‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 25 sur 62 · ECHELLE · texte numérisé non relu

ECHELLE

0 SO wo 200k

—limites d'Etats - Chemins de fer

deProviaces -Lignes dèPajuébots

Termes Oéoffraphimes et leurs Abréma tiens Pas- Cap ; A'ia-oource ; OnedO-Biviére Sebka-lacsaléiBaya-ErairieiMjebelJiJ-Montagne.

DE L’ALGÉRIE

L’ALf^ÉRIE

ligne Alger -Gonstantine. Population, 8 000 habitants (3 000 Français).

La rade de Bougie, formée par un vaste rentrant de la côte, est abritée contre les vents du large par les massifs du Gouraïa, du cap Bouack, du cap Cavallo ; elle comprend trois criques ou anses. Le port ou anse du sud-ouest est formé par une jetée de 206 mètres de longueur, dirigée vers le sud-est.

Bâtie en un site très pittoresque sur le versant sud du mont Gouraïa dont la crête la domine. Bougie s’étend en amphithéâtre, et ses maisons, vues du large, émergent des massifs de verdure (orangers, grenadiers,

La Galle. — Phot. Geyser.

figuiers de Barbarie) qui les entourent. Un mur d’enceinte sans grande valeur, de l’époque sarrasine, et plusieurs forts, les uns établis sur la plage ou à proximité, les autres postés sur les hauteurs en arrière du front de terre, défendent la ville et le port. La Kasba, près de la plage, construction au plan rectangulaire, a été érigée en 1309 par Pedro de Navarre; une partie de ses bastions et de ses tours n’existent plus depuis 1835. Les cinq citernes de cette citadelle peuvent emmagasiner 200 000 litres d’eau.

Son indigence en monuments modernes est en partie compensée par sa richesse en antiquités : cirque-amphithéâtre, bassins-citernes, bassins et fontaines, autres grandes citernes, colonnes, inscriptions.

La Galle, en arabe Mers-el-Khares ou Mers-ed-Djoun, petite ville maritime, chef-lieu de commune mixte, à 60 kilomètres E. de Bône par mer. Son port est une crique naturelle, abritée au nord par un îlot. Profond et étroit, il n’est abordable que du côté de l’est. Les coups de mer y ont une violence extrême. La ville, bâtie sur des rochers, n’a que 350 mètres de longueur et 60 de largeur. Des marchands provençaux fondèrent un établissement à la Galle en 1560; il subsista jusqu’en 1827.

Tébessa. Vue du marché. — Phot. Albert,

L’ALGÉRIE

Lambèse ou Lambessa, petite ville, à 11 kilomètres S.-E. de Batna (chemin de fer de Gonstantine à Biskra), entre deux collines. Son pénitencier peut admettre 900 individus. Fondé en 1851, ce poste est établi sur l’emplacement de l'ancienne Lambæsis^ où aboutissaient deux voies romaines, et qui était le camp de la 111° légion Auguste. Autour de ce camp une cité importante s’était développée, dont les portes du Nord et de l’Est subsistent encore. Les ruines de la ville antique sont éparses sur une superficie de 600 hectares. Quelques édifices ont partiel-

Philippeville. Vue générale du port. — Phot. Neurdein.

lement résisté aux outrages du temps et de l’homme : aqueduc, thermes de la III® légion, deux forums, basiliques, prétoire ou palais du légat (actuellement musée), arcs de triomphe de Commode et de Sévère, temples d’Esculape et de Minerve, amphithéâtre pouvant contenir au moins 10 000 spectateurs ; ses gradins ont servi à la construction du village et du pénitencier. Tombeaux nombreux sur les deux collines.

FMlipp e ville , ville maritime, sous-préfeçture et chef-lieu de Lcercle militaire, à 87 kilomètres N.-E. de Gonstantine par chemin de fer et à 360 E. d’Alger par mer.

Le golfe de Stora ou de Philippeville, compris entre la pointe Tarsah

VILLES PRINCIPALES

et le cap de Fer, fait face au nord-est ; les lames y sont d’une extrême violence. Le port créé par la France offre un abri sûr, même aux navires de guerre; il comprend, outre une petite darse à l’ouest, un avant-port dont la surface est de 32 hectares et une darse d’une superficie de 19 hectares et d’une profondeur de 6 à 11 mètres.

