‹ Les colonies francaisesChapitre 64 sur 88 · III. — L'inteïvention française au Tong-King · texte numérisé non relu

III. — L'inteïvention française au Tong-King

Le trailo do 1874 ne lut nifilli('ureiis(MBenL jamais qu'une lettre morte. Les Asiatiques en elïct ne connaissent que la politiiiue dee résultais. S'ils s'inclinent devani la force brutale, ils éludent avec une merveilleuse souplesse les clauses des traités qui les }j;ênent. Aussi les Annamites n'exécutèrent-ils que celles des stipulations dn traité (jui leur étaient avantageuses. Ainsi ils demandèrent notre assistance contre leurs ennemis. Voici à quelle occasion : Le Tongkiiig a longtemps été indépendant sous la dynastie nationale des Lé, et les Tongkiiiois ont gardé le souvenir de cette indépendance. A chaque secousse éprouvée par i'Annani répond une révolution dans le Tongking. Or notre intervention avait profondément ébranlé le pays. Les partisans de la dynastie des Lé crurent que nous songions à la restaurer et aussitôt se rallièrent à nous. Môme après l'évacuation de 1873, ils ne renoncèrent à aucune de leurs espérances. Ils s'adressèrent même à l'ancien commandant de Ninli-Binli, M. Hautel'euille, qu'ils admiraient à cause de sa bravoure, et le prièrent de les conduire au combat. M. Hautefeuille n'accepta pas leurs offres, mais son refus ne les découragea pas. Leurs bandes s'organi» sèrent et bientôt devinrent redoutables. Ils s'emparèrent de plusieurs provinces. Leurs jonques légères occupaient les innombrables cours d'eau qui parcourent le pays, et leur armée de terre s'accroissait sans cesse de nouvelles recrues.

Ce fut alors que la cour d'Annam nous pria d'exécuter la clause du traité de 1874, par laquelle uouslui promenions aide et protection contre ses ennemis. Certes il eût été habiie de notre part de ne pas se liâler de prendre parti. C'était une occasion inespérée que nous présentait la fortune de réparer nos fautes; mais nous étions liés par un traité authentique avec l'empereur d'Annam. Il était difficile de ne pas exécuter ce traité, bien qu'il nmis fût manifestement désavantageux. Le commandant des troupes françaises dans le Tongking, Dujardin, reçut l'ordre de s'entendre avec les mandarins annamites pour disperser les insurgés. En effet, quelques jours sulfirent pour réduire à l'impuissance les partisans de la dynastie nationale; mais ils ne nous ont point pardonné celte maladroite

intervention, et les Annamites nous ont témoigné leur reconnaissance en violant ce fameux traité, dont ils ne réclament l'exécution que quand elle leur est favorable.

En voici une preuve nouvelle : Un des articles du traité de 1874 stipulait formellement la liberté de conscience, c'est-àdire le droit pour les chrétiens de pratiquer leur religion. Or les mandarins annamites, moitié par fanatisme, moitié par politique, ont toujours détesté les clirétiens. Le soir même de l'évacuation française, plusieurs villages chrétiens étaient incendiés, et pendant plusieurs semaines ce fut un déchaînement inouï de violences. Un mandarin, Hoang-Tan-Dang, eut même l'impudence de mettre à prix les têtes de chrétiens. Sans doute il y eut des protestations; quelques-uns des égorgeurs les plus notoirement compromis furent exécutés, et on accorda quelques indemnités; mais la plupart des massacres et des incendies de 1874 sont demeurés impunis. Même à l'heure actuelle, les chrétiens sont soumis à des vexations quotidiennes, et l'Annam, avec une désinvolture qu'augmente l'impunité, continua à violer effrontément toutes les clauses du traité qu'il supposait utiles au développement de notre influence.

Même cynisme et même parti pris à propos de la liberté de commerce, également stipulée par le traité de 1874. Au lieu de poursuivre les pirates, le gouvernement annamite semblait de connivence avec eux. Une partie de la côte fut bloquée, les pêcheurs n'osèrent plus s'aventurer en mer, et les pirates, non contents d'intercepter les communications, opérèrent des descentes sur le continent, et réduisirent en esclavage la population de certains villages. Pour assurer la sécurité des mers, il faudra nous décider à faire nous-mêmes la police de ces parages, et pourtant cette besogne écœurante ne nous regarde pas.

