CHAPITRE III
LES RIVIi:Ki:S DU SUD
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Au sud de la Gambie, fleuve anglais, cL jusqu'à Sierra Leone, autre possession anglaise, le littoral africain, à l'exception d'une
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bande de terrain qui dépend encore du Portugal, appartient à la France. On ne saurait poni'tant considérer cette vé'^'nm comme un domaine colonial : ce n'es! encore qu'un pays d'exploration commerciale. Aussi bien la contrée est encore assez mal connue. Les négociants ne la visitent que pendant cinq mois de l'année, lors de la campagne de traite qui dure de décembre à avril. Jusqu'à présent peu de voyageurs Tont explorée, et leurs renseignements manquent de précision, à tel point qu'on ne sait encore si les estuaires du rivage correspondent aux sources entrevues dans le haut pays; mais c'est une contrée riche en produits variés, habitée par des populations intelligentes et qui comprennent les avantages de la civilisation. Un grand avenir lui est sans doute réservé.
On désigne cette région du littoral sous le nom de Rivières du Sud, attendu que les embouchures des rivières, par où pénètrent les navires européens pour traliquer avec les indigènes, sont les seules parties importantes du territoire. On lui donne encore le nom de Bas de Côte par opposition au Haut de Côte, qui correspond à tout le rivage de la Sénégarabie au nord de la Gambie. Nos possessions sont comme coupées en deux par les comptoirs portugais établis sur le rio Cacheo, le rio Grande et le rio Geba. Au nord de ces comptoirs nous sommes installés dans la vallée de la Casamance, et au sud nous possédons les embouchures du rio Nunez, du rio Pongo, de la Brameya, de la Mellacorée, de la Manea, de la Forebia et de la Forekaria. De là deux colonies, ou plutôt deux établissements coloniaux, que nous étudierons successivement.
La Casamance, c'est-à-dire la maison (mansa) du roi Casa ou Cassa, est déjà désignée sous ce nom dès le milieu du xv*' siècle par le célèbre voyageur Ca-da-Mosto. La tradition de l'ancienne puissance de ce potentat africain est restée vivante dans la région. On y conserve précieusement son sceptre d'or dans le village de Dioguon, elles Portugais donnèrent le nom de pointe de las Piedras au promontoire sacré où se dressent encore les pierres qui servaient de trône au souverain. La Casamance ressemble à un autre fleuve africahi, qui dépend également de la France, au
Gabon. C'est un estuaire plutôt qu'un vrai fleuve. Il a été creusé par les flots de la mer, dont les courants alternatifs se font sentir avec force jusqu'aux premières hauteurs, à 30 ou 40 lieues au-dessus de la barre. Le point extrême de la navigation européenne est marqué par un barrage de roches superposées. En aval de ce point, les eaux sont salées, et les rives du fleuve, bordées de palétuviers, semblent continuer le littoral maritime. En amont au contraire les eaux sont douces, mais le fleuve n'est plus qu'un torrent, qui prend sa source à environ 250 kilomètres de la mer. Il est vrai qu'on ne connaît pas encore avec précision les sources de la Casamance, mais comme, à environ 300 kilomètres de la mer, la contrée est comprise dans le bassin de la Gambie, il est permis d'aftîrmer que la Casamance ne draine les eaux que d'un territoire peu étendu. « Tout le pays compris entre la côte et les premières hauteurs est plat, coupé par des canaux sans nombre, d'une profondeur variable, et qui, dans leur inextricable labyrinthe, forment une multitude d'îles de toute grandeur. Ces îles sont pour la plupart entourées d'une bordure de mangliers et de palétuviers dont les lacines entrecroisées plongent dans une vase liquide. » (Aube, Entre deux campagnes.) kus&i l'intérieur du pays est-il à peu près impraticable. Les villages sont juchés sur de légères éminences, auxquelles on n'accède que par des sentiers connus des seuls indigènes. Entre ces villages et les palétuviers s'étendent des plaines découpées en rizières ou en vastes champs d'arachides. Les principales productions locales, outre l'arachide, sont le mil, les huiles et l'amande de palme, le caoutchouc, le coton, l'indigo, les pelleteries et les oiseaux à riche plumage. Elles trouvent un écoulement facile par tous les marigots, car ils deviennent tellement nombreux qu'ils forment un véritable labyrinthe qui se confond au nord avec l'embouchure de la Gambie, et au sud avec celui du rio Cacheo. Aussi le pays est-il malsain, et les Européens qui s'y aventurent sont obligés de prendre de grandes précautions contre les miasmes paludéens. Le seul affluent important de la Casamance est le Songrogo, sans doute le Sao Gregorio des Portugais. Les anciennes caries le désignaient à tort comme un canal naturel, joignant la Casamance à la Gambie. Le Songrogo n'est qu'une voie fluviale commode, car elle pénètre assez avant dans l'intérieur, mais on ne peut l'utiliser comme
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route vers la Gambie qu'à comlilion de transporter les marchandises de bateau eu balcau.
