‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 41 sur 62 · COURS DU SÉNÉGAL ET DU NIGER · texte numérisé non relu

COURS DU SÉNÉGAL ET DU NIGER

L’AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE

double de largeur. Cette masse d’eau coule ensuite sans rencontrer d’obstacle jusqu’à Rourroum et même jusqu’à Ria. Mais, dès après Ansongo, le fond devient rocheux et les écueils paraissent : les îles se multiplient et la plus importante d’entre elles est l’île de Rouré. A Fafa existent des rapides, mais peu redoutables, qui s’étagent jusqu’à Karou. Enfin, en aval de Karou commencent les montagnes de Labeganga, réputées comme le plus mauvais passage du fleuve. Quelques kilomètres plus loin, le Niger arrive à Say. Au delà, son débit, ses crues, l’aspect des pays arrosés diffèrent sensiblement. C’est un autre Niger qui commence, « divisé en un certain nombre de canaux qui serpentent entre les îles et dont les plus profonds n’ont, par places, que 50 à 60 mètres de large ». (Commandant Toutée.) A 6 kilomètres au sud de Say se trouve une assez grande île sur laquelle la mission Hourst créa le fort Archinard.

C’est au sud de Say que commence le cours inférieur du Niger. Il décrit alors une infinité de méandres jusqu’à Madécalé et même jusqu’à Giris (ou Griss). Le fleuve s’élargit sensiblement, bien que le lit soit encore semé de bancs rocheux jusqu’à Tchakatchi; mais à cet endroit, il se divise à nouveau en bras nombreux entre des îles rocheuses. Après avoir baigné les berges d’A'aouri, il arrive enfin aux rapides de Roussa, le seul obstacle infranchissable, sauf pendant la saison des hautes eaux. Il y a trois groupes de rapides qui se dressent sur un espace de 60 kilomètres environ. De Boussa au delta, le fleuve n’a été reconnu que par le commandant Toutée, de Boussa à Badgiho, et par Mizon, de Badgibo à la mer, où le Niger aboutit par trois bras encombrés de vase : le bras d’Akassa, la rivière de Brass et la rivière Forcados.

Le Niger, dans son long parcours, ne s’alimente guère que par les pluies qui tombent à époques fixes; aussi, sauf dans son cours supérieur, il ne reçoit que des affluents peu nombreux et sans importance, le Bagoë ou Bani et la Bénoué mis à part.

Toutefois, dans son cours supérieur il recueille un grand nombre d’affluents issus du massif montagneux du Fouta-Djalon. Sur la rive est, le Mafou, la Koba, le Niandan, la longue rigole du Milo; puis sur la rive droite, le Tomboli, le Balé ou Somodougou et la Kaba, forment une ramure enchevêtrée.

Tel est l’aspect général de ce Niger qui constitue, comme l’a dit Barth, l’artère maîtresse de l’Afrique occidentale.

Navigabilité du Niger. — Il existe, en réalité, trois Niger, qui obéissent à des lois différentes et dont les caractères sont nettement distincts les uns des autres ; 1» le Niger de ses sources à Tombouctou ; 2° le Niger de Tombouctou à Say; 3° de Say à la mer; en un mot, deux fleuves tropicaux séparés l'un de l’autre par un cours d’eau de caractère désertique. Dans le massif du Fouta-Djalon, les pluies tropicales alimentent les ruisseaux dont l’union définitive constituera le cours supérieur du Niger.

Le régime jusqu’à Ségou est celui d’un fleuve tropical. A Ségou, la crue atteint 2“,20, le 1®=^ juin; 3“,70, le 4 août; 5™, 43, le 7 septembre. A la mi-septembre la décrue commence en amont de Ségou ; mais les

VUE GÉNÉRALE

hautes eaux continuent à s’écouler en aval, et la crue arrive au mois de janvier en face de Tombouctou.

Après s’être concentré jusqu’à Bammako, le Niger s’affaiblit en s’étalant dans les plaines situées à droite et à gauche de ses rives, en pénétrant dans les canaux multiples qui circulent à travers les terres, en alimentant les lacs disposés en chapelet sur sa rive droite. Au delà de Tombouctou, il n’a qu’une faible partie des eaux du bief supérieur.

