J.-S.-C. DUMONT D'URVILLE
domaine colonial anglais. Aussi quand, en 1836, deux prêtres catholiques français, MM. Carey et Laval, débarquèrent à Tahiti, les missionnaires protestants anglais essayèrent-ils par tous les moyens, avec l'appui de la reine, de les contraindre à se rembarquer.
Les missionnaires français demandèrent alors aide et protection à l'amiral Dupetit-Thouars, qui n'hésita pas à intervenir en leur faveur et fit reconnaître par la reine Pomaré IV, pour tous nos nationaux, le droit de débarquer et de séjourner dans l'archipel comme les autres étrangers (1838). L'indiscrète intervention du missionnaire et commerçant Prilchard ayant un peu plus tard fait surgir des difficultés nouvelles avec nos nationaux, l'amiral Dupetit-Thouars, avec l'aide de quelques négociants européens dont la rigidité du gouvernement théocratique des missionnaires faisait souffrir les intérêts, détermina la reine et les principaux chefs à solliciter le protectorat de la France.
C'est le 9 septembre 1842 que Tahiti et toutes les îles de l'archipel de la Société entrèrent ainsi dans le domaine colonial français. Un autre groupe dîlots polynésiens y était déjà entré un,peu auparavant : dès le i" mai 1842, les îles Marquises, déchirées par des luttes entre les indigènes et les Américains, s'étaient placées sous le protectorat de la France, dans la sphère d'influence de laquelle entrèrent également, en même temps que Tahiti ou immédiatement après,' les Touamotou ou Paimiotou, les îles Wallis, évangélisées depuis 1837 par le P. Bataillon (4 novembre), les îles Horn (Futuna) où avait été tué l'année précédente le P. Chanel, qui y prêchait également le catholicisme depuis 1837.
Nouvelles acquisitions françaises '1848-1846).
— Au cours des années suivantes, de nouveaux profères furent réalisés. Aux Wallis, le simple traité d'amitié conclu en 1842 avec le roi Lavelua fut transformé en un traité de protectorat (18'«4). Les îles Gambier, évangélisées dès 1834 par des missionnaires catholiques français, furent au cours de la même année 1844 placées, elles aussi, sous le protectorat de la France. Enfin les troubles sanglants fomentés à Tahiti par les intrigues des missionnaires anglais eurent pour conséquence une nouvelle intervention française. Le 17 septembre 1846, un corps de débarquement s'emparait de Fautaua, dernier refuge des indigènes hostiles à la France, soumettait l'île entière et faisait signer à la reine Pomaré un traité qui plaçait définitivement sous notre protectorat Tahiti et les îles du Vent. Quant aux îles Sous-le-Vent, Pomaré IV, à l'instigation du missionnaire anglais Pritchard (qui voulait les soustraire à la domination française et les réserver à l'Angleterre), les avait déclarées indépendantes.
Cette situation leur fut officiellement garantie par la convention passée le 19 juin 1847 entre la France et l'Angleterre. Cette « convention de Jarnac » constituait l'engagement, pour chacune des deux puissances, de ne jamais prendre possession des neuf lies du groupe, sous quelque forme que ce fût, même à titre de protectorat, et de ne pas admettre davantage que la souveraineté d'un chef ou d'un prince de Tahiti put s'étendre en même temps sur une ou plusieurs de ces lies, et réciproquement. Avec cette clause de neutralisation ou convention d'indépendance fut
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créée une situation qui devait plus lard constituer un réel obstacle aux progrès de la France dans cette partie de la Polynésie.
Du moins un acte additionnel à la convention de 1842, signé à cette même date du 19 juin 1847, consolidait-il la situation de la France à Tahiti, donnait à son représentant le droit d'intervenir dans toutes les mesures prises à l'égard des indigènes et exigeait son concours pour la promulgation légale de toutes les lois qui les concernaient.
L'CEuvre coloniale du second Empire en Océanie.
— A l'époque du second Empire, des mesures de diverse nature ont affermi et développé l'influence française dans une partie des archipels de la Polynésie. Une insurrection qui avait détrôné Pomaré en 185a fut comprimée à Tahiti, et la reine, pour témoigner sa reconnaissance au gouvernement français, travailla avec zèle, au cours des années suivantes, à améliorer la condition sociale de ses sujets. Aux lois qui organisaient l'état civil et constituaient la propriété (qui ne reposait jusqu'alors que sur la tradition) succéda (14 décembre 1865) une ordonnance déférant aux tribunaux français, pour être jugés selon les règles des codes en vigueur dans la métropole, tous les crimes, délits, contraventions et litiges pendants à Tahiti. Ainsi se trouvait considérablement accru le rôle de la France, et se préparait lentement l'annexion définitive de l'archipel de la Société à l'empire colonial français.
Cette annexion, le second Empire n'avait pas hésité à la proclamer successivement pour les Touamotou (1852), les Gambier (1853) et les Marquises (1858), archipels jusqu'alors simplement protégés par notre pavillon ; en môme temps, il avait arboré sur le petit attol qui porte le nom iVîle Clipperton (1858) le drapeau tricolore que, depuis 1853, il avait fait flotter dans l'ouest de la Polynésie sur l'archipel de la Nouvelle-Calédonie.
Occupation de la Nouvelle-Calédonie (1853). —
Depuis la fin de l'année 1843, cette terre, naguère pressentie par Bougainville et étudiée par différents navigateurs français dont l'un, Huon de Kermadec, yavait été enterré, était évangélisée par des missionnaires catholiques qu'y avait transportés la corvette le Bucéphale. Grâce à eux, le pavillon français flotta de 1843 à 1846 à Balade ; puis, en dépit de l'hostilité des farouches Canaques, sur d'autres points du littoral néo-calédonien. Toutefois, il semble bien que les pieux missionnaires maristes n'auraient pu venir à bout de la résistance des indigènes si d'horribles scènes de cannibalisme n'avaient déterminé le gouvernement à prendre possession d'un archipel oti venaient de périr plusieurs de nos marins, tandis qu'ils terminaient patiemment l'exploration hydrographique du nord de la grande île (1851).
Le 24 septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes, devançant de quelques heures les Anglais qui voulaient nous écarter de l'archipel de la Nouvelle-Calédonie comme ils l'avaient fait naguère de la Nouvelle-Zélande, prenait possession de la Grande-Terre, arborant à Balade le pavillon tricolore. Quelques jours plus tard (27 septembre).
il le plantait à lîle des Pins et, par cet acte répété. « assurait à la France dans le Pacifique la position que réclamaient les intérêts de la marine militaire et commerciale, et les vues du gouvernement sur le régime pénitentiaire; position que ne lui donnait ni l'occupation du petit archipel des Marquises, ni le protectorat des îles de la Société ».
Au début de l'année 183i, un hydrographe de grand mérite, M. Tardy de Montravel, découvrait la rade de Nouméa (janvier) ; frappé des avantages que présentait ce point pour la défense de l'ile entière, il n'hésitait pas, en dépit du manque d'eau douce, à y établir le chef-lieu de la nouvelle colonie française, qui ne fut d'ailleurs, jusqu'en l'année 1860, qu'une annexe des établissements de l'Océanie, dont Tahiti était le chef-lieu.
Histoire de la Nouvelle-Calédonie depuis 1 860.
— En 1860 seulement (15 juillet;, la rsouvelle-Calédonie constitua une colonie distincte des établissements français de lOcéanie ; elle reçut alors un gouverneur particulier, s'annexa le petit archipel des Loyalty, et l'administration de la métropole se préoccupa sérieusement de la mettre en valeur de toutes les manières. Par des concessions de terre, de vivres et d'outils, elle y attira un certain nombre d'émigrants libres français, anglais ou allemands, qui passèrent avec leurs familles à la Nouvelle- Calédonie et y constituèrent un petit noyau de population blanche fixée à demeure dans le pays.
Puis le gouvernement impérial, désireux de mettre en application le système de 1834 sur la transportation du forçat coupable d'un incendie ou d'un meurtre et la rélégation du récidiviste qui a multiplié les vols ou les escroqueries, y envoya (à partir de 1864) des convois de condamnés. Mais ces colons d'un genre particulier, loin de hâter le développement de la colonisation dans notre nouvelle possession océanienne, contribuèrent plutôt à jeter sur elle le discrédit ; les condamnés politiques ne travaillèrent d'aucune façon à la mise en valeur de la colonie et la Nouvelle-Calédonie se trouva ainsi entravée dans son développement.
Mais ses richesses naturelles sont si considérables qu'elle finit par surmonter un courant d'opinion défavorable et de désastreuses expériences ; dès 1878, les progrès de la colonisation libre étaient assez importants pour troubler les Canaques dans leur possession des terres de l'intérieur ; aussi une longue et sanglante insurrection entrava-t-elle pendant près d'un an (juin 1878-mai 1879) le développement de la Nouvelle-Calédonie. Grâce à l'énergique persévérance des colons, grâce à l'heureuse initiative de gouverneurs au premier rang desquels il convient de placer M. Feillet, notre belle colonie océanienne — qui s'est augmentée en 1878 d'un groupe d'îles à guano, les Chesterfield — a pris depuis lors un remarquable essor, qui s'accentuera encore lorsque toutes les terres de la Nouvelle-Calédonie occupées par l'administration pénitentiaire seront abandonnées par elle à la colonisation libre.
Les établissements français de la Poljrnésie depuis 1 870. — Ce n'est pas de la seule Nouvelle-Calédonie que le gouvernement de la troisième République a développé la prospérité ;
COLONIES OCEANIENNES
sa sollicitude s'est également portée vers les petits archipels français de la Polynésie. Après avoir, en 1877, lors de la mort de la reine Pomaré IV, reconnu son fils aîné Arii-Aué comme roi de Tahiti sous le nom de Pomaré V, la France s'est décidée quelques mois plus tard à substituer dans cette partie de la Polynésie son gouvernement direct au régime du protectorat ; et en 1880 (29 juin), Pomaré V, renonçant à la royauté
remit complètement et, pour toujours à la France le soin de gouverner et d'administrer ses États ; il lui fit en même temps abandon de tous ses droits et pouvoirs sur les îles de la Société et sur leurs dépendances, et le gouvernement français en profila pour établir le protectorat français dans le groupe des îles Sous-le- Vent (1880) qu'il parvint enfin, après de longues et laborieuses négociations avec l'Angleterre (1880-1887), à annexer — tout au moins théoriquement — à notre empir< colonial. Depuis l'année 1882, pareille modification avait été introduite, à la requête même des indigènes de File Râpa, dans le régime des îles Toubouaï.
Ailleurs, le régime du protectorat a été renouvelé ou établi par les soins du gouvernement français ; c'est ainsi que les îles Rurulu et Rimatara ont été soumises au protectorat au mois de mars 1889, et que les traités précédemment passés avec les souverains des Wallis et des Futuna ont été renouvelés en 1886 et en 1887. Depuis lors, aucun progrès territorial n'a été réalisé en Polynésie par la France, qui a cependant établi son autorité d'une manière pacifique à Huahine et à Bora-Bora, deux des îles Sous-le-Vent de l'archipel de la Société, grâce à la bonne volonté des indigènes, et l'a affermie militairement dans le reste du groupe, et qui, à la requête de leurs habitants, a substitué, à Rurutu, le 25 août IftOO. et à Rimatara, le 30 août 1901, le pavillon national à celui du protectorat.
POMARE V, roi de Tahiti de 1877 à 1880. Phot. de Mm« Hoare.
ZjSl question des Nouvelles-Hébrides (l). — A qui
d'ailleurs examine attentivement la carte politique de l'Océanie entière, il ne semble plus guère possible que notre pays puisse beaucoup étendre sa domination. Il est cependant un point — une dépendance naturelle delà Nouvelle-Calédonie, remplie de souvenirs français, en partie découverte, en plus grande partie encore étudiée par nos navigateurs — où le pavillon français devrait flotter et où il ne flotte pas : comment l'archipel des Nouvelles-Hébrides demeure inoccupé, quels obstacles l'intervention anglaise a apportés à sa colonisation par la France, voilà, avant de terminer ce chapitre, ce qu'il convient encore de faire connaître.
Quand, au mois de septembre de l'année 1853, avait été dressé par le contre-amiral Febvrier-Despointes l'acte de prise de possession par la France de la Nouvelle-Calédonie et de ses « dépendances »,ce document n'avait pas indiqué d'une manière précise quelles étaient ces « dépendances ». Nul doute cependant que, comme les missionnaires et les marins qui avaient préparé l'acquisition de la grande île canaque, le gouvernement impérial ne considérât l'archipel néo-hébridais comme une dépendance de la Nouvelle-Calédonie; mais il jugea inutile, en 1864 encore, lors de l'occupation effective des îles Loyalty, d'agir de même pour des terres dont le commerce était sans importance ni stabilité, où il n'y avait pas un seul colon français, et qui (du fait même de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie) semblaient devoir être considérées comme terres françaises. Cette attitude expectante, que les circonstances pouvaient encore excuser en 1864, ne tarda pas à devenir une imprudence et même une faute, par suite des progrès de la colonisation en Australie et de la sérieuse mise en valeur des Nouvelles- Hébrides. Cependant, lorsque, à deux reprises consécutives (en 1875 et en 1876), les planteurs et résidents européens de diverses îles de l'archipel « supplièrent » le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie de les a prendre sous la protection du pavillon français », afln de leur faciliter l'exploitation commerciale de ces terres, le gouvernement de la République n'en tint aucun compte et demeura dans l'inaction.
Il faisait pis encore un peu plus tard : il songeait h déverser aux Nouvelles-Hébrides le trop plein de la transportation pénale, et non seulement soulevait ainsi les protestations des colons hébridais et calédoniens, mais fournissait aux Australiens un prétexte à intervenir. Désireux d'étendre leur domination sur tous les territoires vacants et sans maîtres de la mer du Sud, forts de l'inertie de la France et de l'œuvre évangélique (sinon politique) exécutée depuis quelques années par des missionnaires presbytériens dans l'archipel, les habitants des colonies australiennes protestèrent auprès du gouvernement britannique contre les projets du gouvernement français. Ils allèrent même plus loin et sollicitè-
(I) Découvert le l" mai 1606 par le marin espagnol Fernandez de Quiros, l'archipel, longtemps oublié, fut vraiment — comme nous Tavons dit plus haut, — découvert une seconde fois parnotre Bougainvillc en 1768. Cook, si.x ans plus tard, l'explora dans toute son étendue à l'exception des lies Banks, découvertes en i7S9 par l'Anglais Bligh.
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rent l'annexion des Nouvelles-Hébrides. C'est alors que le ministère des Affaires étrangères, en demandant à Londres des explications sur le mouvement d'opinion qui s'était produit en Australie, commit la faute énorme de déclarer n'avoir pas « le projet de porter atteinte à l'indépendance des Nouvelles-Hébrides » et de demander si, « de son côté, le gouvernement de Sa Majesté était également disposé à la respecter ». C'était renoncer bénévolement à une partie des droits de la France sur 6es terres océaniennes, placer l'Angleterre sur le pied de l'égalité, et faire de l'occupation des Nouvelles-Hébrides une véritable « question diplomatique » (janvier-février 1878).
