‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 34 sur 62 · CARTE DE LA TUNISIE · texte numérisé non relu

CARTE DE LA TUNISIE

LA TUNISIE

toute nature, des farines et semoules, des vins et spiritueux, enfin de la houille. Il est à remarquei* que les importations ont doublé de valeur entre 1892 et 1899. L’ensemble de ce mouvement commercial n’a pas été moindre de 130 000 tonnes à l’entrée et à la sortie en 1899. Le nombre des passagers a atteint 14 000 pendant la même période. Quand les gisements de Gafsa seront en pleine exploitation, Sfax recevra 300 000 tonnes de phosphates par an. De plus, les nombreuses olivettes des terres sialines commencent à lui envoyer leurs produits. L’avenir de ce port est donc considérable. C’est en outre, un centre de pêche extrêmement actif. Environ 4o0 barques fréquentent Sfax, qui reçoit aussi pendant la période de la pêche des éponges une quarantaine de sakolèves grecques, 300 bateaux siciliens et 350 barques tunisiennes. Cette population maritime représente 3 000 âmes qui s’approvisionnent dans la ville et y portent le produit de leurs pêches.

Kairouan, à 167 kilomètres de Tunis, à 53 kilomètres de Sousse par voie ferrée. Chef-lieu d’un contrôle civil. Population, 20 000 habitants, dont 250 Français environ. Kairouan a un aspect saisissant avec ses hautes murailles, ses innombrables dômes, ses minarets carrés, lourds et massifs. Cinq portes principales mènent à des ruelles tortueuses et étroites bordées de boutiques grandes comme des boîtes, où les marchands sont accroupis à la turque. Kairouan a également des souks où l’on débite des étoffes, des tapis, delà sellerie ornementée de brçderiesd’or et d’argent, où l’on fabrique des milliers de babouches en cuir jaune. Ce qui fait l’originalité de Kairouan, ce sont ses édifices religieux, koubbas, zaouïas, mosquées. De ces dernières la plus célèbre est la Djamaa Kebira (grande mosquée), « dont le haut minaret domine la ville et le désert qui l’isole du monde. C’est un immense et pesant bâtiment soutenu par d’énormes contreforts, une masse blanche, lourde, imposante, belle d’une beauté inexplicable et sauvage. En y pénétrant, apparaît d’abord une cour magnifique, enfermée par un double cloître que supportent deux lignes élégantes de colonnes romaines et romanes.

« La mosquée proprement dite est à droite, prenant jour sur cette cour par dix-sept portes à double battant. C’est un temple démesuré qui a l’air d’une forêt sacrée, car cent quatre-vingt colonnes d’onyx, de porphyre et de marbre supportent les voûtes de dix-sept nefs correspondant aux dix-sept portes.

« La chaire, en panneaux curieusement fouillés, donne un effet très heureux, et le mihrab qui indique La Mecque est une riche niche de marbre sculpté, peint et doré, d’une décoration et d’un style exquis. » (Guy de Maupassant, La Vie errante.)

Le minaret a cent quatre-vingt-neuf marches. C’est de là-haut que Kairouan apparaît bien dans son majestueux isolement, tout éblouissante de blancheur au milieu du vaste désert jaune. « Cet horizon est infiniment vide et triste et plus poignant que le Sahara lui-même. » Hors de la ville, à 1 kilomètre à peine, la mosquée de Sidi Sahaô (le barbier du Prophète), édifice coquet, gracieux où l’on peut admirer de merveilleux panneaux de faïence antique, de fines sculptures sur plâtre ajouré

Kairouan. Vue générale. — Phot. Neurdein.

LA TUNISIE

et une grande belle cour aux arcs en fer à cheval retombant sur des colonnes romanes. La mosquée des Sabres, avec ses cinq dômes, est moins originale. Quant aux zaouïas, elles sont trop nombreuses pour être citées. Dans l’une d’elles, les aïssaouas se livrent à leurs exercices de jonglerie sauvage.

Entre les remparts et la station de la voie ferrée quelques édifices publics autour desquels se sont groupées des habitations particulières.

Kairouan. Mirhab de la grande mosquée.

Il n’y a plus guère d’industrie dans la cité sainte. La réputation des fameux tapis aux teintes éclatantes est compromise depuis l’emploi des couleurs d’aniline. Cordonniers, selliers et tisserands ne satisfont guère qu’aux besoins locaux.

Le mouvement commercial dépend de l’abondance ou de la rareté des pluies. Quand les immenses plaines qui entourent la ville laissent mûrir le grain, de longs convois de céréales se dirigent vers Kairouan, où se tient pendant plusieurs semaines un important marché. Quelques balles d’alfa, de laines et de peaux sont aussi l’objet de transactions.

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