, Alors commence le deuxième Niger saharien. Circulant au pied des dunes desséchées et inhospitalières, ce fleuve a encore assez d’eau pour vivre, sans affluents, sans pluies et sans réserves lacustres; mais juste assez pour ne pas mourir. Or à ce moment le fleuve, amaigri, rentre dans la zone tropicale et les pluies recommencent.

C’est à Say qu'apparaît le troisième Niger. Les ondées tombent de mars à septembre, alimentent le fleuve, qui grossit de semaine en semaine et, de nouveau se déroule en une nappe majestueuse et rapide, qui reste profonde jusqu’au delta.

Dans ces conditions, le Niger est-il navigable ? Tel est le problème que les explorateurs out tenté de résoudre. Le général Gallieni écrivait en 1885 que la « navigabilité du fleuve était certaine dans son cours supérieur et probable dans sa partie moyenne », mais l’expérience n’avait pas été pratiquement tentée. En 1895, le commandant Toutée s’embarqua sur le Niger en face de Badjibo, franchit non sans peine les rapides de Boussa et atteignit vers le nord le poste de Zinder. De son côté le lieutenant de vaisseau Hourst, parti de Kabara, descendait le fleuve, passait également les rapides redoutés et sortait par la hanche Forcados. Or bien que les tentatives des deux hardis explorateurs eussent toutes les deux réussi, leurs conclusions respectives étaient diamétralement opposées. Le Niger est parfaitement navigable même dans les rapides à condition de choisir son époque, disait Toutée. Non, objectait Hourst, le Niger, dans son cours moyen, ne sera jamais pratiquement navigable. Depuis, le lieutenant-colonel Klobb parvint à Zinder avec trois bateaux lourdement chargés et sans de trop grosses difficultés. Enfin le capitaine Lenfant réussit à ravitailler par la voie du fleuve nos postes militaires et estima que, conformément aux affirmations du commandant Toutée, le Niger est pratiquablement navigable (1901). On devine l’importance d’une telle voie navigable pour nos possessions de l’Afrique occidentale, qui se trouveraient ainsi économiquement et directement unies entre elles du Dahomey au Soudan et du Soudan au Sénégal.

Autres cours d'eau de l'Afrique occidentale. — Toutes les rivières qui ruissellent du Fouta-Djalon au sud-ouest sont peu larges, peu profondes et coupées par des seuils rocheux qui se découvrent pendant la saison sèche ; il n’y a guère à citer que les deux Scarcies, le cours du Mongo et celui du Tahili.

Beaucoup plus compliqué est le réseau des rivières qui se déroulent entre le Niger et le Bandama. On avait pendant longtemps confondu les cours d’eau du Bandama, de la Sassandra, du rio Gavally et du Férédégouba. Les explorations du capitaine Blondiaux ont permis de connaître définitivement l’économie de ce réseau hydrographique. Ainsi il est

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établi désormais que le Férédégouba et la Sassandra ou rivière Saint- André ne sont qu’une seule et même rivière formée de l’union de trois cours d’eau, le Boo et les deux Goueïa. Ce cours d’eau, une fois formé, a déjà 50 mètres de large et 250 mètres à son confluent avec leBafmg, puis il se rend directement à la mer. Quelle est exactement la direction de sa vallée ? C’est ce qui reste à déterminer puisque les renseignements rapportés par la mission Hostains-d’OlIone ne concordent pas avec ceux que nous avait donnés Blondiaux. En son cours vers le sud, la Sassan.dra recueille un grand nombre d’affluents, dont les principaux sont le Bani et le Zô. A son embouchure, la Sassandra a 250 mètres et la direction de sa sortie serait en biais par rapport à la côte (Pobéguin).

Quant au rio Cavally, il constitue une rivière indépendante. Grossi de quelques affluents dont les principaux sont le Dou et le Douhobé, le Cavally n’est nulle part le cours d’eau très important qu’on avait gratuitement imaginé. Cependant, à son embouchure, il a l’aspect d’un fleuve assez puissant, puisqu’il débouche dans la mer par une ouverture de 250 mètres, mais dans la vallée supérieure il n’a plus guère qu’une centaine de mètres.