Dès lors, la France et l'Angleterre cherchent, à force d'activité, à accroître leur influence respective et à développer chacune ses intérêts aux Nouvelles-Hébrides, à se procurer, pour tout dire, de nouveaux titres à l'acquisition exclusive de l'archipel. Mais, tandis que le gouvernement britannique, les Australiens, les missionnaires wesleyens travaillent de concert à assurer la prépondérance des intérêts anglais, seuls les colons de la Nouvelle-Calédonie défendent la cause française dans les îles disputées. A partir de 1882, la Compagnie calédonienne des Nouvelles- Hébrides, fondée sur l'initiative de M. Higginson, lutte avec tant d'activité et de succès contre les empiétements des Anglais que les Australiens, sentant bientôt leur influence compromise dans l'archipel, en sollicitent du gouvernement de la reine une seconde fois l'annexion.
Ils ne parvinrent pas à l'obtenir et durent se contenter d'abord de l'assurance que des récidivistes ne seraient pas transportés dans les possessions françaises du Pacifique, puis — après une intervention armée nécessitée par une série de crimes perpétrés par des indigènes sur des colons français — de l'établissement d'une sorte de condominium destiné à garantir la protection des personnes et des biens aux Nouvelles- Hébrides (16 novembre 1887 et 26 janvier 1888). Une commission navale mixte était créée pour réprimer les troubles et pour maintenir l'ordre et la sécurité dans l'archipel tout en respectant son indépendance.
Tel, du moins, était le but poursuivi par la diplomatie ; les résultats furent loin de répondre à son attente. En réalité, « l'organe international créé par la convention de 1887 n'a contribué ni à l'établissement de l'ordre ni à l'amélioration de la condition des colons » (1), et, si la France a obtenu alors l'abrogation de la déclaration d'indépendance consentie en 1847 aux îles Sous-le-Vent de Tahiti, aux Nouvelles-Hébrides la lutte d'influence et d'intérêts entre l'élément français et l'élément angloaustralien s'est, depuis 1888, poursuivie avec plus d'âpreté encore qu'auparavant. On put croire d'abord que l'Angleterre, « toujours prompte à entourer ses nationaux d'une large protection », avait, en constituant aux Nouvelles-Hébrides un système de protection souple et pratique {Pacific Order in Council du 15 mars 1893), assuré le triomphe des prétentions
(1) Expression empruntée, comme les suivantes placées entre guillemets, à une étude de M. N. Politis sur la Condition internationale des Nouvelles- Hébrides {Revue générale de droit international public, t. VIII, 1901).
britanniques et réduit ses adversaires à l'impuissance ; le gouvernement français, en effet, en demeurant dans l'inaction, contribuait lui-même à l'extension de l'influence anglaise aux Nouvelles-Hébrides. Fort heureusement, l'initiative privée a maintenu et augmenté la prépondérance économique acquise par la France dans l'archipel, établi des communications fréquentes entre les différentes terres du groupe et la Nouvelle- Calédonie, et réduit la propagande anglo-australienne à des intrigues d'un caractère purement confessionnel. Seuls, en effet, à l'heure actuelle, les missionnaires protestants combattent, aux Nouvelles-Hébrides, les colons français totalement abandonnés à eu.x-mêmes jusqu'en 1900; et ils le font par des récriminations, des intrigues, des calomnies dont les enquêtes instituées par la commission mi.xte anglo-française ont toujours fait entièrement justice.
Tant de généreuse persévérance, tant de patriotisme désintéressé npéritait une récompense ! Le gouvernement français s'est décidé au mois de juillet 1900 à la donner à nos colons néo-hébridais en les tirant de leur situation en quelque sorte extra-légale et ne les obligeant plus « à chercher refuge auprès des institutions d'une autre nation ». Déjà des mesures administratives et judiciaires assurent — malheureusement d'une manière insuffisante et sans contribuer à l'extension de notre influence dans les îles contestées — la protection des colons français des Nouvelles- Hébrides (1) ; des dispositions douanières ne tarderont pas à venir s'y ajouter. Ainsi se trouve déjà heureusement modifiée la situation jusqu'alors bien défavorable de nos nationaux « dans les iles et terres de l'océan Pacifique ne faisant pas partie du domaine colonial de la France et n'appartenant à aucune autre puissance civilisée ».
Cette situation demeure toutefois singulière, compliquée et pleine de dangers. Comme, en effet, aucune autorité locale n'est assez développée pour revendiquer une compétence territoriale, l'archipe néo-hébridais n'est soumis à aucune souveraineté et se trouve même dans l'impossibilité de l'être tant que la convention de 1887 demeurera en vigueur. Grâce au condominium franco-anglais très vague qu'établit cette convention, l'anarchie est complète ; et bien que, en fait, les Nouvelles-Hébrides soient déjà une véritable colonie française — sur laquelle l'exploration de l'île Espiritu Santo (1901) nous donne encore de nouveaux droits — cette anarchie ne cessera que le jour où la France aura, avec le consentement de l'Angleterre, le droit d'y agir en souveraine. Le développement complet de l'archipel en litige, la prospérité commerciale et la conservation même de la Nouvelle-Calédonie dépendent de cette solution qu'il importe d'obtenir au plus tôt, malgré l'hostilité persistante des missionnaires presbytériens anglais, car elle est conforme à la situation créée par la nature elle-même, elle est favorable à l'intérêt colonial français et elle préviendra les conflits pouvant résulter du maintien de la situation créée par la convention de 1887.
Henri Froidevaux.
(1) Voir plus loin, page 736, lo texie da décret du ts février I90i.
LE PAYS
DES possessions françaises dans l'océan Pacifique, l'île de la Nouvelle-Calédonie est la plus importante et pour l'étendue et pour le développement économique. Elle est située dans la partie occidentale de cet océan et dans l'hémisphère austral, au large de la côte nord-est de l'Australie, dont ne la séparent que 1 445 kilomètres. Au nord-ouest, les petites îles Chesterfield et Huon (également françaises), au nord-est, l'archipel des Nouvelles- Hébrides (sous un protectorat francoanglais) l'avoisinent. Au sud, une mer où se rencontre seule la petite île anglaise de Norfolk s'étend entre elle et les côtes de Nouvelle-Zélande, sur une étendue de 1 555 kilomètres. Cette région du globe est proprement aux antipodes de la France.
La Nouvelle-Calédonie a la forme d'un fuseau ; elle est orientée, en droite ligne, du nord-ouest au sud-est. Elle s'étend du 20» 10' latitude sud au 22° 26' un peu au nord du tropique du Capricorne, et du 161" 30' longitude est de Paris au 164° 43'. Elle mesure, à vol d'oiseau, près de 400 kilomètres de longueur, tandis que sa largeur, bien inférieure, n'est en moyenne que de 50 kilomètres. Sa superficie est évaluée à 19 823 kilomètres carrés (avec les dépendances) ; c'est plus de trois fois la superficie de la Corse. Les îles Loyalty, ses dépendances immédiates (à l'est), augmenteraient ce chiffre de 2 150 kilomètres carrés.
Nature et relief du sol. — Le sol de l'île se compose de terrains primitifs très développés, d'une série sédimentaire secondaire assez incomplète, et de terrains modernes; les roches éruptives jouent également un grand rôle dans sa constitution géologique.
Les terrains primitifs occupent en grande partie la région septentrionale de l'île ; leur premier étage (gneiss et micaschistes) s'étend entre le Diahot, l'Ouaième et, à l'est, la mer; le deuxième (schistes à séricites, schistes talqueux, phyllades, calcaires cristallins) s'étend, au centre et dans l'est de l'île, jusqu'à la hauteur de Pounérihouen (côte orientale). Les terrains secondaires sont formés d'une assise triasique, constituée par des schistes, marnes et grès; d'une assise jurassique insigni-
LE PAYS 693
fiante; et d'une assise crétacée, étendue et fort importante, puisqu'elle renferme dans ses couches supérieures la houille. L'ensemble de ces terrains secondaires s'étend le long de la côte orientale, de la rivière de Gomen (louanga) au mont d"Or; d'une largeur très variable, elle occupe parfois, entre La Foa- Moindou et Houaïlou, entre Bouloupari et Thio, toute la largeur de l'île. La série tertiaire n'existe pas en Calédonie. Les terrains modernes, qui forment les couches supérieures, sont représentés par les alluvions quaternaires (le plus souvent gravier, sable, argile, grès, terres brunes ou rouges); ce sont, sur les deux côtes, les vallées qui se trouvent à l'embouchure des fleuves et aussi les récifs, roches madréporiques en formation, qui entourent l'île d'une ceinture presque continue
Quant aux roches éruptives, leur importance ici est des plus grandes; ce sont : roches vertes anciennes, à glaucophane, dioritiques, mélaphyriques et trappéennes, porphyriques modernes, serpentineuses modernes; vers les éruptions des trois premières sortes se trouvent, dans le nord de l'île, des gisements d'or, de cuivre, de plomb argentifère, de zinc; vers celles de la quatrième sorte se trouvent, dans les amas triasiques, le manganèse, un peu d'or, de cuivre; vers celles de la cinquième, les couches de houille; vers celles de la sixième, en très grande abondance, nickel, cobalt, chrome, fer hydroxydé.
Le sol, ainsi constitué, est élevé et très montagneux. Il n'y a pas de chaîne centrale; en dehors du grand massif qui remplit tout le sud de l'île, ce ne sont que vallées débouchant à la mer sur les deux côtes, remontant en pente assez douce jusqu'à des cols aisément accessibles et séparées, dans le sens de la largeur de l'île, par des massifs montagneux difficiles à franchir, et dont l'altitude varie entre 800 et 1 600 mètres. Les sommets les plus élevés sont : dans le nord, le pic Panié (1 642 mètres), au nord-ouest d'Hiengouène, et le mont Colnett (1514 mètres), qui Tavoisine ; dans le sud, le mont Humboldt (1 634 mètres), au nord de Nouméa, le mont Vincent (1 445 mètres), à l'est de Bouloupari, le mont Ouen (1 319 mètres), entre le mont Humboldt et Nouméa; au centre, la Table-Ronde (1008 mètres), à l'ouest de Canala, est visible des deux côtes et constitue comme le nœud orographique de l'île. Ces montagnes sont, à l'ordinaire, de formes abruptes; sur leurs flancs, et presque jusqu'à la cime, s'étagent de belles forêts qui, de loin, apparaissent d'un vert sombre. Les parties basses qui les séparent s'appellent plaines. Mais il n'y a de véritables plaines que sur les côtes ; celles de la côte orientale sont très étroites et souvent, ici, la montagne
pousse jusqu'à la mer ses derniers contreforts; à l'ouest, au contraire, la largeur de la bande plate varie entre 10 et 30 kilomètres.
Climat. — Le climat de la Nouvelle-Calédonie, malgré la situation intertropicale de cette île, est tempéré, et c'est un des plus sains que l'on connaisse. Le vent alizé du sud-est, qui règne une partie de l'année, la brise fraîche de la mer qui souffle périodiquement à certaines heures de la journée, l'importance du relief, l'étroitesse de l'île permettant aux souffles vivifiants de la pénétrer jusque dans sa profondeur, expliquent cette douceur de la température. Comme dans les pays situés sous cette latitude, l'année est partagée en deux saisons que séparent à peine de courtes périodes intermédiaires. La saison dite « chaude « dure de mi-décembre à fin mars; la température moyenne est alors de 26° ; c'est rarement que le thermomètre s'élève à 32 ou 35, au milieu des journées les plus chaudes; les nuits restent toujours assez fraîches. Durant la saison « fraîche », de mai à octobre, il oscille entre 20° et 21°; rarement il descend à 8 pendant les nuits les plus froides; c'est l'époque des vents réguliers du sud-est. Cette division de l'année est surtout exacte pour la côte orientale; sur la côte occidentale, en juillet, août et septembre, soufflent parfois des vents d'ouest et de sud-ouest qui troublent le beau temps.
La saison pluvieuse est déterminée moins nettement; mais on peut dire que les pluies sont surtout abondantes pendant les mois des fortes chaleurs, janvier et février. Il se produit parfois d'assez longues sécheresses (octobre à janvier, surtout sur la côte occidentale). Grâce à ces heureuses conditions climatériques, il n'existe dans l'île ni fièvres ni maladies endémiques; l'Européen, dès son arrivée, peut se mettre au travail de la terre. Il est un unique désagrément : les ouragans ou cyclones, qui se produisent tous les quatre ou cinq ans. Ces cyclones visitent l'île, dont ils n'atteignent ordinairement qu'une partie, de (décembre à fin mars; leur durée n'excède pas vingt-quatre heures.
Hydrographie. — La Nouvelle-Calédonie est un pays montagneux; elle est boisée et, en somme, suffisamment arrosée. Mais l'exiguïté de ses dimensions, la faible importance de ses plaines n'ont permis à aucun de ses cours d'eau de devenir d'importantes rivières. Un seul doit à sa direction, parallèle aux axes montagneux, d'avoir acquis quelque développement; c'est
LE PAYS
le Diahot, le plus septentrional de tous. Il naît dans les environs du mont Colnelt, franciiit de nombreux rapides, traverse de belles forêts, prend une largeur de 50 à 100 mètres, et, devenu sensible à la marée en amont de Bondé, porte des bateaux calant 2 à 3 mètres; sa direction générale est du sudest au nord-ouest; il se jette dans la vaste baie d'Harcourt par un estuaire de 1 200 mètres de large. Sa longueur est d'environ
Cascade à Cui, près Canala.
100 kilomètres, dont 50 à peine sont navigables par les barques. Les autres rivières, torrents rapides, obstrués de cascades, ne dépassent pas 50 kilomètres de longueur totale. Ce sont, du nord au sud, sur la côte occidentale : la Néhoué, qui se jette dans la baie du même nom, la rivière de Coumac, une des plus longues de l'île, la louanga ou rivière de Gomen, la rivière de Temala, qui tombe en mer au nord de Gatope, la Tiahoué, la Foa, qui vient du massif de Canala (1 040 mètres), la Ouengui, la Tontouta, dont la source est une puissante cascade qui jaillit, à 1 200 mètres d'altitude, du rocher, la Tamoa, la Dombéa, navigable pendant quelques kilomètres pour des embarcations légères, le ruisseau des Français, à une dizaine de kilo-
mètres au nord de Nouméa, la rivière de Maoris, qui se jette dans la baie du Prony ; sur la côte orientale : la courte rivière de Pouebo, celles de Houchiahommé, l'abondant Ounième, la rivière d'Hiengouène, l'une des plus pittoresques de l'île, dans des gorges étroites, entre de superbes forêts, le Tillaka, qui se jette dans la mer au sud de Touho, la rivière de Monéo, qui arrose une large vallée et qui est navigable, celles de Ouaïlou, de Canala, navigable pendant 13 kilomètres, la rivière Ouinné qui se jette dans la baie du même nom, de Yaté, l'une des plus considérables de l'île, née dans le massif du mont Humboldt, longue de 50 kilomètres, profonde de 6 à 8 mètres. Toutes ces rivières ne peuvent rendre quelque service à la navigation que dans leur cours inférieur; elles peuvent aussi fournir de la force motrice à l'industrie.