Philippeville , située à 2 kilomètres de l’embouchure du Safsaf et à 5 kilomètres E. de Stora, est bâtie sur deux mamelons, VAddouna à l’est et le Bou-Iala à l’ouest, séparés par un ravin qui a fait place à la rue Nationale. Un rempart crénelé entoure la ville ; trois portes y sont ménagées. Plusieurs redoutes ou blockhaus défendent le port et les abords du front de terre, du sud-est au nord-ouest. Tracés au cordeau, les boulevards, les rues, les places donneraient à Philippeville une physionomie toute française si les deux tiers de la population n’étaient pas formés par les indigènes, les Italiens, les Maltais. Les citernes romaines, près du rempart ouest, ont été remises en service. D’autres vestiges de l’occupation romaine ont été retrouvés.

Philippeville a un collège communal, une école secondaire de jeunes filles, un musée archéologique et une magnifique pépinière. Son marché arabe a quelque importance. Les vins de sa banlieue sont appréciés.

Sétif, sous-préfecture et chef-lieu de subdivision militaire; station du chemin de fer de Gonstantine à Alger. Population, 8 000 habitants. — La ville moderne, protégée par un rempart percé de trois portes, est située au sud de la vieille enceinte romaine; l’ancienne cité, Sitifis Colonia, Colonia Nerviana, Augusta Martialis^ était le chef-lieu de la Mauritanie Sitifienne. L’importance de la position stratégique de Sétif s’est perpétuée. Des rues larges et droites, bordées d’une double rangée d’arbres, de belles places, de nombreuses fontaines, une élégante mosquée, un marché fréquenté par dix mille Arabes, une pépinière et une attrayante oasis dans les environs, enfin, un musée intéressant, donnent à Sétif une agréable physionomie.

Tébessa, chef-lieu de cercle militaire, à 235 kilomètres S. de Bône et à 128 de Souk-Ahras par chemin de fer.

La Théveste des Romains est sise, à l’altitude de 900 mètres, au pied des derniers mamelons de l’Aurès, à proximité de la frontière tunisienne. Un climat tempéré, une campagne fertile, l’abondance des eaux de source, le voisinage de montagnes boisées qui recèlent, entre autres richesses minérales, les gisements de phosphate de la région, sont autant de garanties de la prospérité future d’une ville naissante qui a pour berceau une cité en ruine dans une oasis de magnifiques jardins.

Les monuments de la période romaine sont l’arc de triomphe de Septime-Sévère, et le temple de Minerve. Les constructions byzantines sont la citadelle et sa , piuraille flanquée de treize tours ; en outre, un monastère très vaste, d’où ont été retirées de belles mosaïques. La citadelle renferme la ville arabe, aux rues droites "et payées'; les maisons sont bâties avec des matériaux recueillis dans les^fuiniês.

LA TUNISIE

LE PAYS

Limitée au nord et à l’est par la Méditerranée, au sud par le Sahara, la Tunisie constitue l’extrémité orientale de l’Afrique mineure ou Maghreb. Aucune barrière naturelle ne la sépare de l’Algérie, dont elle n’est, en réalité, que le prolongement. Elle en diffère pourtant à certains égards et doit

à sa position, à son relief, à son climat, une . individualité propre. Formant en quelque sorte la liaison entre la Berbérie et le reste du monde méditerranéen, elle n’est séparée de la Sardaigne que par un bras de mer de 170 kilomètres, et de la > Sicile que par un chenal de 140 kilomètres A l’est, la Méditerranée, par une succession de golfes aux courbes arrondies , s’avance jusqu’au voisinage immédiat du Sahara. C’est seulement au sud que la Berger arabe. „ Tunisie prend con-

Phot. Couteu de la Rochecantur. . ^ ,

tact avec la masse continentale. De ce

côté sa frontière est fort incertaine. Aussi la superficie de la Régence est-elle assez difficile à évaluer, et le chiffre de 125000 kilomètres carrés, que dounenf la plupart des géographes, est tout à fait approximatif.

