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CHAPITRE IV

LE FOUTA-DJALLOIW

BIBLIOGRAPHIE

Hecquard. Voyage sur la côte et dans l'inlerieur de l'Afrique occidentale^

Lambert. Voyage dans le Foula-Djallon {Tour du Monde, 1861).

Bayol. La France au Foula-Djallon (lievue des Deux Mondes, 1882).

Olivier de Sanderval. De l'Atlantique au Niger par te Foula-Djallon, 1882.

Gaboriaud. Mon voyage au Fouta-Djalton (Société de géographie commerciale de Paris, 1882).

A. Griffon. Exploration dans le Foulafi (Société de géographie de .Alarseille, 1S84).

E. NoiMOT. Voyage au Fouta-Djallon et au Bamhouck (Société de géographie de Rouen, 188S).

Le Fouta-Djallon est la vaste région où prennent leurs sources tous les grands fleuves de l'Afrique occidentale, Niger, Sénégal, Gambie, Rio Nunez, Mellacorée, etc. On dirait un réservoir commun d'où s'épanclient vers les quatre aires de l'Iiorizon les cours d'eau qui portent la vie et la fécondité dans cette partie du continent noir. Abordable du côté de la mer par tous les estuaires que nous venons d'étudier, et qui remontent jusqu'au pied des collines, « ses hauts plateaux fertiles, bien arrosés, et où la température est celle de la France, moins les froids de l'hiver, sont habitables comme un paradis terrestre. Là est la vraie route pat laquelle la civilisation pénétrera dans l'intérieur du grand continent sous ces latitudes, parce que là est le climat favorable où les Européens peuvent vivre et créer un centre d'influence permanent et fort. Le Fouta est pour les blancs la clef du Soudan. » De là l'extrême importance de cette contrée et la nécessité d'étudier ses ressources économiques et son avenir probable.

Les premiers renseignements sérieux et précis sur le Fouta ont été donnés par MoUien et par Caillié qui, dans leurs voyages

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de 1818 et de 182G, explorèrent la contrée, en donnèrent une descrii)lion raisonnée, et tracèrent les premiers liiièamcnls de son histoire. On sut, grâce à eux, que la population indigène, les Mandingues ou Djalonkès, furent con(|uis, vers le milieu du xvni" siècle, par un chef Foulah, un certain Sory, qui partagea le pouvoir avec son frère Seïdi. Les deux enfants de ce dci-nier devinrent les chefs de parti rivaux, entre lesquels passa alternativement le pouvoir, jusqu'à l'année 1785, époque à laquelle Sory Ibrahim prit le titre d'almamy et réserva la transmission du [louvoir à ses seuls descendants. On savait en outre que les habitants du Fouta-Djallon pratiquent le mahométisme, qu'ils sont laborieux et braves, qu'ils ne dédaignent ni les travaux de l'agriculture ni ceux de l'industrie, et que leurs négociants se hasardent jusqu'à Tombouctou. Mollien et Cailliô avaient en outre laissé entrevoir que sur ce sol granitique vivait la population la mieux douée de l'Afrique occidentale, la plus ouverte au souffle de la civilisation, et, sans l'aflinner expressément, avaient néanmoins avancé que c'était en traversant les délités du Fouta que le commerce européen du littoral trouverait la route la plus directe et la plus sûre pour atteindre les marchés du haut Niger et du Soudan. Par malheur ils n'avaient aucune attache officielle; les relations de leurs voyages furent trop peu lues, et on oublia le Fouta-Djallon.

Nos gouverneurs du Sénégal n'avaient jamais perdu de vue cette importante position stratégique et commerciale. A diverses reprises ils envoyèrent des explorateurs dans cette direction. Anne Raffenel arriva jusqu'aux portes du Fouta en 1845, mais il ne s'enfonça pas dans l'intérieur du pays. Le capitaine Hecquard fut plus heureux ou plus audacieux en 1850 et 1851. Le gouverneur du Sénégal, capitaine Baudin, lui avait confié une première mission en 1844. II devait pénétrer dans la rivière d'Akba ou de Grand Bassam, qui peut-être était une des branches du delta du Niger, remonter le grand fleuve, et, suivant les circonstances, continuer sa route vers l'Algérie et le Maroc, ou Saint- Louis. Hecquard fut abandonné par les indigènes et obligé de revenir à la côte. Il reçut en 1850 une seconde mission. Il devait prendre pour point de départ la Casamance, traverser le Fouta-Djallon, engager l'almamy à diriger ses caravanes vers nos comptoirs, et continuer d'après le premier projet. Notre explo-

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rateur, longtemps retenu par la guerre civile, put néanmoins reconnaître le cours de la Casamance, et le plus important de ses aftluents, le SonGrogonou San Gregorio, visiter le Kolli, les villages inconnus des Tiapys, et arriver à Timbo, où il séjourna quatre mois, attendant vainement des secours qu'il avait demandés h Bakel. Désespérant de les obtenir, il se détermina à revenir à Saint-Louis, après avoir, dans ce voyage de dix-neuf mois, visité les sources du Sénégal, de la Gambie, du rio Grande, de la Falômé et exploré des régions que n'avait encore visitées aucun Européen.

