‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 40 sur 62 · GOUVERNEMENT GENERAL · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT GENERAL

DE

L’AFRIQUE OCCIDENTALE

Les possessions françaises de l’Afrique occidentale se divisent en deux groupes distincts : le premier, comprenant, sous le nom de gouvernement général de l'Afrique occidentale française^ les colonies du Sénégal, de la Guinée française, de la Côte d’ivoire et du Dahomey; le second, composé du seul Congo français.

Colonies formant le gouvernement général de l’Afrique ’ occidentale française.

Le gouvernement général de l’Afrique occidentale française a été institué par un décret du 16 juin 1895, qui plaçait la Guinée française, la Côte d’ivoire, le Soudan français et le Sénégal proprement dit sous la haute direction politique et militaire d’un gouverneur général, tout en conservant à ces colonies leur autonomie administrative et financière sous l’autorité de leurs gouverneurs respectifs. Toutefois, il n’était pas maintenu de gouverneur spécial pour le Sénégal, le gouverneur général étant chargé de ces fonctions.

Le Dahomey demeurait en dehors de cette organisation; mais son gouverneur, afin de donner à notre action dans l’Ouest africain une impul-

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sion unique, était tenu d’adresser au gouverneur général un duplicata de tous ses rapports politiques et militaires.

D’après le décret précité, le gouverneur général était responsable de la défense intérieure et extérieure et disposait à cet effet de toutes les forces de terre et de mer qui y sont stationnées. Il était interdit aux gouverneurs de la Guinée, de la Côte dTvoire et au lieutenant gouverneur du Soudan d’entreprendre, sans son autorisation, aucune opération militaire, sauf pour répondre à une agression. Un commandant supérieur des troupes de l’Afrique occidentale française était chargé, sous l’autorité du gouverneur général, de commander toutes les troupes réparties dans ces diverses régions.

Cette organisation fut modifiée une première fois le 25 septembre 1896 par un décret qui rendait son entière indépendance au Dahomey, et ne rattachait à l’Union la Côte d’ivoire que par un lien fragile, en obligeant seulement son gouverneur, comme précédemment celui du Dahomey, à transmettre au gouverneur général une copie de tous les rapports adressés par ses soins au ministère des Colonies.

Mais elle fut précisée et fortifiée par un second décret, du 17 octobre 1899, qui constitue à l’heure actuelle la charte du gouvernement général de l’Afrique occidentale française. Afin de donner une cohésion plus grande à la réunion jusque-là un peu artificielle de nos possessions de l’Ouest africain et d’attribuer à l’autorité française, dans son origine et son exercice, plus d’harmonie et d’uniformité, cet acte rattache d’une façon expresse et définitive le Dahomey et la Côte d’ivoire au gouvernement général, et suitout supprime, comme colonie autonome, l’ancien Soudan français, en répartissant ses diverses provinces entre les colonies côtières dont elles constituent l’hinterland, et en créant dans ses régions extrêmes des territoires militaires. Il définit en outre les rôles respectifs du gouvernement général et du commandant supérieur des troupes, et contient enfin des dispositions financières spéciales.

VUE GÉOGBAPHIQUE GÉNÉRALE

Les régions où ont été créées les colonies du Sénégal, de la Guinée française, de la Côte d’Ivoire et du Dahomey ne constituent pas seulement une unité politique, mais aussi, quoi qu’on en ait dit, une unité géographique. Cette appellation désigne bien, en effet, une région nettement délimitée, ayant son orographie propre avec un massif d’où s’échappent vers l’est et vers le nord des chaînes et des massifs secondaires; son climat, si caractéristique et si spécial; son hydrographie, avec les deux grands fleuves qui puisent leurs premières eaux aux mêmes montagnes, le Sénégal et le Niger, et ses côtes dont l’aspect est identique aux environs de l’embouchure du Sénégal et sur le golfe de Guinée.

Orographie. — Les hauteurs qui se dressent du Fouta-Djalon au Niger sont disposées en un certain nombre de crêtes parallèles et

VUE GENERALE

orientées, sauf quelques exceptions, du sud-ouest au nord-est. Ce serait là comme une sorte de Jura africain. Sur un socle montagneux peu élevé courent du Fouta-Djalon à l’angle du Niger quatre ou cinq séries de hauteurs qui, toutes, se redressent peu à peu vers le nord.