Côtes. — Le littoral de l'île, sur tout le pourtour, est extrêmement accidenté; il est comme doublé, à quelque distance au large, par une ceinture presque ininterrompue de récifs et d'îlots madréporiques; il est accompagné, plus au large encore, par de nombreuses îles indépendantes. Tels sont ses trois caractères.
Au nord, il se termine par une péninsule bizarrement découpée d'où se détache à l'ouest la presqu'île de Poumé et qui s'élance, entre la baie de Néhoué à l'ouest et celle d'Harcourt à. l'est, vers l'île Paaba; l'escortent encore les îles Neba, Jandé, Bualabio. Mais les terres calédoniennes se prolongent encore vers le nord, au delà de l'île Paaba, par les îles Belep et plus loin encore, à 200 kilomètres environ, par les îles Huon, Surprise, Fabre et le Liézour. Sur la côte occidentale se rencontrent, au sud de la baie de Néhoué : le cap Tonnerre, les baies de Gomen, de Gatope, le cap Goulvain, les baies de Bourail, d'Uaraï, de Saint-Vincent, que ferment les îles Lepredour, Ducos, Hugon, la baie de Dombéa, la plus importante de l'île — elle forme la baie de Koutio-Konéta, couverte par l'île Ndié et l'îlot Freycinet, et, au delà de la presqu'île Ducos, la rade de Nouméa, couverte par l'île Nou et l'îlot Brun — la baie de Boulari, symétrique à celle de Dombéa, l'île Ouen, la baie du Prony, le cap N'Doua. Ce cap et l'île Ouen forment l'extrémité sud de l'île; mais les terres calédoniennes se prolongent encore de ce côté par l'île des Pins et plus loin encore par le banc de la Torche. Sur la côte orientale se rencontrent, au sud de la bîie d'Harcourt, la baie de Balade, petite, mais facilement abordable, le cap Colnett, la baie Chasseloup, qui se creuse au pied du mont Panié, le cap Bayes, promontoire de 416 mètres de
LE PAYS
hauteur, le cap Bocage, la baie profonde de Canala, qu'abrite le cap Dumoulin, la baie Ouinné; puis on rejoint le cap N'Doua.
Le second littoral de l'île (le premier pour qui vient de la haute mer) commence, au large et au sud de ce cap, au grand récif du Sud; de là part une longue série de récifs peu élevés qui font le tour de l'île. Seules, d'étroites passes ou coupées, en général de faible profondeur, laissent communiquer la haute
Route de Yaté.
mer et le canal d'eaux tranquilles enserré entre les récifs et la terre ferme. Les principaux accidents du littoral madréporique (grands récifs, passes les plus praticables aux navires) sont, à partir du grand récif du Sud et en contournant l'île par l'ouest, le nord et l'est : les passes de Ouatio, de Mato, de Boulari (marquée par un phare, c'est la route des paquebots), de Dombéa, de Uitoé, de Saint- Vincent, d'Uaraï, de Gatope, le grand récif de Gatope, la coupée de l'Alliance, le grand récif Mathieu, les passes de Coëtlogon (où passe le câble d'Australie), le grand récif de Koumac, la passe de Jandé, au
deli de laquelle le grand récif des Français se prolonge vers le nord à l'ouest des îles Belep, puis, à l'est de ces îles, le grand récif de Cook, la passe de Balade, le grand Récif, la grande passe de Touho, celles de Houaïlou, de Ganala, de Nakély, de Yaté; entre le cap N'Doua et l'île des Pins, les divers récifs sont séparés par le canal de la Havannah et la passe de la Sarcelle.
Flore et faune. — Allongée du nord au sud sur plus de 400 kilomètres, s'élevant dès la mer à une altitude moyenne de 400 mètres, baignée par deux océans, la Nouvelle-Calédonie possède, grâce à la diversité des deux côtes, à la variété des altitudes et des climats, bien des plantes de la zone tempérée et toutes celles des tropiques qui n'exigent pas une chaleur humide et continue. Dans ses jardins, les arbres d'Europe et ceux des pays chauds poussent côte à côte; c'est dire la richesse de sa flore.
Les essences forestières sont très nombreuses; nous n'énumérons ici que les principales. Cocotiers. Palmiers; l'espèce indigène la plus intéressante est Vareca sapida, le kipé des indigènes. Pandanus. Cycas, aux stipes si élégants. Les conifères de l'île sont des espèces qui lui sont particulières : dammara Moorei, le plus puissant, dammara ovata, dammara metea, araucaria Cûoki, le plus répandu, podocarpus N. Caledonise, podocarpus excelsa ou faux raori. Bois de fer ou nanoui des indigènes; le casuarina Deplanchei a l'aspect du pin parasol d'Italie. Erylhrine • ou arbre à piquants. Bois noir; acacia Lebbeck. Tamarinier, césalpinie qu'on suppose introduite et qu'on retrouve dans le nord de l'Australie. Flamboyant; jaomdana regia, très ornemental. Cassie. Kohu. Faux gaïac. Niaouli, caractéristique de l'île ; l'espèce la plus répandue est le melaleuca viridiflora; il est célèbre par ses propriétés assainissantes. Chêne gomme. Gommier; de deux familles : le spermolepsis nuhiginosa et le cordia sebestana. Pommier canaque. Jamlongue. Pomaderris. Hêtre; le hêtre noir est le plus beau bois de l'île. Noyré. Palétuviers, qui garnissent les rivages de la mer sur presque toute la côte ouest. Santal, devenu très rare. Aralia. Papayer, très utile et qui croît ici dans tous les sols. Chêne blanc. Figuiers, dont le ficus prolixa ou banian est un des plus gros arbres de l'île. Arbre à pain; la Nouvelle-Calédonie est le point le plus éloigné de l'équateur où on le rencontre à l'état sauvage. Citronnier. Manoué. Milnea, au très beau bois. Prunier canaque. Goudronnier. Bancoulier. Bourao. Bois de rose, devenu rare. Cerisier bleu, nom sous lequel on désigne différentes variétés d'eloeocarpus. Tamanou, au
LE PAYS
bois rose. Houx. Ébénier, au bois blanc, infiltré de noir. Olivier, aux fruits comestibles. Faux kaori. Lantana, dont la collection est complète. Jasmin. Apocynées.
Les plantes annuelles et herbacées ont dans l'île pour principales espèces : algues, champignons, lichens, mousses, lycopodes, fougères, dont les arborescentes élèvent leurs frondes à 20 mètres de hauteur. Graminées, qui constituent les trois cin-
Pandanus sur le Gomaa.
quièmes de la végétation de l'île (M. A. Jeannency) et parmi lesquelles sont la citronnelle, le vétiver et tous les bambous. Aracées. Pandanées. Liliacées. Amaryllidacées. Musacées, dont les bananiers. Zingibéracées. Orchidées; la vanille a été introduite. Légumineuses ; pois canaque, magnaga, fausse réglisse, bonduc. Rosacées, représentées seulement par une framboise indigène. Cucurbitacées. Népenthacées. Passillorées; barbadine, pomme liane. Chénopodées. Polygonées. Urticacées; fausse ramie. Crucifères; mouUrde. Oxalidées; l'oseille ordinaire d'Europe. Labiées. Solanées; aubergines, groseille du pays,
piment. Convolvulacées; patate douce. Gentianées. Composées, elles sont nombreuses.
A côté de cette flore naturelle, déjà si riche, se développe toute une flore acclimatée. En voici le tableau : 1° pâturages, fourrages, grains : luzerne, sensitive, sarrasin, pois d'Angole,
herbe de Para, herbe de Guinée, maïs, blé, riz, sorgho ; 2" tubercules, rhizomes comestibles :
pomme de terre, patate douce, topinambour, manioc ; 3" plantes à produits d'exportation : café, vanille, thé, canne à sucre , tabac , indigo , caoutchouc ; 4° plantes textiles : agave ; 5" plantes oléagineuses: arachide, ricin, tournesol.
De ces plantes, qui forment la richesse agricole de l'île, les plus importantes seront étudiées plus loin, au chapitre de la « Mise en valeur ».
La faune, au contraire, est des plus pauvres. Les mammifères ne sont guère représentés que par la grande chauve-souris dite roussette et par certaines espèces de rats. Bien plus nombreux sont les oiseaux, dont on compte plus d'une centaine d'espèces : kagou, sorte de gros râle, notou ou pigeon goliath^ pigeons verts, tourterelles, perruches, de nombreux petits insectivores, puis des hérons, pluviers, chevaliers, trois ou quatre variétés de canards; la sauvagine abonde dans les marais. Pour
Un banian à l'anse Vata.
tous reptiles, quelques lézards inoffensifs. Des importations ont enrichi cette faune. Le cerf axis (importé il y a vingt-cinq ans, il a peuplé tout le sud de l'île), le porc sauvage sont d'origine étrangère. Les bêtes ovines, prises dans la race australienne, dérivée elle-même des races anglaises, se sont multipliées rapidement; par contre, l'espèce bovine, également importée, a moins bien réussi. Le cheval s'est acclimaté. « En somme, dit M. Germain, vétérinaire du gouvernement, nul pays au monde ne paraît plus favorable à des tentatives d'acclimatation. »
Gaston Rouvier.
Nos possessions en Océanie sont peuplées par deux races différentes : l" les Papous ou nègres mélanésiens, qu'on trouve à la Nouvelle- Calédonie, aux îles Loyalty et aux Nouvelles-Hébrides ; 2° les Polynésiens, qui vivent dans toutes les îles situées à l'est du ISO^ degré. Aux îles Wallis, qui se trouvent à cheval sur ce méridien, nous rencontrons des représentants des deux races et surtout de nombreux métis.
Papous. — Le nom de Papous ou Papouas vient du mot malais papouwals, qui signifie « crépu » et qui rappelle la nature des cheveux chez les nègres mélanésiens. On désigne volontiers les indigènes d'un grand nombre d'archipels peuplés par des noirs, notamment ceux de la Nouvelle-Calédonie, sous le nom de Canaques; mais ce mot, qui veut dire « hommes », n'a aucun sens ethnique, et on l'applique tout aussi bien aux habitants des lies Marquises, qui sont des Polynésiens, qu'aux insulaires des archipels occidentaux.
Les Papous restés purs offrent une grande homogénéité de caractères. Leur taille dépasse la moyenne, leur teint est noir, leur chevelure abondante et très crépue ainsi que leur barbe. Ils sont solidement constitués, mais leurs jambes sont minces, et ils ont les pieds et les mains d'une grandeur un peu exagérée. La tête offre des caractères remarquables : très longue, très développée en hauteur, elle est singulièrement étroite, surtout dans la région frontale. La face, malgré son prognathisme, présente des traits assez réguliers, quoique les pommettes fassent un peu de saillie, que le nez soit court et un peu large et que les lèvres soient volumineuses.
Chez les métis qui possèdent du sang polynésien, les traits deviennent plus fins, la taille augmente, le t«int s'éclaircit, et la chevelure acquiert un volume tellement exagéré qu'on a désigné ces métis sous le nom de Papouas à tête de vaudrouille.
LA NOUVELLE-CALÉDOiNIE
Au point de vue intellectuel, les nègres mélanésiens offrent d'assez heureuses dispositions. Ce sont des hommes impressionnables et démonstratifs, qui traduisent leurs émotions par des cris, des rires, des hurlements, des sauts désordonnés. On les a accusés de cruauté, et, en effet, tous présentent un goût très prononcé pour la chair humaine.
Les mœurs varient quelque peu d'un archipel à l'autre, ce qui nous oblige à décrire successivement les différents groupes.
Papous de la Nouvelle - Calédonie et des Ijoyalty. —
Les insulaires des Loyalty ne se distinguent guère de ceux de l'archipel calédonien, de sorte que tout ce que nous allons dire des seconds peut s'appliquer aux premiers.
Dans les deux groupes d'îles on rencontre des nègres purs et des métis.
Jusqu'à six ou sept ans, les enfants ne portent aucun vêtement. A partir de cet âge, les hommes font usage d'un pagne qui leur entoure la taille et les parties sexuelles. Suivant la remarque de Glaumont, « avec ce vêtement, que le Canaque ne quitte jamais, il est un peu plus indécent, au moins à notre point de vue, que s'il était complètement nu ». Par les temps froids ou par la pluie, une natte est jetée sur les épaules. Un morceau d'étoffe enroulé en couronne autour de la tête, des feuillages, des plumes constituent une coiffure originale. Dans le nord de la grande terre, les chefs se fixent en temps de guerre, sur le sommet de la tête, une grosse coquille maintenue par des cordelettes en poils de chauve-souris.
Indigènes de la Nouvelle-Calédonie.
Les parures du sexe fort consistent en bracelets et en jarretières soit en coquilles, soit en poils de roussette, en ceintures de coquilles et en colliers. Quelques individus, surtout parmi les mélis, se font des tatouages en relief. Ce qui est beaucoup plus fréquent, c'est de voir la figure des hommes peinte partiellement en noir ou en rouge. Enfin beaucoup d'indigènes se perforent le lobule de l'oreille, agrandissent l'ouverture ainsi obtenue et s'en servent pour y introduire leur pipe ou leur tabac.
La jeune fille porte une étroite ceinture garnie de longues franges, qui est également en usage aux Nouvelles-Hébrides. Après son mariage, elle a le droit de s'enrouler à la taille une pièce de tapa, étoffe obtenue en battant l'écorce du mûrier à papier. Les parures du beau sexe sont les mêmes que celles des hommes, mais seules les filles de chefs peuvent porter la jarretière. En revanche, toutes les femmes sont autorisées à se pendre au cou des colliers en fragments de serpentine polis et percés.
Au moyen de peignes en bambou, les Néo-Calédoniens et les insulaires des Loyalty sont constamment occupés à s'ébouriffer les cheveux. Ce n'est peut-être pas uniquement par coquetterie qu'ils se grattent sans cesse la tête ; leur chevelure est, en effet, toujours habitée, mais ils ne cherchent
guère à se débarrassser de ces hôtes incommodes qui constituent un régal pour eux. On voit souvent deux amis se chercher mutuellement les poux, qu'ils dévorent avec avidité.
Malgré leur caractère turbulent, les indigènes de la Nouvelle-Calédonie et des Loyalty sont agriculteurs et sédentaires. Ils vivent dans des cases faites de roseaux et de branchages entrelacés, avec un toit en chaume ou en écorce de niaouli. Celles du peuple sont tantôt rondes, tantôt rectangulaires; celles des chefs se composent d'une paroi circulaire très basse et d'un toit conique très élevé que surmontent une banderole et des gris-gris. Toutes ces demeures n'ont comme ouverture qu'une porte d'environ 60 centimètres de hauteur, de chaque côlé de laquelle se
Néo-Calédonien avec une partie de la face peinte.
voient habituellement des poteaux sculptés en forme de figures humaines ou bien peints en rouge et en noir. Étant donnée l'absence de cheminée, l'intérieur des cases est tout enfumé.
