LA CONQUÊTE FRANÇAISE
Relations de la France avec l’Algérie avant 1830.
— Nos premières relations avec les habitants du Maghreb, c’està-dire du pa)js du couchant J remontent au xiii° siècle. Les républiques italiennes venaient de se faire accorder des privilèges par les souverains des pays barbaresques lorsque Philippe le Hardi signa à son tour, en 1270, un traité avec El-Mostancer le Hafside, qui régnait à Tunis. Deux siècles plus tard, en 1478, des Provençaux acquirent des cheikhs indigènes le droit de pêche de Tabarka à Bougie, ainsi qu’une cession de territoire, moyennant certaines redevances. Ce droit territorial, qui reçut plus tard le nom de Concessions d'Afrique, fut le point de départ de notre action politique dans le nord de ce continent.
A cette époque, les monarchies arabes, qui avaient été longtemps prospères, commençaient à déchoir; les trois royaumes de Fez, de Tlemcen et de Tunis, créés en 1273, lors de la dissolution de l’empire des Almohades, étaient tombés dans l’anarchie, et malgré leur faiblesse, ils étaient obligés de se défendre contre les Espagnols, qui peu à peu repoussaient les Maures de leur sol et commençaient même à menacer l’Afrique. Dans les premières années du xvi® siècle, les Espagnols s’emparèrent des principales villes du littoral, mais ils n’étaient pas prêts pour une conquête définitive. Aussi leur occupation fut-elle restreinte et leur domination de courte durée. Bientôt les Turcs devinrent les maîtres du Maghreb central ; c’est contre eux que nous eûmes, pour conserver nos concessions, à engager une lutte qui se termina par la conquête de l’Algérie.
L’ALGERIE
Les deux Barberousse, Aroudj et Klieïr Eddine, ces corsaires qui avaient chassé les Espagnols du Penon et fondé la Régence d’Alger, poursuivaient les chrétiens de leur haine. Les pirateries rendaient tout commerce impossible dans la Méditerranée. La France, s’appuyant sur ses droits anciens, avait essayé pourtant d’entretenir avec l’Odjak des relations diplomatiques, maie notre pavillon eut à subir de nombreuses insultes de la part ds ce gouvernement de forbans que les Turcs avaient introduit à Alger; toutefois, notre situation vis-à-vis de l’Espagne ayant amené, au début, une communauté d’intérêts entre la France et la Turquie, celle-ci reconnut formellement, dans le traité de 1535, les privilèges que Kheïr Eddine avait renouvelés en 1520, au profit de nos négociants, quant à la pêche du corail.
Afin de profiter de cet avantage, une société de négociants marseillais vint en 1561 fonder, sur Remplacement de la ville actuelle de La Galle, le Bastion de France^ sorte de factorerie avec quais, magasins, hôpital, cimetière, postes fortifiés. Une conséquence de ces premiers établissements fut que la France obtint, dès 1578, d’avoir un représentant «en Alger».
Le premier titulaire du consulat d’Alger fut le Marseillais Bartholle, nommé par Charles IX en 1564.. Nos agents ne se firent pas respecter sans peine, et Henri IV, comme Richelieu, eut de nombreux démêlés avec l’Odjak. Le Bastion de France ayant été démoli par les Turcs en 1604, Henri IV exigea sa reconstruction. Mais la plupart des navires arboraient le pavillon français pour échapper aux réquisitions des corsaires en se prévalant des traités conclus entre Alger et la France : ceux-ci capturèrent maintes fois nos bâtiments. Cependant le capitaine Samson Napollon conclut, en 1628, un traité qui rétablissait la France dans sa situation privilégiée et promettait toute sécurité il ses navires, tout en lui imposant d’ailleurs l’obligation de payer une sorte de tribut au chef des pirates.
En dépit de ce traité, les corsaires turcs ruinèrent encore le Bastion de France en 1637, et il ne fut relevé qu’en 1670, sous le ministère de Colbert; il avait pris d’ailleurs une importance plus politique que commerciale.
Les déprédations des corsaires ayant encore continué, Louis XIV se décida à sévir avec rigueur; il fit bombarder Alger en 1682 et 1683 par Duquesne, en 1688 par l’amiral d’Estrées. Un traité, dont l’efficacité fut d’ailleurs éphémère, fut signé à Versailles en 1690, à la suite de ces actes de répression.
Pendant l’expédition de Bonaparte en Égypte, le sultan
L’HISTOIUE
excita encore la haine des Algériens contre les chrétiens, et les corsaires ruinèrent de nouveau nos établissements ; notre représentant fut même mis aux fers. Le premier consul obtint que le dey fît amende honorable, mais des traités signés en 1800 et 1801 restèrent lettre morte. Il songea alors a faire une descente en Algérie et envoya même le capitaine Boutin dresser secrètement des plans de campagne dans la Régence.
La Djenina, ancienne résidence des deys.
D’après un dessin communiqué par M. Eug. Plantet.
Cependant, en 1815, le congrès de Vienne décida de mettre un terme aux pirateries des corsaires. L’Angleterre, chargée d’exécuter les décisions du congrès, envoya, en 1816, lord Exmouth bombarder Alger. Le dey fut contraint de signer, le 30 août, un traité portant abolition de l’esclavage chrétien et de la course, et l’obligation de restituer tous les captifs. Mais cette démonstration ne fut pas beaucoup plus efficace que les précédentes ; il était réservé à la France de faire cesser définitivement des brigandages qui duraient depuis trois siècles.
