‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 24 sur 62 · DÉPARTEMENT DE CONSTANTINE · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENT DE CONSTANTINE

Constantine, chef-lieu (le département; division militaire, évêché, tribuhal de première instance ; à 87 kilomètres N.-E..de Philippeville par chemin de fer, et à 464 kilomètres E.-S.-E. d’Alger; lat. N. 36o,24% long. E. 3°, 48'.

Forteresse naturelle, la Cirta numide, décrivant un trapèze , est assise sur la déclivité d’un piédestal rocheux que le ravin profondément encaissé du Rummel contourne sur les fronts est et nord-est, tandis que le terrain du front ouest se relève en escarpement abrupt qui rend ce côté inaccessible (Bordj-el-Açour). Le front sud-ouest, seul côté abordable, se rattache par un isthme large de 150 mètres à un mamelon, fait de terres rapportées qui ont comblé une dépression, et haut de 40 mètres, le Koudiat-Aty^ qui arrête l’essor de la ville et des deux faubourgs Saint-Jean et Saint- Antoine. De ce côté, la place de Nemours., l’esplanade Valée et ses deux squares s’étendent entre la ligne des remparts et le Koudiat-Aty. L’arasement, déjà commencé, de cette butte gênante permettra de créer avec les déblais deux vastes plates-formes, au sud et au nord de l’isthme, dont l’une sera réservée à la population européenne et l’autre affectée au quartier arabe. Le plan incliné sur lequel s’étagent les rues et les places de Constantine mesure dans la plus grande diagonale 1 kilomètre, et dans la moindre 660 mètres. Entre la pointe de Sidi-Rached au sud et la Kasba., il y a une différence de niveau de 210 mètres. La Kasba, sise dans l’angle de la falaise du nord, au-dessus des cascades du Rummel, a une altitude de 730 mètres, mais elle est dominée par delà le fossé du torrent, profond de 700 pieds, par le plateau de Sidi-Mecid et par le Mansoura, surélevé de 70 mètres; la gare, qui dessert les lignes de Philippeville (direction nord) et de Bône (direction sud), a trouvé un emplacement suffisant au pied du Mansoura, en amont du pont métallique {El-Kantara).

Les gorges du Rummel, les tunnels creusés par son flot bruyant dans le roc sous lequel il s'éclipse trois fois, ses cascades qui mettent en mouvement les , moulins Lavie (50 meules, 5 usines superposées) sur la rive gauche du torrent, à la base de l’escarpement ouest de la Kasba, sont les traits caractéristiques du site de Constantine, cité aérienne, nid d’aigle, tour à tour oppidum numide, romain, byzantin, berbère, arabe, turc et français. Le Rummel change brusquement deux fois de niveau ; jsa première chute est au Pont-du-Diable ou à la pointe de Sidi-Rached.

Le méandre décrit par le Rummel sur les flancs est et nord-est du socle de Constantine laisse apparaître çà et là. maints vestiges des périodes romaine et arabe : remparts, ponts et aqueducs. Le pont métal- -liqüe, d’une seule arche, haut de 120 mètres, occupe l’emplacement du pont de Salah-Bey (écroulé en 1857), et ce dernier avait succédé à un pont-aqueduc romain, composé de deux rangées d’arceaux superposés. Cinq arcades de cet aqueduc subsistent en leur intégrité sur la rive gauche du Rummel, ainsi que les immenses citernes de la Kasba.

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La partie haute du plateau, à peu près plane entre la Kasba, le palais des beys et la porte Valée au sud, est devenue le quartier européen ; des rues rectilignes y ont été percées. La ville française englobe les quatre édifices les plus remarquables de la période arabe-turque : la Kasba, rebâtie par les ingénieurs français et renfermant un arsenal, des casernes, un hôpital et un château d’eau; la mosquée de SowÆ-er-jResaZ (Aujourd’hui

cathédrale), construite en 1703 ; la mosquée de Salah- Dey, édifiée en 1776, dont les deux coupoles et le minbar (ou chaire) sollicitent un curieux regard; lePalais, à trois corps de logis, bâti par ordre du bey Hadj-Hamed.

