LES GAMBIER
L'archipel des Gambier, situé par 137° 20 de longitude ouest et par 23° 08 de latitude sud, comprend des petites îles d'une superficie de 3 000 hectares et dont six seulement sont habitées iMan^arera, Taravai, Akamarou et Aoukena. Découvertes en 1797 par le navigateur Wilson,
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elles furent placées sous le protectorat de la France le 12 décembre 1844 et annexées le 23 février 1883.
Les Gambier ne sont pas plates comme les Touamotou, elles présentent un certain nombre d'éminences déboisées de 200 à 400 mètres. Les plus élevées sont situées dans l'île Mangareva : pics de Monkoto (400 mètres) et du mont DufT (401 mètres). La population totale de l'archipel est de 1 400 habitants. Le centre le plus important est dans l'île Mangareva, à Rikilea, siège de l'administrateur. Rikitea possède un port assez sûr et de bonne tenue pour des navires ne calant pas plus de 8 mètres.
LES TOUBOUAI
L'archipel des Toubouai est formé par les îles Toubouai, Rouroutou, Raivavae, Rimatara et par les îlots Maria.
Dépendance du royaume de Pomaré, il fut annexé en même temps que Tahiti le 28 décembre 1880. Mais, aux îles Rouroutou et Rimatara, nous n'avons fait acte de souveraineté que les 27 et 29 mars 1889.
Toubouai, 23» 19' de latitude sud et 152' de longitude ouest. L'ile, entourée d'un récif de corail, est formée de deux petits massifs montagneux séparés par un isthme peu élevé; elle est, dans certaines de ses parties, marécageuse. Cela tient au déboisement progressif de cette île autrefois très verdoyante. Entourée de récifs le plus souvent sous-marins, elle présente quelques mouillages (Matuara, Vapea) accessibles seulement aux navires d'une cinquantaine de tonneaux, et sans grande sécurité. La population est de 397 habitants. Son point culminant dépasse 300 mètres.
Rouroutou, située entre 22° 55' et 22o 32' de latitude sud, 153*40' et 153045 de longitude ouest, est une île montagneuse; ses sommets, en grande partie déboisés aujourd'hui, atteignent 400 mètres d'altitude. Elle est entourée d'une ceinture de coraux qui, dans le nord-ouest, est coupée par un chenal aboutissant à un port pour goélettes de cabotage. Sa population est de 700 habitants environ.
Raivavae est située entre 23° 49' et 23° 57' de latitude sud et par 150» 15' de longitude ouest. Avec les 27 îlots qui lui servent de ceinture, Raivavae a une superficie de 14000 mètres carrés. Elle est couverte, dans sa partie centrale, de montagnes boisées qui viennent s'infléchir doucement jusqu'à la mer. Le plus haut sommet est le mont Rouatara, qui a environ 320 mètres.
La population, longtemps en décroissance, tend à s'accroître. En 1889, on attribuait 150 habitants à Raivavae, qui en compte 300 aujourd'hui. Le seul centre est Rouiroura qui offre aux navires d'assez fort tonnage un mouillage sûr derrière les récifs (285 hab.).
RiMATAKA, 22° 30' latitude sud et 155° 16' de longitude ouest. Petite Ile peu élevée (ses collines ne dépassent pas 100 mètres), entourée d'un récif dont les chenaux ne donnent accès à aucun port. Elle possède 750 habitants répartis en trois villages.
RAPA
Râpa, située entre 27°33' et 23° 41' de latitude sud, lie» 34' et 1460 42' de longitude ouest, à l'écart de nos autres possessions polynésiennes. Râpa est une île presque inconnue, mais extrêmement curieuse d'aspect physique. L'île a été formée par un cratère éteint aujourd'Iiui et envahi par la mer. Les éruptions ont dressé à la surface de l'île, tout autour du cratère, des pics basaltiques de 600 à 700 mètres de hauteur et couverts de forts en pierres sèches aujourd'hui en ruine. La mer, en se frayant un passage à travers les laves, a envahi le cratère et créé un admirable port (le port Opadra ou Ahoura), d'entrée assez difficile, mais protégé d'une manière parfaite contre la mer et que l'on rendrait facilement inaccessible si l'on voulait en faire un port de guerre. Bien que située dans la zone tropicale. Râpa jouit d'un climat sain et de variations de température insensibles. La moyenne de l'été est de 22°, celle de l'hiver de 18°. Les températures maxima et minima sont respectivement 25° et 14°.
La population de Râpa a été décimée par les épidémies qu'ont apportées dans l'île les Européens. De 6 000 habitants, elle est tombée à 200 à peine.