Le Néo-Calédonien est assez industrieux; il apporte surtout un soin tout particulier à la fabrication de ses armes. Il connaît la fronde, qui lui sert à lancer les pierres taillées en forme d'œuf qu'il porte dans un
petit filet suspendu à la ceinture ; il possède une foule de casse- tête en bois très dur façonnés en forme de massue, de champignon, de bec d'oiseau, etc. ; mais son arme préférée est la sagaie, tantôt lisse, tantôt guillochée, tantôt dentelée ou armée d'un os de poisson, parfois oraée d'un masque humain. L'arc ne sert guère qu'aux amusements des enfants. Les chefs fabriquent une sorte de casse-tête en serpentine en forme d'ostensoir dont le manche en bois est décoré de poils de roussette et de gris-gris ; une des femmes que représente notre figure porte sur l'épaule cette hache-ostensoir. Naguère, les haches, les herminettes étaient toutes en pierre ou en coquille, et le couteau est encore souvent composé d'une valve d'huître perlière. Les hommes construisent de curieuses pirogues, qui se composent d'un canot creusé dans un tronc d'arbre, d'une plate-forme et d'un balancier qui flotte parallèlement à l'embarcation, à laquelle il est relié par des traverses. Ce flotteur a pour but d'empêcher la pirogue de chavirer.
Les femmes, qui sont de véritables bêtes de somme, exercent quelques industries. Ce sont elles qui confectionnent les nattes, les paniers pour les provisions et les fétiches, les voiles en jonc pour les pirogues et les cordelettes en poils de chauve-souris. Elles fabriquent aussi quelques po-
Femmes de la Nouvelle-Calédonie.
LES POPULATIOiNS
teries qu'elles modèlent à la main et qu'elles vernissent avec la résine de kaori. Pour les cuire, elles se contentent de mettre le feu au hangar sous lequel elles les ont fait sécher.
Les mariages sont traités par les parents. Quand ils sont tombés d'accord, ceux du garçon envoient des présents à ceux de la fille, qui leur appartient à partir de ce moment, lors même qu'elle est encore au berceau.
Les unions entre parents sont rigoureusement interdites. Si une femme devient veuve, elle passe au pouvoir de son beaufrère. Il est curieux de voir cette femme, qui vit dans une case à part avec ses enfants, qui est punie de mort lorsqu'elle manque à la fidélité conjugale, qui est indigne de manger de la chair de tortue, jouir d'une liberté illimitée jusqu'à son mariage et se livrer impunément à la prostitution tant qu'elle est jeune fille. Jadis, elle était exposée à êtie enterrée vivante lorsqu'elle venait au monde ; mais l'infanticide féminin tend à disparaître de jour en jour.
Les Néo-Calédoniens sont divisés en tribus, à la tête de chacune desquelles se trouve un grand chef, puis un chef guerrier. "Viennent ensuite les sorciers, les guerriers, le peuple et les esclaves. Les vieillards forment un conseil, qui est consulté dans toutes les circonstances graves. D'ailleurs toutes les classes de la société mènent le même genre de vie. Avec un bâton pointu, chaque homme creuse des trous dans le sol pour y cultiver du taro, de la canne à sucre, des ignames, des bananiers et des cocotiers, ou bien il se livre soit à la chasse, soit à la pêche. Pour s'emparer du poisson, les insulaires se servent de filets, d'hameçons en
de chef néo-calédonien.
Coloml:s 11.
serpentine ou en coquille, ou bien encore ils construisent des barrages qui se redressent lorsque la mer baisse.
L'alimentation se compose des végétaux que nous venons d'énumérer, de poisson, de mollusques marins, de viande de cochon domestique, de la chair d'une grande chauve-souris (roussette) et parfois de chair humaine. En 1876, on a encore constaté des cas d'anthropophagie dans le nord de la grande terre. Dans les moments de disette, on mange une terre comestible, qui trompe la faim plutôt qu'elle ne nourrit. Les ali-
Pirogue à balancier de la Nouvelle-Calédonie.
ments sont cuits dans un trou creusé en terre, garni de pierres et fortement chauffé.
Les Néo-Calédoniens croient à des esprits supérieurs, les uns bons, les autres méchants; ils leur adressent des prières et leur font des offrandes. Au moment de la récolte des ignames, ils célèbrent une grande fête, le pilou-pilou, qui s'accompagne de danse, de simulacres de combat et de festins. Elle produit sur les indigènes un tel état de surexcitation qu'il n'est pas prudent pour un Européen de s'approcher d'eux dans un semblable moment. Le pilou-pilou se célèbre chaque fois que surgit un événement important. Les guerriers se couvrent alors le visage d'un grand masque grimaçant, en bois sculpté, souvent muni de longues dents et orné d'une perruque et d'une longue barbe, en poils, en feuilles ou en plumes.
A la mort d'un individu, on enveloppe son cadavre dans une natte.
après lui avoir mis entre les doigts un cordon de perles-monnaies pour son passatre dans l'autre monde, puis on mange ses vivres et on brûle tout ce qui lui a appartenu. Les corps des simples mortels sont déposés dans des grottes, dans des troncs darbre ou sur des plates-formes élevées sur des arbres. Les chefs sont souvent momiGés par boucanage, i;t on leur badigeonne ensuite la figure de rouge et de noir; ainsi préparés ils sont enfermés dans leur case qui devient tabou (sacrée). Au bout d"nn an, la tète du défunt est nettoyée avec soin et transportée dans l'ossuaire des ancêtres.
Néo-Hébridais. —
Nous avons dit que les insulaires des Loyalty ressemblent entièrement à ceux de la Nouvelle-Calédonie. Les Néo-Hébridais ont également avec ceux-ci de nombreux points de contact, de sorte que nous nous bornerons à signaler quelques-uns des caractères qui leur sont propres.
Nous retrouvons dans ces Iles le type papoua pur; mais il s'y rencontre de nombreux métis provenant du croisement avec des Polynésiens. Chez ces métis, la peau est d'un rouge foncé, la taille s'élève, la barbe devient plus abondante et la chevelure s'ébouriffe d'une manière exagérée. Le costume est à peu près le même qu'à la Nouvelle-Calédonie, jnais il nous
faut signaler les peignes en bambou et les plumes qui se portent dans la chevelure, les bracelets en dents de porc sauvage ou en perles, le hausse-col en écaille d'huître dont s'ornent les hommes de Mallicolo, et surtout les tatouages et la déformation crânienne. Le tatouage se pratique à l'aide d'épines de citronnier sauvage, qui servent à faire des piqûres dans lesquelles on introduit du charbon; lise produit des cicatrices en saillie formant des dessins variés. La plupart des individus se peignent néanmoins en roage, en noir ou en blanc, selon qu'il s'agit de fêter un
Masque néo-calédonien.
événement heureux ou de porter le deuiL La déformation crânienne n'est en usage qu'à Mallicolo. Elle consiste à allonger la tête des enfants et à lui donner la forme d'un pain de sucre. A Tanna et à Sandwich, on
se perce non seulerment les oreilles, mais aussi la cloison du nez pour y introduire un ornement en coquille.
Les habitations, toutes construites de la même façon, ont une forme rectangulaire et un toit d'herbes et de feuilles qui descend presque jusqu'à terre. Comme à la Nouvelle-Calédonie, les femmes logentàpart, et, dans un compartiment de leurs cases, dorment les cochons. A Tintcrieur de certaines maisons de chefs se voient des poutres sculptées portant en relief des oiseaux, des flèches, des pieds humains ; au sommet du toit se trouvent un gros coquillage et des mâchoires de babiroussa.
Les casse-tête, les sagaies affectent des formes plus variées qu'à la Nouvelle-Calédonie. Dans l'île de Santo, les indigènes se servent d'une lance armée d'os humains taillés en pointe et garnie d'épines. Mais ce qui caractérise leur armement, c'est l'arc, qu'ils utilisent aussi bien à la guerre qu'à la chasse. Les autres objets fabriqués par les Néo-Hébridais sont à peu près identiques à ceux dont nous avons parlé.
Femme des Nouvelles-Hébrides,
Tantôt pacifiques, tantôt d'humeur belliqueuse, ces insulaires ne méritent guère de confiance. Ils obéissent servilement à des chefs héréditaires qui n'arrivent toutefois à la dignité suprême qu'après avoir passé par les grades inférieurs. Ces chefs possèdent plus de femmes que leurs sujets, ils reçoivent les plus beaux fruits, ils prononcent le tabou (les interdictions) et ont le privilège de mettre à mort les victimes humaines qui sont dévorées dans leurs festins de cannibales.
Toutes les fêtes s'accompagnent de chants et de danses, qui s'exécutent au son de la trompe en coquille, de la flûte de Pan, de la flûte simple ou du tam-tam. Les tams-tams sont des troncs d'arbres creusés, munis d'une fente et portant en haut des sculptures qui représentent souvent des têtes humaines. Parfois on en voit un nombre considérable plantés verticalement sur les places des villages.
Il nous faut mentionner encore quelques curieuses coutumes funéraires. A Pentecôte, le cadavre du mari est laissé dans la maison et ses femmes sont chargées d'en écarter les mouches. A Mallicoto, la femme doit coucher sur la tombe de son époux jusqu'à ce qu'elle se remarie. A Santo, les veuves sont étranglées. Dans lile de Mallicoto, les cadavres des chefs sont exhumés au bout d'un certain temps, la tête en est enduite de terre glaise, on la peint et on la place sur un mannequin fait de paille et déterre. Lorsqu'un fils du chef vient à décéder, sa tête est préparée de même et plantée sur une des épaules du mannequin paternel. Toutes ces reliques sont conservées dans la case des chefs.
D' Verneau.
Régime légal. — La prise de possession de la Nouvelle-Calédonie date du !«' mai 1853. Quelques mois après, le 3 mai 1854, en exécution de l'article 27 de la Constitution du 14 janvier 1832, un sénatusconsulte réglait le régime légal de nos autres colonies. Cet acte range la Nouvelle-Calédonie dans le groupe des colonies « autres que la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion ». Pour ce groupe, le fondement du régime légal est le décret simple (titre 111, art. 18). Aucune particularité n'étant à signaler en l'espèce, on se reportera au chapitre !•', Le Législateur colonial, t. !•', pp. 1-11.
Relations avec la métropole (V. t, 1»^, pp. 12-14). — La
Nouvelle-Calédonie est représentée auprès de l'autorité métropolitaine par un délégué au conseil supérieur des colonies, élu par les colons, au suffrage universel pour trois ans. Elle n'élit ni député ni sénateur.
Personnel colonial (V. t. I", pp. I6-19).— D'abord placée sous l'autorité du gouverneur commandant la station du Pacifique, en résidence à Tahiti, la Nouvelle-Calédonie fut constituée, en 1860, en commandement.
et en 1863 en gouvernement distinct. Le gouverneur représente l'autorité métropolitaine. Il réside à Nouméa, chef-lieu de l'île.
Il est assisté d'un secrétaire général et de cinq administrateurs coloniaux placés à la tête des cinq arrondissements de Nouméa, Canala, Houaïlou, Touho et Ouégoa. Le conseil privé est composé de deux notables habitants, nommés par le gouverneur, et des chefs de service. Ce conseil se constitue, avec adjonction de deux magistrats désignés chaque année par le gouverneur, en conseil du contentieux administratif. Les principaux chefs de service sont : le secrétaire général, qui préside le conseil privé à défaut du gouverneur, le directeur de ladministration pénitentiaire, le chef du service judiciaire, procureur général, le chef du service des domaines, le chef du service des douanes, le chef du service des travaux publics, le commandant militaire, le commandant de la station navale locale, le chef des services administratifs militaires et maritimes (appartenant au commissariat des troupes coloniales), le directeur de l'artillerie, le chef du service de santé, le trésorier-payeur, etc., le chef du service des affaires indigènes et de l'immigration.
Personnel de l'administration pénitentiaire. — A
sa tête se trouve un directeur, nommé par décret; ses attributions, définies d'abord par le décret du 16 février 1878, ont été augmentées par celui du 20 novembre 1882, qui en a fait un chef d'administration au même titre que tous les représentants des pouvoirs militaires et civils dans la colonie et, en outre, lui a délégué l'ordonnancement des dépenses de son administration. Le personnel est régi par les décrets du 14 avril 1894, 10 mai, 14 novembre et 7 décembre 1*95, 4 janvier, 3 avril et 14 mai 1896, qui ont fixé la hiérarchie, le recrutement et les conditions d'avancement. Il comprend, au-dessous du directeur, un sous-directeur, qui est nommé par le ministre, des commandants supérieurs, des commandants de pénitenciers, un personnel de bureaux, un commissaire de police de la transportation, cinq conducteurs des travaux, deux instituteurs et un interprète. Les attributions des bureaux, le cadre du personnel et les indemnités de caisse, supplément de fonctions et frais de service du personnel de l'administration pénitentiaire de la Nouvelle-Calédonie, ont été déterminés par un arrêté ministériel du 20 février 1894. La garde et la surveillance des condamnés est confiée au corps militaire des surveillants, organisé par les décrets des 20 novembre 1867 et 5 octobre 1889, et par la décision présidentielle du 31 octobre 1897 placé sous les ordres directs des commandants de pénitenciers; il comprend 9 surveillants principaux, 17 surveillants chefs et 245 surveillants.
Conseil général. Municipalités (V. 1. 1*», pp. 24-31). — Les colons, en vertu du décret du 2 avril 1885, élisent, au suffrage universel, un conseil général qui se réunit périodiquement à Nouméa, auprès du gouverneur. Ce conseil compte 19 membres; ses attributions consistent surtout dans l'examen des questions concernant le régime des douanes et dans le vote des recettes et des dépenses de la colonie. Il élit son bureau, com-
posé d'un président, d'un vice-président, de deux secrétaires et d'un secrétaire archiviste.
Nouméa, le chef-lieu, a été constituée en commune par décret du 8 mars 1879. Son conseil municipal compte 15 membres; le maire est assisté de deux adjoints. La composition, la suspension et la dissolution de ce conseil sont fixées par les décrets des 26 juin 1884 et 20 mai 1890. Dans l'intérieur de l'île, les dix-sept centres principaux (Dumbéa, Païta, Saint-Vincent, dans le ^<" arrondissement; Boulouparis, La Foa, Moindou, Canala, Thio, dans le 2»; Bourail, Ponérihouen, Houaïlou, Kouaoua, dans le 3»; Koné, Voh, Hienghène, dans le A"; Ouégoa, Oubatche, dans le 5*), ont chacun une commission munipale, composée d'un président et de deux à six membres, élus pour deux ans par le suffrage universel. Ces commissions disposent d'un petit budget pour les travaux d'utilité publique. Leur président exerce les fonctions d'officier de l'état civil- Dans les centres moins importants, un colon est désigné par le gouverneur pour exercer ces fonctions.
La loi française et la loi indigène. Justice (V. t. l^f, pp. 32-44). — Les colons français et leurs descendants, et les étrangers naturalisés sont soumis à la loi française. La naturalisation s'acquiert plus facilement que dans la métropole; le seul stage exigé est, au lieu de dix-huit ans de domicile, une résidence de trois ans. Mais à ces colons citoyens soit d'origine, soit par naturalisation, la loi française ne saurait être appliquée dans son intégrité.