Enfin une partie des eaux s’écoulerait vers la rivière Saint-Paul, grossie de la Tigney et de la rivière Ouré.

Dans la Côte d’ivoire, le Bandama, dont Marchand et Eysseric ont déterminé exactement la ramure touffue, est formé de deux cours d’eau d’inégale valeur : le Bandama Blanc, branche maîtresse, qui prend ses sources non loin de Fanaloko, et le Bandama Rouge. Les deux cours d’eau, réunis à Timbo, prennent la direction nord-sud et se grossissent de quelques affluents d’un débit inégal. Le Bandama ainsi formé coule dans un lit encombré d’écueils granitiques et arrive à Thiassalé, où commence son cours inférieur, également encombré d’îlots et de roches. Il a-, en face de Thiassalé, 140 mètres; puis, grossi du N’zi ou Zini, il s’élargit jusqu’à 250 mètres. Ainsi le Bandama, navigable dans sa partie inférieure, constitue un deuxième groupe hydrographique, comprenant le Bandama Blanc au centre, le Bandama Rouge à l’ouest et le Zini à l’est. Quant à l’Aguiby, c’est une petite rivière indépendante dont le développement ne dépasse pas 130 kilomètres. Le Komoé, originaire du mont Mina (950 mètres), au nord-ouest de Kong, absorbe plusieurs cours d’eau dans le haut pays, puis descend vers la mer, vis-à-vis de Grand- Bassam.

Les deux Volta, rivières du Macina et du Mossi, puis de la Côte d’Or anglaise, formeraient un troisième groupe. C’est le capitaine Baud qui, le premier, distingua entre la Volta Blanche, le Dako et la Volta Noire et démontra que le Poplogon et la Volta Rouge formaient deux cours d’eau parfaitement distincts. Cette Volta Blanche, artère maîtresse, a déjà près de 300 mètres à la hauteur de Oual-Oualé. Elle reçoit sur sa rive gauche le Poplogon, qui coule de l’est à l’ouest, et parallèlement à lui la Volta Rouge, encombrée de roches submergées.

Au Dahomey, toutes les eaux qui s’écoulent du massif principal avec une direction générale nord-sud aboutissent, en somme, à trois grandes rivières : l’Ouemé à l’est, le Kouffo au centre et le Mono à l’ouest.

VUE GÉNÉRALE

L’Ouémé, qui, à la hauteur du Q*" parallèle, a déjà une centaine de mètres, conserve' une direction générale nord-sud et recueille sur sa route les eaux d’un grand nombre d’affluents ; la Béfa, l’Ocpara, qui a une longueur de 150 mètres à son confluent, et le Zounou. Sans être ni aussi important ni aussi ramifié que l’Ouémé, le Kouffo cependant, dans son cours moyen, s’élargit jusqu’à avoir 1500 mètres d’une rive à l’autre. Quant au Mono, aujourd’hui rivière allemande, son cours est tourmenté et se dirige vers le sud en traçant un grand nombre de courbes.

Telles sont, avec l’Yéoua, aperçue par le commandant Plé, et l’Ogoun, les principales rivières qui aboutissent au golfe de Guinée. Sont-elles vraiment navigables? La question semble tranchée négativement pour la Sassandra, pour le Komoé, enfin pour l’Ouémé. Mais il est encore impossible de déterminer exactement la valeur commerciale de la route des Volta et celle du Bandama.

Les côtes. — Les caractères de la côte de l’embouchure du Sénégal à celles du Niger sont extrêmement nets : deux rivages marécageux, indécis et bordés de lagunes, séparés par une côte rocheuse et découpée où se terminent les dernières terrasses du massif du Fouta- Djalon.

De Saint-Louis au cap Vert la côte est formée d’alluvions sablonneuses charriées par le Sénégal et entraînées par la mer, sur une zone d’une largeur variant entre 15 et 20 kilomètres. On est ici en présence d’un phénomène analogue à celui dont les côtes basses de la Méditerranée ou de la Gascogne ont été le théâtre : un cordon de sables parallèle au rivage emprisonne les eaux de la mer, une série de lagunes dont la principale est la lagune de Barbarie. Aussi les ports n’existent-ils pas sur cette côte, bordée de dunes mouvantes.