Le soulèvement principal est l’épais massif du Fouta-Djalon, d’où se détachent dans toutes les directions, et particulièrement vers le sud et vers le nord, des chaînes d’une altitude médiocre. La Guinée peut être représentée par une succession de terrasses raccordées par des talus raides; la terrasse extrême est constituée par le Fouta-Djalon, dont l’altitude varie de 100 à 1 200 mètres, à cause d’une inclinaison générale du nord au sud. De ce massif se profilent vers le sud divers contreforts dont les principaux sont : 1° le plateau gréseux du Kanéa et ses soubassements; 2° l’arête du Tamisso, qui sépare la vallée de la grande Scarcie de celle de la petite Scarcie ; 3» l’arête du Kolossaghea. D’autre part, vers le nord s’allongent également d’autres séries de collinés, supérieures en altitude à celles du sud et qui, entamées, elles aussi, par de profondes érosions, vraisemblablement d’origine glaciaire, laissent s’échapper, par des pentes très abruptes, les cours d’eau, affluents du Sénégal : telles sont les hauteurs du Letansan (1 100 mètres) et celles de Bafoulabé.

La deuxième série de hauteurs part vraisemblablement du territoire de Libéria pour se terminer vers l’est à Tiola, parallèlement aux hauteurs de Sikasso. D’abord fort peu élevée (500 mètres environ à Koro), elle s’élèverait à 800 mètres et culminerait à 1 000 mètres aux environs de Lalasso. Au delà, la chaîne ne tarde pas à s’abaisser jusqu’à n’avoir que 400 mètres près de Tiola. Ces chaînes sont quelquefois doubles et même triples.

La troisième rangée est celle qui, partie des environs de Thiassalé, se dirige très loin dans la direction du nord pour prendre, au moment de se terminer, une orientation ouest-est. Ces hauteurs s’accroissent vers le nord : le massif de Bokabo constitue un plateau avec les monts Ambélé : <( Par sa position centrale, par le nombre et l’importance des rameaux qu’il projette, le nœud serait le massif du mont Mina (20 000 kilomètres carrés), d’où jaillissent les sources de la Volta, du Banifing, de la Komoé et du Bandama. » Ce serait un Saint-Gothard en miniature. Ce massif se continue vers le nord par le soulèvement du Kénédougou et la chaîne assez peu explorée du Tagouara; enfin rien n’empêche d’admettre que ce massif, à son tour, se prolonge par les hauteurs du Hombori, dont les falaises abruptes culminent à 800 ou 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Une quatrième série de hauteurs, très bien observée par le capitaine Baud, se compose d’une petite chaîne qui longe tout d’abord la rive droite de la Volta (massif d’Akoumou), puis passe sur la rive gauche en gardant une hauteur de 400 à 500 mètres. Ces collines viennent diverger au plateau de Bismarckbourg, puis se confondent en une chaîne unique pour s’élargir à nouveau au massif de l’Atakora. « Au-dessus de Kouandé, comme l’a remarqué M. l’administrateur Alby, s’élève un massif montagneux, celui de l’Atakora, premier centre important que l’on rencontre en passant de la vallée des affluents de l’Ofé à la vallée des affluents de

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la rivière Makourou. Ce massif est formé d’un ensemble de chaînes parallèles dont l’altitude maximum ne dépasse pas 500 à 600 mètres et qui se prolongent vers le nord-est dans le Gourma et vers le sud-ouest au rivage de la Côte d’Or par Yendi et Salaga. »

Beaucoup plus complexe est le massif dahoméen, qui ne comprend que des hauteurs de peu d’importance. Le plus souvent les hauteurs du Dahomey sont en pente douce et au sommet affleure le granit : tels sont le pic d’Akafô, les montagnes de Savé et le pic Ataké, au-dessus de la plaine de Savalou. C’est ainsi qu’on atteint les monts Delcassé, véritable cirque de 1 200 mètres, d’où se détachent toutes les autres chaînes qui sillonnent au sud la colonie du Dahomey.

