ARCHIPEL DE LA SOCIÉTÉ
nés du Vent (TaMti et Mooréa). —, Entre 17» 29' 30" et
17° 47' de latitude sud, 151° 29' 53" et 151° 56' de longitude ouest, Tahiti se développe sur un périmètre de 192 kilomètres et sur une superficie de 104 000 hectares.
Lile sœur, Mooréa ou Eimeo, située à 12 milles de Tahiti dans la direction du nord-ouest, est sensiblement plus petite. Son périmètre est de 48 kilomètres, et sa superficie de 13 000 hectares seulement.
Relief du sol. — L'ossature de Tahiti est formée par deux massifs montagneux d'origine volcanique séparés par un isthme peu élevé, large de 2 kilomètres. Les deux presqu'îles ainsi formées, celle de Tahitinui et celle de Tahiti-iti donnent à Tahiti l'aspect d'un battoir dont le manche serait Tahiti-iti, la plus petite. Toutes deux sont couvertes de montagnes et présentent du large un aspect uniforme. Les plus hauts sommets appartiennent à Tahiti-nui, le Diadème, haute couronne soulevée au milieu d'anciens cratères, l'Ahorai (2 064 mètres) et l'Orohama (2 236 mètres), tandis que le pic le plus élevé de Tahiti-ili, le Niou, ne dépasse pas 1 398 mètres. Ces hauteurs proviennent, comme la plupart des montagnes qui bordent l'océan Pacifique, de soulèvements volcaniques. Celui qui s'est produit à Tahiti parait être le même que celui qui a fait émerger les Toubouaï, les Gambier et l'île voisine, Mooréa.
Les montagnes de Tahiti sont échancrées par des cols peu nombreux et peu praticables. Le moins élevé, et le seul qui pourrait livrer passage k une route traversant l'ile dans toute sa longueur, est le col d'Oaroufoa à une altitude de 8.'>0 mètres.
Au pied des montagnes, les alluvions apportées par les torrents qui tombent des sommets ont formé une plaine riche en humus qui fait le tour de l'île sur une largeur de 2 à 3 kilomètres et d'une superficie de 2 500 hectares environ.
Tahiti déploie un grand nombre de paysages gracieux, comme la rivière d'Hitiaa. La vallée de la Fautahoua, à l'arrière-plan de laquelle on aperçoit le majestueux Diadème, est également des plus pittoresques. Des
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montagnes du centre, le coup d'oeil est magnifique, la vue plonge jusqu'à la mer, découvre Papeete et au large Mooréa,qui doit à ses montagnes (1) basaltiques, découpées en pics étranges auxquels le soleil donne des teintes sanglantes, l'aspect fantastique d'une série de burgs hérissés et sauvages. I Hydrographie, — Couvertes d'une sombre couronne de forêts, ces montagnes donnent naissance à des rivières d'une limpidité merveilleuse qui par mille cascades tombent de leurs flancs sauvages à la mer et donnent à l'île entière une fraîcheur incomparable. Ces rivières se nomment le Pounouarou, qui vient de l'Orohena, le Taharoui, la Fautahoua, qui se jette près de Papeete après une chute de 200 mètres. Les lacs sont peu nombreux ; seul, le Wairia peut être mentionné, haute nappe d'eau enfermée dans un ancien cratère à 430 mètres d'altitude.