L'exploration du Fouta-Djallon proprement dit ne fut entreprise que sous l'administration du général Faidberbe, et c'est le lieutenant d'infanterie de marine Lambert qui, en 1860, eut l'heureuse chance de pénétrer dans cette terre incognita et le mérite de rapporter de son voyage des renseignements très précis. Parti de Saint-Louis le 20 février 1860, Lambert arrivait à l'embouchure du rio Nunez le l"mars, et remontait le fleuve jusqu'à Boké, où il retrouvait les souvenirs persistants de son prédécesseur René Gaillié. Il s'engageait aussitôt dans le Fouta, non sans quelque appréhension, car un almamy venait d'être nommé, Sory Ibrahima, qui passait pour ne pas aimer la France, et il n'était accrédité qu'auprès de son rival l'almamy dépossédé Oumar. Lambert reçut néanmoins de tous un accueil empressé. Les indigènes se pressaient autour de lui, mais ils le croyaient anthropophage. Cette absurde créance était répandue dans le pays entier : elle n'est sans doute que le résultat de la traite des nègres et de l'effroyable consommation d'Africains enlevés par cet immonde trafic. Un jour une jeune fille le considérait avec attention, mais n'osait s'approcher. « Encouragée par son frère, lisons-nous dans la relation du lieutenant, elle s'arma de résolution. Comme quelqu'un qui se précipite tête baissée dans le danger, elle vint à moi d'un pas fébrile et me tendit la main. Elle tremblait comme une feuille de bouleau, et interrogée sur la cause de son trouble, restait muette comme une statue. — Elle croit, me dit son frère, que les blancs mangent les noirs. »

Quelques-uns des chefs de la région se défiaient aussi de Lambert, non pour le même motif, mais parce qu'ils lui attribuaient des projets de conquête. Un certain Oumar le retint même quelque temps prisonnier, parce qu'il l'avait vu prendre des

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notes. « Il avait écrit le pays, ollsail-il, aliii de pouvoir f,niider plus tard une armée d'invasion. » LaniiierL arriva enfin à ''\iucoumba. C'est la ville sainte du Foula-Djallon, la ville où se l'ait î'élcclion des almaniys. « Dans celte assemblée, il n'y a point de vole. Cluicun émet son opinion pour son candidat, et la nomination se fait ensuite par acclamation, comme autrefois dans les élections polonaises. Ordinairement, pendant le résumé des débats, le chef du village est le président de ces étranges comices. Du reste celle institution, qui ne repose sur aucune base solide, mais sur une coulume mal délinie, est complèleraenl éludée par les aspirants au trône. Ils se rendent avec leurs partisans en armes sur les lieux de la délibération. De là de sanglants conflils et des luttes interminables. »

Gonlrc toute attente le nouvel almamy reçut fort bien l'envoyé de la France. Alléguant que Lambert n'avait pas élé accrédité auprès de lui, il le renvoya à son adversaire dépossédé à l'exalmamy Oumar. Il se contenta de prendre connaissance de la lettre de Faidherbe dont était porteur le lieutenant Lambert, mais la recacbeta soigneusement, et lui promit qu'il ne serait nullement inquiété dans ses négociations. Fort de celte promesse, Lambert se rendit à Timbo, résidence de l'ex-almamy. Il fut reçu avec cordialité et empressement. Les indigènes lui apportaient des œufs en quantité, avec le secret espoir de les lui voir manger tout crus, car le bruit s'était répandu que telle était la coutume française. Présenté solennellement au sénat, il exposa ses projets d'avenir, et non seulement fut très bien compris, mais encore apprécié par tous les assistants. Le prince dépossédé l'admit dans son intimité. Il le conduisit à sa maison de campagne de Sokotoro, et eut avec lui de longs entretiens sur la civilisation des blancs qu'il admirait, et sur l'histoire du Fouta-Djallon qu'il raconta à Lambert. Ce dernier devint même son ami tout particulier, lors(|u'il eut réussi à couper avec du sulfate de quinine une fièvre violente qui compromellait la santé d'une des favorites d'Oumar. Quand il tomba malade à son tour pendant la saison des pluies, il fut très bien soigné par une des femmes de l'almamy, Mariam, dont la beauté sculpturale eût élé partout fort admirée. Lambert n'avait pour la remercier qu'une paire de souliers vernis à lui donner. Ce cadeau singulier excita la jalousie des autres femmes. Lambert fut obligé de s'improviser cordon-

nier en prenant la mesure de leurs pieds et en leur promettant à toutes des paires de bottines vernies. Quand il prit congé de Mariam et la remercia de ses attentions, la jeune femme, modeste et gracieuse, répondit comme l'aurait fait une sœur de charité : « J'ai su que tu étais malade; je suis venue à ton aide; tout autre à ma place en eût fait autant. »