LE PAYS'

Nature et relief du sol: Les roches anciennes,. gneiss,

schistes cristallins, granits, font complètement défaut en Tunisie. Le trias y apparaît comme le terrain le plus ancien et se .rencontre des deux côtés de la Medjerda, dans la^ région de Soukh-Ahras. Le jurassique forme au nord et surtout au centre une série de dômes isolés (Bou-Kornine, Djebel Rças, Zaghouan, Djouggar), qui renferment des sources abondantes. Les divers étages du crétacé sont très largement représentés. Les forma-

Montagne de Zaghouan (versant sud). — Phot. Yver.

tiens tertiaires, surtout l’éocène,. recouvrent la plus grande partie du pays dans le nord jusqu’à Thala, et aux environs de Gafsa. A l’éocène inférieur appartiennent les gisements de phosphate exploités à Metlaouï, près de, Gafsa, et reçonnus sur divers autres points. Enfin les formations quaternaires sont représentées par des grès rouges ou jaunes surmontés d’une carapace calcaire, très abondants dans le sud et absolument infertiles, tandis que les alluvions récentes ont revêtu la plupart des vallées septentrionales d’un manteau de terres cultivables.

Les plissements tunisiens affectent deux directions diffé-

rentes. Dans le centre et le nord, ils sont généralement orientés du sud-ouest au nord-est, d’où la disposition en « crémaillère » de la côte méditerranéenne, dont les différents caps correspondent à des affleurements de roches dures. Dans le centre de la Régence, on trouve trace d’autres plissements perpendiculaires aux premiers. Dans le sud, les plissements prennent la direction est-ouest, tandis qu’à l’est et au sud-est ils sont orientés sud-nord.

' Village au pied du Zaghouan. — Phot. Soler.

Le relief est sensiblement différent de celui des autres contrées barbaresques. Les deux plissements de l’Atlas tellien et de l’Atlas saharien se sont confondus dans la province de Gonstantine, et, seul, le second se continue à travers la Tunisie. La zone des hauts plateaux n’existe donc plus. En revanche, le nord et le centre de la Régence sont occupés par un énorme empâtement montagneux de hauteur assez médiocre, puisque aucun sommet n’y atteint 1 700 mètres, tandis que, vers l’est et le sud, le pays s’abaisse doucement vers la mer d’une part et vers la dépression des chotts d’autre part.

La région montagneuse est coupée en deux parties inégales

LE PAYS

par le cours de la Medjerda. Au nord du fleuve se dressent les sommets de la Khroumirie et les hauteurs des Mogods. Véritable Kabylie tunisienne, la Khroumirie se compose d’une succession de crêtes séparées par des vallées profondes et étroites. Le ruissellement des eaux sur les assises de grès rouge ou noir y a creusé d’innombrables sillons (vallées de l’oued el Kebir, de l’oued Zaoura, de l’oued Beja), qui permettent de pénétrer dans l’intérieur.

Aussi, malgré son altitude médiocre (Djebel Ghorra,

1450 mètres. Djebel Bir, 1 014 mètres) , la Khroumirie offre-t-elle un aspect presque alpestre. Les Mogods,au contraire, beaucoup moins élevés , ne sont guère que des collines atteignant au maximum 600 mètres.

Au delà de la Medjerda, l’altitude générale est plus considérable, bien que le relief primitif ait été singulièrement altéré. Tout le centre de la Tunisie peut être considéré comme un immense dôme effondré en partie. L’érosion l’a découpé en une multitude de massifs séparés les uns des autres par de larges brèches. Les sommets nivelés ont fait place à des plateaux, tantôt horizontaux, tantôt déprimés en forme de cuvette ; parfois ils se sont écroulés, de manière à produire des cirques rocheux encadrant de hautes plaines. De là, des formes de modelé très

Un coin du Khanguet, près Grombalia.

Colonies I.

LA TUNISIE

particulières et désignées par des noms spéciaux : « kalaat », sommet tabulaire entouré d’escarpements à pics, tel Kalaat-es- Senam, plate-forme protégée de toutes parts par un abrupt de 50 mètres, à laquelle on ne peut accéder que par un escalier taillé de main d’homme; « khoudiat », éminence conique et isolée; « kef », crête rocheuse; « hamada », plateau pierreux et inculte, dont le type le plus parfait, la hamada de la Kessera, n’a pas moins de 25 kilomètres carrés de superficie. Il n’existe donc pas à proprement parler de chaîne centrale, mais une série de soulèvements isolés les uns des autres. Tandis que les monts de l’oued Mellag et de Teboursouk s’avancent jusqu’à la Medjerda, plus au sud, le Djebel Chambi (1590 mètres), le Djebel Semama (1450 mètres), le Bireno (1 470 mètres), le Berberou (1480 mètres), le Serdj, puis les monts de la Zeugitane (Djoukar, Zaghouan), se succèdent du sud-ouest au nord-est. S’il n’est pas le plus haut sommet de la Tunisie, le Zaghouan (1 285 mètres) en est du moins le plus connu et le plus caractéristique. Bien avant d’atteindre le rivage, le voyageur aperçoit son profil régulier, en forme de mitre, se dessiner au-dessus des hauteurs confuses qu’il semble dominer. Les deux sommets du Djebel Rças (700 mètres) et du Bou-Kornine (576 mètres), séparés par les gorges boisées du Khanguet, marquent l’extrémité de l’Atlas, qui vient expirer au bord du golfe de Tunis près d’Hammam-Lif. Les hauteurs du cap Bon (637 mètres au Djebel Abd-er-Rhaman), qui finissent au Ras Adar par de simples falaises, n’appartiennent pas, en effet, au système principal.