Du cap Vert, dont s'est détaché le petit îlot de Gorée, la côte devient plus ferme. Rufisque est en somme assez abordable et l’embouchure du rio Saloun, comme celles de la Gambie et de la Casamance, sont plus facilement pénétrables que celle du Sénégal, où le courant d’eau a rarement plus d’un mètre à marée basse.

Au cap Boæo., où commence le territoire des Rivières du Sud, l’aspect change : la côte est déchiquetée en écueils et un cordon d’îles rocheuses (îles de Bissagos, îles de Los) jalonne la ligne de l’ancien rivage. Au pied même du rivage les hauts fonds se prolongent avec régularité assez loin vers le large. De gigantesques érosions qui entament les murs du Fouta-Djalon rendent cette côte assez dangereuse. Le rivage conserve les mêmes caractères jusqu’au cap des Palmes, où les terrasses du Fouta- Djalon atteignent encore une hauteur de 300 mètres et font saillie sur la côte basse.

A l’est du cap des Palmes commence le golfe de Guinée. Les côtes se prolongent avec une étonnante régularité et les lagunes réapparaissent, sauf cependant aux environs du cap des Trois-Pointes, collines granitiques (pays des Achantis), que continuent des falaises de grès.

De même, d’après M. Pobéguin, et contrairement à l’opinion acceptée jusqu’alors, la section de la côte comprise entre le rio Fresco et Grand-

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Bassam présenterait de grandes falaises boisées, la lagune Totoubo, de 3 à 4 kilomètres de largeur, interrompt cette barrière rocheuse, mais aussitôt la côte se redresse par des falaises escarpées et s’avance en promontoires jusqu’à 200 et 300 mètres en mer.

Mais à partir de Grand-Bassam, la bande interminable de sable et les lagunes réapparaissent. Seule, la lagune Eliré communique directement avec la mer, aussi Grand-Bassam est-il le seul port accessible aux navires calant 3 mètres; ni le lac Tendo, ni la lagune de Lagos n’offrent pareil avantage ; quant à la lagune de Porto-Novo, elle est d’un abord presque impossible. Du cap des Trois-Pointes au cap Saint-Paul, du cap Saint- Paul à Lagos, la côte dessine une série de courbes presque harmonieuses. Une sérieuse étude reste à faire sur les incessantes modifications de l’immense delta du Niger, sur l’enchevêtrement complexe des bras qui, suivant' les saisons ou les caprices du fleuve, s’ouvrent et se ferment à la navigation : les Anglais gardent jalousement leurs cartes et leurs documents sur le delta du Niger.

Camille Guy.

LE SÉNÉGAL

LE PAYS

E voyageur arrivant d’Europe qui débarque à Dakar cherche

vainement autour de lui des paysages envahis par la « luxu-

-Li riante végétation des tropiques ». Sur la côte basse de Rufisque qui lui fait face, des bouquets de palmiers mettent seuls une note de verdure; le promontoire même qui porte Dakar, le cap Vert, ne mérite ce nom que par comparaison avec le littoral aride et les falaises aux reüets aveuglants du Cayor et du cap Blanc; à terre, les pas craquent sur une poussière rougeâtre; la nature apparaît dure, sèche, presque saharienne. C’est qu’en effet, pour reconnaître les richesses de notre colonie du Sénégal, il faut pénétrer dans l’intérieur, jusqu’aux premières hauteurs qui, arrêtant les pluies venues de l’Atlantique, nourrissent une flore plus fraîche et des populations plus pressées.

Tout le bas Sénégal, entre la côte du Cayor et Bakel, sur le fleuve, appartient à la zone sub-désertique ; le Ferlo, sur la rive méridionale du Sénégal, est aussi pauvre en eaux courantes que le pays des Maures Trarzas et Braknas, sur la rive droite. Cependant, la domination française a transformé la façade littorale de cette zone : le Cayor est aujourd’hui peuplé d’indigènes laborieux et sédentaires, fixés autour de points d’eau, et cultivant l’arachide, qui est l’un des objets principaux de l’exportation sénégalienne ; de même, la vallée du fleuve, de Bakel à Saint-Louis, est une oasis allongée dans le désert ambiant.