Nous avions gardé la possession de l’ancien Bastion de France et de quelques points de la côte orientale propre à la
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pêche du corail. En retour, la France acquittait des redevances annuelles, dont les deys prétendirent augmenter le taux, et Hussein ou Hosein, élu en 1818, üt même connaître ses prétentions sur un ton menaçant. A cette première cause de mésintelligence vint s’en ajouter une autre. Deux juifs de Livourne, Bacri et Busnach, avaient pris à leur compte une avance de 5 millions et des fournitures de blé faites à la France par le dey sous le Directoire. En vertu d’une transaction conclue en 1819, la créance avait été fixée à la somme de 7 millions, qui devait être payée par douzièmes, déduction faite de ce qui était dû par Bacri et Busnach à certains commerçants français. Ces sommes ayant été versées à la Caisse des dépôts et consignations jusqu’à ce qu’il eût été statué sur les droits des créanciers, Hussein réclama insolemment le payement intégral des 7 millions entre ses mains.
Les choses en -étaient restées là, lorsque, le 30 avril 1827, notre consul Deval fut insulté gravement par le dey à la kashah, où il était venu le voir. Le prédécesseur d’Hussein, Ali-Khodja, avait en effet abandonné la Djenina, palais de la ville basse, où il se trouvait trop exposé aux coups de main de ses soldats, pour faire sa résidence de la forteresse de la kashah, où il se sentait plus en sécurité. C’est là que notre consul s’était rendu, selon l’usage, la veille de la fête du Baïram, pour complimenter le dey. Il voulut profiter de cette visite pour demander la restitution d’un bâtiment appartenant au saint-siège et que les corsaires avaient capturé. Le dey s’emporta, se plaignit de nouveau avec colère qu’on ne lui payât son dû, et, sur une réplique du consul, il le frappa de son chasse-mouches.
Le gouvernement français exigea une réparation éclatante, mais Hussein se refusa à fournir les satisfactions qu’on réclamait de lui. Le ministre de la Guerre, marquis de Clermont-Tonnerre, proposa alors de débarquer une armée; le président du conseil, de Villèle, n’y consentit pas, et on se contenta d’envoyer devant Alger une petite escadre, qui, le 15 juin 1827, commença le blocus; c’était une mesure insuffisante. L’amiral français tenta une nouvelle négociation, qui demeura infructueuse, et, quand il s’éloigna du port, il fut poursuivi par le feu des batteries.
C’en était trop cette fois, et, après ce nouvel affront, le cabinet Polignac résolut d’en finir. Le 31 janvier 1830, il décida l’envoi d’une expédition qui s’emparerait d’Alger par la force.
L’HISÏOIRE
La conquête de l’Algérie. — La flotte destinée à transporter en Afrique un corps expéditionnaire de trente-six mille hommes appareilla le 25 mai 1830. Elle était commandée par le vice-amiral Duperré. Le comte de Bourmont fut placé à la tête des troupes de débarquement.
Le dey Hussein, bien résolu à résister énergiquement, s’était vainement adressé, pour avoir des secours, au Maroc ainsi qu’aux beys de Tunis et de Tripoli. Il se trouva à peu près réduit à ses seules forces; il réorganisa alors les troupes de l’Odjaket s’assura du concours des beys d’Oran, de Constantine et de
Alger en 1830, d’après un dessin du temps.
(Phot. Leroux.)
Titeri. Il s’attendait à un bombardement, mais l’état-major français avait décidé de tourner Alger du côté de la terre. Les troupes commencèrent à débarquer à Sidi-Ferruch (ou mieux Sidi-Feredj) le 14 juin 1830; elles s’y installèrent sans rencontrer de résistance sérieuse, et convertirent bientôt la presqu’île en un camp retranché. L’ennemi avait concentré ses forces sur le plateau de Stahouëli. L’agha Ibrahimjança de là ses cavaliers sur les troupes françaises, mais il fut repoussé par les colonnes du général Bourmont, qui enlevèrent les redoutes turques le 19 juin.
Ce premier succès permit d’achever le débarquement et d’attendre l’arrivée de la grosse artillerie. Le 24 juin, Bourmont, reprenant l’offensive, s’empara des hauteurs du mont Bouzaréa. Le 4 juillet, on ouvrit le feu sur le fort de l’Empereur, bâti sur remplacement du quartier général de Charles-Quint, et qui était la clef des défenses d’Alger par terre. Cet ouvrage, construit en maçonnerie et défendu par une artillerie inférieure à la nôtre,
L’ALGÉRIE
ne pouvait tenir longtemps. iVu bout de quelques heures, les assiégés cessèrent le feu. Tout à coup une effroyable détonation se produisit : les Turcs avaient mis le feu aux poudres et la forteresse sautait. Deux soldats allèrent arborer le drapeau français au plus haut des ruines fumantes du fort.
Le dey, enfermé dans la kasbah, demanda alors à traiter. Bourmont dicta un projet de capitulation dont les conditions étaient les suivantes : 1° la kasbah, les autres forts et les portes de la ville devaient être remis aux Français le lendemain 5 juillet à dix heures du matin; 2° le dey conserverait son trésor personnel évalué à 8 millions; S'^il serait libre de se retirer, avec sa famille et ses richesses, au lieu qu’il choisirait ; 4° les mêmes avantages seraient assurés aux soldats de la milice turque; 5® aux habitants seraient garantis le libre exercice de leur religion, le respect de leurs femmes, de leurs propriétés, de leur commerce, de leur industrie.
L’acte fut accepté et signé le 5 juillet, et, le jour même, les troupes françaises entrèrent dans Alger. Les captifs faits par les pirates furent mis en liberté. Dans le trésor, on trouva plus de 48000000 de francs en or et en argent et quantité d’objets précieux. Le dey fut embarqué pour Naples et les janissaires conduits en Asie Mineure.