Si du moins l'intérieur du pays était ouvert à nos négociants I .Mais jusqu'à présent le commerce huiiçais est à peu près nul dans le Tongking. Notre pavillon ne paraît que de loin en loin dans le Delta, et pour y couvrir des marchandises de peu de valeur. Il y a plus. La clause en vertu de laquelle le fleuve Rouge est ouvert au commerce jusqu'à la frontière du Yunnam n'ajamaisété exécutée. Les Pavillons Noirs, ceux quijadis assassinèrent Gainier, interceptent le cours du fleuve. Leur chef, bien qu'il soit à la solde de l'Annam, a juré qu'il ne laisserait

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jamais passer les Européens. Notre consul à Hanoi, M. de Kergai adcc, ayant voulu, vers la iin de 1815, remonter le fleuve, a dû renoncer momentanément à son entreprise. L'année suivante, il revint avec une escorte de soldats français et arriva jusqu'à Lao-ckaï, mais ne put débarquer. Il revint à la charge en 1877, bien déterminé à s'ouvrir un passage de force. Celte fus la voie était libre, mais les riverains s'enfuyaient à son approche. Il ne voulut pas se risquer jusqu'à la capitale du Yunnam, et rebroussa chemin.

En présence de cette hostilité à peine déguisée, le traité del874n'ayantjamaisété exécuté parles Annamites, nous avions vingt raisons pour une de le dénoncer et d'agir comme boa nous semblait, mais ce qui est venu compliquer la situation et angmenternos embarras, c'est l'intervention très inattendue de la Chine.

La Chine n'avait jamais eu avec nous au Tongking que des rapports de bon voisinage. Lors de l'annexion des provinces cochinchinoises, elle n'avait soulevé aucune protestation. En 1874, elle avait accepté le traité conclu avec l'Annam. Tout à coup, vers 1879, elle mit en avant de singulières prétentions. Ne s'a visa-t- elle pas de se souvenir que l'Annam avait jadis été un pays tributaire, et que, par conséquent, son souverain n'avait pas le droit, sans la consulter, de prendre des arrangements territoriaux. Que s'était-il au juste passé? On l'ignorera sans doute quelque temps encore. Que l'empereur Tu-duc, notre implacable adversaire, se soit adressé en désespoir de cause à son ancien suzerain, et lui ait demandé une protection, que ses ancêtres auraient au contraire repoussée, rien n'est plus probable; mais n'est-il pas à supposer qu'une ou plusieurs puissances européennes ont donné à la cour de Pékin des conseils qu'elle a docilement suivis, et ne serait-ce pas un moyen de détourner ou du moins de retarder la solution de la question d'Alsace-Lorraine que de provoquer un conflit dans l'extrême Orient entre la France et la Chine? Toujours est-il que, subitement, les mandarins annamites devinrent très arrogants. Quant à Tu-duc, il ne se contentait pas d'envoyer en grande pompe de magniflques cadeaux à Pékin, mais encore priait le fils du Ciel d'intervenir directement dans le Tongking, sous prétexte de poursuivre un nouveau prétendant, appartenant à la

iamille des Lé. En effet, de nombreux soldats chinois passèrent la frontière. Ils se mêlèrent aux brigands de toute dénomination qui pullulaient dans la contrée, et bientôt il devint manifeste que les deux empereurs étaient d'accord, et qu'une levée de boucliers se [iréparait contre la France.

11 était naturel que la France songeât à protéger ses coiusuls et ses soldats et revendiquât le droit qui lui appartenait d'assurer la liberté du commerce. Par malheur, i'o|>inion publi(|ue en France n'était pas favorable à une expédition lointaine. Les Chambres, en général peu éclairées sur la question, redoutaient toute complication extérieure, Même au sein du gouvernemenl!, et malgré les avis réitérés des fonctionnaires au courant de la situation, et particulièrement du gouverneur de la Gochi'ncbine, M. Le iMyre de Viilers, on semblait craindre de diiiger sur le Toiiyking des renforts pourtant nécessaires. Ge fut discrètement, et presque par un subterfuge, que l'on se décida, en mars 1882, les dangers augmentant d'heure en heure, à envoyer 3 à 400 hommes au Tongkitig, sous le commandement d'un officier distingué, le capitaine de vaisseau Rivière^