En amont de Bakel s’ouvre un pays nouveau, d’aspect plus franchement soudanien; la brousse s’épaissit et s’élève; les arbres se font moins rares ; c’est un régime de transition, qui conduit insensiblement jusqu’au climat presque tempéré du Fouta-Djalon, au sud, tandis qu’au nord le Sahara s’annonce dans les steppes du Kaarta. Sur la côte, ce changement a lieu entre Dakar et l’estuaire de la Gambie, resté colonie anglaise.

Relief du sol. Côtes. — Le bas Sénégal n’est guère qu’une façade maritime du Sahara. Au sud des possessions espagnoles du rio de Oro, la côte est française depuis le 22° de latitude nord, sur 850 kilomètres environ, du cap Blanc au cap Vert. Le littoral plat, seulement accidenté par quelques dunes de sable qui ne

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dépassent pas 30 mètres d’altitude, est couvert d’une poussière de quartz, et bordé le long de la mer par des marigots à salines; notre ancien établissement de Portendik, havre médiocre sur une rade foraine, faisait jadis quelque trafic de la gomme apportée de l’intérieur par les Maures de l’Adrar; il est aujourd’hui abandonné, comme la station voisine de l’île d’Arguin. Ici, la mer est peu active, mais aussi peu hospitalière; le vent alizé du nord-est la refoule sans cesse vers le large et lui oppose des bourrelets de dunes qui emprisonnent parfois des étangs littoraux; le relief, bas et monotone, se poursuit sous les eaux peu profondes qui s’étalent au-dessus du banc d’Arguin; là, les bateliers indigènes circulent sans danger sur les hauts fonds, mais il n’en est pas de même des navires de fort tonnage : c’est dans les environs d’Arguin que se perdit La Méduse, en 1817.

Les mêmes caractères se maintiennent au sud du fleuve Sénégal, et même un peu au delà du cap Vert, jusqu’à l’embouchure de la Casamance ; le Cayor est plat; les sables et les argiles viennent mourir en lentes ondulations dans la mer; une flèche de sable, la « langue de Barbarie », constitue entre les lagunes et la mer la plage de bains de Saint-Louis; le cap Vert dresse sur cette vaste plaine des falaises que leur isolement fait paraître puissantes, et que soulignent, en mer, les rives basaltiques de l’îlot de Corée.

En arrière des dunes côtières, une plaine de sables, coupée par la vallée du Sénégal, remonte vers le pays tropical, glacis pauvre et desséché des plateaux intérieurs; du fleuve, on aperçoit par places, à l’horizon, de vagues amphithéâtres de collines, mais il n’existe dans ces pays aucune masse montagneuse proprement dite, aucun centre de condensation et de dispersion des eaux; peut-être l’Adrar se distingue-t-il par un relief plus varié, mais la pénétration en est encore fort incomplète, et nous devons nous borner ici à des conjectures. Or, on sait que le Sahara forme, au nord de Tombouctou, un bourrelet contre lequel les eaux d’amont se sont d’abord amassées, formant les lacs Débo et Faguibine qui furent comme le premier delta du Niger; l’Adrar serait alors le bastion le plus occidental de ce redressement, celui dont le voisinage aurait courbé le Sénégal vers l’Atlantique.

La zone de relief subsaharien, qui est celle du bas Sénégal, se continue vers l’est, empiétant même sur la boucle du Niger, par les steppes du Kaarta et du Macina; c’est une bande qui court, à travers toute l’Afrique, au nord de la limite des pluies périodiques et des eaux superficielles permanentes. Entre le Sénégal et le Niger, le Kaarta, conquis par le colonel Archinard

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sur le sultan Alimadou, est une région analogue au Sud algérien, au relief de mamelons couverts d’une grisaille où la végétation se confond avec le sol, tranchée parfois par des brèches où coulent, à de rares intervalles, des fleuves temporaires, tapissées, dès qu’une pluie d’orage s’est épanchée, d’une verdure enrichie de fleurs vives et vite séchées ; cette terre ingrate recèle cependant quelques richesses : les mines de sel de Tichit, au nord de Tombouctou, celles d’Idjil, laissées à notre sphère d’influence par la délimitation du rio de Oro, fournissent l’un des seuls articles d’échange que les caravanes tirent du Sahara.