Bien différents des nègres océaniens sont les indigènes de nos possions polynésiennes. Ces indigènes ne sont, d'ailleurs, pas des autochtones ; ils sont venus de l'Ouest ainsi qu'en font foi les traditions orales transmises de génération en génération par des hommes chargés de conserver le souvenir des événements historiques. Les premiers émigrants semblent être partis, deux ou trois siècles avant notre ère, d'une île de l'Indonésie, sans doute de l'île Bourou, qui, dans leurs chants, est presque toujours qualifiée de « sainte ». Quelques croisements se sont effectués en route, et cependant dans tous les archipels le type est resté singulièrement uniforme. Tout au plus peut-on noter un peu plus d'élévation de la taille et un peu moins d'allongement du crâne dans les lies occidentales. Le genre de vie, les mœurs, les coutumes, offrant également de grandes analogies d'un archipel à l'autre, il est possible de décrire simultanément nos sujets des archipels de la Société, Tubouaï, Touamotou, Gambier et des Marquises.
Le Polynésien est un homme de grande taille (l"",?? en moyenne dans les possessions françaises), bien musclé et avec un peu de tendance à l'embonpoint. Il a les cheveux noirs, lisses et abondants, et un ton de peau qui varie du blanc jaunâtre au brun cuivré. Son crâne est haut, un peu allongé et d'une capacité remarquable. Le visage est ovale avec de grands yeux de couleur foncée, un nez droit, parfois aquilin, un peu large aux narines, des lèvres fortes mais bien dessinées, et un léger pro-
gnathisme. Le menton est toujours large et fort et les oreilles grandes. En somme, le type est agréable et parfois même, surtout chez les femmes de Tahiti et des Marquises, le visage acquiert une finesse de traits qui fait songer à des physionomies européennes.
A l'heure actuelle, un bon nombre de Polynésiens ont adopté nos costumes d'Europe, comme ils ont adopté notre civilisation. Dès qu'ils convertirent les premiers insulaires, les missionnaires chrétiens imposèrent aux femmes l'usage d'une sorte de grande robe flottante qui
Tahiti. Case indigène.
remplaça le vêtement ancien. Naguère le costume se composait uniquement, dans toutes les îles, d'une pièce de tapa, imprimée de dessins variés, que les deux sexes portaient enroulée autour de la taille. La tapa est une étoffe obtenue en battant la seconde écorce du mûrier à papier. Quelques indigènes s'en servent encore, mais la plupart de ceux qui ont conservé le pagne le confectionnent aujourd'hui avec des étoffes importées d'Europe. La coiffure était des plus gracieuses : elle consistait simplement en feuilles, en fleurs, quelquefois en plumes introduites dans la chevelure. Les jeunes gens portaient également des fleurs ou des plumes dans le lobule de l'oreille. Le Taïtien dont nous donnons le portrait est vêtu comme l'étaient naguère ses ancêtres. Ce qui était très commun, c'était de rencontrer des hommes et des femmes entièrement nus. Il est vrai que le tatouage était fort répandu et qu'on trouve encore aux
ÉTABLISSEMENTS DE L'OGÉANIE
Marquises des individus entièrement tatoués; c'était sans doute pour ne pas caclier les beaux ornements tracés sur leur peau que les gens ne portaient aucun costume.
Dans toute la Polynésie, les habitations sont construites à peu près sur le même modèle ; ce sont des cases basses, rectangulaires, à parois de bois et à toit de feuillage. De distance en distance, on observe de petits hangars qui renferment habituellement des idoles sculptées; ce sont les moraïs ou tombeaux, sous lesquels les morts étaient déposés sur des plates-formes; on venait là rendre un culte aux défunts.
Les Polynésiens se nourrissent surtout de végétaux; le fruit de l'arbre
Groupe d'indigènes de Touamotou.
à pain, le taro, la banane, le coco, etc., forment la base de l'alimentation. Oa y joint des coquillages et du poisson. A Tahiti, les chefs seuls mangeaient de la viande de porc, cet animal n'étant pas assez commun pour que le peuple pût s'en nourrir. Dans tous les archipels, l'anthropophagie était en usage; peu à peu elle a disparu de la plupart des îles, mais aux Marquises on en a encore constaté des cas à une époque toute récente. En 1863, dans l'île Noukahiva, le R. P. Pierre Chaulet a vu rôtir, dans la même journée, neuf victimes. Dans cette île, le dernier aote connu de cannibalisme remonte à 1867 ; mais à la Dominique on en a constaté un cas vingt ans plus tard. Et il existe encore des indigènes qui déclarent « que la chair humaine est aussi bonne que celle du cochon; d'autres qu'elle est infiniment supérieure au bœuf et au porc » (Tautain). Ils affirment bien qu'ils n'en ont jamais goûté, mais quand on leur en parle, « leur œil s'illumine, l'eau leur vient à la bouche ». On voit tout de suite que tous ceux qui ont mangé de leurs semblables ne sont pas morts
A l'arrivée des Européens, les insulaires savaient fabriquer une boisson enivrante, le kava. On la [fabriquait en mâchant des racines d'un poivrier, qu'on crachait dans un plat de bois soigneusement travaillé et qu'on étendait d'eau. Aujourd'hui il se fait un abus considérable d'alcool.