Cest ainsi que si le Code civil a été introduit en Nouvelle-Calédonie, toutes ses modifications ne l'ont pas été. De même, les difficultés locales ont obligé le législateur à modifier les formalités de l'état civil, les attributions des tribunaux inférieurs, etc. Le gouverneur, siégeant en conseil privé, a le droit d'accorder certaines autorisations, certaines dispenses en matière de mariage. Mais le Code de commerce a pu être introduit sans modification (1850), ainsi que le Code pénal (1877).
Quant aux indigènes canaques, ils continuent à suivre leurs coutumes locales. Certaines de celles-ci, cependant, comme l'anthrophagie, ont dû être extirpées, et une série de mesures pénales prises. On n'a pu imposer aux indigènes le mariage civil; ils sont simplement contraints à déclarer à l'officier de l'état civil qu'ils se sont mariés.
La justice a été organisée par les décrets des 28 novembre 1866 et 15 novembre 1893. Le procureur général est chef du service judiciaire qui comprend : 1» une cour d'appel (un président, deux conseillers, un conseiller auditeur, un procureur général, un substitut); 2» un tribunal de première instance (un juge président, deux lieutenants de juge, un procureur de la République, un substitut). Le tribunal de commerce est composé du juge président du tribunal de première instance, de deux assesseurs pris à tour d'inscription sur une liste de 11 membres désignés par le gouverneur, et de 20 membres élus par les patentés français. Des défenseurs près les tribunaux sont chargés des fonctions d'avocat et d'avoué. Des justices de paix fonctionnent à Nouméa (compétence ordinaire), à Bourail et Canala (compétence étendue). Les juges de paix sont
nommés par le président de la République; le greffier fait fonction de notaire.
Le décret du 30 septembre 1887 permet aux administrateurs coloniaux de statuer par voie disciplinaire sur les infractions commises par les indigènes contre les arrêtés des gouverneurs.
Instruction publique (V. t. I«^ pp. Ao-ie). — L'instruction publique s'est beaucoup développée dans l'île. A Nouméa existent un collège de garçons, avec quatre professeurs et deux instituteurs, deux écoles communales laïques, une de garçons (neuf instituteurs), une de filles (quinze institutrices), et des écoles libres; tout près de la ville, à la Conception, est un pensionnat de jeunes filles (sœurs de Saint-Joseph de Cluny). Des écoles mixtes pour garçons et filles sont établies dans les villages de quelque importance. Au total, la colonie compte 51 écoles rurales laïques ou congréganistes (pères maristes, sœurs de Saint-Joseph de Cluny), peuplées d'environ 2 400 élèves des deux sexes, Européens pour un peu plus de la moitié, indigènes pour le reste. Il y a, en outre, dans l'île, deux orphelinats, l'un de garçons et l'autre de filles.
Cultes (V. t. pf, p. 47). — Sous la direction du vicaire apostolique de la Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides, le culte catholique est assuré par les prêtres de la mission mariste; leur supérieur réside à Nouméa. Les desservants des paroisses sont au nombre de 8; il y a 33 missionnaires apostoliques en Non velle-Calédonie et 10 aux Nouvelles-Hébrides.
La Nouvelle-Calédonie est une des trois colonies (avec la Guadeloupe et Tahiti) ofi le culte protestant est assuré par la métropole; celle-ci entretient deux pasteurs, dont l'un aux îles Loyalty.
Régime financier (V. t. pr, pp. 48-51). Budget. — On se reportera, en ce qui concerne le budget, aux règles exposées au tome l»', pp. 48-51. 11 y a seulement à noter que le directeur de l'administration pénitentiaire ordonnance les dépenses de son administration.
Impôts. — L'impôt foncier est établi conformément aux arrêtés du 2 décembre 1875 et du 21 octobre 1885; sa quotité est fixée à 0 fr. 50 pour 100 ad valorem T^OMV les constructions urbaines, terrains urbains (abstraction faite des constructions), terrains de la presqu'île de Nouméa; à 0 fr. 75 pour 100 pour les terrains ruraux. Il est ajouté au principal de l'impôt foncier 0 fr. 05 additionnels par franc, dont le produit est destiné à couvrir les non-valeurs, dégrèvements et frais. Les terrains nouvellement bâtis sont affranchis de l'impôt sur les bâtiments pendant trois ans.
La contribution des patentes est perçue conformément à l'arrêté du 18 octobre 1880, modifié par ceux des 15 novembre 1883 et 8 janvier 1884 et par diverses décisions du conseil général, dont la dernière est du 30 novembre 1899; elle se compose d'un droit fixe basé sur la classe du commerce ou de l'industrie à laquelle appartient le patenté, et de 0 fr. 05 additionnels par franc.
Les autres contributions directes sont : la taxe de vérification des
poids et mesures (perçue conformément à l'arrêté du 21 octobre 1876), et le droit de capitalion sur les indigènes : cet impôt a été établi, en exécution d'une délibération du conseil général en date du 22 mai 1900, approuvée par le décret du 22 novembre 1900, sur la base d'un payement annuel de 15 francs par indigène. (Les tribus reconnues incapables de payer la taxe en espèces peuvent êtres autorisées à se libérer en coprah, vendu aux enchères publiques à Nouméa.)
L'arrêté du 13 avril 1863 règle le mode des poursuites à fin de recouvrement des contributions directes.
Il sera question plus loin (Régime économique) du tarif douanier en vigueur dans la colonie.
Les contributions indirectes consistent en : droits de phare et de balisage (arrêté du 30 décembre 1871, décret du 27 décembre 1889, délibération du conseil général en date du 1«' décembre 1899); droits de quarantaine sur les animaux introduits (arrêtés des 13 décembre 1872 et 4 novembre 1891); droits sanitaires (arrêté du 19 juillet 1881 et décret du 17 décembre 1889); droits de francisation (arrêté du 23 novembre 1880 et décret du 2 avril 1881; droits de navigation intérieure (arrêté du 27 novembre 1873); droits de congé de mer (arrêté du 23 novembre 1880 et décret du 2 avril 1881); droits de pilotage; droits d'enregistrement (arrêté des 12 février 1886, 24 juillet 1893, 26 février 1897), de greffe (arrêté du 26 mai 1884); d'hypothèques (arrêté du 17 septembre 1874); permis de chasse ; produits de la télégraphie optique ; plans du service lopographique ; droits de consommation sur les liquides introduits dans la colonie et sur ceux de fabrication intérieure (le dernier arrêté est celui du 21 juillet 1899) ; droits de consommation sur les tabacs (décret du 15 janvier 1895, le dernier arrêté est du 9 janvier 1899); taxe spéciale sur l'opium (arrêté du 15 octobre 1892); droits de consommation sur les sucres raffinés (arrêté du 30 avril 1897).
Les produits du domaine consistent en : frais de reconnaissance, de levées et délimitation; produits des mines (décret du 17 octobre 1896, arrêté du 17 février 1897j; produits des forêts (décision du conseil général en date des 18 septembre 1889 et \." décembre 1897) ; immigration (décision du conseil général des 12 septembre 1890, 15 septembre 1892 et 7 décembre 1894); droits d'octroi de mer (décrets des 30 décembre 1897 et 19 janvier 1901). Dans le but de favoriser le mouvement d'immigration et de colonisation agricole, l'administration a pensé que l'État ne devait se réserver les produits de son domaine dans cette colonie que pour une faible partie à titre de réserve de principe, comme affirmation de son droit de propriété. Par décret du 10 avril 1897, toute la portion de ces produits en excédent de la part réservée aux prévisions du budget de l'État a été attribué au budget local pendant une période de dix années, à titre de subvention pour les dépenses de colonisation.
Emprunts. — La colonie a été autorisée, en 1900, à contracter un emprunt de 5 000 000 de francs, dont le produit doit être consacré aux travaux publics. La ville de Nouméa (1896) a déjà négocié avec le Crédit algérien une ««omme de 2 000 000 de francs et a émis par souscription publique un emprunt de 670 700 francs.
Armée (V. t. !«', p. 125-139). — Les troupes, composées d'un régiment colonial d'infanterie et d'une direction d'artillerie de marine, sont placées sous les ordres d'un colonel d'infanterie coloniale, qui remplit les fonctions de commandant militaire. La gendarmerie est commandée par un chef d'escadron.
L'île, entourée de sa ceinture presque ininterrompue de récifs dangereux, serait très facile à défendre. Un débarquement ne serait possible que sur la rade de Nouméa; cette rade est défendue par de vieilles batteries. D'autre part, elle fournit à notre division navale du Pacifique une excellente base d'opération.
Gaston Rouvier.
LA MISE EN VALEUR GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
Agriculture. — La formation serpentineuse du sud de la colonie, saturée de sels métalliques, n'est propre seulement qu'à la culture de certaines essences forestières.
Les schistes tenaces, naturellement couverts de graminées qu'ombrage le niaoulis, occupent une autre partie importante de l'île; ces terrains nourrissent de grands troupeaux de bœufs.
Le surplus, éminemment favorable aux travaux agricoles, peut se décomposer ainsi : terrains d'alluvions de la Foa, Moindou, Bourail, Poya, A'oh, Pouembout, Koué, et de la plupart des vallées de la côte est au nord de Thia; terres de forêts sur pied ou anciennement défrichées par les indigènes, étagées sur les pentes des montagnes ou couvrant les plateaux de l'intérieur; lacs d'anciens marais actuellement asséchés, tels que les vastes plaines de Bouloupari et de Saint-Vincent, dont le sol compact et froid peut, à frais minimes, se transformer en terres de première qualité par le drainage et les amendements calcaires; collines formées de schistes aisément décomposables, souvent traversées par des affleurements de grès, s'étendant sur une partie considérable de l'île et qu'on croit appelées dans l'avenir à constituer sa principale richesse agricole ; anciennes plages abandonnées par la mer, formées par conséquent de silices et de calcaires, utilisées déjà pour la culture en grand de la luzerne et que des apports d'argile pourraient encore singulièrement amender.
Tous ces terrains si susceptibles de culture fructueuse, sem-
blent pouvoir être évaluées (sur une surface totale de 2 millions d'hectares) à 400000 hectares environ; 400000 seraient exclusivement propres aux pâturages; 200000 seraient couverts de forêts. Mais ces chiffres ne sauraient être qu'approximatifs, le levé topographique de l'île n'étant pas encore achevé, et les terrains déjà limités n'ayant été l'objet d'aucune classification.
Une seule forêt est exploitée, c'est celle de la baie du Sud, que fait valoir l'administration pénitentiaire. Aucune n'a été concédée. Les produits fournis par les forêts néo-calédoniennes sont : des bois d'essences les plus diverses (V. Flore), propres à la charpente, à la menuiserie, au charronnage, àl'ébénisterie; une résine fossile, la résine de kaori [dammara], très recherchée en Europe pour la fabrication des vernis employés pour la carrosserie; la résine du pin colonnaire {Araucaria); le caoutchouc du banian ; l'essence fabriquée avec les feuilles du niaouli {melaleuca) et dont l'odeur rappelle celle de la térébenthine; le bois de santal, qui a provoqué le premier commerce avec les indigènes; l'écorce des palétuviers, employée pour le tannage des cuirs; l'amande (coprah) et la bourre (objets de sparterie) des cocotiers; les fibres des pandanus; la fibre végétale du papayer.
Sur les vastes pâturages aux herbes variées, à la température constamment tempérée, les troupeaux, dès le début, ont prospéré en liberté et presque sans soins. Les premiers bestiaux furent introduits vers 1850; aujourd'hui il existe dans la colonie environ 120 000 têtes de gros bétail. L'élevage, dans les « stations », fut très prospère jusqu'en 1883; il subit ensuite une crise des plus graves dont il se relève actuellement. L'introduction de l'espèce chevaline dans l'île est contemporaine de celle des premiers troupeaux de bêtes à cornes, gardées par des cavaliers ; les chevaux, élevés, comme les bœufs, en liberté, s'accommodent admirablement du climat et des pâturages. La Société anonyme des courses calédoniennes, créée à Nouméa en 1880, s'occupe activement de l'amélioration de la race. La colonie possède 25000 moutons; ces bêtes prospèrent aussi bien que les précédentes; seulement, quelques précautions, négligées par les premiers éleveurs, sans expérience, doivent être prises pour protéger les moutons contre les pointes aiguës d'une graminée (andropagon austro-caledoniensis), lesquelles, s'altachant d'abord à la toison, finissent par pénétrer dans le corps et y occasionnent des lésions dangereuses. Les chèvres se multiplient facilement. Le porc, très commun, engraisse vite au moyen de
manioc, coco, maïs, patate douce. Quant à l'élevage des volailles il a été, jusqu'ici, négligé.
Les cultures les plus répandues sont celles du café, du maïs, des haricots, du manioc, du tabac, de la luzerne et des légumes.
Les premiers essais de plantation du café furent faits vers 1865 par les colons qui s'établirent sur la côte est, dans les vallées de Canala et de Nakéty ; les résultats obtenus furent si satisfaisants qu'on étendit les plantations un peu au hasard dans tous les terrains. Il fallut bien des tâtonnements pour choisir les terrains favorables et aussi pour résoudre la question de l'abri ; car le caféier cultivé en plein soleil produit beaucoup, mais dépérit promptement ; les planteurs ont adopté comme abri le bois noir {acacia Lebbeck), qui croît très vite et, de plus, fournit un excellent bois de charronnage. Un hectare peut recevoir de 1000 à 2500 caféiers, qui commencent à produire à trois ans et sont en pleine production à cinq. Aujourd'hui, la culture du café est tout à fait prospère ; la production s'élève à 450 tonnes, et la marque néo-calédonienne, « La Roussette », est partout estimée. Le prix, dans la colonie, varie entre 2 fr. 50 et 3 francs le kilogramme. Il existe dans l'île quelques grandes caféières; deux d'entre elles produisent, depuis quelques années, près de 100 tonnes de cafés annuellement. La production moyenne semble être de 1,000 kilogrammes à l'hectare; or, l'étendue des terres propres à l'établissement de caféières peut être évaluée à 50000 hectares, si l'on ne tient compte que des terrains d'alluvions situés dans les vallées.
On voit donc quel est l'avenir dans la colonie de sa plus riche culture, celle du café.
Le maïs a été, jusqu'ici, la culture de début des émigrants; c'est que sa production est des plus satisfaisantes, même sur un sol fraîchement défriché et même pour des cultivateurs de peu d'expérience. On peut obtenir jusqu'à deux récoltes par an dans le même champ, mais le maïs a un ennemi terrible dans la sauterelle. Le rendement est de 2 à 3 tonnes à l'hectare. Cette céréale remplace l'orge et l'avoine des pays de la zone tempérée.