Lambert ne repartit pour Saint- Louis qu'après avoir obtenu la promesse d'établir entre le Sénégal et le Fouta des relations commerciales suivies. Trois Tiernos, c'est-à-dire trois hauts fonctionnaires, l'accompagnèrent dans son voyage de retour, porteurs d'une réponse à la lettre de Faidherbe. Les résultats de l'exploration avaient donc été fort satisfaisants. De part et d'autre, on avait appris à se connaître et à s'estimer. La porte était ouverte. Il ne restait plus qu'à pénétrer dans l'intérieur de la maison.

Cette fois encore ce fut un simple particulier qui prit l'initiative. On parlait alors beaucoup de la voie ferrée destinée à unir le Sénégal au Niger. M. Aimé Olivier pensa que le moyen le plus pratique de joindre l'Atlantique au Soudan serait de traverser un plateau facilement abordable, où les frais d'établissement ne seraient pas considérables, et dont le climat conviendrait aux Européens. Le Fouta-Djallon semblait réunir toutes ces conditions. Il se détermina non seulement à l'explorer, mais encore à étudier sérieusement la création d'une voie ferrée. Il aurait voulu, après avoir obtenu de l'almamy de Timbo la permission écrite de construire ce chemin de fer, atteindre le Niger vers le conQuent du Tankisso et descendre le grand fleuve au moins jusqu'à Sakatou. Ce programme était peut-être trop vaste. Olivier ne put en exécuter que la première partie. Il obtint de l'almamy, par un traité régulier en date du 2 juin 1880, l'autorisation sollicitée, mais revint aussitôt à la côte, afin de presser l'exécution des clauses du contrat. Le voyage ne dura (]ue onze mois ; parti de Paris le 12 novembre 1879, Olivier rentrait en Fi-ance le 13 octobre 1880, mais son voyage n'avait pas été inutile, et il en a consigné les détails dans un fort intéressant ouvrage, De l'Atlantique au Niger par le Fouta-Djallon, dont nous allons présenter une rapide analyse.

Olivier partit de Lisbonne le 22 novcmlire 1879, sur son yacht le Jean-Baptiste. Après avoir exploré l'archipel des Bissagots, il

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éliulia avec soin lo littoral entre le rio Grande et le rio Niincz afin de dôtorniincr le point précis d'où parlii'ail la voie projetée. Les forêts de la côte excitèrent son admii-ation, les forets de ronicrs surtout, dont le tronc noir et nu s'élève comme une colonne de 20 mètres. Au sommet un panache de feuilles de 5 mètres de diamètre, tout autour d'autres feuilles semblahles, mais qui plient sous le poids de grappes de fruits, d'au moins 80 centimètres de longueur. Ces arbres seront précieux pour l'établissement de la future voie. Après avoir reçu une cordiale hospitalité d'abord à Toninka, puis à Boké, Olivier se sépara de son yacht, le 22 février 1880, et s'enfonça dans l'intérieur.

Le Fouta-Djallon forme une sorte de république aristocratique, gouvernée par deux almamys, que l'on choisit toujours dans les familles d'Alfa et de Sory. De ces deux chefs, il y en a toujours un qui a la prépondérance, et semble exercer l'autorité suprême; en sorte que, pour des observateurs qui ne sont pas initiés aux mystères de cette politique africaine, un des almamys semble dépossédé. Il ne l'est pas en réalité, il n'est que momentanément privé de certains droits. Lambert n'avait pas été prévenu de ces particularités quand il explora le Fouta, et, très sincèrement, il avait cru n'avoir en face de lui qu'un chef. Olivier était mieux informé. Il savait que la prépondérance appartenait alors <à l'almamy résidant à Timbo, Ibrahim Sory, mais il n'ignorait pas qu'un second almamy, Alpha Ibrahim, était également investi de certains droits. 11 était donc indispensable de s'assurer les bonnes dispositions des deux chefs. Olivier entra d'abord en relation avec le moins important des deux. Alpha Ibrahim. Il eut pour introducteur auprès de lui, une de ses belles filles, qu'il rencontra par hasard à Bouba, sur la rive gauche du rio Grande. C'était une superbe négresse, aux formes exubérantes. « Comme elle constate que le développement de sa poitrine attire l'attention, elle met une certaine coquetterie dans l'exhibition de ses charmes, et c'est nue jusqu'à la ceinture qu'elle est revenue ce soir. Ses seins énormes n'ont pas moins de 40 centimètres de longeur, ils pendent jusqu'aux genoux. Elle porte pendues à ses cheveux, tressés en nattes étroites, des boules d'ambre grosses comme des œufs. Sa poitrine est couverte de pièces de cinq francs, dont le tintement éveille en elle un contentement enfantin. » Le mari de cette Vénus africaine, le propre fils d'Alpha Ibrahim, résidait à Tchikambil.