Ainsi, les montagnes de la boucle du Niger ont été constituées par un double soulèvement, celui du sud-ouest au nord-est, qui a été de beaucoup le plus important, et une autre série de soulèvements en sens inverse, c’est-à-dire du sud-est au nord-ouest. Dans le Fouta-Djalon, par exemple, les hauteurs parallèles, orientées du sud au nord, ont été heurtées par des massifs en sens inverse. D’autre part, la série des hauteurs reconnue par le capitaine Blondiaux se raccorde au Fouta par une chaîne de collines transversales. De même encore, du massif de l’Atakora se détache du sudest au nord-est un contrefort assez important qui culmine à Pama et passe entre le Mossi et le Gourounsi. C’est cette même rangée de hauteurs qui longe la rive gauche du Poplogon et vient rejoindre la muraille qui se profile du sud au nord au-dessus du pays de Kong; enfin, le même soulèvement en sens contraire se retrouve dans le pays dahoméen, puisque M. Toutée signale une série de collines qui s’étendraient de Lokodja sur le Niger à Tchaki, où elles se redresseraient pour former une sorte de plateau dominant les plaines environnantes. En résumé, les hauteurs de la boucle du Niger et du Sénégal, presque toujours d’une faible altitude, se sont généralement alignées en soulèvements parallèles du sud-ouest au nord-est, pendant que d’autres hauteurs, moindres encore, se dirigeraient dans le sens nettement opposé.

Climat. — D’après les observations de nos explorateurs, le climat de l’Afrique occidentale est caractérisé par l’alternance d’une saison sèche avec vents du nord, et d’une saison humide avec pluies et orages venant du sud; la région du Niger est un pays de moussons très caractérisé. Comment s’expliquer cette alternance ? Pendant l’été boréal, le Sahara brûlant est un foyer d’appel ; les vents viennent de l’Atlantique et soufflent du sud-est et du sud-ouest vers le nord et le nord-est. Ayant traversé l’Atlantique, ils entraînent avec eux des nuages chargés de pluies; accrochés au flanc des hauteurs ou mis simplement en contact avec la terre, ces nuages crèvent : c’est la saison des pluies. En hiver, le phénomène contraire se produit. C’est la mer qui sera relativement plus chaude que le désert, puisque le soleil se trouve alors dans l’hémisphère austral, et c’est la mer, par conséquent, qui constituera le foyer d’appel. Les vents soufflent alors du nord et du nord-est; ils viennent du désert vers l’océan Atlantique ; ils n’apportent pas de nuages; c’est la saison sèche. Telles sont les règles générales, à part les phénomènes locaux

VUE GÉNÉRALE

qui peuvent modifier la direction générale des vents et des pluies. La quantité de pluies tombées diminuera sensiblement en allant du sud au nord et de l’ouest à l’est. Les nuages s’épuisent en effet, à mesure qu’ils s’éloignent de la côte.

La température est moins haute pendant la saison des pluies, grâce à l’humidité persistante de l’air, que pendant la saison sèche, période qui ramène les vents brûlants du. désert. Mais cette chaleur humide est plus difficile à supporter pour l’Européen, « que la moindre averse expose à la fièvre », tandis que la saison sèche est la saison saine par excellence. Alors, pendant la nuit, le thermomètre tombe quelquefois assez pour procurer au voyageur une fraîcheur relative (-f- 9® et -}- 1 2°). Ces sautes de température ne sont pas rares vers l’est, du mois de novembre à février, tandis qu’elles sont absolument inconnues du mois de juin au mois d’octobre.

Hydrographie. Le Séyiégal. — Les territoires de l’Afrique occidentale se répartissent en deux domaines fluviaux nettement délimités, le Sénégal et le Niger, qui, après avoir pris naissance non loin l’un de l’autre, dans l’épaisseur des massifs du Fouta-Djalon, courent d'abord en deux vallées parallèles, puis divergent en sens opposé, au point que le premier atteint la mer au nord du Sénégal, tandis que l’autre va se déverser au fond du golfe de Guinée.

Le Sénégal (longueur approximative, 1 700 kilomètres) est constitué par deux cours d’eau, tous deux descendant de la pente nord du Fouta, le Bakhoy (fleuve Blanc) et le Bafîng (rivière Noire); ce dernier, plus important comme débit, est généralement considéré comme la source mère. Né près de Timbo, il reçoit sur ses deux rives plusieurs cours d’eau. Le Bakhoy, issu d’un faisceau de rivières sur le versant nord-est de la chaîne du Manding, se grossit du Baoulé (rivière Rouge), qui le rejoint à Bafoulabé. En aval de Kayes, le Sénégal reçoit la Falémé. A Rayes, il change de direction et oblique sensiblement vers le nord-ouest. Repoussé par les dunes qui accompagnent sa rive droite, il décrit un demi-cercle et les comptoirs se succèdent en véritable chapelet : Bakel, Dagana, Matam, Podor, etc.