Également aisée et répandue est la culture des haricots, mais la production dépasse très vite les besoins des consommateurs. La culture du riz, au contraire, exige et un terrain particulier (marécageux) et beaucoup de main-d'œuvre; elle est de moins en moins en faveur. Peu difficile sur le choix des terres, demandant peu de travaux préparatoires, le manioc peut donner par pied jusqu'à 50 kilogrammes de tubercules; il produit d'ex-
cellent tapioca dont la fabrication est une industrie d'avenir pour le pays. Simplement cuit à l'eau, il peut remplacer au besoin le pain dans les repas. Volaille et bestiaux s'en nourrissent volontiers.
La culture du tabac, malgré les encouragements officiels (plus de 700000 francs de primes votés en dix ans par le conseil général), et bien qu'elle soit aisée, n'a pas encore donné des résultats pleinement satisfaisants. Différentes espèces ont été introduites dans la colonie : le kentucky, le sumatra, le java, le Virginie, le manille, le violette. La culture de la canne à sucre, tout aussi facile (il existe au moins soixante variétés de cannes indigènes poussant partout, dans les marais comme dans les terres sèches), est aujourd'hui à peu près abandonnée, à cause du bas prix des sucres et des rhums et aussi à cause des dommages causés à cette culture par les sauterelles.
La luzerne donne jusqu'à six et huit coupes par an, c'est la culture principale des centres d'élevage; plusieurs essais de culture d'herbes fourragères provenant des pays tropicaux (ierbe de Para, herbe de Guinée) ont été suivis de succès. De mars en novembre, se cultivent tous les légumes de France; la pomme de terre donne deux récoltes par an. Les arbres fruitiers sont : l'oranger, le mandarinier, le citronnier, le bananier, le pommier cannelle, le manguier, le goyavier, le pécher. La vigne donne des raisins de table.
Enfin, quelques nouvelles cultures ont été tentées dans ces derniers temps et sont susceptibles d'extension : celles du caoutchouc de ceara ; de la vanille, dont la qualité est égale à celle des meilleures sortes de Bourbon ; de l'indigotier, qui pousse ici à l'état sauvage; de l'agave, de l'ananas. Ces essais se multiplient.
Une chambre d'agriculture, composée de 36 membres, a été établie à Nouméa, par arrêté du 12 mai 1884.
Industrie. — La Nouvelle-Calédonie est un pays essentiellement minier. Les minerais (nickel surtout) sont sa principale richesse.
On a vu (géologie) leur formation. Nous reviendrons ici sur la distribution des roches serpentineuses, dont la valeur au point de vue industriel est la plus grande.
Ces roches s'étendent du sud au nord de l'île, sur une étendue qui dépasse 600 000 hectares, c'est-à-dire le tiers de la surface totale de l'île ; leurs principaux massifs sont ceux du sud, de Canala-Kouaoua, du Mé-Maoya, de Muéo, du Tchingou,
du Konianbo, de Gonen, de Kommac; les massifs secondaires sont : au sud, l'île des Pins et l'île Ouen; au nord, la presqu'île de Poum, l'île Yandé et les Belep. Ces massifs secondaires et les limites des grands massifs, au sud et à l'ouest, contiennent principalement du cobalt, du chrome, du fer. Les parties centrales des formations, au contraire, sont plutôt riches en nickel et il en est de même des formations centrales de l'île où l'on trouve peu ou point de cobalt. Les surfaces concédées sont, à l'heure actuelle, de 350 000 à 400 000 hectares, c'est-à-dire environ les deux tiers de la superficie occupée par les épanchements serpentineux. Les parties centrales des massifs ont été jusqu'ici peu ou point étudiées. Au total, l'île produit en minerai provenant de cette formation géologique 118 000 à 134 000 tonnes par an, dont lOOOOO à 110 000 tonnes de minerai de nickel, loOOO à 20 000 tonnes de minerai de chrome 3 000 à 4 000 tonnes de minerai de cobalt.
Les premiers échantillons de minerais calédoniens furent découverts par M. Jules Garnier, de 1863 à 1867, et les premiers gisements par des colons établis aux environs du mont d'Or, en 1874.
Le fer se rencontre, en grande abondance, dans tous les terrains de l'île, dans les terrains anciens du nord, dans les couches triasiques et, en masses énormes, dans les massifs serpentineux ; aucune exploitation n'en a encore été faite.
Le cuivre abonde dans les terrains primitifs du nord, dans les micaschistes et dans les schistes cristallins. La vallée du Diahot, depuis Pam jusqu'à Bondé, y compris le district d'Arama, les vallées de Néhoué et de Koumac, dans le nord de l'île, sont composées d'une suite presque ininterrompue de mines de cuivre; les filons s'enfoncent parfois à une profondeur de plusieurs centaines de mètres; leurs minerais sont rangés dans la catégorie des minerais riches. La mine La Balade a été fermée en 1884, lors de la baisse du cuivre; restent en exploitation plusieurs mines dans la vallée du Diahot; environ 50 000 hectares ont été jusqu'ici prospectés.
A côté des minerais de cuivre de la région nord, se rencontrent des minerais de plomb et de zinc argentifères; une mine a été exploitée sur la rivière Djahel (rive gauche du Diahot).
L'île, de plus, possède de très importants gisements de manganèse (à Gomen, Bourail, Saint-Vincent), d'antimoine (à Nakéty), de cinabre (également à Nakéty). Enfin, dans le premier étage des terrains primitifs (micaschistes), qui s'étend de la rivière Ouaième à Pam, entre la mer d'un côté et la rive
LA MISE EN VALEL'Il 719
droite du Diahot de l'autre, existent plusieurs régions aurifères; une ou deux ont été suffisamment déterminées pour mériter d'être l'objet de travaux de recherches et ensuite d'exploitation.
La houille a été signalée dès 1846; mais ce ne fut qu'en 1873 qu'on se rendit compte du développement de la formation houillère calédonienne. Après de longues recherches, il fut établi que cette formation occupait une superficie de près de 50 000 hectares: bassins de Nouméa, Moindou,Muéo, Koné-Voh, de la rivière Nondoué (près la Dumbéa). Les analyses faites à Paris ont prouvé la bonne qualité de cette houille, dont l'exploitation serait désirable.
Outre l'industrie minière, il n'existe dans l'île qu'un petit nombre d'industries, toutes agricoles. L'usine d'Ouaco fournit des conserves de viande pour l'armée. Avec la bourre du cocotier se fabriquent tapis, brosses, balais; avec les feuilles de pandanus, nattes et chapeaux. La forêt de la baie du Sud fournit des bois de menuiserie et d'ébénisterie. Des essais ont été faits à Bourail, pour la fabrication avec le manioc du tapioca; ils ont réussi. Les usines de Bacouya et de Saint-Louis traitent la canne à sucre, produisent du rhum de bonne qualité et du sucre pour la consommation locale. Avec le tabac indigène, on fabrique un scaferlati passable (Bourail), La production de l'indigo a été tentée avec succès près de Ganala. L'huilerie de Bourail fabrique, avec des arachides, une huile excellente. Nouméa possède une minoterie à vapeur; LaFoa une tannerie ; La Dumbéa et Prony des scieries à vapeur. Sur les côtes, pêche du poisson, qui abonde.
L'industrie indigène n'a aucune importance économique.
Mais la Nouvelle-Calédonie semble destinée à la grande industrie métallurgique. Elle a des mines de charbon; elle a des fondants; elle a des chutes d'eau et toute une partie de son sol n'est pour ainsi dire qu'un bloc de fer. De plus, le nickel, naguère métal de luxe, voit son importance décupler par suite des heureux essais d'alliage avec l'acier. De grands efforts sont tentés en ce moment pour mettre en valeur toutes ces richesses, si peu exploitées : hauts fourneaux en construction, etc.
Communications et commerce. — Dans l'intérieur de
l'île, les cours inférieurs des rivières (généralement, les divers
'affluents d'un même bassin se réunissent à 15 ou 20 kilomètres
du rivage) constituent des voies navigables que remontent des
chaloupes ou des chalands de plusieurs tonnes. Ces voies sont
réunies par le chenal maritime que forme, tout autour de l'île, la ceinture de récifs madréporiques. Grâce à cette configuration physique, les transports de toute nature se font aisément et économiquement par mer. Un service régulier de bateaux à vapeur, subventionné par la colonie, assure tous les quinze jours les communications du chef-lieu avec les principales localités des deux côtes (jusqu'au point extrême. Para ; prix du passage selon les classes, 90, 55 ou 28 francs; fret de la tonne de 1 000 kilogrammes, 35 francs). D'autres vapeurs et des cotres font aussi des voyages autour de l'île pour y chercher des produits et porter des marchandises.
Les voies de communication terrestres sont encore insuffisantes. La longueur totale des divers tronçons de routes carossables et empierrées atteint à peine 200 kilomètres : en voici l'énumération : Nouméa à l'anse Vata, 4 kilomètres ; Nouméa à Magenta et au cimetière, 5 kilomètres ; Nouméa à Bouloupari, 86 kilomètres; Pont des Français à la Coulée, 11 kilomètres; Bouloupari à La Foa, 40 kilomètres; La Foa à Téremba, 18 kilomètres; Téremba à Moindou, 4 kilomètres; Canala à Nakéty, 13 kilomètres; Bourail à la mer, 11 kilomètres. Le réseau des sentiers muletiers est plus complet. On peut aujourd'hui se rendre à cheval du sud au nord de l'île et la traverser sur divers points (entre Thio et Bouloupari, Canala et La Foa, Houaïlou et Bourail, Oubatchi et Koumac), sans trop de difficultés.
Enfin, une ligne de chemin de fer est en construction entre Noume'a et Bourail et doit être continuée jusque vers le nord de l'île; les travaux ont été inaugurés le 17 août 1901; la largeur de la voie est de 1 mètre, la longueur de la ligne, de 150 kilomètres.
Le service de la poste est assuré, deux fois la semaine, par des courriers de terre dont le point de départ est Nouméa; les bateaux du tour de côte portent aussi les correspondances. Les localités situées entre Nouméa et Bouloupari sont desservies par un service journalier de malle-poste qui prend des voyageurs. Dans tous les centres agricoles ou miniers de quelque importance existe un bureau télégraphique relié au cheflieu. Nouméa est desservi par le téléphone.
Les communications avec la France sont assurées par deux lignes de navigation. Les paquebots des Messageries maritimes de la ligne australienne franchissent la distance de 21 027 kilomètres qui sépare Marseille de Nouméa en 33 jours. Les départs de Marseille et de Nouméa ont lieu toutes les quatre semaines. Prix du passage, selon les classes : 1 875 francs,
1 loO francs, 575 francs ; transport gratuit de loO kilogrammes de bagages. Fret : 70 francs par 750 kilogrammes ou par mètre cube. On peut aussi gagner l'île par la voie anglaise Brindisi- Sydney et correspondance pour Nouméa (durée du trajet : 45 jours). Une ligne régulière de grands voiliers entre le Havre et Nouméa s'installe actuellement.
Télégraphiquement, la Nouvelle-Calédonie est reliée depuis octobre 1893 au réseau international par le câble d'Ouaco (côte nord-ouest de l'île) à Bundaberg (Queen'sland), qui appartient à une société française. Des câblogrammes peuvent être échangés directement entre Nouméa et la France au prix de 12 fr. 25 le mot.
L'unique port de commerce est Nouméa. Citons les ports d'escale d'Ourail, Bourail, Pam et Canala, et les rades de Thio, Kua, Kouaoua et Port-Bouquet.
Admirablement protégé contre tous les vents, doté de deux passes, très vaste, le port de Nouméa peut devenir, bien mieux que Sydney, l'entrepôt commercial de la Polynésie. Mais il lui manque un bassin de radoub avec ateliers de réparation des navires, un warf, avec magasin, une grande drague. L'exécution prochaine de ces grands travaux a été décidée. Dans l'état actuel, ce port suffit à un commerce déjà considérable : 21 283 967 francs en 1900, dont 12 618 251 francs à l'importation et 8 869 716 francs à l'exportation. (En 1887, ces chiffres n'étaient respectivement que de 8033000 francs et 2 406 000 francs : total 10 439 000 francs.)
A l'exportation figurent surtout : café en fèves et pellicules, minerais de nickel, cobalt, chrome, plomb et cuivre, conserves de viandes en boîtes, peaux brutes de bœuf, graine de ricin, suif, coprah, maïs, fruits, sandal, os, cornes, haricots, gommes de kaori, laine, huile de coco, bananes, écailles de tortue, citrons ; à l'importation, liquides et spiritueux, produits fabriqués et ouvrés, farineux alimentaires, tissus, vêtements et lingerie, papier et sesapplications, pelleteries, bijouterie, denrées coloniales, métaux, machines et mécaniques, meubles et objets en bois, poteries, verres et cristaux, huiles, passementerie, lingerie cousue.
Le commerce entre la France et la Nouvelle-Calédonie se fait à 90 jours, à compter de l'embarquement des marchandises.
Un arrêté du 29 octobre 1879 a institué à Nouméa une chambre de commerce, réorganisée par arrêté du 8 mars 1894 (12 membres élus pour 6 ans).
Travail et main-d'œuvre. — Les cultivateurs obtiennent C01.0NIES n. 46
de la tribu indigène voisine des travailleurs auxiliaires au prix de 1 franc par jour et la nourriture. A ces travailleurs, ils peuvent, dans d'excellentes conditions, demander des travaux à forfait : débroUssage d'un terrain, construction d'une case, établissement de barrières. Les libérés, d'humeur vagabonde et inquiète, irréguliers et débauchés, ne sont pas dun emploi recommandable (20 à 50 francs par mois; nourriture, logement). Mais, le plus souvent, au cultivateur, venu avec sa famille, suffisent le travail de celle-ci et l'aide temporaire des indigènes. Cependant, il a à sa disposition soit des Néo-Hébridais (intelligents, mais légers et lents), soit des Javanais (intelligents, laborieux, disciplinés), soit des Annamites, qui contractent des engagements de trois ou de cinq ans, et reviennent, en moyenne, à oOO francs par an (gages et nourriture). Ce sont d'assez bons travailleurs. Ainsi, jusqu'ici, n'a pas manqué la main-d'œuvre.
La main-d'œuvre industrielle (condamnés en cours de peine, libérés, Tonkinois faisant en majorité partie d'un convoi recruté au pénitencier annamite de Poulo-Condor] suffirait également. (V. plus loin la main-d'œuvre pénale.) Mais les profonds changements apportés, à l'heure actuelle, dans l'industrie calédonienne vont avoir pour conséquence une modification radicale dans la composition de cette main-d'œuvre ; elle va, les contrats avec l'administration pénitentiaire n'étant pas renouvelés, devenir entièrement libre et française. Afin d'établir un courant régulier d'émigration d'ouvriers français, deux arrêtés du 8 novembre 1892 ont institué, le premier, une colonisation industrielle; le second, un office de travail rattaché à V Union agricole calédonienne et fonctionnant sous le contrôle de l'administration supérieure de la colonie.
Des lots de village de 15 à 20 ares pourront être attribués gratuitement, dans le voisinage des mines ou établissements industriels, aux ouvriers et employés de provenance européenne qui justifieront d'un engagement contracté pour trois ans au moins; cette concession, accordée sous la condition pour le bénéficiaire de résider sur le lot concédé, d'y installer une maison, d'y aménager et entretenir un jardin, sera rendue définitive après trois ans de résidence.
