‹ Les colonies francaisesChapitre 27 sur 88 · ÉTABUSSEME1\TS DE LA MER ROUGE · texte numérisé non relu

ÉTABUSSEME1\TS DE LA MER ROUGE

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Le canal de Suez était en voie de formation. Les Anglais, inquiets et jaloux, s'opposaient sourdement à ce gigantesque travail, qui devait renouveler les conditions économiques du commerce universel. Ils venaient de s'emparer de Périra (1857) et y construisaient un nouveau Gibraltar, afin de fermer l'entrée de la mer Rouge. Il n'était (|uc temps pour la France d'intervenir.

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Nous avions alors h Aden pour agent consulaire un homme énergique, très au courant des menées anglaises et fort capaijle de les déjouer. M. Henri Lambert résolut, avec l'autorisation du gouvernement, d'acheter un territoire au débouché de xà mer Rouge, afin d'y créer un port, qui deviendrait à la fois une position stratégique et un centre commercial. Son choix lut heureux. Il se détermina pour Obock, dans le golte d'Aden ou plutôt de Tadjoura, au sud du détroit de Bab-el-Mandeb. C'élait un village inconnu et si peu fréquenté, que les indigènes lui avouèrent naïvement que jamais, avant lui, un Européen ne les avait visités; aussi le considéraient-ils comme un être surnaturel. Les femmes et les enfants fuyaient à son approche; mais ils les apprivoisa bien vite et, par sa bonté et sa générosité, leur apprit à chérir le nom de la France.

Obock appartenait à un roitelet des Somâlis, Abou-Becker, sultan de Zei7a/i. Les Anglais , qui se doutaient des projets de Lambert, avaient écrit à cet anière-cousin du Prophète de ne pas lui accorder sa protection, ce qui, dans un pays si mal gouverné, était une sorte de provocation à l'assassinat. Lambert, prévenu à temps, n'eut pas de peine à démontrer au sultan que, si les Anglais prenaient tant de précautions et agissaient si déloyalement à son endroit, c'est qu'ils redoutaient l'inlluence française, et, par conséquent, que lui, sultan de Zeilah, avait tout intérêt à devenir notre allié. Cette argumentation spécieuse convainquit Abou-Becker, qui vendit à notre agent pour une somme insignifiante, une cinquantaine de mille Irancs, la ville et le territoire d'Obock.

Lambert n'eut pas la satisfaction de prendre possession de la nouvelle colonie que son habile diplomatie venait d'acquérir à la France. Le 4 juin 18o9, il tombait victime d'un guetapens, et ses assassins, d'obscurs Arabes, excités par un ennemi d'Abou-Bi'cker, jetaient son cadavre à la mer. Ce fut seulement en juin 1863 (]ue MM. Goldtammer et Capitaine plantèrent à Obock le drapeau français. L'année suivante, l'aviso de la marine impériale le Surcouf, commandé par M. Salmon, exécutait avec le plus grand soin l'hydrographie du port et relevait la côte voisine. Il semblait que la France allait fonder dans ces parages un grand établissement. De cruels désastres et de graves préoccupations ont, depuis, détourné son attention. En

1872 pourtant un négociant, M. Pierre Arnoux, résolut de nouer des relations avec le Choa et reconnut l'importance d'Obock. Quel(iuc's années plus tard, il signa un traité avec l'empereur abyssin Ménilick, en vertu duquel une roule devait partir d'Obock dans la direction de l'Afrique centrale. En effet, une société de négociants et de capitalistes français se forma, sous le nom de compagnie d'Obock, pour occuper le pays et tirer enfin parti de cette riche possession qui appartient à la France presque à son insu. Paul Soleillet, un de ces hardis pionniers qui sont plus nombreux en France qu'on se l'imagine communément, fut envoyé à Obock. Mais le gouvernement, au lieu de favoriser, sembla longtemps retarder et décourager l'initiative privée. Voici en effet la note étrange insérée dans le Jo^lrnal officiel du 25 décembre 1880, que nous reproduisons à titre de curiosité dans notre histoire coloniale :

« Le traité du 41 mars 1862 portant cession d'0!)Ock à la France ne contient aucune indication sur le périmètre de notre possession, et, de plus, nous n'avons rien fait jusqu'ici pour assurer notre souveraineté sur cette contrée. Il serait donc impossible d'indiquer le sol susceptible d'être cédé, et, encore moins, de le délimiter. Dans ces conditions, le département de la marine ne saurait faire de concessions. Il ne peut que laisser aux personnes qui tenteraient de fonder un établissement à Obock toute la responsabilité du choix de l'emplacement à occuper par elles, sous la réserve que cette occupation essentiellement précaire et révocable devra cesser à la première réquisition. Il est bien entendu, d'ailleurs, qu'aucune indemnité ne serait due aux intéressés en cas de déplacement pour cause d'utilité publique ou d'intérêt militaire. »

De pareils documents se passent de commentaires. Il suffit de les dénoncer au bon sens public. Avouons néanmoins qu'il nous est fort pénible de surprendre le gouvernement en flagrant délit d'incurie ou d'ignorance. Obock est en effet destiné à un grand avenir. Il serait relativement facile d'y créer un port très sûr, abrité par de hautes falaises contre les vents du nord et de l'ouest. Deux mouillages distincts semblent disposés pour abriter des flottes entières. Ils sont protégés par des bancs de corail, et ont une profondeur moyenne de 10 à 30 mètres. Ils communiquent entre eux et avec la haute mci-; on pourrait

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