La prise d’Alger était loin de nous assurer la paisible possession de l’Algérie, et il fallut de longues années de guerre pour faire entrer l’ancienne Régence dans le patrimoine national. Des prodiges d’habileté et de bravoure couvrirent de gloire nos généraux et nos soldats : mais on est, d’autre part, obligé de reconnaître que jamais une idée d’ensemble ne présida plusieurs années de suite aux opérations. Aussi l’Algérie a-t-elle coûté à la France plus de sang et d’argent que les brillants faits d’armes du début ne le faisaient prévoir.
Bourmont venait d’occuper Oran et Bône lorsqu’il apprit la révolution qui avait renversé la dynastie des Bourbons. Il abandonna ces nouvelles positions pour concentrer ses troupes à Alger, et, le 3 septembre, il prit le chemin de l’exil.
Son successeur, Clauzel,se lança hardiment dans la province d’Alger. Pour augmenter ses forces militaires, il organisa la cavalerie indigène des spahis et créa le corps des zouaves, qui Fut recruté d’abord parmi les Kabyles de la tribu des Zouaoua et devait jouer, durant toute la conquête, le rôle le plus glorieux. Provoqué par le bey de Titeri, Glauzel marcha sur Blida, qu’il occupa, et, après avoir battu le bey au col de Mouzaïa, s’empara de Médéa, sa capitale. Il y plaça un nouveau souverain,
L’HISÏOIRE
Alger. La place du gouvernement en 1830, d’après un dessin du temps.
(Phot. Leroux.)
zène, qui évacua Médéa et n’obtint que de faibles avantages. Le lieutenant général Savary, duc de Rovigo, qui lui succéda en décembre de la même année, était bien résolu à reprendre sur les Arabes l’autorité perdue sous son prédécesseur. Il renforça ses troupes par la création des chasseurs d’Afrique et de la légion étrangère, et établit tout autour des positions occupées par la France une ligne de postes fortifiés, qui furent- ajDpelés blockhaus. En 1832, le duc de Rovigo occupa de nouveau Bône, que menaçait le bey de Gonstantine; Youssouf, musulman d’origine italienne au service de la France, contribua à la prise
allié de la France, puis il reprit Oran et Mers-el-Kébir. Il passa ensuite avec le bey de Tunis un traité qui en faisait l’allié et le tributaire de la France, mais le gouvernement, indécis sur la conduite à tenir, le désavoua comme ayant outrepassé ses pouvoirs et le rappela.
On envoya pour le remplacer, en 1831, le général Berthe-
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de la ville par un liardi coup de main. Pendant ce temps, le général Boyer, qui se maintenait à Oran, administrait le pays avec une implacable rigueur.
Le duc deRovigo avait amené avec lui comme chef d’état-major le maréchal de camp Trézel, grâce auquel les premiers projets d’organisation commencèrent à se faire jour. On lui doit en effet une organisation nouvelle du corps des zouaves et la création des bureaux arabes ; ces bureaux, dirigés par des officiers connaissant la langue et les mœurs du pays, servirent d’intermédiaires entre les gouverneurs et les chefs de tribus. Le premier chef de bureau arabe fut Lamoricière, à qui revient aussi le mérite d’avoir discipliné les zouaves et d’en avoir fait un corps d’élite.
Le général Voirol, qui succéda au duc de Rovigo, en avril 1833, fit occuper Mostaganem et Bougie. A ce moment, nous tenions presque tout le littoral par des points isolés; mais, tout près d’Alger, nous n’avions que Blida, et la plaine de la Métidja nous était disputée.
C’est seulement en 1834 que le gouvernement de Louis-Philippe se déclara résolument favorable à la colonisation de l’Algérie. Une ordonnance du 22 juillet 1834 donna à l’ancienne Régence d’Alger le nom de Possessions françaises dans le nord de r Afrique, et on y envoya, avec le titre de gouverneur général, le comte Drouet d’Erlon. Mais, en ce moment même, venait de se lever contre l’armée d’invasion notre plus terrible adversaire, l’émir Abd-el-Kader, qui, pendant près de quatorze ans, allait diriger contre nous une lutte acharnée.
Abd-el-Kader. — Né près de Mascara en 1807, Abd-el-Kader était fils de Mahi Eddine, de la tribu des Hachem, qui descendait des anciens khalifes fatémides. Tout jeune encore, le futur émir s’était ému des mœurs dissolues de la milice turque et du mépris avec lequel les oppresseurs traitaient la race arabe. Il fit part de ses sentiments à son père, marabout vénéré dont l’influence sur les tribus environnantes était telle que, craignant d’éveiller les soupçons de Hassan, bey d’Oran,'Mahi Eddine crut prudent de s’éloigner et alla faire avec son fils le pèlerinage de La Mecque en 1827.
Lorsque Alger tomba au pouvoir de la France^ Abd-el- Kader avait obtenu de son père qu’il ne donnât pas l’hospitalité au bey d’Oran, peu en sûreté dans sa capitale, afin de protester aux yeux des Arabes contre le gouvernement tyrannique que représentait Hassan. Le général Danrémont étant entré
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à Oran le 4 janvier 1831 et ayant renversé le pouvoir beylical, les Hachem voulurent mettre à leur tête le vieux marabout Mahi Eddine, mais celui-ci refusa en raison de son grand âge et présenta comme chef aux insurgés son fils préféré, Abd-el-Kader, dont le courage s’était déjà manifesté dans plusieurs engagements. Reconnu par les Béni- Amer et par les tribus de Mascara, il fut acclamé sultan.
Par égard pour le Maroc, le jeune homme se contenta du titre d’émir.