Il était intlisponsable de passer par cette ville, afin de pénétrer pins loin. Olivier lut très bien reçu par lui, et obtint le passeport, dont il avait besoin pour se rendre à Timbo, la résidence du grand alniamy llirabim Sory. De Tcbikambil à Timbo on compte 860 kilomètres. Ils furent franchis avec peine, à cause de la mauvaise volonté des porteurs, et enfin des indispositions qui frappèrent notre voyageur. Parti de Tcbikambil le 6 mars il n'arrivait à Timbo que le 7 avril. Chemin faisant, il prenait des notes, et étudiait la contrée. Le pays était fort beau, couvert d'arbres fruitiers, de champs cultivés. Le mil pousse en abondance. Il faut moitié moins de mil que de riz pour rassasier un homme. On trouve également des diahérés et des rentaras qui sont les pommes de terre de la région. Les ananas, le café poussent spontanément. « Avec quelques heures de labeur par an, des colons européens y vivraient dans l'abondance. » Le gibier se rencontre fréquemment dans les forêts. Les seuls animaux nuisibles sont les grands singes, pillards éhontés de récolles, que l'on est obligé de traiter comme des maraudeurs, et des fourmis si voraces qu'elles dévorent jusqu'au squelette un cheval et môme un homme qui, par malheur, seraient attachés dans leur voisinage. Olivier constatait encore que les indigènes avaient l'air joyeux et content, et qu'ils avaient plus de tenue que nos ouvriers ou nos paysans. A certains endroits, Olivier se croyait en Touraine, tant la campagneétait riante. Les châteaux seuls n'existaient pas, a-t-il raconté, et la Loire était remplacée par de gais torrents, mais le paysage était aussi enchanteur. Notre voyageur rencontrait même sous ses pas de gracieuses idylles. « A cent pas du village de Mampata et dissimulé par de beaux arbres, au fond d'un creux ravin, un petit torrent limpide murmure entre les rochers une jolie chanson. Les jeunes fdies, les pieds dans Teau peu profonde, prennent leur bain en s'inondant avec une calebasse. Elles le font avec tant d'adresse et lancent leur eau si bien que trois ou quatre verres suffisent pour leur mouiller tout If corps. C'est à qui des baigneuses se frottera le plus vigoureusement, et ce fourbissage est exécuté par elles sans qu'intervienne la moindre notion de pudeur, sans qu'il s'y mêle pour ainsi dire la moindre idée d'indécence. »

Ariivé à Timbo, Olivier fut d'abord assez mal reçu par l'almamy Ibrahim Sory, défiant et soupçonneux, qui lui assigna pour

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lopis une case pleine de rats cl de chauves-souris, et ne lui donna pour nourriture (jue juste ce qui était nécessaire pour qu'il ne mourût pas de faim. Notre voyageur accepta gaiement la situalion, et, sans plus se soucier de son bien-être, entama tout de suite les négociations. Elles furent pénibles, d'abord parce qu'il était difficile de se faire comprendre par l'intermédiaire des interprètes, et surtout parce que les nègres n'acceptent que lentement les idées auxquelles ils ne sont pas habitués. Ils les ruminent poui' ainsi dire, er. leur intelligence ne se laisse pénétrer qu'après d'interminables palabres et des circonlocutions tirées de fort loin. « Ils vivent comme des chevaux à l'écurie, écrivait un jour notre voyageur dans un accès de mauvaise humeur. Il semble qu'ils n'aient pas de vie dans le cerveau, pas d'association dans les idées. » L'almamy surtout, par ses prétentions et ses faussetés, exaspérait la patience d'Olivier. Un jour ce dernier avait saisi une pierre, et allait la jeter à la face de son interlocuteur, lorsqu'il fut arrêté par un coup d'oeil suppliant de l'interprète. Il était parfois tenté de renoncera son rôle pacifique, et d'entrer tout seul en guerre contre le maître du Fouta : « Si j'étais sûr, a-t-il écrit, d'être soutenu par la France contre l'Angleterre, je ferais sans larder la conquête du pays. Les chefs sont divisés, le peuple indifférent, tous avides et supertitieux. Que faut-il de plus pour assurer le succès? Il est bien permis de faire ces plans, quand on a vingt-quatre heures de loisir pour rêver à Dupleix et au marquis de Bussy, tout en regardant défiler les vilains nègres à demi nus qui viennent me saluer, drapés dans leurs guenilles, leur vanité et leur ignorance, armés de fusils à pierre, confiants dans leurs montagnes qu'ils croient uniques au monde et imprenables à leurs ennemis. »