Dans le Macina, le niveau moyen du sol est un peu plus élevé; il est voisin de 500 mètres, les pâturages y sont plus fixes et les populations moins exclusivement nomades. Quelques rangées de dunes, quelques coupoles de granit commandent d’une centaine de mètres les argiles étalées ; des collines, hautes de 800 à 900 mètres, se dressent même à l’est du Macina : ce sont les monts Homboris, dont la pente, assez douce vers le Niger, est au contraire abrupte au sud ; les roches principales seraient des grès profondément travaillés par les érosions anciennes; comme dans le Sud algérien et tunisien, auquel il faut toujours penser, quand on étudie sa contre-partie méridionale, ces massifs isolés sont les citadelles où se réfugient les pasteurs de la plaine chassés par les races d’envahisseurs.

Le relief du haut Sénégal diffère très nettement de celui du bas pays; il est plus accidenté, les rivières y sont coupées de cataractes, telles celles de Félou, près de Médine. Les sources qui forment le Niger, le Sénégal, le Falémé, la Gambie, le rio Grande s’épanouissent en éventail autour du Fouta-Djalon, et creusent leurs vallées à cascades sur les marches d’un plateau ondulé qui tombe par bonds vers le nord. La route, aujourd’hui partiellement doublée du chemin de fer, de Rayes à Bammako, marque à peu près la limite de cette région soudanienne des eaux permanentes, tandis que, plus au nord, le cours seul du Niger la fait reculer jusqu’à Tombouctou.

La région des sources et du Fouta-Djalon relève, depuis la dislocation du Soudan, delà Guinée française; nous en parlerons donc à propos de cette colonie; les districts qui la bordent au nord, notamment le Bambouk et le pays de la moyenne Falémé, de la Gambie et de la Gasamance, sont au contraire rattachés au Sénégal; ils forment une bande de terrains dont les caractères sont assez constants d’ouest en est, et qui touche à l’Atlantique par une côte plus découpée que celle du bas Sénégal.

Colonies I.

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Le sol s’incline au nord-ouest, mais la pente générale n’en est pas bien ménagée, car les brusques chutes de niveau de 20 à 100 mètres sont fréquentes, et l’aspect d’ensemble serait moins d’un glacis que d’un escalier. Les formations de grès senties plus ordinaires, et l’on a lieu de croire qu’elles s’étalaient uniformément pendant la période préhistorique; elles auraient été remaniées ensuite par le soulèvement qui a dressé le Fouta-Djalon, puis par les érosions puissantes dont témoignent les vallées actuelles. Tordu par les poussées de l’intérieur, déchiré par l’usure des eaux,, le haut Sénégal présente des alternatives de steppes ferrugineuses et de chaos; pas de chaîne de montagnes, mais plutôt des accidents, des pointements de granit élevés de 100 à 200 mètres au-dessus du niveau ambiant, ou encore des plateaux tabulaires comme celui de Kita, citadelles sculptées par les érosions dans l’épaisseur des couches superficielles.

L’étage le plus oriental de ces plateaux, lié directement au Fouta-Djalon sous le nom de Dinguiraï et traversé par le Tinkisso, affluent de gauche du Niger, constitue la falaise dont le cours de ce fleuve longe l’escarpe de Kouroussa jusqu’au delà de Bammako; l’altitude moyenne en est de 400 à 500 mètres, avec promontoires dominants dont le type est celui de Kita (600 mètres). De la crête extrême de la falaise, le regard s’étend à l’est sur la plaine du moyen Niger, dont le niveau est sensiblement supérieur à celui du Sénégal supérieur (1) ; le lit du fleuve, parfois rapproché à moins de 3 kilomètres de la marche la plus basse, s’en éloigne ailleurs jüsqu’à 30 kilomètres; ses inondations se répandent plus librement sur la rive droite ; sur des monticules toujours émergés se placent les villages desBambaras et Malinkés. Au nord de la route Kita-Bammako, dans le Bélédougou, le sol s’aplatit, des pasteurs nomades apparaissent mêlés aux cultivateurs sédentaires; on devine l’approche des steppes subsahariennes du Kaarta.