Les Poi-lngais s'établirent les premiers sur les rives de la Casamancc. Ils paraissent môme s'élre avancés assez profondémenl dans l'intérieur des terres. Un gi-aud nombre de mots portugais, restés dans les dialectes locaux, témoignent de leur ancienne influence. Leurs comptoirs ne lurent jamais, il est vi ai, que des marchés d'esclaves : aussi ne tardèrent-ils pas à faire le vide autour d'eux, et soulevèrent-ils contre leur dominalion des haines inexpiables. Les Anglais fondèrent aussi quchpies factoreries dans la Casamance. La plus importante fut Lincoln, dont les indigènes ont fait Elinkiu, à l'embouchure du fleuve. Elle est aujourd'hui abandonnée. Les Français ne se présentèrent que lard dans la région. Ils se contentèrent d'abord d'y acheter des territoires, les îles Djogué et Bi'us à l'embouchure du fleuve en 1828 et en 1836 les îles de Carabane et Guimbériog, qui commandent au sud l'entrée de l'estuaire, mais ils ne s'établirent à poste fixe qu'en 1837. Ce fut à Sedhiou, à l'endroit du fleuve au delà duquel ne remontent plus les goélettes, que l'on fonda un poste permanent, sur l'indication d'une commission spéciale, et malgré l'opposition des riverains. Dès lors les progrès de la France furent rapides. Une série d'expéditions conduites avec entrain ou de négociations dirigées avec habileté nous a valu la suzeraineté ou la possession de presque tout le bassin de la Casamance.
Nous avons eu pourtant à triompher de la résistance des Féloupes et des Balantas. Ce sont les anciens possesseurs du sol, lentement refoulés vers la côte par des populations venues de l'inlérieur. Ils formaient jadis de puissantes agglomérations, mais ils sont aujourd'hui dispersés en tribus distinctes, soigneusement cantonnées sur leurs territoires, et constituant autant de petits États qu'il y a de hameaux et de villages. Ces Féloupes cl Balantas, fort timorés à cause de leurs malheurs passés, sont une race en décadence. Ils ont conservé de leur ancienne civilisation l'art de construire de vraies maisons, divisées en chambres, et pouvant résister plusieurs années aux intempéries. Ce sont encore d'habiles ouvriers, des constructeurs de pirogues, et surloul de bons agriculteurs, seulement qui poussent la prudence jusqu'à Texagéralion, car ils ne vendent jamais leurs provisions
avant d'avoir vu prospérer la moisson suivante. Le riz et l'arachide sont les cultures auxquelles ils s'adonnent de préférence. Ils savent aussi détourner la sève des palmiers et la recueillent pour en fabriquer une boisson fermcnlée. Réduits au désespoir par l'arrivée des Français qui leur coupaient les avenues marilimes, alors que leurs ennemis de l'intérieur leur interdisaient l'accès du continent, ils se retournèrent avec fureur contre les nouveaux envahisseurs. En 1848 et en 1849, le commandant de Sedhiou, Lepellelier, fut obligé de brûler leurs villages de Fakiabor et de Bakoum. En 48S1, Penaud battit les Féloupes de Cagnont et dispersa les pirates très nombreux dans les marigots. En 1859, Protêt fut obligé de sévir contre les habitants de Kamabel et d'Enampor. En 1860, l'insurrection devint générale et il fallut organiser contre les gens de Carone et de Thiong, qui se croyaient à l'abri derrière leurs marigots, une véritable expédition. Le commandant Pinet Laprade fut chargé de la conduire. Cinq petits navires, le Dialinath, l'Étoile, ÏAfricain, la Citerne et la Trombe, lui furent coniiés. Un certain nombre de volontaires de Corée, de Dakar et du cap Vert grossirent la colonne. Partie le 5 mars 1860, trente heures de navigation diflicile la conduisirent à Hilar, premier village avant Carone. Ce poste était enlevé d'assaut et, malgré l'énergique résistance des indigènes, Carone subissait le même sort. Les gens de Thiong luttèrent avec une énergie farouche. Quelques uns d'entre eux, armés seulement de lances et de boucliers en peaux d'éléphani, s'avancèrent avec tant d'assurance au-devant de nos hommes pour leur offrir la bataille, que ceux-ci, étonnés, crurent d'abord avoir en face d'eux des alliés et ne furent délrompés que lorsque les Féloupes se ruèrent contre eux. Ils furent exterminés et devaient l "être dans cette lutte inégale, mais les Français rendirent justice à leur valeur, et ne voulurent pas user des droits de la guerre contre leur beau village. Cette clémence fut habile. Elle provoqua de nombreuses adhésions. Les tribus voisines demandèrent aussitôt la paix et se placèrent sous notre protectorat. Une série de traités ' assura, pour de longues années, la pacification de la basse Casamance.