Au sud du soulèvement central, le pays s’abaisse lentement vers les chotts par une succession de plaines faiblement ondulées. Quelques chaînons minces et peu élevés : Djebel Nasser Allah, Djebel Kechem Artsouma (730 mètres). Djebel Mellousi, Djebel Orbata (1170 mètres), les traversent du sud-ouest au nord-est, tandis qu’au bord même des chotts la chaîne du Gherb au nord et celle du Tebaga au sud affectent franchement la direction est-ouest. Entre ces deux séries de hauteurs, au fond d’une dépression dont l’altitude décroît à mesure que l’on s’écarte de la mer, s’allongent sur une longueur de 200 kilomètres et sur une largeur qui atteint 75 kilomètres les chotts Fedjedj,Djerid (altitude — 16 mètres) et Gharsa (altitude — 21 mètres). Au delà des chotts, enfin, des plateaux rocailleux, connus sous les noms de plateau de Matmata, plateau de Douirat. Djebel Demmer, monts des Ksour, séparent le littoral du désert et se rattachent au Djebel Nefousa tripolitain. Termi-

LE PAYS

Hammam-el-Lif et le Bou-Kournine. — Phot. Neurdein.

nées du côté de la Méditerranée par une falaise abrupte, ces hauteurs descendent au contraire en pente douce vers le Sahara.

Climat. — Le climat tunisien présente les caractères généraux du climat méditerranéen. L’année se partage entre deux saisons, l’une pluvieuse et fraîche, l’hiver; l’autre chaude et sèche, l’été. La disposition du relief exerce toutefois sur le cli-

mat une influence considérable. Les montagnes se terminant normalement à la mer et laissant entre elles de larges brèches, les vents du nord et de l’est pénètrent au loin dans l’intérieur. Les coupures des divers massifs, l’effondrement partiel des cirques rocheux, la structure étagée des plateaux contribuent aussi à assurer la libre circulation des courants atmosphériques. Ces avantages sont, il est vrai, contre-balancés par de sérieux inconvénients. Si les vents humides venus de la Méditerranée ne sont arrêtés par aucun obstacle, le souffle desséchant du sud, le « siroco », ne rencontre non plus aucune barrière. Aussi le régime climatérique de la Tunisie est-il extrêmement inégal. Survienne un changement de direction des vents, et la sécheresse succède

brusquement à la pluie, amenant avec elle la disette et la misère. Une seule région, celle du nord, où les massifs montagneux confinent à la mer, bénéficie d’un arrosement suffisant et constant. A mesure que l’on s’enfonce dans l’intérieur ou que l’on s’avance vers le sud, la moyenne des pluies diminue, et leur chute devient de plus en plus irrégulière. Les précipitations, qui dépassent 1“, 74 à Aïn Draham, n’atteignent déjà plus que

Le partage des eaux à Tozeur.

0“,46 à Bizerte, 0“,42 à Sousse, 0“,24 à Gafsa, et sont réduites à 0“, 17 dans la région des oasis. Aussi a-t-on pu sans trop d’exagération partager la Tunisie en deux zones : celle où il pleut et celle où il ne pleut presque pas : région des cultures, au nord d’une ligne tirée de Kairouan à Sousse ; région des steppes au sud. Ajoutons que les précipitations ne se produisent guère qu’en hiver; déjà rares en avril, elles cessent complètement de juin à octobre. Les pluies enfin tombent sous forme d’averses courtes et violentes, ruissellent sur le sol dénudé ou s’évaporent rapidement sans profit pour les cultures. La température n’est pas moins instable. Sauf sur le littoral, où le thermomètre s’abaisse rarement au-dessous de 7° ou -j- 8°, des

LE PAYS

écarts considérables se remarquent entre les températures extrêmes. On a vu à Soukh-el-Arba le thermomètre descendre à — 3® (janvier) et s’élever à -j- 50® (juillet), passer à Gafsa de — 4® à -f- 48®3, à Gabès de 0® à -J- 48®3. Le climat tunisien ne présente donc pas l’uniformité caractéristique des climats maritimes. Il serait plus juste de dire qu’on connaît en Tunisie toutes les nuances intermédiaires entre le climat méditerranéen et le climat saharien.