Alors âgé de vingt -cinq ans,
Abd-el-Kader était élégant de stature, quoique de petite taille ; il avait des traits fins, des yeux ardents, et présentait, au physique, tous les caractères du type arabe le plus pur. Il était habile dans tous les exercices du corps, excellent cavalier, d’une bravoure indomptable, et la fougue qu’il montrait
dans les combats et les fantasias lui donnait un grand prestige auprès des tribus. En même temps, il avait appris tout ce que pouvait connaître un lettré arabe; d’une piété exaltée, il possédait à fond le Coran. Guerrier et saint tout à la fois, il sut mettre habilement les divers avantages dont il était doué au profit d’une ambition sans bornes.
Abd-el-Kader prêcha la guerre sainte sous les murs d’Oran
Youssouf. — Buste par Crauck (Versailles).
Colonies I.
L’ALGÉIUE
dès le mois de janvier 1833, mais il rencontra chez ses propres coreligionnaires une vive opposition; il ne craignit pas de s’attaquer aux chefs qui refusaient de lui obéir et qui le
battirent. C’était mal débuter. Contre nos troupes, il ne fu-t pas plus heureux. Le général Boyer l’obligea à battre en retraite sous les murs d’Oran, et il échoua contre Tlemcen et Mostaganem.
Mais, sur ces entrefaites, le général Desmichels succéda, à Oran, au général Boyer ; un acte impolitique du nouveau commandant lit la fortune de l’émir.
Voyant qu’Abdel-Kader voulait réduire la ville par un long blocus, «Desmichels offrit à son adversaire de signer un traité de paix. Ce traité, du 26 février 1834, origine
Clauzel. — Par Champiuartiii (Versailles). Véritable de la
puissance du chefalgérien, reconnut la souveraineté d’Abd-el-Kader sur tout l’ouest du pays, sauf Oran, Mostaganem et Arzeu ; il laissa aux Arabes toute liberté pour le commerce des armes, etaucune condition n’impliqua la soumission de l’émir, auquel on n’imposait le payement d’aucun tribut. On avait traité avec lui d’égal à égal et travaillé ainsi à accroître son influence. De plus, le négociateur avait signé, sans se le
L’HISTOIRE
faire suffisamment expliquer, le texte arabe, dont les termes nous étaient encore plus défavorables que le texte français.
Le gouvernement rappela le général Desmichels et le remplaça par Trézel, dont la situation fut de suite très difficile. L’émir ayant occupé Miliana et Médéa et ayant essayé de soumettre les tribus maqhzen, qui étaient venues chercher un asile devant Oran , le général Trézel marcha contre lui et, après avoir traversé les gorges de l’Habra et de la Macta, il le rencontra près du Sig, le 26 juin 1835, dans un chemin bordé de ravins et de marais. Le lieu était défavorable, et Trézel, après un sanglant combat, dut ordonner la retraite, qui fut désastreuse. Cette nouvelle victoire d’Abd-el-Kader lui valut une grande popularité.
Trézel fut rappelé et Drouet d’Er-
lon remplacé comme gouverneur par Clauzel, qui, accompagné du duc d’Orléans, marcha contre l’émir, le battit sur les bords de l’Habra le 3 décembre 1835, puis lui enleva Mascara et débloqua Tlemcen. Mais, pendant un voyage que fit le maréchal à Paris, le général d’AiTange essuya une défaite près de Sidi-Yakoub. Une fois encore, l’émir triom-
Bugeaud. — Par Larivière (Versailles).
L’ALGERIE
pliait, et les Arabes oranais se levaient en masse contre la France.
Biigeaud, qui arriva alors en Afrique avec la mission de vaincre ou de négocier, prit l’offensive, ravitailla Cavaignac à Tlemcen, et, le 6 juillet 1836, infligea à Abd-el-Kader une sanglante défaite sur les bords de la Sikkah, affluent de la Tafna. L’armée arabe, acculée à un ravin, fut taillée en pièces et en partie précipitée à bas des rochers. Bugeaud entra alors triomphant à Tlemcen, où Cavaignac était parvenu à se maintenir.
Ces succès furent malheureusement compromis par un échec à Constantine. Le bey Hadj-Ahmed, autrefois vassal du dey d’Alger, avait essayé de constituer un État indépendant, et l’extension de sa suprématie devint menaçante pour Bône. Le chef d’escadron musulman Youssouf, qui commandait dans cette ville, avait conseillé imprudemment une expédition qui devait échouer. En novembre 1836, le maréchal Clauzel vint mettre le siège devant Constantine, qui, située sur un massif rocheux entouré de trois côtés par le ravin du Rhummel, profond par endroit de 200 mètres, pouvait passer pour imprenable. Du 19 au 23 novembre, il tira le canon sur la place, mais, ne disposant que de munitions insuffisantes et ses vivres étant presque épuisés, il dut se retirer. La retraite, faite par un hiver rigoureux, fut très pénible; nos soldats étaient constamment harcelés par les Arabes. Le chef de bataillon Changarnier, qui commandait l’arrière-garde, se voyant pressé par une nuée d’ennemis, forma ses hommes en carré et leur dit : « Voyons ces gens-là en face; ils sont six mille, vous êtes trois cents; la partie est égale. » Les soldats dirigèrent alors sur les assaillants un feu meurtrier qui les mit en déroute.
Le successeur de Clauzel, le gouverneur général Denis de Danrémont, donna à Bugeaud des instructions qui le laissaient absolument libre de traiter avec Abd-el-Kader. Le général Bugeaud, décidé à faire la paix afin de porter sur Constantine toutes les forces disponibles, arrêta les bases d’une entente avec l’émir et obtint une entrevue avec lui; elle eut lieu sur les bords de la Tafna le juin 1837. Le chef arabe se fît longtemps attendre, et le général, perdant patience, dut aller au-devant de lui. Enfin l’émir parut, entouré d’une brillante cavalerie. Le général français lui tendit la main, et tous deux, assis sur le gazon, eurent ensemble une longue conversation. L’émir se montra hautain, dédaigneux et parla de la paix comme un homme qui ne demande qu’à continuer la ‘guerre. Lorsque l’entretien fut terminé, le général Bugeaud se leva, et,i comme '
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l’émir restait assis, il l’attira brusquement de la main en lui disant : « Mais relevez-vous donc! » Surpris de ce mouvement de vivacité, Abd-el-Kader se retira sans proférer une parole.
sauta sur son cheval et disparut dans les montagnes avec son escorte.
