuisine et de salle à manger. Son plus bel ornement est un châssis en bois [salaza] sur lequel on sèche ou boucane la viande de bœuf. Des pots en terre et de longs vases en bambou constituent à peu près toute la batterie de cuisine, les cuillers en bois étant remplacées par des feuilles souvent renouvelées de ravinala^ l'arbre des voyageurs, et d'autres feuilles servant de plat, à la mode indienne usitée aussi chez les Betsimisarakas, La seconde pièce est occupée par le lit, cadre de bois posé sur quatre pieds, un coffre et deux tabourets. Ils ne cultivent du riz que pour leurs besoins les plus indispensables. Ils ont recours aussi au poisson. Ce sont surtout de grands éleveurs de bœufs.

Leur organisation est celle des noirs, chaque roi étant chef de guerre, juge et maître absolu dans son village. C'est chez eux que sévit la coutume du fady. Ils pratiquent aussi le serment du sang, l'union étroitement fraternelle entre deux hommes par l'échange du sang. Ils enroulent leurs morts à peine expirés dans des nattes épaisses et les déposent chez un parent. S'ils les laissent dans leurs cases, celles-ci sont ensuite abandonnées. Peu après, ils les emportent pour les enterrer. Les porteurs sont censés les conduire où ils veulent, les morts manifestant leur volonté par des petits coups sur les brancards de la civière. Ils les enfouissent dans de simples trous de 1 mètre de profondeur. Et ils élèvent au-dessus des pyramides quadrangulaires de terre argileuse, plaquée de pierres plates. Les parents qui visitent leurs tombeaux déposent des cailloux de quartz sur ces pyramides. Le fond sauvage de cette population, d'habitudes plutôt pastorales, lui enlève presque toute valeur économique.

Zaborowski.

La conquête et l'administration hovas. — Les anciens ont connu Madagascar; la description courte, mais précise, qu'a laissée de Afe/iwMîfls, l'auteur anonjine du Périple de la mer Erythrée, en fournit une preuve indéniable. Les géographes et les voyageurs arabes du moyen âge en ont eu également connaissance ; au x« siècle, Maçoudi a décrit ^Iadagasca^ sous le nom de Djafouna; plus tard, différents auteurs arabes ont répété à son sujet ce qu'Edrisi en avait dit, dès le xiii* siècle, avec plus de détail et en meilleurs termes. Quant aux géographes et aux voyageurs occidentaux, ils ont ignoré Madagascar dont seul Marco Polo prononce le nom ; mais ce qu'il appelle Madagascar nest nullement la grande île, française depuis 1895; c'est le pays deMagadoxo, situé sur la côte orientale du continent africain, un peu au nord de l'équateur.

L'île de Madagascar était donc depuis longtemps sortie du domaine de la science géographique positive quand, le 10 août de l'an 1500, le navigateur portugais Diego Dias en Gt la découverte et commença d'en longer la côte orientale. Plusieurs de ses compatriotes virent, au cours 4es années suivantes (1504-1506), les côtes occidentales de la même terre qui portait (suivant un usage alors constant) le nom du saint dont on célébrait la fête le jour même de sa découverte, et achevèrent la reconnaissance sommaire du littoral de Vîle Saint-Laurent. Aussi ce petit continent est-il, dès l'année 1517, figuré avec assez d'exactitude sur la carte du célèbre cosmographe Pedro Reinel.

Même avant cette date, les Portugais avaient essayé de s'établir à Madagascar et d'y fonder quelques établissements (1509-1510); ni alors, ni un peu plus tard, vers 1540, ils ne s'installèrent solidement dans l'île Saint-Laurent, où ils ne parvenaient pas à se procurer facilement, ni en abondance, les métaux précieux qu'ils trouvaient ailleurs avec bien moins de peine, et où il leur fallait lutter à main armée contre les indigènes.

Ces indigènes, c'étaient les représentants des diverses races qui, depuis plus ou moins longtemps, avaient contribué à former la population de Madagascar : des métis de Négritos, d'Indonésiens et de Polynésiens venus des îles de la Sonde, des Chinois, émigrés dans l'île avant l'ère chrétienne, les Hovas, venus vers 1000 ou 1200 après J.-C, des Indiens, des Arabes, des Juifs, arrivés à peu près à la même époque, des nègres esclaves importés des côtes du Mozambique. C'est naturellement avec les seuls habitants des côtes que les Portugais eurent maille à partir: ils ne connurent pas les Hovas, qui, mal reçus des habitants du littoral sudoriental, persécutés par eux, se réfugièrent en petit nombre dans le centre du pays, au milieu des hauts plateaux déserts, et s'y consumèrent d'abord pendant plusieurs siècles dans l'anarchie, dans des efforts impuissants, dans des luttes stériles, sans arriver à assurer leur indépendance et leur unité.

Vers le milieu du xvi* siècle, ce résultat est enfin obtenu; le royaume hova est alors \m tout petit royaume composé de la ville de Miriman-

jaka et de quelques hameaux environnants. Dès la fin du même siècle, Andriamanelo commence lextension du royaume de Mérina et prépare la conquête en apprenant à ses sujets l'usage du fer, de la hache, des sagaies, des pirogues. De là, une incontestable supériorité des Hovas sur les « Vezimbaso », qui ne savent pas travailler lé fer, ni s'en servir. Ra-

lambo étend déjà

(oc E A N

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