Oued et pont de Nefta. — Phot. Soler.

Hydrographie. — Le relief et le climat font de la Tunisie un pays d’hydrographie pauvre. Dans la région nord, où les pluies sont abondantes et la neige fréquente en hiver, le voisinage de la mer ne permet pas aux eaux de ruissellement de former de grands fleuves. Aucun des torrents de la Khroumirie n’atteint 100 kilomètres. Partout ailleurs la rareté des précipitations et la longueur de la saison sèche s’opposent à l’existence de fleuves permanents.

Deux cours d’eau seuls méritent ce titre ; l’oued Milliane, qui porte à la mer, à travers les plaines du Fas et du Mornag, les eaux descendues du Zaghouan, et surtout la Medjerda. Née en

LA TUNISIE

Algérie, grossie d’affluents puissants tels que l’oued Mellag, elle roule toute l’année un volume d’eau considérable (103 mètres cubes par seconde e^n moyenne). Mais sujette à de brusques variations, resserrée dans des gorges étroites à son entrée en Tunisie et au passage des monts de Téboursouk, elle demeure absolument innavigable. Les autres cours d’eau n’ont qu’une existence temporaire. Torrents dévastateurs après les pluies d’hiver, ils ne sont en été que des lits desséchés. Parfois des touffes de lauriers-roses attestent la présence de l’humidité souterraine, mais, le plus souvent, 1’ « oued )> n’apparaît plus que comme un ruban de sable dont les bords se distinguent à peine. Assez encaissés dans les parties montagneuses, ils s’élargissent démesurément en plaine, au point d’atteindre jusqu’à 600 mètres de large comme l’oued Merguellil, et même 1 kilomètre comme l’oued Zéroud. Nombre d’entre eux n’arrivent pas jusqu’à la mer et se perdent dans des « sebkhas », étangs en hiver, cuvettes d’argile parsemées de plaques de sel en été. Un chapelet de lagunes (sebkha dejMoknine, de Sidi-el-Hani, lac Kelbia) sépare ainsi le « Sahel » des steppes de l’intérieur, et c’est à peine si cinq ou six fois par siècle, à la suite d’inondations et de pluies prolongées, les eaux de la Tunisie centrale réussissent à se frayer un passage jusqu’au littoral. La présence de nappes d’eau souterraines remédie heureusement dans une certaine mesure à la pénurie des eaux courantes. Il en est de même dans le Sud. Là où les eaux font défaut, c’est la stérilité désertique; autour des puits au contraire, ou le long des oueds aux eaux courantes, s’épanouit la splendide végétation des oasis (Tozeur-Nefta).

Littoral. — Le littoral est loin de présenter tous les avantages que l’on pourrait attendre de sa longueur (1 075 kilomètres) et de sa situation en bordure des deux bassins de la Méditerranée.

Au nord le rivage de la Khroumirie est une véritable côte de fer. Les derniers contreforts des montagnes y projettent des caps (caps Roux, Nègre, Serrât, cap Blanc, RasEngela), mais les abris dont le principal est celui de Tabarka, protégé contre les vents du large par un îlot rocheux que couronnent encore les restes d’une forteresse génoise, sont insuffisants. Au large s’éparpillent quelques îles sans importance, la Galite, les Fratelli. Le seul port de la région septentrionale, Bizerte, se trouve au débouché d’un lac de 60 kilomètres de tour, offrant presque partout des profondeurs de 10 à 15 mètres. L’ouverture d’un canal, mettant en communication le lac avec la Méditerranée, a transformé

LE PAYS

cette petite mer intérieure en un port militaire de premier ordre.

Le besoin s’en faisait sentir, caries alluvions de laMedjerda, après avoir comblé l’ancien golfe d’ütique, ont rendu inaccessible Porto-Farina. Le golfe de Tunis lui-même, large de 70 kilomètres entre le Ras Sidi-Ali-Meki et le cap Bon et s’enfonçant de 50 kilomètres dans l’intérieur, n’offre plus, depuis la ruine de Carthage, de port véritable. L’industrie humaine a du intervenir et draguer un canal à travers les vases du Bahira (lac

de Tunis), pour permettre aux navires, jadis contraints de 'mouiller au large de La Goulette, d’arriver jusqu’à la capitale.