1. Traité du G avril 1800 par lequel les Féloupes de MIomp cèdent à la France la pointe Sosor et demandent notre protectorat. — Traités du 5 mai, du 6 mai, du 19 mai, du 17 juin et du 18 juin par lequel les Féloupes de
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En 1 866 une convention sign6c avec le Portugal a (Iclimlté entre la Casanuiiice et le rlo Caclico, les territoires français et portugais. Ces derniers nous ont cédé, en i88o ', le comptoir de Ziguinclior, le seul débris de leur puissance sur les rives du lleuve. Eiiiln dans l'intérieur du pajs, le domaine qui est censé dépendre de la France se prolonge à travers les provinces encore inexplorées du Firdou et du Kliabon jusque vers la haute Gambie et la Falémé. Le 3 novembre 1883, un traité ' a même été signé par le capitaine Lenoir avec le maître du Firdou, Moussa Molo, en vertu duquel ce beau pays a accepté notre protectorat. Ce dernier traité est fort avantageux non seulement parce qu'il nous donne le droit de tirer parti des richesses de la contrée, mais surtout parce qu'il coupe court aux intrigues et aux avances intéressées *
Thiong, Wagaram, Cassiaol, Carone, Blis et Baïal se rangent sous notre doiuinalioii. — Traité du 14 lévrier 1861 avec les chefs du Souna dans la haute Casainance. — Traités du 18 mars 1863 conclu avec les Bagnouls, sur la rive gauche de la Casamance, du 20 mars 1865, avec les chefs d'Ououkou et de Soura sur les deux rives du Songrogo. — Traités du 3 janvier 1866 avec les Mandingues de Colimanta, et du 16 avril 1865 avec les Volas sur la rive droite de la Casamance. — Traités de paix avec le village de Guimbérlng, 30 avril 1863; avec le Forguy, 2 décembre 1865; avec la Yacine, 18 mars 1882; avec le Balniadou et le Souna, 1 avril 18S2; avec le Pakao, 11 avril 1882. Le texte de ces conventions a été publié par les Annales sénégalaises de 1834 à 18S5.
1. Ziguinchor a été acquis par la France, moyennant la cession au Portugal de tous nos droits sur le rlo Cassini. Ce marché ne nous a pas été très avantageux, car la contrebande portugaise à Ziguinchor était à peu prés insignifiante. Ainsi que l'écrivait un anonyme dans le buUetiu de la Société de géographie de Bordeaux (1888) : « Il nous est impossible de comprendre comment le gouvernement a pu commettre une pareille méprise. C'est échanger cent francs contre cent sous. Depuis longlemps déjà Ziguinchor n'est plus qu'une expression géographique, le rio Cassini au contraire est une rivière qui, pour ainsi dire, ne demande qu'un peu d'attention et quelques soins. ■>
2. Voici l'article 6 de ce traité : « Le roi Moussa, persuadé qu'une route commerciale ferrée, comme celle que l'on construit en ce moment à Médine, ne peut amener que la prospérité et la richesse dans son pays, s'engage, pour le présent et pour l'avenir, à fournir à la France, gratis, tout le terrain dont elle pourrait avoir besoin pour la construcLiou d'un cliemin de fer partant soit de Bakel, soit de Médine, et se dirigeant sur Dianal ou tout autre point de la Casamance, par la vallée de la Falémé, ou par toute voie naturelle au choix de la France. La France pourra construire des forts sur la ligne. »
3. Article 8 du traité : " Le roi Moussa déclare n'avoir jamais passé aucun traité, aucune convention avec d'autres puissances. Du reste tout traité, toute couveulion, faite antérieurement, avec d'autres nations, ne pourraient en rien entraver l'exécution des stipulations du présent traité, qui a été fait de bonne foi. •
(les Anglais de la Gambie. Les possessions anglaises de Gambie nesoiil plus en ce moment qu'une enclave au milieu des terres françaises, et, par ces cantons récemment annexés de la haute Casamance, nous nous relions directement au Sénégal et au Souilan français.