Climat. — Les Européens qui ont habité Tahiti sont unanimes à vanter la douceur de son climat. La température y est toujours assez élevée et les variations de température ne sont jamais excessives d'une partie de la journée à l'autre. Parfois, cependant, les matinées sont fraîches. Les grandes chaleurs ont lieu à la saison des pluies, de janvier à avril; la température peut alors monter à 32° à l'ombre. De juin à octobre, il fait une température délicieuse, qui ne descend jamais audessous de 14°. Le thermomètre commence à remonter à partir du mois de novembre. Les vents qui soufflent pendant le jour de la mer vers la terre n'ont qu'une faible influence sur la température. Il n'en est pas de même des vents nocturnes qui soufflent de terre et qui rafraîchissent sensiblement l'air. La saison des pluies dure quatre à cinq mois; elle commence en novembre ou décembre pour finir au début du mois d'avril. C'est à cette époque que l'on constate les plus grandes perturbations dans le régime des vents alizés et la température maxima. Il tombe rarement plus de 1 mètre d'eau par an à Tahiti, dont les quatre cinquièmes pendant la saison pluvieuse. Pendant la saison sèche, il ne tombe jamais plus de 0™,1S à 0«',20 de pluie. Du mois de mai au mois d'août les vents alizés soufflent du sud-est; de septembre à décembre, de l'est; pendant la saison des pluies leur direction est nord-est ou nord-ouest. La brise de terre s'élève à la tombée de la nuit et souffle du centre de l'île dans toutes les directions. Elle présente son maximum d'intensité au lever du soleil. La brise de mer souffle de dix heures du matin jusqu'à quatre heures. Jusqu'au retour de la brise de terre, il y a une période d'accalmie. Le baromètre a des oscillations peu sensibles (entre 756 et 762) ; les orages sont en efl"et assez rares dans ces parages. Les jours les plus longs sont ceux du mois de décembre, qui durent treize heures; les plus courts ceux du mois de juin, qui durent onze heures.
CÔTES. — La côte tahitienne ne présente ni caps très saillants, ni îndentations profondes. Seules méritent d'être signalées la pointe Vénus, où Cooli relâcha en 1769 pour se ravitailler et faire reposer ses équipages ; la pointe oii se trouve Taoutira et qui abrite un mouillage naturel également visité par Cook, et enfin la pointe de Fare-oute qui
(1) Tohivea (i 200 m.) ou Tamaroutofo.
LE PAYS
du côté de Test protège la rade de Papeete. La seule baie digne de ce nom est située entre les deux presqu'îles tahitiennes et se nomme Port- Phaéton. Elle pénètre assez loin à l'intérieur des terres et réduit encore l'isthme de Taravao, déjà si étroit. A diverses reprises il a été question d'y créer un arsenal pour une division du Pacifique, car c'est le seul endroit où des vaisseaux de guerre puissent trouver un refuge contre la mer et contre les coups de l'ennemi (1). Tout autour de l'île de Tahiti les infusoires ont élevé une ceinture madréporique qui forme, comme en Nouvelle-CalédgBie^j'W canal naturel pour les embarcations de faible
Tahiti. Vallée do Papeiroo.
tonnage. Cette muraille, dressée des profondeurs et interrompue sur plusieurs points où la violence des vents et de la mer a empêché l'œuvre des ouvriers microscopiques, est également coupée à l'embouchure des rivières, car les infusoires ne peuvent pas vivre dans l'eau douce. Il s'est ainsi formé des passes accessibles aux navires du plus fort tonnage, comme celles qui donnent accès dans la rade de Papeete. Mooréa est également entourée d'une ceinture de même origine, coupée sur certains points pour des raisons identiques. A Papeete, le canal, formé par les récifs madréporiques et qui assure les communications par voie d'eau, est complété par une route circulaire interrompue seulement k l'est de
(1) Il fant signaler à Mooréa les baies profondes de Papetoai et de Papao, dont la première est entièrement navigable.
la presqu'île de Tahili-iti par la descente brusque des montagnes jusqu'à la mer. Quelques sentiers non carossables donnent en outre accès à l'intérieur de l'île (1).
Flore et Faune. — L'une et l'autre sont assez pauvres. La flore ne compte que 520 espèces, y compris les mousses et les lichens ; mais si la nature lui a refusé la variété des espèces, elle lui a donné par contre une végétation luxuriante. Les flancs des montagnes et la lisière fertile des côtes sont parés d'arbres au bois précieux et de plantes nourricières. Aux végétaux autochtones : cocotier, bambou, arbres à pain {màioré), bananier (/ëi), ficus, aréquier, canne à sucre (9 espèces), taro, igname, patate, la colonisation est venue ajouter des plantes et des arbres d'origine étrangère : cotonnier, caféier, tabac, vanillier, cannelier, oranger, citronnier, avocatier, goyavier, pommier, etc. Avant l'arrivée du premier navigateur, la faune tahitienne possédait une espèce de rat, ainsi que des chiens et des porcs. Actuellement, le nombre des quadrupèdes s'est un peu élevé : faute de pâturages, les bœufs sont rares. Les chevaux constituent une boime race. Les moutons introduits ont dépéri ; mais les chèvres ont prospéré et vivent à l'état sauvage. Les volailles abondent. Peu d'oiseaux et d'insectes se rencontrent dans l'île. La faune maritime compense par sa richesse l'indigence de la faune terrestre : les oiseaux de mer, les poissons, les mollusques, les crustacés foisonnent.