Du Bouré à la côte atlantique, on peut dire que les accidents les plus notables du relief sont dessinés en creux par les vallées fluviales; la surface supérieure des plateaux ressemble aux haovals du Fouta-Djalon, au sol de scories ferrugineuses, sans arbres, donc sans ombre, dur au piéton comme au cavalier; au voisinage des rivières, le plateau se désagrège, des éboulis descendent par bonds rapides jusqu’au niveau de la vallée, qui est couverte de grands arbres et de lianes et barrée de loin en

(i) Altitude de Bafoulabé, 140 mètres; de Siguiri, 330 mètres.

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loin par des arêtes de grès rouge imprégné d’oxyde de fer; la Falémé creuse son lit à 240 mètres de profondeur dans le Tambaoura, avant de s’élargir sur la plaine d’alluvions où elle se joint au Sénégal; tel est aussi le caractère du plateau que traverse, par un défilé, la Gambie moyenne, tandis que le cours inférieur de ce fleuve se déroule lentement à travers une zone d’ondulations molles, qui encadrent son estuaire comme celui de la Gasamance, et vont mourir au nord, dans le Ferlo.

La côte, monotone et rectiligne au sud du cap Vert, passe à des conditions nouvelles dès les embouchures des courtes rivières qui précèdent la Gambie; des îles sont détachées du littoral; la mer, poussée par le contre-courant équatorial, ne s’épuise plus en vagues molles contre des dunes de sable; des factoreries sont montées sur pilotis dans les alluvions grasses bordant les golfes qu’elle a creusés; la navigation maritime est ainsi portée par la Gasamance et surtout par la Gambie assez avant dans l’intérieur des terres; c’est la côte du Soudan qui commence, succédant à celle du Sahara; les différences s’accusent de plus en plus nettement jusqu’à notre Guinée (ancienne colonie dite des a Rivières du Sud »), par la Guinée portugaise où l’estuaire du rio Grande débouche en face de l’archipel des Bissagos.

Climat. — La zone subsaharienne à laquelle appartient le bas Sénégal est soumise au climat continental, légèrement tempéré sur la côte par le voisinage de la mer. L’année se divise en saison humide et saison sèche; on nomme hivernage au Sénégal, de même qu’aux Antilles, la saison des pluies qui cependant correspond aux mois d’été.

La température moyenne de Saint-Louis est d’environ 20® centigrades ; elle monte à 27® pendant l’hivernage, de juin à octobre; l’atmosphère est alors imprégnée d’une humidité chaude, beaucoup plus pénible aux Européens que les ardeurs sèches du soleil saharien; c’est le moment où les organismes, débilités par un ralentissement général des combustions, offrent une proie trop facile aux maladies chroniques ou épidémiques ; l’année 1900 en aura offert un triste exemple.

Si l’on s’enfonce dans l’intérieur, on s’aperçoit que la saison pluvieuse est de plus en plus réduite à la précipitation de quelques averses d’été ; dans la basse vallée du Sénégal, la chaleur est plus lourde et plus constante qu’à la côte, il y manque en effet l’échange quotidien des brises de terre et de mer, et Podor, où se termine la navigation maritime du Sénégal en hiver, est un des

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enfers du globe. Les plateaux dans lesquels est inséré le fleuve sont balayés par des vents de nord et nord-est qui, s’ils n’apportent pas de fraîcheur, renouvellent sans cesse et nettoient l’atmosphère; le couloir fluvial échappe à ces influences bienfaisantes, de sorte que la région la plus saine, où vivent les indigènes les plus robustes, est celle où les eaux superficielles sont plus rares. La rançon de cette salubrité plus grande est dans les excès du climat continental; l’intensité du rayonnement nocturne est telle que la température, dans les vingtquatre heures, oscille de 25° à 30°. Les oasis présentent des conditions climatériques analogues plutôt à celles des bords du Sénégal qu’à celles des plateaux découverts qui les enserrent.