Le traité de la Tafna, qui consacrait en quelque sorte un partage de l’Algérie entre la France et Abd-el-Kader, était plus désastreux encore que le traité Desmichels. On livrait à « l’ad-
Siège de Constantine, prise de la "ville. — Tableau d’Horace Verntt (Versailles.)
L’ALGÉRIE
ministration » de l’émir la province d’Oran, celle de Titeri et une partie de celle d’Alger, et on lui abandonnait Rachgoun et Tlemcen. La France se réservait Oran, Mers-el-Kébir, Mostaganem, Arzeu et leurs territoires, plus Mazagran à l’intérieur; dans la province d’Alger, la Métidja et Blida. Malgré les instructions qu’avait reçues Bugeaud, Abd-el-Kader ne fut pas obligé au payement d’un tribut.
Devenu le véritable maître des deux tiers de l’Algérie, Abdel-Kader se mit à organiser le royaume qu’on lui avait créé. Il divisa tout le pays arabe soumis à ses lois en huit khalifaliks ou gouvernements. Chaque khalifalik fut divisé en aghalîks, et les aghaliks comprirent un certain nombre de tribus commandées par des caïds, ayant sous leurs ordres des cheikhs pour les représenter auprès des fractions de tribus. L’émir créa une armée permanente, acheta de la poudre, construisit des arsenaux, installa une fonderie de canons à Tlemcen et fortifia les places.
La paix signée avec l’émir, on se tourna du côté de Constantine. Cette fois, on avait tout prévu pour un siège en règle. L’armée, conduite par Danrémont, arriva en vue de Constantine le 6 octobre 1837 et occupa les hauteurs de Coudiat- Aty et de la Mansoura. Depuis le dernier siège, les brèches des remparts avaient été réparées et des batteries y avaient été établies ; le khalifat d’Ahmed, Ben-Aïssa, qui comme l’année précédente, défendait la ville, s’était préparé à une résistance énergique. Le bombardement, qui commença le 9 octobre, fut rendu très pénible par la pluie et le froid. Danrémont fut tué par un boulet, le 12, ainsi que le général Perrégaux. Valée, qui prit le commandement le lendemain, monta à l’assaut par des brèches qui lui paraissaient praticables et pénétra dans la ville. Lamoricière alla planter le drapeau des zouaves au milieu des décombres. Mais la place n’était pas prise encore; il fallut avancer en livrant un combat meurtrier de barricade en barricade, de maison en maison ; le colonel Combes y trouva la mort, et Lamoricière fut blessé. Enfin, les Arabes capitulèrent. La prise de Constantine fut chèrement payée, mais elle assura définitivement notre domination dans l’est de l’Algérie. Le khalifa Ben-Aïssa et le bey Ahmed s’enfuirent; ce dernier se soumit seulement en 1848 et fut alors interné à Alger, où il mourut en 1830. Les grands chefs du Sud vinrent de suite faire leur soumission. A la suite de cette brillante campagne, où s’étaient illustrés encore des hommes comme Bedeau, Le Flô, Mac-Mahon, Canrobert, le duc de Nemours, et bien d’autres, le général Valée fut nommé maréchal de France et gouverneur de l’Algérie.
La France, maîtresse de Constantine, devait avoir à recommencer bientôt la lutte contre Abd-el-Kader. Le traité de la Tafna avait refait une nouvelle puissance à l’émir, dont l’autorité s’était affirmée et à qui nous avions même fourni des secours pour vaincre le marabout Tedjini, chef d'une importante con-
frérie du Sahara.
Cependant Abdel-Kader montrait des exigences nouvelles et excitait sourdement les tribus, ne tenant aucun compte des observations du maréchal Yalée.
Le gouverneur résolut alors d’effrayer l’émir par une démonstration militaire dont le résultat devait être d’unir nos deux provinces de Constantine et d’Alger, qui n’étaient en communication que par mer. Accompagné du duc d’Orléans, il franchit le petit Atlas par l’étroit défilé des Bibans ou Portes de fer, sans que
les indigènes eussent osé lui en interdire l’accès (octobre 1839).
Abd-el-Kader considéra cette opération comme une violation du traité de la Tafna; il reprit les armes et fit envahir la plaine de la Métidja. Dans l’Ouest, l’épisode de la défense de Mazagran
L’émir Abd-el-Kader.
D’après une lithographie du temps.
fut l’un des faits les plus mémorables de la nouvelle lutte qui s’engageait. Ce petit village de la province d’Oran était défendu par un fortin, dont la garnison — une compagnie de cents vingttrois hommes — était commandée par le capitaine Lelièvre.
L’ALGERIE
L’émir marchait sur Mostaganem avec douze mille combattants, lorsqu’il se heurta à cet ouvrage avancé; du 2 au 5 février 1840, les Arabes se ruèrent sur la place sans parvenir à triompher de l’héroïque résistance de nos soldats. Ce fut une lutte inouïe; les Arabes tombèrent en si grand nombre que leur troupe, découragée, cessa d’elle-même de combattre. Le chef de bataillon du Barail, qui commandait à Mostaganem, put s’approcher de Mazagran quelques jours plus tard : il constata que notre drapeau était toujours debout et que la garnison n’avait perdu que trois hommes.