Papeete (2), chef-lieu des établissements français de l'Océanie, est une ville maritime située sur la côte nord-ouest de Tahiti, au sud-ouest de la pointe de Vénus, oil un phare est établi. Population, 4 150 habitants (800 Français et 3 350 indigènes et étrangers, principalement chinois). La rade présente des profondeurs de 15 à 30 mètres; les plus gros navires peuvent y trouver un sûr abri. On y pénètre par trois passes : la passe du Nord, qui a des profondeurs de 13 mètres «t une largeur de 145 mètres; la passe de Taunoa, à l'est, plus praticable d'entrée, mais moins profonde et plus étroite; enfin la passe de l'Ouest, accessible seulement aux embarcations. La ville, dans une situation admirable, est enveloppée de verdure : presque toutes les maisons, sauf les maisons de commerce des quais et du quartier de la Petite-Pologne, sont entourées de jardins. La ville s'étend en longueur sur la rade, resserrée entre les hauteurs et la mer. Percée de rues importantes (rues
(1) Une route circulaire fait également le tour de Mooréa, et un sentier met en communication le chef-lieu Papetoai avec l'extrémité opposée de l'île.
(2) Il n'existe dans l'île de Tahiti qu'une seule ville ou, pour mieux dire, qu'une seule grosse bourgade : Papeete, le chef-lieu de la colonie.
Les autres centres de population, sans importance à côté de Papeete, sont les petits ports naturels formés par la ceinture coralligèneet accessibles seulement à de petits navires. Les principaux groupements sont : Lapeouriri (district de Mataica, un des plus peuplés de l'île), Flaitaa, enfin Pueu et Taoutira (dans la presqu'île de Tahiti), etc.
Mooréa, dont la population compte i 480 habitants, n'a qu'un petit centre ode population : Papetoai, le chef-lieu, sur la baie qui porte son nom.
LE PAYS
de l'Est, rue de Rivoli), elle est coupée en deux par la place Brual, où se trouvent les tribunaux et l'hôtel du gouvernement. Une magnifique promenade, l'avenue de Fautoa, s'étend sur 1 kilomètre de longueur, près de la rivière Fautoa.
« A Papeete, le paysage est admirable, mais borné. Sous un ciel d'uD bleu profond, les montagnes nées de la mer, plus bleue que le ciel, découpent l'horizon d'une façon bizarre et vont s'enfonçant dans les flots. Il en est de sombres, volcans éteints ou seulement endormis, qui ont l'air farouche et morne de géants malfaisants, condamnés désormais au silence et au repos. D'autres sont grises et verdoyantes, avec des sources et des cascades chantantes. Quelques-unes ont au flanc ou à la base des bles-
Papeete (Tahiti).
sures qui sont des cratères, des grottes obscures, de ténébreux abîmes. Ce sont des Alpes sans neiges éternelles. Dans toutes les vallées, des ruisseaux, aujourd'hui imperceptibles sous les cailloux détachés du sommet des monts, demain torrents impétueux, brisant les ponts et emportant dans leur course furieuse les cases édifiées sur leurs rives... Les couchers de soleil ont ici les clartés changeantes des apothéoses de féerie, avec des tons gris, bleus, verts et mordorés... A l'ouest de Papeete, l'île sœur de Mooréa se dresse comme un décor planté en plein océan, sur un fond bleu tendre ou flamboyant, selon les heures (1). •
Hes Sous-le Vent (2). — Découvert par Cook en 1769 au nord-
(X) MoNCHOiST, La yovxelle Cythire (Paris, iggs, in-l«).