Le 2 avril, le Drac et le Parseval entraienten rade d'Haïphong-. Le lendemain, nos soldats prenaient leurs cantonnements à Hanoï sur la concession française, où déjà se trouvaient deux com[)agnies d'infanterie de marine sous les ordres du com'mandant Berthe de Viilers. A peine installé, Rivière reconnut la nécessité de riposter par la prise de la citadelle à des provocations quotidiennes. Le 25 avril, il s'emparait sans coup férir de la ciiudelle et dispersait les mandarins annamites; mais, au lieu de l'encourager, on le laissa sans instructions, sans rentorts, et comme noyé dans les flots toujours montants de Finvasion chinoise.

Ce fut comme une infiltration lente mais continue. Le TongkLng du nortfut d'abord envahi; les Chinois passèrent ensuite sur la rive droite. Ils s'emparèrent de Sontay et deBac-Ninh et poussèrent leurs avant-postes jusqu'à Hanoï. Rivière camprenait que le cercle d'investissement se resserrait de jour en jour, et il ne cherchait que l'occasion de le rompre; mais les Chinois ne se montraient pas. On les sentait partout; on ne les voyait nulle part. C'était en quelque sorte une invasion pacifique.

En mars 1883, la Comze amena "50 hommes de renfort. Le

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commandant Rivière crut le moment opportun pour sortir de sa longue inaction, et résolut de détruire les travaux tHevés parles mandarins à Nam-Dinh. L'ex[u'dilion réussit, mais les Annamites et leurs auxiliaires secrets, les Cliinois, avaient protité du départ de nos soldais pour venir assiéger Hanoi. Ils se lortiliaient à Sonlay et à Bac-Niiili et poussaient chaque jour des pointes hardies dans la direction de Hanoi. Il n'éPait que temps de les arrêter. Rivière forma le projet do dispei'ser (i'al)ord le rassemblement de Sontay. Le 19 mai, notre petite armée était engagée sur l'étroite chaussée où, le 21 décembre 1873, l'infortuné Balny avait déjà trouvé la mort, lorsque, tout à coup, elle tomba dans une embuscade. Les victimes lurent nombreuses. Il fallut se repUer. On voulut sauver les canons. Nos ofiiciera durent payer de leur personne. Rivière tomba mortellement frappé, et à ses côtés la plupart des officiers. C'était un véritable désastre. On crut à Hanoï la partie perdue. Même à Haïpliong, et malgré la présence de quatre à cinq navires de guerre, les Européens ne se jugeaient plus en sûreté. Des rumeurs annonçaient la prochaine irruption d'armées chinoises, débouchant de tous les côtés, pour nous jeter à la mer.

Cette catastrophe eut en France un grand retentissement. Elle détermina vers le Tongking une sorte d'élan national, qui ne s'arrêtera plus. A la première nouvelle de la défaite, la Chambre des députés vota à l'unanimité ('28 mai) l'envoi de renforts immédiats. Le gouverneur de la Gocbinchlne avait déjà, eu toute, hâte, dirigé vers Hanoï tous les renforts disponibles. Les nou/~ veaux arrivants dégagèrent la ville, eton attendit pour reprendre, l'offensive l'arrivée du général Bouët, désigné pour diriger la, corps expéditionnaire, de Tamiral Courbet, nommé chef de la. division navale du Tongking, et du docteur Harmand, institué commissaire général de la République Française.

Dos le mois de juin, le général Bouët entrait en campagne.. Il dégageait Haïphong (5 /iillet) et Nam-Dinh (19 juillei) par deux, brillants combats, et le 15 juillet marchait sur Sontay. Le* Chinois et les Annamites opposèrentune résistance désespérée. Le général Bouët n'avait pas encore reçu tout son monde : Une. effrayante inondation gênait nos manœuvres et arrêtait noSi mouvements. Il crut prndent de se replier sur Hanoi, mais en faisant face à l'ennemi, et en emportantses morts et ses blessés.