Dans la province d’Alger, Valée fît occuper Cherchell, où le commandant Gavaignacfut bientôt bloqué par les Kabyles. A cette nouvelle, il partit de Blida, avec les ducs d’Orléans et d’Aumale, et réussit à le dégager. Parvenu au pied de l’Atlas, il trouva les forces de l’émir concentrées au col de Mouzaïa; nos colonnes durent, dans ce passage difficile, déloger successivement l’ennemi de toutes ses positions. Après ce brillant combat, qui eut lieu le 12 mai, nos troupes s’emparèrent de Médéa, puis le 8 juin de Miliana.
Le général Bugeaud, qui avait signé le traité de la Tafna, remplaça Valée dans le gouvernement général de l’Algérie, en février 1841. Il revenait en Afrique avec la résolution d’achever le plus rapidement possible la conquête et de commencer l’œuvre de colonisation. Dans ce but, la nouvelle tactique qu’il adopta fut celle de l’offensive à outrance. Il se proposa de s’appuyer sur les positions du littoral comme bases d’opérations, de marcher de là à la conquête des places fortes du Tell, puis de poursuivre Abd-el-Kader de montagne en montagne, de vallée en vallée, jusqu’à ce qu’il eût détruit ses établissements et peut-être son armée.
Mais, pour réussir, il fallait opérer une certaine transformation dans l’organisation de l’armée d’Afrique. Bugeaud allégea donc la charge du fantassin, supprima la grosse artillerie, organisa des colonnes légères qui avaient pour canons des obusiers portés à dos de mulet; il reconstitua les corps spéciaux à la guerre d’Afrique, et en créa un nouveau, les tirailleurs indigènes ou turcos. Il sut enfin se faire aimer de ses soldats. Simple caporal à Austerlitz, le père Bugeaud, comme on l’appelait familièrement, avait acquis dans l’armée une réelle popularité, et il fut, par surcroît, admirablement secondé par des lieutenants comme Lamoricière, Changarnier, le duc d’Aumale, Duvivier, Bedeau, Cavaignac, Randon, Pélissier, Daumas, Margueritte.
Le général Bugeaud dirigea de divers côtés des colonnes mobiles et parvint ainsi à ruiner successivement tous les établissements de l’émir. Accompagné de Lamoricière, il força Abd-
L’HISTOIRE
el-Kader à évacuer Tagdempt le 25 mai 1841 et occupa Mascara le 30. Pendant ce temps, Baraguey d’Hilliers avait détruit Boghar le 24 mai; le 22 octobre, ce fut le tour de Saïda. L’année suivante, Bugeaud occupa Tlemcen (1®^^ février 1842).
Durant cette période, se place le trait d’héroïsme bien connu qui a illustré le nom du sergent Blandan. Accompagné-^ de vingt hommes qui portaient la correspondance entre Boufarik et Blida, il fut assailli à Beni-Méred, près de Boufarik, le 11 avril 1842, par trois cents cavaliers arabes. Un combat ^ acharné s’engagea etle sergent tomba en s’écriant : « Courage, mes amis, défendez-vous jusqu’à la mort !)) Presque tous les soldats étaient hors de combat, quand un renfort survint et dispersa les Arabes.
Après l’habile
et vigoureuse , .
Lamonciere. — Buste d’Iseliu (Versailles).
campagne de Bugeaud, un grand
nombre de tribus du Chéliff et de l’Ouarsenis demandèrent l’aman, et Abd-el-Kader, errant de côté et d’autre avec sa smala, ne nous fit plus qu’une guerre de chef de bande. Ayant vu ses établissements fixes successivement envahis et détruits par nos soldats, l’émir avait pensé que, pour sauver les derniers débris de sa puissance, il ne lui restait plus qu’à former une colonne mobile de ses derniers partisans et de chercher, par des marches et
L’ALGERIE
Le duc d’Aumale, colonel du 17* léger (13 septembre 1841).
Lith. deRaffet.
des contremarches rapides, à se dérober à nos armes. C'est le campement de toute cette population nomade, formant comme une ville ambulante, qu’on appelait la smala
Dès lors, on n’eut qu’un dessein, cerner l’émir et s’emparer
Prise de la smala d’Abd-el-Kader. Tableau d’Horace Vernet (Versailles). — Phot. NeurJeia.
L’ALGÉRIE
de lui. Le 10 mai 1843, le duc d’Aumale quitta Boghar et se lança à sa poursuite. Il n’avait avec lui que six cents cavaliers, et son infanterie, forte de quinze cents hommes, était à deux lieues en arrière. Il arrivait près de Taguin, le 16 mai, quand tout à coup son avant-garde, ayant gravi une colline, aperçut la smala. Avec une ardeur toute juvénile, le duc n’hésita pas à l’attaquer ; c’était un coup d’audace, et, si les Arabes avaient eu le temps de se ressaisir, c’en était fait de notre petite troupe. Mais l’irruption des cavaliers français fut si subite que les Arabes, sortant en désarroi de leurs tentes, n’eurent pas le temps d’organiser la résistance et furent sabrés en grand nombre. Abd-el-Kader réussit à prendre la fuite avec sa femme et sa mère; ses drapeaux, ses munitions, ses tentes, ses trésors, sa correspondance tombèrent entre nos mains, ainsi que trois mille prisonniers.
Un pareil succès devait avoir un grand retentissement dans toute l’Algérie; il fut le prélude de nouveaux désastres pour l’émir. Le 22 juin 1843, celui-ci fut défait à Djedda par un lieutenant de Lamoricière, le colonel Géry. Il échoua le 30 dans une tentative pour surprendre Mascara, et fut battu à Sidi- Youcel le 22 septembre, à Sidi-Yahia le 11 novembre. Le duc d’Aumale occupa Batna le 25 février 1844, et, franchissant le défilé d’El-Kantara, entra dans Biskra. En même temps, le général Marey poussait jusqu’à Laghouat, où il entra le 23 mai.