Un arrêté du gouverneur en date du 12 juillet 1901, a organisé le service de recrutement des ouvriers français. Un premier de'part a eu lieu le 29 décembre (22 émigrants). La colonie avance tous les frais du voyage , qui lui sont remboursés en 30 mois par l'employeur.
Colonisation pénale. — Il convient d'ajouter ici quelques détails, particuliers à la Nouvelle-Calédonie, à ce qui a été dit, dans les Principes de colonisation, sur l'organisation de notre colonisation pénale (V. 1. 1", pp. 76-83).
La transportation des forçats dans l'île, décidée en principe dès 1859, à cause de la grande mortalité qui sévissait parmi la population pénale de la Guyane, ne commença réellement qu'en 1864. Le premier convoi, de 248 forçats, sur Vlphigénie, arriva à Fort-de-France (Nouméa) le 16 mai. Il fut suivi dun deuxième en 1866. Pendant chacune des années suivantes, plusieurs convois furent expédiés. C'est en 1873, 18:7, 1878 et 1881, que les convois furent les plus nombreux. La seule année 1873 amena dans l'île i 903 forçats. L'effectif se trouvait être, en 1889, de 7 030 dont 39 femmes. En 1899, il n'était plus que 4 436 dont 16 femmes.
■Voici, sommairement indiqués, les établissements fondés par le bagne et les travaux d'utilité publique auxquels il a collaboré par l'emploi de la main-d'œuvre ou par les capitaux mis à sa disposition.
Dès l'origine, les forçats enfermés dans l'île Nou, qui forme un des côtés de la vaste rade de Nouméa, furent chargés, pour la moitié, de construire les établissements pénitentiaires ; l'autre moitié fut mise à la disposition des services publics. Puis l'effectif étant augmenté, des forçats furent envoyés à. la fermeécole d'Iahoné, à Canala, à Bourail ; des colons demandaient leur aide pour leurs travaux agricoles. En 1867, fut créé le pénitencier de Lifou (îles Loyalty) pour l'internement des condamnés canaques ; dès 1868,11 était abandonné. Déjà, l'on avait choisi des terrains pour l'installation des forçats dans les régions de Bourail, Uara'i, Canala. Pour la construction des routes, on multiplia les camps dans lintérieur (au Saut des Français, à Pa'ita, à Soriebo). A Prony s'éleva un établissement pour l'exploitation forestière ; il fournit les bois destinés aux services publics et à l'administration pénitentiaire.
De 1868 à 1870, le nombre des forçats mis à la disposition des colons et des services publics est augmenté considérablement. Des condamnés obtiennent des concessions de terre à Bourail. Do 1870 à 1875 est créé le pénitencier de Fonwhary (groupe d'Uaraï), sont agrandis les établissements déjà existants; celui de Prony occupe plus de loo forçats. Pendant cette période sont exécutés : l'arasement de la butte Concau, qui occupait le centre de Nouméa; l'installation de la conduite d'eau d'Iahoné à Nouméa, sur 12 kilomètres de parcours; l'installation d'un réseau télégraphique, sur une étendue de 6O0 kilomètres ; l'organisation du service de propreté de la ville. Les colons qui devaient payer aux forçats mis à leur disposition 20 francs par mois (sans compter la nourriture) voient cette somme réduite à 6 francs (elle est aujourd'hui de 10 francs). En 1875, on évalue à 86000 les journées faites au profit des colons, à 270 000 celles affectées aux travaux d'utilité publique au profit de la colonie.
En 1876 sont construits : l'hôpital militaire, l'évêché, les bureaux de la déportation. Dés cette année, le chiffre des libérés est de l 250 ; mais les exploitations agricoles et les usines de nickel, qui commencent à prendre un grand développement, les occupent presque tous. En 1877, canalisation de l'eau dans Nouméa; con.struction de casernes, du grand quai ; création de la ferme Nord dans l'île Nou. En 1879, après l'insurrection canaque, construction de forts et blockaus dans l'intérieur de la colonie. De 1880 à 1882, construction du camp fortifié de Montravel, à 3 kilomètres de Nouméa. A cette époque, le système pénitentiaire esta son apogée; les fermes agricoles de l'administration dépensent des millions en essais de toutes sortes; l'usine à sucre de Bourail, des terres sur le Diahot sont achetées. En 1883, à Bourail, essais de tannerie ; fondation d'une colonie pénale à Ponembout; création d'internats de garçons et de filles pour les enfants des condamnés.
En 1884-1885, exécution du plan des travaux publics du gouverneur Pallu de la Barrière : les camps volants de forçats construisent 90 kilomètres de grande route (6 mètres de large), 600 kilomètres de routes muletières et sentiei-s. Mais c'est de cette époque que date la suppression des fermes agricoles pénitentiaires
dont les résultats avaient été définitivement jugés désastreux pour les finances publiques. Dépuis quelques années, le service local de la colonie et lamunicipa- Mté du Nouméa ont renoncé à l'emploi de la main-d'œuvre pénale; ils n'y recourent que pour des corvées temporaires. Les autres services utilisent encore cette main-d'œuvre, qui trouve surtout son emploi sur les travaux de mines, en vertu de contrats réguliers.
Quant à la relégation des récidivistes (île des Pins, baie de Prony, îlot Brun), elle n'a donné, au point de vue de l'intérêt de la colonie, que des résultats peu satisfaisants. La proportion, parmi les relégués, des non-valeurs est trop grande, et ceux qui pourraient faire quelque chose n'aiment pas le travail. L'effectif, au 31 décembre 1899, est de 2 832, dont 338 femmes, auxquels il faut ajouter 280 relégués fournis par le bagne. Aucun convoi de condamnés de cette catégorie n'a été dirigé sur la colonie depuis 1896. — En 1900, le nombre des relégués engagés a été de 300 seulement.
Telle a été l'œuvre, utile sans doute, mais qui a mal répondu aux espérances de la colonisation pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie.
L'emploi de la main-d'œuvre pénale est réglementé par les décrets des 13 décembre 1894, 30 août 1898 et 23 février 1900 ; la redevance imposée aux services employeurs pour les condamnés ne peut être inférieure à 50 centimes par homme et par jour (deux dixièmes de cette somme revenant à l'État, quatre dixièmes au pécule réservé de l'assigné, les quatre autres dixièmes étant directement remis à l'intéressé par son engagiste.
Le domaine pénitentiaire a été délimité par décret du 16 août 1884. Il comprenait 110 000 hectares de terres de choix. Un décret du 6 octobre 1897 a désaffecté des parties importantes de ce domaine. Des territoires, repi'ésentant une contenance totale d'environ 36 136 hectares, cesseront, au fur et à mesure des nécessités du service, d'être réservés pour les besoins de la transportation, et seront, par arrêtés du gouverneur, affectés à la colonisation libre. Doivent, ensuite du même décret, recevoir la même affectation 6 783 hectares provenant d'achats.
La mise en concession des relégués a été fixée par des arrêtés du gouverneur pris en exécution du décret du 8 mai 1899, et approuvés par dépêche ministérielle du 20 juillet 1900.
RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ
Domaine national (V. t. I", pp. 65-73). — Le domaine, constitué par le sol entier de l'île (déclaration de prise de possession du 20 janvier 1835), a été, après de longues discussions, déclaré propriété de l'État (décret du 10 avril 1897); mais celui-ci abandonne en partie à la colonie les recettes domaniales.
Domaine public. — Le domaine public est, comme dans la métropole, inaliénable; il se compose du rivage de la mer, des cours d'eau, lacs, voies de communication de toute sorte, lignes télégraphiques, bâtiments d'utilité publique, militaires, bref des biens de toute nature que le code civil et les lois française déclarent non susceptibles de propriété privée. La voirie de Nouméa, les Voûtes et sentiers ont été établis par la main-d'œuvre pénitentiaire. L'ile possède 200 kilomètres de routes carrossables; le réseau des sentiers muletiers est plus complet: on peut aujourd'hui se rendre à cheval du nord au sud de l'île et la traverser sur divers points sans trop de difficultés.
Domaine privé. — Le domaine privé comprend les forêts, terrains miniers, terres d'alluvions, pâturages. Le décret du 10 avril 1897 lui rattache toute terre vacante; ses produits doivent être attribués, pendant dix années, à titre de subvention, au budget local, pour être employé exclusivement à la mise en valeur du domaine. L'arrêté du l«f septembre 1875 a organisé à la fois: la vente aux enchères, avec cahiers des charges; la vente de gré à gré, exceptionnellement: la concession gratuite, ne devenant définitive qu'après exécution des conditions: l'échange. L'arrêté du 11 mai 1880 n'accorda la concession gratuite qu'aux émigrants, olficiers, fonctionnaires, marins, soldats, orphelins, enfants nés dans la colonie en dehors de la commune de Nouméa ^3 hectares, avec obligation de la mise en valeur en cinq ans). Le décret du 3 avril 1885 a donné au conseil général le droit de statuer en matière domaniale.
Avec l'arrêté du 10 juillet 1895 commence le développement de la colonisation agricole dans l'île : la concession est gratuite ; le lot doit avoir au minimum une étendue de 10 hectares, dont 5 propres à la culture du café ; mais on exige la justification d'un capital de 5 000 francs, la résidence sur le lot concédé, la mise en valeur dans un délai de cinq ans. L'arrêté du 22 mars 1898, pris en exécution de l'art. 7 du décret du 10 avril 1897, modifie peu ces sages dispositions: concessions gratuites de 10 à 25 hectares: le délai pour la mise en valeur obligatoire peut être réduit à trois ans, si les caféiers ou autres plantes à longue durée (caoutchouc, vanille) occupent les deux tiers de la surface susceptible de les recevoir; enfin, l'immigrant possédant le minimum du capital exigé, 5 000 francs, peut obtenir à titre onéreux (vente ou location une concession touchant celle qui lui a été attribée à titre gratuit. Un capital supérieur au minimum exigé peut donner lieu à l'obtention de plusieurs concessions à titre onéreux sans toutefois que la superficie totale puisse dépasser 100 hectares.
Le dernier acte, arrêté du 12 juillet 1901, porte à cinq ans le délai imparti pour la mise en valeur obligatoire. Il stipule que le concessionnaire est tenu de résider sur le terrain ; il ne pourra s'en absenter pendant ■ plus de six mois, sans en aviser l'administration et se faire remplacer par un gérant libre.
Propriété privée. — La propriété privée, ainsi constituée par la voie concessionnaire de parties du domaine national privée, d'anciennes réserves indigènes, d'anciennes possessions de l'administration pénitentiaire, a pris une extension toujours plus considérable. Depuis 1895, 500 domaines agricoles ont été fondés par des familles françaises, 2 800 hectares ont été mis en valeur (café surtout), et il a été introduit dans la colonie pour environ 4 000 000 de francs, en capitaux. Les centres agricoles ont été d'abord établis au débouché, sur la mer. de chaque vallée; la colonisation remontera les vallées, de proche en proche. Actuellement, les terres à plantations défrichées appartenant aux particuliers se vendent, dans les centres de colonisation,, de 300 à 500 francs l'hectare.
Gaston Rouvier.
TRAVAUX PUBLICS
Personnel. — La nomination, l'emploi et la hiérarchie du personnel des travaux publics, ont été déterminés par le décret du 2 juin 1899. Les cadres ont été fixés par l'arrêté du 19 décembre 1900.
Expropriation. — Le sénatus-consulte du 3 mai 1856, qui applique le système de la loi métropolitaine du 3 mai 1841 à la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion, a été successivement étendu à la plupart de nos possessions. Dans nos autres colonies, où les règles de l'expropriation n'ont été déterminées ni par voie législative, ni par voie de décret, c'est au gouverneur qu'il appartient de les fixer par voie d'arrêté. Tel est le cas de la Nouvelle-Calédonie où le texte en vigueur est l'arrêté du 19 mai 1864, maintenu par l'art. 37 du décret du 12 décembre 1874, et ainsi conçu :
Il Lorsque les travaux à entreprendre au compte du service local doivent entraîner des expropriations, le gouverneur rend les arrêtés déclaratifs de l'utilité publique. L'expropriation reste d'ailleurs soumise aux formes de procédure déterminées par les lois, ordonnances, décrets et règlements en vigueur dans la colonie. •
Comme on peut le remarquer, le pouvoir central a conféré, d'une manière expresse, au gouverneur le droit de déclarer l'utilité publique. L'arrêté déclarant l'utilité publique doit être précédé de l'avis du conseil privé (art. is", décret du 12 décembre 1874) ; mais le gouverneur n'est pas tenu de se conformer à cet avis.
L'expropriation s'opère par autorité de justice. Avant qu'elle soit prononcée, les tribunaux doivent s'assurer que l'utilité publique des travaux à exécuter a été déclarée par arrêté du gouverneur rendu en conseil privé, et que les terrains à exproprier ont été désignés également par arrêté du gouverneur.
Le secrétaire général notifie cet arrêté aux propriétaires intéressés, et leur indique les offres de l'administration, en les assignant à trois jours francs devant le tribunal civil afin de faire connaître le montant de leurs prétentions. Le tribunal, sur une liste de dix propriétaires dressée par le secrétaire général et sur une seconde liste de six fonctionnaires établie par le gouverneur, procède au tirage au sort de deux arbitres propriétaires et de deux arbitres de l'administration. Ces quatre arbitres forment le jury spécial chargé de régler définitivement l'indemnité.
Aussitôt après, le tribunal prononce l'expropriation, et fixe les indemnités provisoires à consigner par l'administration. Dans les quarante-huit heures de la transmission du récépissé de consignation au compte « Dépôts judiciaires et autres », le procureur de la République requiert et le tribunal prononce l'envoi en possession. Ce jugement n'est susceptible d'aucun recours, de même que celui qui a prononcé l'expropriation, et l'administration peut commencer les travaux immédiatement après l'envoi en possession. Dans un délai de dix jours à partir de cette date, les arbitres, qui désignent eux-mêmes leur président, par voie de tirage au sort, fixent définitivement le montant des indemnités. La sentence arbitrale est rendue exécutoire par le président du tribunal, qui liquide les dépens. Ceux-ci sont à la charge de l'administration, ou des parties, suivant que l'indemnité est égale aux demandes de ces dernières ou inférieures aux offres de l'administration. Ils sont compensés entre les parties et l'administration quand l'indemnité est à la fois supérieure à l'offre de l'administration et inférieure à la demande des parties. L'indemnité définitive doit être payée dans la quinzaine suivante.
Les arbitres doivent considérer l'état actuel des propriétés à exproprier; ils ne peuvent allouer une indemnité inférieure aux offres de l'administration, ni supérieure à la demande des intéressés. Si l'on exproprie une partie seulement de la propriété, et s'il doit en résulter une plus-value pour la parcelle restante, on
doit en tenir compte dans l'évaluation dn montant de l'indemnité. A l'inverse, on ne doit pas tenir compte des constructions, plantations et autres améliorations effectuées uniquement en vue d'obtenir une indemnité plus élevée.