Il est vrai que tous les indigènes n'étaient pas aussi défiants que l'almamy et aussi remplis d'orgueil que les fonctionnaires de son entourage. Les femmes surtout étaient pleines de prévenances pour le bel étranger. L'une d'entre elles, une jeune fille, Fatoumata, s'était prise pour lui d'un véritable amour. « Cette fille a des traits européens, de beaux yeux inteUigents aux regards un peu sauvages, un corps superbe couleur de bronze, une belle stature, et avec cela un petit air modeste que je n'avais pas encore rencoiAré chez ces bêtes apprivoisées qu'on appelle des noirs. » Olivier eut grand'peine à repousse- ses avances. Il

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lui fallut recourir à la brutalité. Ce ne fut pas non plus sans difficulté qu'il éluda les offres de sept à huit jeunes tilles de quinze à seize ans, qui voulaient absolument le masser pour lui faire honneur. « Je repousse d'un geste que je m'elîorce de rendre froidement indilîérent ces jolis médecins qui insistent, reculent et avancent avec la gracieuse précision d'un corps de ballet, torses nus, jupons courts, mais je résiste; il n'y aurait vériritablement pas place sur ma personne pour toutes ces petites mains agiles que le frétillement multiplie. »

Olivier comprit bientôt que le terrain n'était pas suffisamment préparé, et qu'il avait besoin pour réussir d'afiirmer sa résolution. Il déclara donc à l'almamy que le moment était venu de trancher la question. Il le lui annonça, paraît-il, avec tant de décision qu'Ibrahim Sory prit peur et se résigna à en passer par la volonté du Français. Le "2 juin 4880, en présence des grands chefs assemblés pour la circonstance, il accorda donc à notre compatriote l'autorisation de construire un chemin de fer dans ses Etats. Il ajouta même au document écrit des promesses de concours effectif, et désigna les parties de son domaine qui méritaient d'attirer l'attention des Européens. Olivier profita de ces meilleures dispositions pour retourner à la côte par un autre chemin. Il se dirigea plus au sud par Toromi et Madina, pour aboutir également à Boké. La région qu'il traversa était fertile et peuplée. Les nègres se livraient aux travaux agricoles d'après une méthode fort originale. Ils se mettaient sur une seule ligne et frappaient ensemble la terre, à dix pas en face d'eux, les femmes marchaient à reculons, et chantaient sur un rythme très alterné. Entre les deux rangs un danseur faisait de la fantasia en déchargeant son fusil et deux autres exécutaient des gambades et des voltiges, le tout pour conjurer les mauvais esprits.

Olivier fut bientôt de retour à Boké et repartit aussitôt pour la France, bien déterminé à commencer la voie concédée au rio Pongo, pour lui faire remonter la vallée de la Kakrima, traverser les grands plateaux, et de là descendre jusqu'au Niger. Dès l'année 1881, trois de ses amis, enrôlés et entretenus à ses frais, MM. Gaboriaud, de Fontenay et Ansaldi, prenaient la route du Foula afin d'étudier le tracé de la voie et de commencer les travaux. Ils apportaient avec eux des présents pour l'almamy, entre autres un modèle de locomotive et de wagon : mais arrivés

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à Timbo, le 27 juin 1884, ils y rencontrèrent un nouvel almamy, Aliniiulou Sory, et il lalhil sur nouveaux Irais reprendre toute la négociation. L'almamy retint M. Gaboriaud auprès de lui pendant quarante-buit jours. Il bésitait à s'engager. Il linlt pourtant par se déterminer et signa un nouveau traité, en vertu dufjuel il donnait l'autorisation de constiuire une voie ferrée, concédait une bande de terrain de vingt kilomètres de largeur avec toute liberté de cboisir l'emplacement, promettait des travailleurs et s'engageait à les protéger eux et les employés européens. En retour, lorsque le cbemin serait achevé, on lui donnerait une redevance annuelle en espèces et en marchandises.

C'était un succès pour la France. La construction par nos compatriotes d'une voie de pénétration aussi importante dans l'Afrique occidentale, non seulement assurait notre prépondérance commerciale, mais encore préparait et annonçait la prochaine annexion de la contrée tout entière. L'ombrageuse susceptibilité des Anglais se réveilla. Us commencèrent aussitôt contre nous une campagne de calomnies et de mensonges. N'aflirmaient-ils pas que nous avions l'intention de conquérir le pays, et que nos messagers de paix et de civilisation n'étaient que des espions déguisés? Comme ils n'épargnaient ni l'or ni les promesses, et qu'ils s'adressaient à des nègres crédules, leurs inventions eurent beaucoup de crédit à Timbo et dans les autres capitales du Fouta. Il devint bientôt nécessaire de détruire par une déclaration catégorique le mauvais effet de ces déplorables intrigues, et ce fut dans ce but que le gouvernement français, sortant enfin de son indifférence, se décida à organiser pour le Fouta- Djallon une mission officielle, dont il confia le commandement au docteur Bayol.