Le quartier arabe, limité à l’est et au sud par le ravin incurvé du Rummel, occupe le versant sud, la partie basse du plateau de Gonstantine. Rues en zigzag et en escalier, ruelles et impasses, parfois voûtées, bordées de maisons chétives, sans fenêtres, masures en pisé ou en briques, au toit couvert de tuiles ; rues sales, souvent infectes, qui semblent dégringoler les unes sur les autres ou s’accrocher à un

parapet au bord de l’abîme, tel est le tableau très pittoresque de la ville indigène. Ce quartier renferme dans ses limites la mosquée d'El-Akhdar, fière de son gracieux minaret, et la Grande Mosquée {Dj amâa-el-Kébir) , écornée par la trouée de la rue Nationale et érigée sur l’emplacement d’un temple.

La vieille cité numide est restée le foyer le plus actif de l’énergie indigène : ni son industrie ni son commerce, menacés par les importations européennes, n’ont abdiqué dans une nonchalance fatidique.

Devenue française, la ville a conservé les inédersas de Sidi-el-Kettani et de Sidi-el-Akhdar. La France l’a dotée d’un lycée, d’une école

Les gorges du Rummel vues du pont, à Constantine. — Phot. Neurdein.

Constanline. Vue générale, prise de la route de Mansouruh. — Phot. Neurdein.

L’ALGÉRIE

normale, de nombreuses écoles, d’un hôpital civil, d’une halle aux grains et d’un musée d’antiquités romaines et africaines où figure un joyau artistique, La Victoire ailée^ trouvée à la Kasba.

Biskra, chef-lieu de cercle militaire, dépendant de Batna, à 239 kilomètres de Constantine par chemin de fer; lat. N. SS» 27',

long. E. 3° 22': altitude, 138 mètres.

La reine des Zibans , baignée par l’oued Biskra, est la clef de la région orientale du Sahara algérien. La vieille Biskra, à 2 kilomètres sud de la ville française, consiste en une enfilade de villages et de jardins qui se suivent sur un parcours de 5 kilomètres (rive droite de l’oued Biskra) au milieu d’une forêt de 130 000 palmiers et 6 000 oliviers. Sous le dôme protecteur formé par ces arbres nourriciers croissent des céréales et des légumes. La ville neuve doit à son climat, sec et doüx en hiver (température Sous les voûtes du Rummel. moyenne, d’octobre

Phot. Neurdeln. ^ )>

torride en été (température de 40” à 48®

h l’ombre), d’attirer des milliers de malades et de touristes, dans son cadre de verdure coquet et gracieux, où courent des ruisseaux d’eau vivifiante. Son plan figure un rectangle régulier, sauf le front, qui est entamé par l’oued Biskra.

Bône , ville maritime , chef-lieu d’arrondissement et de subdivision militaire, à 2 kilomètres N.-E. de l’ancienne Hippone^ à l’embouchure de la Seybouse, et au pied d’un contrefort de l’Edough, qui forme la rive ouest du golfe de Bône, compris entre le cap de Garde et le cap Rosa ; tête de ligne du chemin de fer Bône-Guelma

VILLES PRINCIPALES

et de la petite ligne dé Mokla-el-Hadid (mine de fer magnétique).

Bâtie sur la lisière d’une campagne magnifique, Bône est dominée au nord et au nord-ouest par la forêt de l’Edough et la Kasba. Cette forteresse, convertie en prison pour les disciplinaires condamnés aux fers, fut construite au xiv® siècle par un sultan de Tunis; elle occupe le faîte dune colline de 500 mètres de hauteur, à moins de 1 kilomètre des remparts. Le mur d’enceinte crénelé est percé de six portes.

Des eaux vives, emmagasinées dans deux châteaux d’eau sur le front nord de la ville, alimentent copieusement les rues et les places de la

Biskra. Vue générale prise de la mosquée de Sidi-Melek. — Phot. Neurdein.

ville, qui présente, comme tant d’autres centres algériens, une double pliysionomie, arabe et européenne. La cité arabe, très modifiée par l’ouverture de voies nouvelles, n’a pas encore dépouillé son caractère. La ville européenne, assise sur un terrain uni, a pour pivot la place d’armes, ombragée de platanes et encadrée de maisons à arcades.

Le port, sûr et commode, abrité des vents ouest et nord-ouest par la croupe de l’Edough, comprend un avant-port et une darse. Les phosphates de Tébessa, le minerai de Mokta-el-Hadid et les productions agricoles de la plaine qui se déploie vers le sud-ouest lui assurent un fret précieux.

Bougie, ville maritime, chef-lieu d’arrondissement, à 210 kilomètres E. d’Alger et à 164 O. de Philippeville ; embranchement de la

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