Aussi rien ne ressemble-t-il moins au Sénégal supérieur que le cours inférieur du fleuve. Dans son bassin supérieur, il était encadré par des montagnes et coupé d’écueils, de seuils et de rapides ; dans la partie inférieure il se ramifie en un grand nombre de faux bras et de marigots, et quelquefois même s’étale en de véritables lacs (lac de Kakar, au nord de Dagana; lac de Guier dans le pays des Oualgo; marigot des Maringuins, plus près de l’embouchure, etc.).

L’estuaire, plus conventionnel que réel, du Sénégal est encombré d’abord par les apports alluvionnaires du fleuve, ensuite par la barre qui rend impraticable cette voie fluviale pour les navires venus de la mer. Ce sont des barques sénégambiennes qui vont au large chercher les voyageurs et les marchandises et les transportent, avec une adresse infinie, de l’autre côté de la barre. Dans le fleuve, le commerce se fait par l’intermédiaire de petits vapeurs qui, suivant la saison, remontent plus ou moins loin vers l’est.

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Le régime du Sénégal diffère sensiblement du régime des rivières voisines. Le niveau de ses eaux se maintient régulièrement à un étiage assez élevé. Les seuils du bassin supérieur forment comme autant de bassins naturels qui, aux eaux moyennes et aux hautes eaux, retiennent l’eau et la restituent au fleuve, épuisé pendant la saison sèche. Grâce à cette heureuse disposition, le Sénégal est navigable en toute saison jusqu’à Mafé, sur 350 kilomètres; aux hautes eaux, les navires peuvent atteindre Bakel et même quelquefois Médine. En amont de Médine s’étend un admirable bief navigable, de 40 kilomètres, entre Loutou et Bankaria, et accessible en toute saison pour les petits vapeurs.

Le Niger est le fleuve par excellence de l’Afrique occidentale. Il a une longueur de 3 750 kilomètres, alors que sa distance en ligne droite, des sources aux embouchures, est à peine 1 700 kilomètres. Il décrit exactement un demi-cercle qui serait sous-tendu par la côte presque rectiligne du golfe de Guinée.

Le Niger ou Djoliba est formé par la réunion, près du village de Laya- Sauto, du Timbi et du Faliko. Le Timbi prend naissance au pied du mont Konkonante, par 860 mètres d’altitude. Le Faliko naît près des ruines du village de Dembasoua, à 5 kilomètres à l’est de Boria. Ces sources ont été aperçues pour la première fois non par Zweifel et Moustier, mais bien par le capitaine Briquelot (6 mars 1893). Il coule vers le nord-est jusqu’au delà de Tombouctou.

Au-dessous de Nalia, le fleuve naissant disparaît dans la fameuse perte de Timbi, signalée par Zweifel. Ses eaux augmentent progressivement de volume ; à Toulimandio la navigation devient possible en toute saison, mais pour les petits bateaux seulement. De là, les chalands et les canonnières naviguent sur le fleuve de Koulikoro à Ségou-Sikoro, puis, plus au nord, de Ségou-Sikoro à Sansanding.

Les explorateurs français ont découvert, à l’ouest de Tombouctou, une véritable Mésopotamie nigérienne et toute une région lacustre dont l’existence était eneore insoupçonnée. Si le lac Faguibine était, en effet, mentionné auparavant sur les caries, il n’en était pas de même du lac Daouna (20 kilomètres de largeur), de la mare de Bankoré, de celle de Bonkoro, etc.

Le fleuve arrive ainsi à la hauteur de Tombouctou, qui se trouve à plus de 7 kilomètres du Niger ; mais Tombouctou possède trois avantports : Korieta, Kourioumé et Kabara. C’est à Kabara que se termine le Niger supérieur.

A partir de là, le Niger décrit un coude assez prononcé vers l’est, et c’est seulement au delà deGhergo que le fleuve incline nettement vers le sud-est, puis, plus loin, vers le sud. Dans cette partie de son cours, le Niger longe et ronge sur sa rive gauche les dernières dunes sahariennes; sa rive droite est plus élevée et plus abrupte. A Tinalchiden apparaissent les premiers rapides, peu importants d’ailleurs. En même temps, le fleuve forme de nombreuses îles, à peu près inondées en temps de crues, étalant, au contraire, des berges assez hautes en temps de maigres. On en rencontre une en face de Tosaye. Dans le défilé même, le lit mesure encore plus de 100 mètres de large; au sortir de ces gorges, l’étendue

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