Les progrès de la nouvelle colonie française n'ont plus cessé. Sediiiou, appelée encore Francès-Kounda, ou demeure des Français, est devenue une véritable ville de 4 000 habitants, avec constructions à l'européenne et vastes entrepôts. Ses quais sont animés par la présence de nombreux bateaux qui viennent charger les arachides et autres denrées du haut fleuve. Tout à l'entour ont <^té bâtis des villages agricoles. Ziguinchor, l'ancienne capitale portugaise, est au contraii-e en décadence. Dans le bas fleuve les postes les plus importants sont ceux de Saint-Georges et de Carabane, mais ils sont entourés de marais infects et séparés des terres fertiles de l'intérieur par des marigots fangeux. C'est à Sedhiou que se concentre, par la force des circonstances, tout le commerce de la région.
Au sud de la Guinée portugaise et au nord des possessions anglaises de Sierra Leone s'étendent les rivières du Bas de Côte proprement dites. On en compte sept principales. La première, en commençant par le nord, est le rio Nunez, ainsi nommé d'après le Portugais qui y pénétra le premier. Il fut tué dans une rencontre avec les nègres. Les indigènes lui ont conservé sa dénomination locale, le Kakoundi. C'est un large estuaire dans lequel débouchent de nombreux torrents qu'on traverse sur des ponts suspendus de lianes et de branches, mais son cours ne dépasse pas une centaine de kilomètres, et les sources ne sont pas éloignées de chutes qui arrêtent la navigation h peu de distance en amont de notre comptoir de Boké. L'accès du rio Nunez est difficile, car au large de l'embouchure commence une chaîne d'écueils encore peu connue, les récifs Conflicts, qui seprolongeiil jusqu'à l'archipel des Bissagots. En outre le mouvement des marées y est très violent, et de très nombreux marigots, qui courent parallèlement aux rives du fleuve, augmentent les difficultés de la navigation. Dans tout le bas fleuve se dressent sur les berges
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des forçais de palétuviers au travers descpiels dorniciu des caïmans et sejouenl îles aigrettes blauches. Parfois cette ceiiilure malsaine et peu pittoresque s'entr'ouvre comme pour laisser passage à des bois de palmiers à stipes élégants ou de fromagers gigaiilestjues, à l'ombre desquels se groupent les villages indigènes. Comme le climat est fort malsain, surtout en novembre et en décembre, le bas pays est à peu près inliabité : c'est dans la baute rivière que les nègres se sont établis de préférence.
A une centaine de kilomètres au sud du rio Nunez, au delà de la pointe triangulaire du cap Verga, déboucbe un second fleuve, le l io Pongo. Ce n'est, à vrai dire, qu'un estuaire qui paraît devoir être attribué à des convulsions volcaniques. Cette cuvette est envabie par les eaux de la mer et par celles de plusieurs cours d'eau, dont le principal est le Fatalali, qui prend sa source dans le Fouta-Djallon. Au point où il se jette dans le rio Pongo, sa largeur est (le 400 à 500 mètres, et sa profondeur de 7 à 10 mètres. Il n'a été ouvert que depuis quelques années au commerce européen. Sa barre est très mauvaise. Les navires qui en manquent la passe risquent fort d'être jetés à la côte, et de se perdre dans l'inextricable lacis de marigots qui découpent le rivage et prolongent le fleuve.