1^,. / La péninsule du cap Bon n’est pas hospitalière ; le Ras Adar,

, qui le termine, a été de tous temps redouté. A l’orient la côte du Sahel ne vaut guère mieux. Plate, bordée de lagunes, précédée , d’îles basses (Kerkeniia, Kouriat) elle se prête mal à la vie maritime. Hammamet, Monastir, Mehdyia sont des mouillages plutôt p' que des ports. Seules Sousse et Sfax méritent ce nom. Encore ^ ' a-t-on dû doter d’un port artificiel la première de ces villes, et ^ : creuser à travers les vases, alternativement couvertes et décou-

• > vertes par le flux et le reflux, un chenal permettant aux vaisseaux

; ■ de venir s’amarrer sous les mûrs de la seconde. Au delà du Ras ' ■ Kapoudia commence la courbe rentrante du golfe de Gabès, la

LA TUNISIE

Petite-Syrte des anciens. Des bancs de sable à peine immergés, des courants violents, non moins que l’amplitude des marées (3 mètres), y rendent la navigation difficile. De l’embouchure de l’oued Gabès à la frontière tripolitaine il n’existe pas un seul port. Le lac des Bibans manque de profondeur. Seule la baie de Bou-Grara, entre l’île deDjerba et la côte africaine, pourrait devenir à peu de frais un refuge excellent, si l’éloignement où elle se trouve des principaux centres ne neutralisait les avantages qu’elle doit à sa configuration.

Régions naturelles. — La Tunisie peut se partager en un certain nombre de régions naturelles assez différentes les unes des autres : la région montagneuse du Nord, le Sahel, les steppes, le Sud.

La région montagneuse du Nord mériterait le nom de Tell tunisien. C’est à la fois la partie la plus élevée et la mieux arrosée du pays. Au nord de la Medjerda, les sommets de là Khroumirie constituent un puissant condensateur au conctact duquel les vents méditerranéens précipitent leurs pluies. L’humidité jointe à l’altitude générale du pays a permis à la végétation forestière d’y prendre un grand développement. Sur les crêtes et long des pentes s’étagent des forêts de chênes zéens, de chêneslièges, d’aunes, de peupliers blancs ou noirs. Les vallées, fertilisées par les alluvions des torrents, se prêtent aux cultures de maïs, de froment, d’orge et de millet. En maint endroit des prairies naturelles conviennent à l’élevage du bétail. Au sud de la Medjerda l’aspect du pays change, à mesure que les pluies se font plus rares. Le pin d’Alep, l’acacia, l’olivier sauvage prennent la place des arbres européens. Le sol se hérisse de touffes de lentisques et de jujubiers, que la charrue du Bédouin contourne parce qu’elle ne peut les déraciner. Les montagnes se dénudent, leurs cimes couvertes de rares broussailles, souvent même absolument nues, ressemblent à des ruines. Sur des rocs isolés se dressent des citadelles comme le Kef; à leurs flancs s’accrochent des amas de masures grises comme Teboursouk et comme Dougga, dont le Capitole et le théâtre dominent au loin la vallée de l’oued Khalled. Entre les massifs montagneux s’insèrent des plaines plus ou moins élevées (plaines de la Dakhla, du Sers, du Fas, du Mornag, du cap Bon), recouvertes d’un manteau d’alluvions qui les rend propres à la culture. Moins bien arrosées et peut-être naturellement moins fertiles que les autres, les plaines voisines de Tunis se sont transformées les premières sous l’impulsion des Européens. Des champs de céréales, des vignobles y réduisent de

LE PAYS

jour en jour l’étendue de la brousse. Des villages aux noms européens, Potin ville, Gréteville, Saint-Cyprien, etc., peuplés de cultivateurs français ou italiens, munis d’un bureau de poste et d’une école, se sont élevés au milieu de campagnes naguère désertes. Des fermes aux toits rouges entourées d’eucalyptus se dressent à côté des gourbis de branchages ou des tentes de toile brune. Des routes, des voies ferrées rayonnent dans toutes les directions.