Comme l'a écrit avec une grande justesse un de nos plus érainents économistes, M. Levasseur, « on peut discuter sur les difficultés de l'établissement et de l'exploitation d'une voie ferrée jusqu'au Niger, mais on ne peut contester l'intérêt scientifique et politique d'une étude complète des chemins qui y conduisent et des contrées que ces chemins traversent ». Or les Portugais déjà installés dans l'archipel des Bissagols et les Anglais établis en Gambie et à Sierra-Leone cherchaient à établir leur protectorat dans le Fouta-Djallon. En janvier 1881, une mission anglaise commandée par le docteur Guldsbury était déjà allée de Sainte-

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Marie de-Batliurst à Tinibo. Les Portugais en préparaient une de leur côté. 11 n'était que temps, à cause des inlércls français engagés dans les Rivières du Sud et par suite des négociations précédentes, d'intervenir à notre tour. Le Parlement vota donc les fonds nécessaires, et le 12 mars 1881 le ministre de la marine enjoignit au docteur Bayol de se mettre en route.

Le 17 mai le docteur partait de Boké en compagnie de MM. Noirot et Billet et d'une centaine de porteurs. Un de ses compagnons, M. Billet, ari êté par la maladie, fut bientôt obligé de rebrousser chemin. Il devait périr l'année suivante, en Amérique, avec le docteur Crevaux. Le 24 mai les voyageurs arrivaient à Bambaya, joli village de 800 habitants, dont les maisons sont séparées les unes des autres par des haies d'épurges. Sur les collines toutes ruisselantes de lumière alternent les pâturages et les bois. Dans les vallées pousse le délicieux café connu dans le commerce sous le nom de café du rio Nunez. 11 pousse presque sans culture sur ce sol vierge. Le chef de Bambaya, un certain Ahmadou Bobo, aurait bien voulu retenir nos compatriotes et garder pour lui les présents destinés à l'almamy, mais il eut peur de leurs armes à tir rapide et les laissa passer.

Le 5 juin, arrivée à Koussi dans la vallée de la Kakrima. On a de ce village une vue incomparable sur l'irnangué, massif de monlagnes très boisées en forme de tables, d'où s'épanchent de magnitiques cascades On ne connaît pas encore extrêmement le cours de la Kakrima. 11 se pourrait qu'e!\3 tombât dans le Kokoulo où elle deviendrait le Konkouré, puis la Dubréka. C'est, dans tous les cas, une voie navigable à rinléi'ieur, dont la vallée sera utilisée par le futur chemin de fer. Le 14 juin, arrivée à Voisan, sur le plateau du Timbi, résidence du Tierno ou gouverneur Mahadiou. La province administrée par ce haut fonctionnaire s'étend jusqu'à nos possessions du Bas de Côte. Il reçut avec empressement les Français et leur donna toute facilité pour pénétrer jusqu'à la ville sainte de Foucoumba, où ils arrivèrent le 1" juillet.

Le lieutenant Lambert avait déjà signalé le rôle et l'importance de celte ville, mais il avait été mal renseigné sur les élections dont elle est le théâtre. Ce qu'il ignorait ou n'avait pas bien compris, c'est que deux dynasties, celle de Sory et celle d'Alfa, se partagent alternativement le pouvoir moyennant la décision du con-

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seil des anciens ou sénat de Timbo. C'est à Foucouraba que Ton ralilic la décision du conseil de Timbo el le chef de la cité sainte pose le lurban royal sur la tête des alnianiys désignés. Le pays tout enlicr est divisé en treize provinces ou diwals administrées chacune par deux chefs, l'un appai'tenant à la dynastie Sory et l'aiili-e à la dynastie Alla. Ils sont assistés l'un et l'autre par un conseil de notables. Le Fouta-Djallon est donc constitué en véritable féodalité, mais, malgré la jalousie qui sépare les deux dynasties, tous ces seigneurs africains s'entendent jjour la défense des intérêts communs. Aussi le Fouta-Djallon fornie-t-il une unité territoriale et politique avec laquelle on doit compter.

De Foucoumba Bayol et Noirot arrivèrent bientôt à Douhalfellu, résidence de lalmamy Ibrahim Sory, qui venait d"étre dépossédé ou, pour parler avec plus de précision, qui venait, suivant l'expression locale, « d'aller à la campagne », c'est-à-dire de céder les pouvoirs prépondérants au chef de la dynastie rivale, Abniadou Alfa. Bayol était accrédité auprès d'Ibraliim Sory : c'est avec lui qu'il entama des négociations qui aboutirent à l'important traité du 6 juillet 1881 en vertu duquel le Fouta-Djallon était mis sous le protectorat de la France. Moyennant une redevance fixe et après en avoir inlormé le chef de la province où il voudra se lixer, chaque Français pourra installer un comptoir dans l'intérieur du pays. En outre nos possessions sur les rivières du Bas de Côte étaient officiellement reconues.