Ce n'était pas une défaite, comme s'empressèrent de le publier les Cliinois, mais un combat infructueux. Au reste le général prit bientôt sa revanche. Le le"" et le 2 septembre il enlevait les lignes de Palau et occupait toute la péninsule formée eu avant de Sontay par le fleuve Rouge et le Day.

Un événement plus considérable allait encore améliorer la situation. Le docteur Harmand, comprenant qu'il fallait frapper l'ennemi au cœur de sa puissance, avait décidé l'amiral Courbet à tenter une attaque contre Hué, la capitale de l'Annam. Cette ville est située sur une rivièi e, dont les bords sont défendus par douze forts croisant leurs feux. Nos vaisseaux commencèrent à les canonner le 18 août au soir. Le feu de l'escadre continua le 19. Le 20 et le 21, nos soldats enlevaient d'assaut toutes les fortifications annamites et se rapprochaient de Hué. Ils ne devaient plus y trouver le vieil ennemi de la France, Tu-duc, qui était mort le 19 juillet, mais un jeune prince qui n'aurait demandé, ainsi que son entourage, qu'à prolonger la résistance, mais que la chute rapide de ses forteresses avait frappé d'épouvante. Une suspension d'armes fut convenue. M. Harmand se rendit à Hué, et le 25 août, obtenait la signature d'un glorieux traité. En voici les principales conditions : Protectorat de l'Annam, cession à la Gochinchine de la province de Binh- Thuan, occupation des forts de Hué, rappel des troupes annamites du Tongking, liberté du commerce, surveillance et contrôle de l'administration française. A vrai dire, l'Annam renonçait à son indépendance, et devenait non pas un pays sujet, mais un pays protégé par la France. C'était un grand et légitime succès, qui constatait nos droits, et nous faisait regagner tout le terrain perdu depuis Francis Garnier.

Restait à exécuter le traité. Aucune difficulté du côté delà France, mais le parti de la guerre, de la résistance à outrance contre l'étranger, n'a pas encore renoncé à sa haine. Tiois des successeurs de Tu-duc ont déjà expié par une mort prématurée le crime d'avoir signé le traité. On a craint un instant que l'œuvre de M. Harmand ne fût compromise, mais notre représen. tant a, par sa ferme attitude, sauvé la situation et, jusqu'à nouvel ordre et officiellement, toutes les clauses du traité seront exécutées, sauf pourtant la rétrocession à l'Annam, de la province de Bin.

C'est au Tongking que se sont réfugiés les derniers partisans

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de la résistance. Soutenus ouvertement par les Chinois, excités par leurs précédents succès, ils espèrent encore que la France sera pour la troisième lois chassée de Hanoï. Deux des citadelles sur lesquelles ils comptaient, Sontay et Bac-Ninh, ont pourtant été enlevées après de hrillants comhats. Les Chinois ont un instant renoncé à leur intervention, et signé à Tientsin (mai 18>S4), un traité fort avantageux pour la France ; mais ce n'était de leur part qu'une ruse diplomatique. Nos soldats ont été surpris à Euc-Lû, clans un guet-apens par les réguliers chinois. L'amiral Courbet, chargé de venger cette injure nationale, détruit l'arsenal de Fou-Tcheou (août 1884), et occupe h; port et les mines de Kelung dans l'île de Formose (octobre 1884).

11 s'établit ensuite dans les îles Pescadores et ferme au commerce et à la navigation le golfe de Petchili, mais il meurt au bord de son vaisseau amiral, le Bayard (1885). Sur le continent, le général Brière de l'Isle, qui a remplacé Millot, repousse les Chinois aux combats de Kep et de Chu, et les chasse de Langson (février 1885). Le lieutenant-colonel Dominé résiste à Thuyen- Quan, à la tète d'une poignée de braves, 792 contre plus de 7009, et n'est dégagé qu'après avoir soutenu un siège mémorable de deux mois; mais les Chinois ont reçu des renforts et, malgré l'héroïsme du général Négrier, nous forcent à battre en retraite (28 avril). Le colonel Herbinger, qui a pris le commandement des mains de Négrier blessé, évacue Langson pour se fortifier en arrière près de Kep. Les Chinois, étonnés de leur succès, n'osent pas dépasser Langson.