Le Sahel est déjà bien différent ; bande de terre argilo-mar-

L’oued Gabès.

neuse, large de 14 à 15 kilomètres, souvent interrompue, il est vrai, par des lagunes salées, il suit la courbe du littoral, de la péninsule du cap Bon au golfe de Gabès. La nature du sol et, plus encore, l’irrégularité et l’insuffisance des pluies rendent cette région peu propre aux grandes cultures de céréales. C’est en revanche la terre d’élection de l’olivier. Il y couvrait autrefois de vastes espaces et formait une véritable forêt, dont les restes se reconnaissent encore aujourd’hui entre Mehdyia et Sfax (massif forestier de Cheba). Aussi la culture de cet arbre restet-elle le principal élément de la richesse du Sahel. Les bourgades et les villes où se groupent les habitants, Moknine, Djemal, Kalaa Kebira, Kalaa Srira, Sousse, Sfax, sont environnées d’une

LA TUNISIE

banlieue d’olivettes et de jardins qui se prolongent au loin dans la campagne. Orangers, citronniers, amandiers, soigneusement entretenus et irrigués, font aux villes une ceinture de verdure. Longtemps somnolent, tout ce pays semble enfin commencer à se réveiller. La mise en valeur de terrains jusqu’alors inexploités a sensiblement étendu la zone des cultures, en particulier dans la région de Sfax. Européens et indigènes ont créé de nouvelles olivettes. L’industrie moderne a fait son apparition. Des huileries munies de tous les perfectionnements scientifiques ont été substituées aux pressoirs indigènes, et l’huile du Sahel est déjà l’élément le plus important du trafic de la Tunisie avec l’étranger.

L’animation et la richesse du Sahel contrastent vivement avec la solitude et la pauvreté de la région des steppes. Du littoral à la frontière algérienne, des soulèvements du centre à la dépression des chotts, se déroulent, en effet, des plaines légèrement ondulées, traversées çà et là de chaînes rectilignes et minces, dont les plus méridionales renferment, aux environs de Gafsa, des gisements de phosphates. Rien de plus lugubre que ces immenses étendues monotones, sans autre accident du relief que les rocs dénudés et blanchâtres qui ferment l’horizon. Le sol n’est pas naturellement stérile, mais, faute de pluie, il demeure presque partout inculte. Çà et là apparaissent quelques touffes de jujubiers et de lentisques, parfois aussi des plaques d’une herbe rare et dure que broutent des troupeaux de moutons maigres ou de chameaux efflanqués. Pas de villes, mais, de loin en loin, des tentes de toile ou des gourbis de branchage, abri temporaire des tribus nomades (Zlass, Fraichiches, Souassi, etc.). Seule, la cité sainte de Kairouan met un peu de vie dans cette solitude. Son enceinte quadrangulaire, dominée par le minaret et les coupoles de la mosquée de Sidi-Okba, se développe au milieu d’une plaine sablonneuse, marécage en hiver et désert en été. Au bord des rivières ou dans les fonds marécageux [garat bahirat) apparaissent pourtant quelques arbres et des champs clairsemés, tandis que, vers la frontière algérienne, ondulent sur d’immenses espaces les touffes vert sombre de l’alfa. Cette région misérable fut pourtant autrefois prospère. A l’époque romaine, les eaux, retenues par des barrages ou captées par des puits, suffisaient à l’irrigation du sol et permettaient la culture de l’olivier et des arbres fruitiers. Alors florissaient Gillium, Aquæ Regiæ, Thelepte, Suffetula (Sbeitla), dont les temples et les arcs de triomphe dominent aujourd’hui des plateaux dénudés. La population agricole devait être nombreuse, comme en

LE PAYS

3ol

témoignent les ruines de fermes et les vestiges de constructions épars sur toutes les routes, qui de Kairouan ou de Tébessa conduisent vers Gafsa.

Gafsa est déjà une ville d’oasis. Elle est la porte occidentale du Sud tunisien, comme Gabès en est la porte orientale. Au delà s’ouvre le Sahara avec ses pluies très rares et ses brusques variations de température. La carapace de grès et de calcaire qui

Dans l’oasis de Gafsa.

constitue le sol se désagrège sous l’action des intempéries et se transforme tantôt en plateaux pierreux (hamadas), tantôt en dunes sablonneuses (erg). Malgré les conditions générales de température qui sont les mêmes pour tout le Sud tunisien, il est cependant possible d’y reconnaître quelques régions distinctes. En arrière du littoral, au delà des plaines rocailleuses parcourues par les tribus des Ouderna et des Oughamma, le plateau calcaire des Matmata sert d’abri aux populations troglodytes, qui ont creusé dans le roc leurs habitations et leurs magasins, tandis que d’autres tribus bâtissaient au sommet 'de rocs déchiquetés leurs « ksour », amas de constructions voûtées que do-