L’émir gagna le Maroc, où il excita le fanatisme des confréries religieuses au point d’obliger le sultan Abd-er-Rahman à nous déclarer la guerre. La construction par les Français d’un poste fortifié à Lalla-Marnia, sur la rive gauche de la Tafna, servit de prétexte ; le caïd d'Ouchda protesta contre cet établissement, prétendant que le territoire appartenait au sultan. Lamoricière, attaqué le 30 mai au bord de la Mouilah, repoussa l’ennemi, tandis que le général Bedeau, qui avait essayé d’avoir une conférence avec le caïd d’Ouchda, dut se retirer sous les balles ennemies. Bugeaud, accouru au secours de ses lieutenants, infligea aux Marocains une sévère leçon et occupa Ouchda.
Le gouvernement français enjoignit au Maroc de désavouer et rappeler le caïd d’Ouchda, de disloquer les forces marocaines concentrées sur la frontière, d’expulser Abd-el-Kader. La réponse du sultan n’ayant pas été satisfaisante, le prince de Joinville vint bombarder Tanger le 6 août 1844.
De son côté, le maréchal Bugeaud se porta vers l’Isly, sur la rive droite duquel l’armée marocaine, forte de quarante-cinq mille cavaliers et de deux mille fantassins, avait pris position, sous le commandement du fils même du sultan, SidùMobammed; il
L’HISTOIRE
n’avait que douze mille hommes à opposer à cette redoutable masse. Mais, son armée ayant été disposée en triangle, ses fantassins serrés s’enfoncèrent comme un coin à travers la cohue de la cavalerie ennemie, en faisant un feu continu, et atteignirent jusqu’au point principal de résistance, là où se trouvait le fils du sultan. A ce moment^ Bugeaud lança sur le camp impérial ses chasseurs et ses spahis, qui s’emparèrent de toute l’artillerie, de la tente du prince, de ses drapeaux, de son parasol. Cette brillante victoire, signalée par une destruction complète de l’armée marocaine, ne nous avait
coûté que vingt-sept tués et une centaine de blessés (14 août 1844). Le maréchal Bugeaud reçut le titre de duc d’isly. Le lendemain , le prince de Joinville bombarda Mogador.
Mais la France n’avait pas l’intention de conquérir le Maroc, et elle accueillit les ouvertures que lui fit cette puissance. Un arrangement fut signé à Tanger le 10 septembre : on n’exigea ni indemnité ni cession territoriale, mais le sultan s’engagea à expulser Abd-el-Kader ou, s’il était pris, à l’interner dans une forteresse. Une clause de la convention disposa que la frontière marocaine resterait la même qu’au
Infanterie régulière d’Abd-el-Kader.
P'après Raâet(1844).
Cavalier rouge d’Abd-el-Kader.
D’après RafFet (1844).
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temps de la domination turque en Algérie; elle fut complétée, le 18 mars 1845, par un traité de délimitation. On a reproché aux négociateurs de n’avoir pas exigé que la frontière fût portée à Lernhouchure de la Moulouïa, et d’avoir laissé au Maroc l’oasis de Figuig.
Abd-el-Kader , rentré en Algérie, reprit son œuvre de propagande, et des révoltes éclatèrent de divers côtés. Leur répression fut énergique jusqu’à la cruauté.
Ce fut d’abord, au printemps de 1845, celle des tribus berbères du Dahra que souleva un aventurier obscur, Rou- Maza, ou l’homme à la chèvre ; le colonel Saint-Arnaud le battit à Aïn-Meran.
Puis, le colonel Pélissier, s’étant trouvé arrêté dans une de ses marches par les Oulad-Riad, des grottes où ils s’étaient réfugiés avec leurs familles et leurs troupeaux, et, mettant le feu à des fagots accumulés à l’entrée, les fit périr brûlés ou asphyxiés (20 juin 1845).
La fureur des Arabes ne fit que s’accroître et leur résistance devint désespérée.
Dans une reconnaissance du côté de Sidi- Ri'ahim, en septembre 1845, le colonel de Montagnac rencontra Abd-el-Kader et succomba sous ses coups avec la plupart de ses hommes. A Aïn-Temouchent, la garnison française dut se rendre.
L’année suivante, l’émir s’avança jusque dans la plaine de la Métidja, presque aux portes d’Alger, mais il fut repoussé par le général Gentil, sans avoir pu être aidé par un soulèvement des Kabyles, excités par son beau-père, Ben-Salem. Le maréchal Bugeaud mulliplia le nombre de ses colonnes pour traquer notre ennemi. Plusieurs
les bloqua dans
Garde nationale d’Alger.
D’après Raflfet (1844).
Chasseur d’Orléans (carabinier).
D’après Raffet (1844).
L’HISTOIRE
Spahi. — D'après Rafïet (1844).
rait pas conquis la grande jusqu’à Bougie. En 1844, il s’était emparé de l)ellys et avait presque exterminé la tribu des Plissas. L’année suivante, il envahit de nouveau la Kabylie, où il fit une guerre atroce.
Une troisième campagne fut entreprise en 1847. Malgré la soumission de Ben-Salem, au mois de février, plusieurs tribus étaient restées en armes, notamment les Beni-Abbès.
Bugeaud les battit à Azrou, tandis que Bedeau occupait Sétif.
Les Kabyles soumis, il ne restait plus qu’à s’emparer d’Abd-el- Kader. Bugeaud avait
Kabylie, qui
fois surpris, celui-ci se vengea en ordonnant de massacrer les prisonniers pris à Aïn-Temouchent ; puis, par Figuig, il rentra dans le Maroc en juillet 1847. Bou- Maza s’était rendu, en avril, au colonel Saint-Arnaud.