La sentence arbitrale ne peut être attaquée que par voie d'annulation, et pour incompétence seulement. Ce recours en annulation, porté devant la conr d'appel, doit être formé dans le délai de trois jours. La cour d'appel désigne de nouveaux arbitres, mais la deuxième sentence arbitrale ne peut jamais être attaquée.
Quant à l'effet de l'expropriation relativement aux privilèges, hypothèques et autres droits réels, les règles, à cet égard, sont les mêmes que dans la législation métropolitaine, sauf que l'on transcrit à la conservation des hypothèques la sentence arbitrale, et non pas le jugement d'expropriation. Dans le délai d'un mois de la publication de cette sentence arbitrale, les tiers privilégiés et les créanciers hypothécaires doivent faire tous les actes conservatoires de leurs droits sur la somme consignée. Passé ce délai, l'immeuble exproprié est affranchi de tous privilèges et hypothèq-ies, sans préjudice des droits des femmes, minenrs et interdits, sur le montant de l'indemnité tant qu'elle n'anra pas été payée et l'ordre définitivement réglé entre les créanciers.
L'occupation temporaire des terrains et bâtiments est déclarée par arrêté du gouverneur en conseil privé et, dans les quarante-huit heures de la notification de cet arrêté, l'administration, après avoir fait procéder à la description des lieux, peut entrer en jouissance. Les indemnités non réglées à l'amiable, le sont par un expert nommé par le président dn tribunal de première instance. Ces indemnités ont pour base la valeur locative et le dommage résultant de la dépossession.
Dans ses dispositions finales, l'arrêté du i9 mai I864 ajoute, article 26, qu'il n'est pas dérogé à l'arrêté du 5 octobre 1862, non plus qu'à tous antres antérieurs sur l'aliénation des terres domaniales, et que les expropriations ou indemnités pouvant en résulter seront déclarées et réglées dans les formes qu'il détermine. L'arrêté du 5 octobre I86î concernant l'aliénation des terres domaniales, alors en vigueur, réservait, en effet, au profit du domaine de la colonie, les mines, bois ot eaux se trouvant dans les terrains concédés, vendus ou loués. Cet arrêté de 1862 est actuellement remplacé par celui du 22 mars 1898, rendu en exécution du décret du 10 avril 1897 sur le domaine en Nouvelle-Calédonie. On n'y trouve plus de réserve analogue au profit du domaine de la colonie, puisque désormais les concessions ou aliénations de terrains domaniaux se font dans les centres de colonisation créés par l'administration. Il en résulte que les dispositions de l'article 26 de l'arrêté du 19 mai 1864 n'a plus d'autre portée aujourd'hui que deréserver le droit de l'administration de prononcer la déchéance des concessionnaires qui n'exécutent pas leurs obligations, et le retrait des terrains concédés. Mais, une fois devenus propriétaires définitifs, ces concessionnaires ne peuvent plus être expropriés que conformément anx règles ordinaires fixées par l'arrêté de 1864.
Cantonnement des indigènes. — Outre l'expropriation proprement dite, il y a en Nouvelle-Calédonie une expropriation d'une nature spéciale portant sur les terrains occupés par les tribus canaques, et que l'on nomme le cantonnement.
Les indigènes, comme on le sait, ont gardé la libre possession des terrains qu'ils détenaient, et la décision du 20 janvier 1855, lors de l'occupation de la Nouvelle-Calédonie au nom de la France, réservait au gouvernement seul le droit de traiter avec eux pour l'acquisition de leurs terres.
Le gouvernement usa, à différentes reprises, de ce droit, afin de se procurer les terrains qui lui étaient nécessaires dans l'intérêt de la colonisation et il déplaça les tribus canaques, qui occupaient la plupart des embouchures des rivières, en les cantonnant dans certaines régions ou • réserves indigènes ».
Ce cantonnement, exercé en vertu du droit de souveraineté de l'État français
rappelé par la déclaration de 1855, et confirmé par le décret du lO avril 1897 sur le domaine, donna lieu à do vives critiques: pour en prévenir le retour, un arrêté du gouverneur a été rendu à la date du 23 novembre 1897. En vertu de cet arrêté, le service topographique dresse, pour chaque tribu à cantonner, un plan indiquant les surfaces à lui attribuer à titre de réserves ; on doit réserver 3 hectares de terres cultivables par tête. Les endroits tabous ou consacrés par les coutumes, les cimetières, etc., sont toujours compris dans ces limites. Une commission, nommée par le gouverneur, doit se rendre sur les lieux pour indiquer au.K indigènes la limite du territoire qui leur est assigné. Le chef de la tribu intéressée assiste aux opérations de la commission et son avis est obligatoirement consigné au procès-verbal. La commission peut, après en avoir avisé le gouverneur, apporter au plan les modifications qu'elle juge utiles. Elle fi.^e les délais à accorder aux indigènes pour le transfert de leurs installations et l'enlèvement des récoltes. Des indemnités sont accordées aux indigènes. Quand les terres à, reprendre sont inoccupées, l'indemnité représente seulement le signe matériel du consentement de la tribu. Si elles sont occupées effectivement, l'indemnité doit comprendre, en outre, le dommage causé à la tribu par suite de son déplacement (valeur des arbres, des cases à abandonner, etc.).
Le procès-verbal de la commission, et l'accord intervenu entre elle et la tribu déplacée ou réduite, sont soumis à l'approbation du gouverneur en conseil privé.
Pour l'approbation des cessions de terrains par les indigènes, on suit les mêmes formes. C'est un arrêté du gouverneur qui régularise l'abandon consenti par eux, fixe les indemnités qui leur sont dues, et les délais qu'on leur accorde pour le transfert de leur insiallation et Tenlèvement des récoltes.
Notons que les bois, forêts, mines et cours d'eau compris dans les limites des réserves indigènes sont considérés comme propriétés de l'État. De plus, l'État ou la colonie ont le droit d'occuper ou de reprendre, sans indemnité, les terrains nécessaires pour l'ouverture, la construction, la rectification et l'entretien des routes, ponts, canaux et aqueducs.
Mines et carrières. — Le régime minier est réglementé par le décret du 22 juillet 1883, modifié dans quelques-unes de ses parties par ceux des 16 octobre 1892, 24 juin 1893, 17 oct bre 1896. Nul ne peut faire des recherches pour découvrir des mines sur le terrain aliéné par le domaine et qui ne lui appartient pas, que du consentement du propriétaire, ou (après avis du conseil consultatif des mines) en vertu d'un permis de recherches délivré par l'administration. Ce permis indique les limites du périmètre pour lequel il est valable. Il n'a d'effet que pour un an; mais il est renouvelable. Il entraîne le payement d'une redevance annuelle de o fr. 40 par hectare. Quant au propriétaire, il peut commencer les fouilles, dès après déclaration à l'administration, et payement de la taxe.
Sur les terres du domaine, chacun peut prospecter librement, sous réserve de déclaration préalable. Le prospecteur peut disposer des produits provenant de ses travaux de recherche, moyennant le payement annuel d'une somme de 50 francs. Pour obtenir une concession, il faut en faire la demande au gouverneur, qui statue en conseil privé, après avis du comité consultatif des mines. Tout concessionnaire doit payer annuellement à la colonie une redevance de 0 fr. 5n par hectare ou fraction d'hectare, sous peine de déchéance. Les concessionnaires doivent, de plus, se soumettre aux mesures qui peuvent être ordonnées en vue de faire disparaître les causes de danger que les travaux de recherches ou d'ex- . ploitation feraient courir à la sûreté publique.
Maurice IIamelin.
VILLES PRINCIPALES 729
RÉGIME COMMERCIAL
Tarif douanier (V. t. I", pp. lU-ue). — La Nouvelle-Calédonie est comprise parmi les colonies assimilées en principe à la métropole, au point de vue douanier, par la loi du u janvier 1892. Les produits métropolitains ou originaires d'une autre colonie française no payent aucun droit de douane. Pour les produits étrangers, ils sont, en principe, soumis aux mêmes droits qu'à leur entrée en France; cependant, les décrets des 86 novembre 1892, 13 janvier 1894 et 30 décembre 1897, ont déterminé un certain nombre de ces produits qui font Tobjet, pour la Nouvelle-Calédonie, d'une tarification spéciale.
Les produits originaires de la Nouvelle-Calédonie, directement importés en France, bénéficient de régime de faveur, fixé par le tableau E anne.\é à la loi du u janvier 1892. Les produits d'origine étrangère, réexpédiés de la Nouvelle- Calédonie, payent les droits du tarif métropolitain.
Le droit d'octroi de mer frappe toute marchandise, française ou étrangère, d'un droit de 4 pour loo, à l'exception des animaux et de certaines denrées assujetties à un droit spécifique (décrets des 30 novembre 1897 et 19 janvier 1901).
Institutions de crédit (V. t. I", pp. 117-119). — La banque dIndo-Chine a à Nouméa une succursale qui remplace la banque privilégiée spéciale de la Nouvelle-Calédonie (décret du 16 mai 1900), créée par le décret du 14 juillet 1874, et qui a cessé de fonctionner en 1877. Il existe également une banque française privée, et une agence du Comptoir des intérêts coloniaux. Le taux légal de l'argent est de 8 pour 100, mais beaucoup de prôls se font encore à 10 et même à 12 pour 100.
Monnaies. — La Nouvelle-Calédonie est soumise au régime monétaire métropolitain. La monnaie courante est la pièce de 5 francs en argent, et ses subdivisions. Les pièces d'or sont exirêmement rares; tous les payements s'effectuent avec la monnaie d'argent et les billets de la banque dIndo-Chine.
VILLES PRINCIPALES'
Ifouméa, chef-lieu de la colonie, chef-lieu du pf arrondissement. La ville s'élève dans la partie sud de la côte occidentale, dans une presqu'île bizarrement découpée, qui sépare les baies de la Dumbéa et de Boulari, au sud du morne de Montravel (1 000 mètres environ); son port la sépare de l'île Nou. Siège du gouvernement et des services administratifs; conseil municipal élu. Construite sur l'emplacement jadis occupé par la tribu indigène de Nouméa, qui fit sa soumission en 1854, la
(1) La population totale de la Nouvelle-Calédonie est évaluée à 51 033 habitants. Les blancs sont au nombre de 23 795; ce chiffre so décompose ainsi : 13 038 individus de la population libre (dont 1 506 militaires), 10 757 individus de la population pénale (dont 4 695 libérés et 6 062 relégués). Les indigènes ne sont plus que 27 238 (dont 15 000 Nco-Calédoniens et 12 238 habitants des îles Loyalty). Le nombre des indigènes a en six ans, de 1890 à 1896, passé de 43 699 à 27 238 par
ville, depuis 1874, s'est fort développée. Elle s'étend le long de la mer, entre la côte et la montagne; elle est en partie construite sur des déblais; la butte Coneau, qui occupait sa partie centrale, a été rasée par les forçats en 1875. Ce sont aussi les forçats qui ont établi sa canalisation d'eau (aqueduc de 13 kilomètres de long, fournissant 2 500 mètres cubes d'eau par jour), percé ses rues, élevé ses monuments. Ceux-ci sont peu remarquables : des casernes, l'évêché, le palais du gouverneur, avec de beaux jardins. Au centre de la ville est la place des Cocotiers, la plus fréquentée. Principales rues : Palestro, Rivoli, avenue Wagram, que coupe à angle droit l'avenue de l'Aima. Les maisons sont, pour la plupart, en bois, à toitures de zinc et de dimensions exiguës; l'ensemble est peu pittoresque. Minoterie à vapeur; fabrique de tabacs. Le port est abrité par l'ile Nou ; sa principale passe s'ouvre, au nord, sur la rade de Nouméa, ou baie de la Dumbéa. Les paquebots des Messageries maritimes arrivent de Marseille et repartent de Nouméa toutes les quatre semaines (service direct depuis 1883). Dans les environs: presqu'île Ducos (à 2 kilomètres), affectée aux libérés; camp de forçats de Monlravel (à 3 kilomètres) ; pénitencier de l'île Nou. Nouméa va être reliée, par un chemin de fer en construction, à Bourail (décret du 16 février 1901); 150 kilomètres.
Canala, chef-lieu du II» arrondissement, sur la côte nord-est de l'île, au fond d'une baie qui s'avance profondément dans les terres et oix se jettent deux rivières, celle de Canala, navigable pendant 13 kilomètres et celle de Négrepa. Cette baie, séparée de la mer par un goulet resserré entre de hauts contreforts boisés, a été comparée à la rade de Toulon. Route vers Nouméa. Pénitencier. C'est ici que se trouvent les plus anciennes et les plus importantes plantations de café ; dans les environs, mines de cobalt et de nickel exploitées. Climat agréable.
Houaïlou, chef-lieu du III® arrondissement, sur la côte orientale, à quelque distance au nord de Canala; à l'embouchure de la rivière du même nom. Assez belles plantations de café; mais les colons sont peu nombreux. Les propriétés, très étendues, servent surtout à l'élevage. Important gisement de nickel.
Toulio, chef-lieu du IV^ arrondissement, sur la côte nord-est. La colonisation y est encore peu avancée. Mission trappiste.
Ouégoa, ou Oégoa, chef-lieu du V* arrondissement, près de l'extrémité nord de l'île, sur la petite rivière du même nom, affluent du fleuve Diahot; à environ 300 kilomètres nord-est de Nouméa. Des gisements de cuivre furent découverts en 1872 dans le lit de la rivière; dans
suite de la dissémination des villages, le peu de relations entre eux, la dure condition des femmes, l'abus des spiritueux, la mauvaise alimentation, les maladies mal soignées ou contagieuses. Noumca,la capitale, compte 8 176 habitants, se décomposant ainsi qu'il suit : population libre, 6 472 ; militaire, 461 ; pénale 1,243.
les environs fut exploitée, au moyen des condamnés, la mine de la Balade. Avec l'arrêt de ces exploitations, le centre a perdu de son importance; il n'y reste plus aujourd'hui que quelques éleveurs ou commerçants et un très petit nombre de concessionnaires d'origine pénale. Balade est la localité oîi débarquèrent les premiers Français et oii la prise de possession de l'île fut officiellement proclamée en 1854.
Bourail, dans la réj^ion centrale de l'île, sur la Néra, petit fleuve côtier qui débouche à 10 kilomètres de là dans la baie de Bourail, anse de la côte occidentale; à 132 kilomètres nord-ouest de Nouméa; environ 2 000 habitants. Bien que fondé dès 1868 sur des terres d'une richesse exceptionnelle, c'est cependant un centre peu prospère ; il est habité principalement par des libérés ; fabrique de tabacs, huilerie. Une usine à sucre a été fermée après plusieurs années d'essais infructueux. Ce fut un des centres principaux de la colonisation pénitentiaire; ateliers, entrepôts, caserne, église, hôpital. Les concessions sont groupées dans trois vallées voisines : celles de la Douencheur, de la Pouéo, de la Boguen. La construction d'un chemin de fer, par Dumbéa, Païla, Bouloupari, jusqu'à Nouméa, a été entreprise. Route construite jusqu'à la mer.