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minent le donjon d’une forteresse ou le minaret d’une mosquée. De deux côtés des chotts s’alignent les oasis du Djérid au nord, celles du Nefzaoua au sud. Les premières, El Oudian, El Hamma Tozeur et Nefta, sont peut-être les plus riches de tout le Sahara. Des puits et des ruisseaux, dont l’eau est parcimonieusement ménagée, y entretiennent une végétation luxuriante. Au milieu des jardins entourés de murs en terre battue, les palmiers dat-

Oasis de Gabès. — Phot. Soler.

tiers élèvent d’un seul jet leur tronc couronné d’un bouquet de palmes. Au-dessous se pressent les orangers, les citronniers, les grenadiers, la vigne; plus bas encore le froment et l’orge. Mais toute cette richesse ne se déploie que sur un espace très restreint, et les oasis ne sont que des îlots de verdure perdus au milieu du désert. Déjà le sable entoure comme d’une couronne les jardins de Nefta, et, quelques kilomètres plus à l’est, on se trouve déjà au milieu des dunes du grand Erg oriental.

Flore et Faune. — La flore tunisienne est essentiellement une flore méditerranéenne. Les formes de végétation et les

Oasis dite « Corbeille de NefLa ». — Phot. Soler,

LA TUNISIE

espèces qu’on y rencontre sont les mêmes que dans les autres parties de l’Afrique mineure. Comme en Algérie, les forêts sont rares et ne se montrent que dans les parties montagneuses exposées à des pluies abondantes. Aussi les principaux massifs forestiers se trouvent-ils en Khroumirie, où ils sont surtout formés de chênes-lièges (82 000 hectares). Le centre et le sud sont déboisés, à l’exception des massifs de Férianah et deMaktar, où dominent le thuya et le pin d’Alep, et de celui de Gheba, composé d’oliviers sauvages. La zone des pluies médiocres est caractérisée par la brousse, fouillis d’arbustes peu élevés (1“,50 en moyenne), pistachiers, jujubiers, romarins, lentisques, genêts, bruyères. L’olivier, arbre typique des régions méditerranéennes, prospère partout, mais est tout spécialement cultivé dans le Sahel et dans l’île de Djerba. Les orangers, citronniers, mandariniers poussent en abondance dans certains districts bien abrités (la Manouba, Hammamet, Nabeul) et dans les oasis duDjérid. Le palmier, enfin, simple plante d’ornement dans le Nord, porte des fruits dans le Sud. Médiocres encore et peu comestibles à Djerba et à Gabès, les dattes atteignent toute leur saveur dans le Djérid, où se récolte la variété transparente dite degla-nour (datte lumière). Quant aux céréales (700 000 hectares), elles trouvent dans les plaines d’alluvions un terrain particulièrement propre à leur croissance et réussissent même dans les régions du centre lorsque l’humidité est suffisante. Ajoutons enfin que la vigne prend une extension de jour en jour plus grande et qu’un vignoble de 8 000 hectares est déjà constitué.

La faune ressemble beaucoup à celle de l’Algérie. Les grands carnassiers, lion et panthère, ne se rencontrent qu’exceptionnellement dans les massifs boisés du Nord. Le chat sauvage, le chacal, l’hyène, sont, au contraire, très répandus dans la région centrale. Quelques buffles subsistent dans le Djebel Achkel, près de Mateur; le mouflon et la gazelle séchassent encore dans le Sud. Les reptiles sont nombreux et les indigènes redoutent la vipère cornue et le naja, dont la morsure est mortelle. Les côtes, enfin, grâce à la faible profondeur des eaux et aux bancs de sable qui les bordent, sont fréquentées par des espèces sédentaires ou migratrices. La pêche de l’anchois et de la sardine occupe chaque année, d’avril à juillet, près de deux mille individus ; le thon est capturé sur la côte de Khroumirie, sur celle du cap Bon et celle du Sahel. Le corail se récolte à Tabarka et à l’île de la Galite; l’éponge sur le littoral de la Syrte, de Sfax à la frontière tripolitaine.

Georges Y ver.

LA POPULATION

LA POPULATION

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