Le maréchal Bugeaud , qui voulait bâter la soumission du pays et en commencer la colonisation agricole, estimait ses projets irréalisables tant qu’il ii’aus’étend à l’est d’Alger
Chasseur d’Afrique, Tenue de guerre.
D'après Raffet (1844).
L’ALGÉRIE
demandé au gouvernement l’autorisation d’aller le relancer jusque dans le Maroc. Le ministère ayant refusé d’entrer dans ses vues, il donna sa démission de gouverneur général et fut remplacé le 11 septembre 1847 par le duc d’Aumale.
Dépouillé de toute puissance et de tout prestige, Abd-el-Kader ne pouvait plus lutter. Le sultan du Maroc, las de l’agitation que créait sa présence, envoya à sa poursuite, afin de l’expulser de son territoire ou de le prendre, et les Marocains Payant acculé au col de la Moulouïa, le duc d’Aumale fit garder tous les passages par où il aurait pu s’évader. Enfin, le 23 décembre 1847, Abd-el-Kader, surpris par les spahis au col de Kerbous, remit son épée à Lamoricière. Il demanda à se retirer avec sa famille à Alexandrie ou à Saint- Jean-d’Acre. Le gouvernement ne l’y autorisa pas ; il fît interner le vaincu au fort de La Malgue, près de Toulon, puis à Pau et ensuite à Amboise. Mis plus tard en liberté à la condition de ne jamais retourner en Algérie, Abd-el-Kader se retira en Syrie et mourut à Damas en 1883, fidèle jusqu’au bout à la parole jurée.
Dernières insurrections en Kabylie. — Les Kabyles avaient été vaincus par Bugeaud, mais leur soumission ne fut pas sincère, et ce peuple, si longtemps indépendant dans ses montagnes, n’attendait qu’une occasion de secouer le joug.
Dès 1850, il se souleva à la voix d’un ancien forçat, Bou-Bagla, c’est-à-dire l’homme à la mule, qui s’était fait passer pour •marabout. Pélissier, Camou et Bosquet dévastèrent la grande Kabylie, Saint- Arnaud la petite Kabylie, sans parvenir à étouffes l’insurrection. De 1852 à 1854, on fit de nouvelles campagner contre les Zouaouas ; l’agitateur Bou-Bagla y trouva la mort.
En 1857, la guerre ayant recommencé, le gouverneur général Randon résolut d’en finir. Ses colonnes, commandées par les généraux Mac-Mahon, Renault, Youssouf, escaladèrent les sommets du Djurjura et obligèrent la plupart des tribus à demander l’aman. La construction du Fort-Napoléon (aujourd’hui Fort-National] consolida notre situation dans le pays.
Infanterie de ligne, Officier et soldat.
D’après Raffet (1844).
L’HISTOIRE
Cependant les deux Kabylies n’étaient pas encore domptées. Profitant de nos défaites, une partie des provinces d’Alger et de Constantine se souleva. Les principaux chefs de l’insurrection furent le bach-agha de la Medjana, El-Mokrani, dont l’influence s’étendait bien au delà de son commandement, et son frère Bou- Mezrag ; l’ordre religieux des rahmania contribua activement à propager l’agitation. Il est à remarquer que cette insurrection n’eut nullement, comme les précédentes, le caractère d’une révolte contre une domination oppressive : ce fut un soulèvement politique provoqué par quelques nobles qui cherchaient à défendre leurs privilèges souvent abusifs et qui suivirent le . chef ambitieux de la puissante congrégation musulmane. La naturalisation en masse des Israélites et quelques réformes intempestives ou trop hâtives contribuèrent aussi à accentuer les mauvaises dispositions de certaines tribus.
Les premiers symptômes de la rébellion se manifestèrent dès le mois de janvier 1871 dans une smala de spahis cantonnés sur la frontière de Tunisie et qui refusèrent de s’embarquer pour la France. Ce fut en mars qu’El-Mokrani adressa au gouveur une déclaration de guerre formelle; avec 8000 hommes, il se présenta devant Bordj-bou-Arreridj et saccagea le village. Les Kabyles investirent tous les forts, massacrèrent les colons et mirent le feu aux habitations. Ils attaquèrent à la fois Fort- National, Tizi-Ouzou, Dra-el-Mizan, Beni-Mansour, Djidjelli,Mila, montrant dans toutes leurs opérations une habileté inaccoutumée et un furieux acharnement. Ils menaçaient même la Métidja, et Alger aurait pu être bloquée si le colonel Fourchault n’avait réussi aies arrêter à l’Alma avec une poignée d’hommes; l’ennemi occupa néanmoins Palestro. Deux colonnes furent organisées, l’une par le général Saussier dans la province de Gonstantine, l’autre par le colonel Gérez dans la province d’Alger. Gette dernière rencontra l’armée d’El-Mokrani près d’Aumale, et le bach-agha fut tué dans le combat. Le colonel Gérez ayant combiné ses mouvements avec ceux du général Lallemand qui venait d’Alger, on put débloquer successivement toutes les places et désarmer les tribus. Néanmoins, ce fut seulement après une campagne de cinq mois que les généraux Saussier et de Lacroix vainquirent Bou-Mezrag, frère et successeur de Mokrani, au combat de Bou-Thaleb ; les derniers insurgés furent refoulés dans le désert. Les Kabyles eurent à payer une forte contribution de guerre ; une partie de leurs terres fut confisquée et affectée à la colonisation. Depuis ce moment, le calme et la sécurité ont
régné dans leur pays.
Golonies I.
Louis Delavaud.
L’ISLAM