Certes c'étaient là d'importants résultats : Bayol aurait pu s'en contenter. Il estima avec raison que, pour être valable, ce traité avait besoin de la ratiiicalion de l'almamy en exercice. Il quitta donc Douhalfellu et arriva le 14 juillet à Timbo. Comme il l'avait prévu, Ahmadou ne refusa pas sa signature et c'est ainsi que celle importante contrée est déhnitivement entrée dans notre cercle d'action et d'influence, au moment précis où les Anglais et les Portugais essayaient d'agir dans le même sens. Il est à regretter que dans beaucoup d'autres pays nous n'ayons pas été servis par nos agents avec le même zèle el la même intelligence.

Une fois installé à Timbo, Bayol et son compagnon étudièrent avec soin la contrée. On sait grâce à eux que le Fouta-Djallon forme un immense triangle dont la base s'étend de la Gambie à la Mellacorée et dont le sommet se trouve non loin de Bouré. Il est impossible de déterminer les limites avec plus de précision,

car de nombreuses tribus vivent sur la frontière, Scasous, Landounians, Mandingues, Tinniés ou Korankos, dont il est impossible de dire si elles font ou ne font pas partie du Foula.

En général la région est montagneuse, mais sillonnée par de nombreux cours d'eau. Sur les hauts plateaux pourraient très bien vivre et môme s'acclimater des Européens. Les indigènes sont de belle race, grands, bien pris, un peu maigres. Leurs cheveux sont à peine laineux. Ils les coupent ras et tressés sur les tempes. Leur front est bombé et fuyant vers les tempes. Leurs .sourcils épais, leurs cils longs et soyeux, leurs yeux taillés en amande, beaux et doux, à expression un peu sauvage. Nez droit, menton rond et allongé, oreilles petites et bien plantées, pieds et mains admirables, leur couleur n'est pas noire, mais plutôt chocolat au lait. Les femmes sont gracieuses et même belles, mais elles se fanent promptement. Bien que musulmans, ils sont en matière religieuse d'une grande tolérance. Ils aiment à raconter que, Mahomet ayant envoyé sommer les chefs des chrétiens de se convertir, son envoyé fut très bien reçu par eux. Le prophète touché de cet accueil aurait alors prié Dieu de récompenser les chrétiens. Il est vraiment fâcheux que cette légende n'ait pas cours en Algérie ou dans le reste du Soudan, car elle aiderait à rapprocher Européens et Africains. Aussi bien les indigènes ne se contentent pas de prêcher la tolérance; ils la pi'atiquent. Bayol étant un jour tombé malade, on pria chaque jour pour lui dans la mosquée. « Aussi, a-t-il écrit, conserverai-je au fond du cœur le souvenir de ces Musulmans exempts de fanatisme qui demandent à ne faire avec nous qu'une même famille ayant même père et même mère pour me servir de leur langage imagé. » On planta sur la place de la mosquée en souvenir de leur voyage, deux orangers qui devaient porter le nom du docteur et de son compagnon. Ce sont là des délicatesses de sentiment bien rares, non pas seulement en Afrique, et qu'il n'était pas inutile de signaler au passage.

Les indigènes vivent de la vie de famille, comme au temps des patriarches. Le père est le maître absolu. Il gouverne, mais avec une grande douceur, son petit monde de femmes, d'enfants et d'esclaves. On distingue parmi ces esclaves trois catégories : les captifs de case, membres inférieurs de la famille, domestiques investis de charges de famille, et fort bien traités par tout le monde; les

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ouvriers, forgerons, tisserands, maçons ou cliarpentiers, qui rcsleiil altacliés à leurs métiers, comme nos serfs étaient atlacliés à la glèbe, et enfui les captifs de loungans ou cultures, traités plus durement, et dont on trafique avec autant de facilité que s'ils étaient des bôles de somme. Maîtres ou esclaves habitent dans des maisons confortables, propres, au milieu de jardins bien entretenus, que défendent des haies épaisses de vigoureux arbustes. Les cases sont assez solidement construites pour résister à des pluies de sept mois. Leur industrie est toute pastorale. Les caravanes qui parlent chaque année du Fouta n'emportent en effet sur les marchés du Soudan que des cuirs préparés, du caoutchouc, de l'ivoire, de la cire, du beurre de karité, du café, du coton tissé en fines bandelettes, et aussi des armes et des instruments fabriqués avec des minéraux qu'on trouve en abondance.