La Brameya vient en troisième ligne. On pense, mais sans pouvoir l'atlirmer, qu'elle correspond au Kakriman ou Kakrima, qui a été déjà signalé dans le Fouta-Djallon par Caillié, Lambert, Olivier de Sanderval et d'autres voyageurs. Mais personne encore n'a reconnu le cours moyen du fleuve, ni rejoint par un itinéraire précis la Brameya au Kakrima. Il serait cependant utile d'explorer cette contrée, car elle est pour ainsi dire sillonnée par des montagnes disposées comme des marcbes d'escalier, qui se continuent jusque dans le voisinage de la mer, et où pourraient s'établir des Européens.
Ces montagnes se nomment les Sou-sou, d'après le pcmple qui les habite. Une des cimes qui les surmontent se nomme la Kakoulima ou montagne sainte. On prétend qu'une légère fumée sort d'un cratère terminal, mais nul Européen n'a encore obtenu l'autorisation de la gravir. La chaîne se prolonge même jusque dans l'Atlantique par l'archipel de Los, c'est-à-dire de los Idolos, dont les deux îles principales, Tamara et Factory, sont disposées en forme de cratère ébréché, et entourent l'île Crawford, qui ressemble à un cône central.
Quatre rivières dépendent encore de la France, la Mellacorcf , la Mauea, la Forebia et la Forekaria. La plus importante, surtout parce qu'elle donne accès à une région très explorée, est la Mellacorèe. C'est entre la ligne de faîte de la Mellacorée et de l'estuaire de la grande Scarcie qu'a été tracée en 1881 la limite qui sépare les possessions françaises et anglaises. L'île de Matacong, dans l'estuaire de la grande Scarcie, nous a été adjugée, mais nous avons dû renoncer à l'archipel de los Idolos.
Ces quatre cents kilomètres de côtes ont été récemment ajoutés au domaine colonial de la France. Ils forment comme la façade sur l'océan du Fouta-Djallon, de ce riche et magnitique pays (]ui, tôt ou tard, deviendra également terre française. Aussi, à tous les points de vue, cette récente acquisition a-t-cUe été précieuse. Le climat est à peu près le même que celui de la Sénégambie. La faune ressemble à la faune de la môme région, la llore aussi, mais avec quelques changements dus à une latitude plus méridionale et à la proximité des montagnes. Les arachides constituent la principale culture, mais les indigènes cultivent encore le palmier à huile, dont ils broient les amandes pour en extraire les principes oléagineux, et les plantes à caoutchouc, arbres ou lianes, qui croissent en grand nombre dans les forêts. Le café du rio Nunez jouit encore d'une réputation méritée. Les grains en sont plus petits, mais tout aussi savoureux que ceux de l'Arabie. Les kola, à noix rouges et à noix blanches, sont aussi très recherchés par les indigènes.
Les indigènes des rivières du Sud appartiennent à plusieurs races. Sur les rivages de la mer sont les Bagas ou Vagres, les moins civihsés de tous, car ils ont été refoulés par les tribus de l'intérieur, et c'est la nécessité qui seule les a acculés dans ces marécages malsains où ils végètent. Un trait caractéristique de leur physionomie est l'horizontalité presque géométrique du plan qui rattache le cou au menton. Les hommes ont l'habitude de se vêtir, mais les femmes n'ont d'autre vêtement qu'un anneau qu'elles passent dans leur nez, et une ficelle entre les jambes, à laquelle elles aiment à suspendre une série d'objets bizarres, des cadenas, des clefs, des porte-mousquetons, etc. Leur tête est rasée, sauf à quelques endroits du crâne, formant des losanges réguliers. Ces motifs d'ornementation se poursuivent parfois jusque dans le dos par des tatouages bleutés. L'ourlet de l'oreille
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est porcé de trous où elles introduisent des morceaux de paille (le riz. Les jeunes mères portent leurs nourrissons collés sur le^ dos et retenus par des tissus ôtroitenicnt serrés. Elles circulent avec ces enfants, et se livrent à leurs occupations, sans se soucier si ces frôles créatures crient ou dorment. Rien de plus étrange que de les voir, avec ces appendices, travailler à la construction d'une maison. Elles commencent par façonner, avec de la paille et la vase argileuse des marigots, d'énormes jarres, à ventre rebondi, de deux à trois mètres de hauteur. Ce sont les futurs réservoirs du riz pour la consommation commune de la famille. Quand le soleil a bien séché ces jarres, on dresse lesgrosses pièces de charpente, qui les enfermeront, et on les recouvre de feuilles et de pailles. Les hommes ne restent pas inactifs. Ils s'occupent volontiers d'agriculture. Ce sont des partisans déterminés de la paix. Ils circulent sans armes, et leur pays est considéré comme un lieu d'asile.