La société se divisait en deux grandes classes : 1° l'aristocratie civile et religieuse; 2° le menu peuple; l'esclavage était inconnu. La noblesse) comme la royauté, était héréditaire et se transmettait à l'aîné des enfants. Dans beaucoup d'îles, le pouvoir suprême pouvait être exercé aussi bien
Femmes de Tahiti.
par les femmes que par les hommes. A Tahiti, le roi était forcé d'abdiquer à la naissance de son premier rejeton et il exerçait la régence jusqu'à la majorité du nouveau souverain. Les prêtres jouissaient d'un grand pouvoir; ils avaient notamment le droit de prononcer le tafjou, c'est-àdire de défendre de toucher ou même de regarder certains objets, de manger certains aliments, de prononcer certains noms, etc. Ces interdictions étaient temporaires ou permanentes et ceux qui les enfreignaient étaient punis de mort.
Les guerriers éprouvaient le besoin de se distinguer par un accoutrement spécial. Voici en quels termes un auteur nous décrit le costume de ceux des Marquises : « Haute coiffure de plumes garnie d'ornements éclatants; colliers en dents de cachalot; touffes de barbes de vieillards; touffes de cheveux s'échappant de toutes parts; coquilles d'buitres per-
rrî')
ÉTABLISSEMENTS DE L'OGEANIE
lières; ceinturon retenant des crânes remplis de cailloux; manteau d'étoffe rejeté sur le dos. » Malgré sa tenue bizarre, le vieux guerrier que représente notre figure n'est pas aussi magnifiquement vêtu que ceux d'autrefois. Les armes consistaient, et consistent encore, en frondes, en casse-tête de formes variées et en sagaies souvent munies de dents
de requin. A Taliili, on se sert de l'arc pour chasser les oiseaux.
D'une intelligence développée, les Polynésiens travaillaient le bois avec art bien qu'ils ignorassent lusage des métaux. Ils construisaient des pirogues doubles avec lesquelles ils accomplissaient de grands voyages, en se guidant sur les étoiles.
Cook rencontra un indigène des îles de la Société qui s'était avancé à 2 700 kilomètres dans l'ouest de l'archipel et qui connaissait assez bien la Polynésie pour en tracer la carte entière. Ce qu'il n'avait pas vu luimême il l'avait appris par les chants sacrés de sa patrie. Malgré leur caractère belliqueux, les Polynésiens accueillirent bien les premiers Européens, et ce ne fut qu'à la suite de malentendus qu'ils engagèrent des hostilités. Les femmes s'empressaient autour des blancs et ne se montraient nullement farouches. Il est vrai qu'il n'est guère de pays au monde oii les mœurs soient aussi dissolues que dans les archipels de la Polynésie.
A Tahiti existait une institution, celle des Aréoïs, dont le but était la satisfaction, sans frein, des besoins amoureux. Aux Marquises, de nos jours encore, on ne fait aucun cas de la chasteté des filles et l'indigène met volontiers son épouse à la disposition des étrangers. Dans les îles de la Société, le mariage devait être consommé coram populo; à Noukahiva, avant d'appartenir à son mari, l'épousée devait subir publiquement
Indigène de Tahiti avec le costume ancien.
les caresses de tous les iavités. Ces actes revêtaient une sorte de caractère cultuel.
La religion, en elTel, a contribué pour une large part à développer les tendances lubriques chez ces insulaires. Pour être agréable aux divinités, il fallait dresser la jeune fille, encore enfant, à la luxure. Si elle ne trouvait pas de mari, elle ne pouvait rester chaste sans déplaire aux dieux.
Ces dieux étaient nombreux, car dans certaines îles on en admettait plus de trois cents.
Les uns étaient bons, les autres méchants; on a cru reconnaître, dans quelques archipels, la croyance à un être suprême, dominant tout le panthéon. A ces divinités, on faisait des offrandes ou bien on les honorait en chantant devant les idoles.
Aujourd'hui, les coutumes se modifient rapidement en Polynésie ; nos mœurs pénètrent partout, mais ne font pas disparaître complètement les mœurs anciennes. La débauche persiste et il ne serait pas nécessaire de gratter
beaucoup l'insulaire actuel pour retrouver le sauvage d'autrefois. Ce qu'il nous emprunte le plus volontiers, ce sont nos défauts. Nous avons notamment importé aux indigènes l'alcoolisme, comme nous leur avons importé certaines maladies, entre autres la phtisie pulmonaire. Aussi la population va-t-elle en décroissant d'une façon rapide; dans les îles où elle remonte depuis quelques années, c'est au métissage qu'est dû ce relèvement. Seule la population des Wallis n'a jamais décru. Cela tient sans doute à ce que les métis de Papous et de Polynésiens qui vivent dans ces îles n'ont pas les mœurs dissolues des insulaires de l'Est et que chez eux l'ivrognerie n'a jamais exercé ses ravages.
Pour éviter la disparition de la race polynésienne, il serait urgent de
Vieux guerrier des îles Marquises.
Colonies II
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prendre des mesures hygiéniques afin d'empêcher la propagation des maladies contagieuses, en premier lieu de la tuberculose, et aussi d'élever son niveau moral de façon à la soustraire ainsi à toutes les causes d'abâtardissement qui la conduisent à sa ruine.
D"^ R. Verneau.