Cette société, un peu rude, mais policée, ne méconnaît pas la nécessité de la justice ni celle de l'impôt. Il n'est besoin pour rendre la justice ni de gendarmes ni de prisons. Les prévenus sont convoqués devant l'assemblée du village ou de la province. Ils obéissent toujours à cet ordre de convocation. Les amendes, les coups de corde, l'ablation du poignet, telles sont les principales peines édictées. Elles sont exécutoires sans appel. La peine de mort n'est prononcée que par les gouverneurs de diwal, et encore les condamnés ont- ils le droit de faire appel à l'almamy en résidence à Timbo. Si la sentence est confirmée, ils creusent eux-mêmes leur tombe, pour qu'elle soit assez grande. Quant à l'impôt, il est fondé sur le principe de la dîme. L'almamy reçoit en outre un tribut des peuples soumis, et des caravanes. Il a aussi, en cas de guerre, droit au cin(|uième du butin. Aussi sa fortune grandit-elle rapidement, mais il la dépense en largesses et en aumônes. Quand la guerre est déclarée, c'est lui qui contribue aux dépenses de l'armée.

Tel est ce peuple, ou plutôt cette nation, qui ne demande qu'à entrer dans le courant de la civilisation générale, et dont nous aurions grand tort de repousser les avances car il est certain que le possesseur du Fouta sera un jour ou Tautre le maître du Soudan, et il est fort heureux pour la France que nous ayons pris les devants et que nous nous soyons attaché ce peuple énergique et vivace par les liens de la reconnaissance et de l'intérêt.

Le dorlPii-' Bayol aurait voulu profiter rlc son séjour dnns le Fonta-Djnllon pour visiter les sources du Niger. Il fut arrêté par la mnlndie et dut se contenter de reconnaître celles de la Gambie et du Rio Grande. Au moins, dans son A^oyage de retour, passa-t-il par une région encore peu connue, le Bambouck. Les naturels, qui se défient des Musulmans, ne le virent entrer sur leur territoire qu'avec une certaine apprébension, mais dès qu'ils le connurent, et surtout dès qu'ils comprirent que notre compatriote n'avait aucune arrière-pensée de conquête ou d'annexion, ils allèrent au-devant de ses désirs. G'est ainsi que Bayol parcourut dans le Bambouck les cantons de Mamakono, Marougou, Guéseba,, Faroukouda, Kerekoto, Kounsiline et Sadiola. Partout il constata la présence de gisements aurifères. Il est vrai que les mines étaient fort mal exploitées. On aurait pu reprendre les minerais abandonnés, et trouver encore une ample récolte. La terre paraissait fertile. Les nègres .s'intéressaient aux travaux agricoles bien plus qu'à l'extraction des métaux. Ils savaient très bien qu'une charrue fait plus d'ouvrage que cinquante captifs et donne moins de soucis. Bayol affirme qu'ils ne demandent qu'.à profiter de nos leçons et de notre expérience. C'est parles instruments agricoles bien plus que par nos fusils que nous pourrons conquérir la contrée. A vrai dire nous n'avons qu'à étendre la main, et l'Afrique occidentale est à nous. « Aujourd'hui, écrivait le compagnon de Bayol, M. Noirot, des voyageurs sans intentions hostiles peuvent se promener dans l'immense étendue de territoire qui s'étend de l'Océan à Tombouctou, au lac Tchad et aux monts Khong, sans qu'ils aient à craindre pour leur vie. Certainement ils n'auront pas toutes leurs aises, mais, avec un peu de savoir-faire, avec de l'audace, de la patience et surtout de la bonté, ils passeront quand même. » Tout récemment, un de nos phis hardis explorateurs, le capitaine Oberdorf, avait reçu l'ordre de se rendre du Niger à Timbo, et de là dans la Mellacorée, afin de relier entre elles nos diverses possessions. Le capitaine est mort à Tombé, un peu avant d'atteindre Timbo, mais le commandement de la mission fut remis au lieutenant Plat, et ce dernier a obtenu un véritable succès diplomatique, en faisant reconnaître par les chefs du Fouta- Djallon réunis à Timbo le protectorat exclusif de la France et la suppression do tout péage sur leur territoire. La mission est ensuite arrivée à Benty, notre dernier établissement des rivières

LE l'OUTA-DJALLON

<lu Sud. Tous CCS comptoirs donnenl aujourd'hui la main à nos étahlisscments du haut Nigoi-, cl un inunensc territoire est ouvert de la sorte à notre inlUience. En 1800 l'administrateur de Bcckmann, apimyé par une petite colonne sénégalaise, atteignait Tinibo, et obtenait de l'almamy la reconnaissance délinitive du protectorat français. Il y installait aussitôt un représentant de la France, et dès lors nos droits n'étaient même plus contestés.

Il est donc hors de contestation que rAfriquc occidentale se laisse pénétrer par la civilisation européenne, et que la France est le pionnier de celte civilisation, non pas seulement parce qu'elle possède les embouchures des fleuves qui pénètrent dans l'intérieui' du continent, ou parce qu'elle a soumis à son protectorat les plus importants des peuples de la région, mais surtout parce qu'elle se présente à eux les mains' pleines de promesses, et qu'elle s'elTorce de réaliser ces promesses. Elle reste ainsi fidèle à ses traditions, à son esprit, à son rôle historique, et elle se ménage en Afrique un immense avenir.

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