Au-dessus des Bagas, on trouve les Nalous, dont les deux principales Iribus senties Landoumans et les Mandi-Foré. De même que les Bagas, ils ont été refoulés dans la région des marécages par des tribus venues de l'intérieur. Sans les Français qui h^s ont pris sous leur protection, il est probable qu'ils auraient été réduits en servitude. C'est en 1885, à la suite d'une expédition dirigée par les commandants Néron et Aubert contre Catinon, un repaire de pirates qui désolait la contrée, que le lieutenant de vaisseau Coffmières de Nordeck a réussi à faire reconnaître comme le suzerain de toute la région, le roi des Nalous, Youra Towel, et son fds Dinah Salifou comme successeur éventuel. Les vrais maîtres du pays sont les membres d'une confrérie occulte, les Simons, qui paraissent affiliés à l'Islam, car ils pratiquent la circoncision. Les grands maîtres réunissent dans les bois, par petits groupes, les jeunes gens, dont ils veulent faire des prosélytes. Pendant cette période d'initiation les apprentis Simons ne portent pour vêtement qu'une jupe de roseaux, analogue a la jupe bouffante de nos danseuses. Ils n'arrivent dans les villages, pour y chercher leur nourriture, que pendant la nuit, et ils annoncent leur venue à son de trompe. Lorsque plus tard on les admet aux grands mystères, ils deviennent redoutables, surtout, lorsque sous l'empire de je ne sais quelle ivresse, ils se figurent, comme nos loups-garous du moyen âge, être devenus des lions. « Ils
imitent alors le rugissement des lions, bondissent, brisent tout autour d'eux, déchirent les vêtements des personnes qu'ils rencontrent, et exécutent cent autres momeries. Les compères et les gens crédules aflirment même qu'à ces moments on voit poussi'r une crinière léonine sur le dos de ces possédés. » Le grand pontife des Simons exerce dans toute la région un véritable empire, fondé sur la terreur, car les affiliés connaissent les poisons el n'hésitent pas à s'en servir. Il est impossible de s'introduire dans leurs réunions sans des mots de passe. Les Européens, que les Simons veulent honorer de leur confiance, connaissent quelques-uns de ces mots de passe. Il est fort utile, surtout pour les négociants, d'être quelque peu affilié à celte toute-puissante confrérie.
Entourant et pressant de toutes parts les Nalous et les Bagas, se mélangeant même à quelques-unes de leurs tribus, vient ensuite la grande nation des Sou-sou. C'est une peuplade, probablement d'origine nigritienne, qui est aujourd'hui dispersée sur un immense territoire, entre le Niger et l'Atlantique. Les Sou-sou sont de beaux hommes, bien proportionnés, d'une physionomie douce et avenante. Les femmes ont de la grâce « elles aiment fort à plaire et s'occupent beaucoup de leur toilette; elles partagent leur chevelure en fuseaux qui partent de la nuque pour aboutir au front, suspendent des anneaux d'or à leurs oreilles, enroulent à leur cou des guirlandes de corail, colorent leurs dents en rouge en mâchant les feuilles d'un arbre du pays, et se teignent aussi les ongles et la paume de la main. Dans les gritnds jours elles ajoutent à leurs pagnes, chargés de verroteries, une cliemise à larges manches, une écharpe de couleurs vives, un mouchoir éclatant; elles dansent bien, avec une modestie rare chez les Africaines. Certaines danses nationales où les hommes et les femmes se font vis-à-vis, puis se croisent, nouent et dénouent leurs groupes, ressemblent aux figures chorégraphiques des ballets européens. »
Aussi bien les femmes Sou-sou jouissent d'une situation privilégiée. On les laisse libres sur le choix d'un époux, et il n'est pas rare de rencontrer chez eux de vieilles filles. Les mères de famille sont très respectées. Ou les dispense des besognes pénibles.