Dès le 4 avril 1885, des préliminaires de paix avec la Chine avaient été signés à Paris. Les négociations pour le traité définitif s'engagent à Tientsin et aboutissent au traité du 9 juin, qui coupe court aux revendications possibles de la Chine et consacre le protectorat de la France sur l'Annam.

Que faire de notre acquisition? La prendre pour nous ou la soumettre à notre protectorat?

L'annexion serait la solution la plus pratique, mais à condition de considérer l'Annam non pas comme une colonie, mais comme une possession, c'est-à-dire en laissant aux indigènes tous les droits compatibles avec l'exercice de notre souveraineté, en ne cherchant en un mot qu'une occasion de relever notre marine marchande et d'ouvrir à notre industrie de nou-

veaux débouchés. Ou a prétendu, il est vrai, que nous n'avons pas besoin de nouvelles possessions, puisque nous ne savons pas proliter de celles que nous avons. Il est certain que nous avons commis bien des fautes dans notre histoire coloniale; mais les leçons de l'expérience n'ont pas toutes été perdues. Dans un pays civilisé, salubre, peuplé, présentant toutes les garanties de succès, pourquoi ne réussirions-nous pas, comme nous avons réussi en Algérie, en Tunisie, en Gochinchine? On allègiie encore que la Chine, que l'Alleniagne, que l'Angleterre verraient de mauvais œil cette annexion ; mais la Chine est liée à nous par un traité solennel, et, comiue elle ne cherche qu'à écouler par le fleuve Rouge les riches produits qui encombrent ses provinces méridionales, son intérêt lui commande de respecter ses engagements. L'Allemagne et l'Angleterre pourront, il est vrai, être jalouses de ce nouveau progrès de la France, mais elles tiennent avant tout à sauvegarder leur commerce et leur industrie, et, quand nous aurons ouvert l'Annam à leurs négociants, comme nous leur avons déjà ouvert la Gochinchine, n'est-il pas probable qu'elles accepteront le fait accompli? L'annexion de l'Annam nous paraissait doiic imposée par les circonstances. On a préféré le protectorat. Voyons au moins comment il a été organisé.

Le général de Gourcy, nommé général en chef et résident général, se icnilit à Hué, en juillet 1885, pour remettre ses lettres de créance. Il y fut subitement attaqué, dans la nuit du 4 au 5, par les Annamites sous les ordres du régent Thuyet. Vivement repoussés, les insurgés s'enfuirent, emmenant avec eux le roi Tong-Lieh. Aussitôt des troubles éclatèrent sur plusieurs points du royaume. Il devint nécessaire de les réprimer, et, pour enlever tout prétexte aux révoltés, de remplacer Tong-Lïeh par un nouveau roi, Chanh-Moiig, avec Nguyen-H un-Do, comme régent (14 septembre), et de modifier le traité de 1874.

L'Annam et le Tong King ont été réunis par le décret du 27 janvier 1886. Ils constituent, au regard de la métropole, un service autonou}e, ayant son budget, son administration et ses ressources propres. Toutts les dépenses des troupes de terre et de mer, ainsi que les a[)pointemenls des fonctionnaires, sont supportés par ce budget. Le chef du protectorat prend le titre de résident général. Il est investi de tous les pouvoirs, mais relève du ministrt!. français des alïaires étrangères. Il peat s'éla-

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blir soit n Hniinï. soit à Hue. Il a pour lieutenants deux r(''si(]ents supérieurs dans chacune de ces villes. Il pi'éside aux relations de l'Annam avec les autres pays. 11 a sous ses ordres les cliels de tous les services, et est assisté d'un conseil du protectorat, dont il est rie président. Les actes et décrets de l'empereur d'Annam sont contresignés par lui. L'enijiereur ré.miant se nomme Bun-Lan. lia été proclamé le 31 janvier 1889 sous le nom de Than-Thaï.

Paul Bert, nommé résident général par décret du 31 janvier 488(i, lut prémaluiémenl enlevé par une mort soudaine, mais sa politique d'apaisement et de régénération lut continuée par ses successeurs, MM. Bihourd, Gonatans, Piquet, Richaud, de Lanessan, Rousseau et Doumcr.

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