(t) Population des principales Iles Sous-le-Vent : Toubovai-Manou, SOO hab. ; Bouahine, l 360 hab. ; Rahiatéa-Tahaa, 3 000 h«b.; Bora-Bora, 600 bab.
ouest de Tahiti et annexé à la France en mars 1888, l'archipel des îles Sous-le-Vent se compose des neuf îles suivantes : Toubouaï-Manou ou Maïao-Ili, Houahine, Rahiatea-Tahaa, Bora-Bora, Motou-Iti, Maupiti, Mopélia, Scilly, Bellingshausen.
Ces archipels ont une structure identique à celle de Tahiti et une origine analogue. Ils ont été formés par des éruptions volcaniques et par le travail des infusoires. Ceux-ci ont édifié des ceintures de coraux qui circonscrivent des lagons, lacs salés en communication avec la mer par des passes accessibles le plus souvent aux navires ne dépassant pas une cinquantaine de tonneaux. Sur certains points, les terres ont surgi jusqu'à des hauteurs qui peuvent atteindre de 400 à 1 200 mètres.
Houahine. — A 90 milles de Tahiti, a la môme ossature que celleci. Elle est formée de deux massifs montagneux reliés par une chaussée peu élevée au-dessus du niveau de la mer. Le massif du nord, Houahine- Noui, est le plus élevé (800 mètres). Comme à Tahiti, l'île est entourée d'une ceinture madréporique dont une partie, recouverte d'alluvions, forme une plaine cultivable. Le centre principal de l'île est le port de Fare, d'accès facile, profond et pourvu d'appontements. C'est le siège du gouvernement. Farenuatea est un centre peu important; il possède une rade et un débarcadère accessibles aux embarcations.
Rahiatea et Tahaa. — Entourées comme Houahine d'un rempart madréporique qui forme avec la côte un canal naturel, ces deux îles sont constituées par deux chaînes de montagnes La première de ces chaînes comprend deux séries de hauteurs réunies par un plateau escarpé; le point culminant s'élève à 1 030 mètres de hauteur. La seconde chaîne est moins élevée que la précédente; toutes deux tombent brusquement à la mer, délimitant des baies et des vallées profondes.
L'île est bien arrosée, mais étroite et montagneuse; il n'a pu s'y former que de petits torrents impropres à la navigation. Les côtes de Rahiatea-Tahaa présentent un certain nombre de mouillages sûrs, notamment la rade qui sépare Rahiatea de Tahaa. Le seul centre important est le village de Teavaroa, bâti à la base du mont Tapioi, en façade sur la mer et oi!i se trouvent le gouvernement et les établissements commerciaux. Le port, situé entre la pointe du Régent et la pointe de Tonoë, est accessible à des navires de petit tonnage qui viennent accoster à son wharf.
Rahiatea et Tahaa ont été le grand centre religieux des archipels, comme le montrent des ruines de temples et l'énorme autel d'Opoao, qui doit d'être resté intact à sa construction en blocs de corail.
Bora-BorA. — De la mer, l'île ressemble à un gigantesque pain de sucre ; c'est le mont Pahia (725 mètres) qui lui donne cette apparence. Bora-Bora ressemble beaucoup à Tahiti, avec sa ceinture madréporique et son canal naturel, avec ses vallées qui séparent les contreforts du Pahia, détachés dans trois directions. Une passe, située au sud-ouest du mont Pahia, donne accès dans la rade de Bora-Bora, vaste et sûre, malgré le courant violent du chenal d'entrée. Une jetée en blocs de corail sert d'appontement pour accoster au village de Vaïtape, assis en bordure sur la rade. Les autres îles, d'importance très secondaire, sont,
comme les précédentes, d'origine madréporique, mais elles sont moins montueuses. Elles ne présentent guère que des mamelons boisés où viennent admirablement les cocotiers.
Vaïtape, centre principal de Bora-Bora, est un coquet village bâti le long du rivage de la mer. On y voit un temple, la maison du roi, et un fare-Hau. La population de Bora-Bora a eu jadis une renommée dans tout l'archipel à cause de sa bravoure et de ses qualités militaires. Les guerriers de Bora-Bora avaient conquis notamment Rahiatea.