Tombouctou, posée à 245 mètres sur un promontoire qui domine la plaine d’inondation du Niger, est atteinte par les vents du large, en décembre-janvier; lorsque les rayons solaires, très obliques, exercent leur moindre action, les vents qui lui arrivent du Sahara sont presque frais; puis, vers le printemps, ces courants atmosphériques tournent à l’est, ils sont alors plus chauds et plus lourds et dessèchent tout sur leur passage ; des marigots amoindris s’envolent des myriades de moustiques ; en juin, les premières pluies qui viennent de l’Atlantique sont attendues avec impatience; elles n^abaissent pas beaucoup la moyenne de la température, mais elles arrêtent la propagation énervante des vents d’est et n’obscurcissent pas le ciel de nuées assez constantes pour empêcher l’heureuse rémission du rayonnement nocturne. Le climat n’est donc vraiment désagréable pour les Européens qu’au printemps, sous les vents désertiques qui soufflent du feu et répandent dans l’air une poussière fine, impalpable qui s’insinue jusque dans l’intérieur des armoires et les boîtiers des montres.

Dans la région soudanienne, les pluies sont plus abondantes, bien qu’elles arrivent de l’Atlantique et soient souvent interceptées par les hauteurs du Fouta-Djalon ; il en tombe à Kita environ 1“,25 par an. Nos renseignements sont complets, surtout sur la zone côtière de la Gambie et de la Casamance, ainsi que sur la ligne d’étapes de Rayes au Niger : Rayes, au début de la conquête, fut un des cimetières du Soudan occidental ; la ville a beaucoup gagné depuis les travaux d’assainissement et de culture inaugurés en 1887 par le lieutenant-colonel Gallieni ; c’est le paludisme qui frappe le plus souvent les Européens ; on n’y échappe qu’en suivant une hygiène rigoureuse, et renonçant à tous travaux pénibles, voire aux fatigues intellectuelles pendant l’hivernage.

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A Bathurst, capitale de la Gambie anglaise, à Carabane, poste français des bouches de la Gasamance, les Européens sont exposés de même à toutes les affections des climats humides et chauds; Sedhiou, sur la Gasamance, à 150 kilomètres de la mer, est posée au-dessus des terrains inondés et moins malsaine. Dans l’intérieur, le climat est assez différent entre les plateaux et les vallées : en février 1887, sur la route de Kayes au Niger, le

colonel Gallieni notait, en terrain découvert, que les nuits étaient fraîches, après des journées où le thermomètre abrité, de midi à trois heures, se maintenait entre 40° et 42°; la vallée moyenne du Niger, largement ouverte, serait plus saine que les couloirs au fond desquels courent le Sénégal, la Falémé, la Gambie.

Hydrog“raphie. — Pour traiter scientifiquement l’hydrographie d’une région demi-saharienne, c’est le sous-sol plutôt que le sol qu’il faudrait connaître ; mais, faute de renseignements géologiques complets, nous pouvons du moins parler ici de l’hydrographie superficielle : le réseau des eaux courantes se

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réduit à deux fleuves, le Sénégal et le Niger supérieur, qui, nés tous deux dans la zone des pluies tropicales, se prolongent comme le Nil, à travers le désert, où l’inondation d’amont les soutient, en l’absence d’affluents permanents.

Le bas Sénégal commence à Bakel, près du confluent de la Falémé ou plutôt à Médine, point terminus de la navigation maritime aux hautes eaux; le niveau inférieur des cataractes de Félou, près Médine, est à 67 mètres d’altitude; le Sénégal a 1 000 kilomètres encore à parcourir avant d’arriver à la mer; c’est donc un fleuve de plaine ; son cours est paresseux, arrêté par le moindre obstacle ; il est impuissant à tracer d’un effort continu une voie régulièrement navigable; il coule tour à tour entre des berges abruptes et des bancs de sable , il s’enroule autour d’îles basses, où ses eaux entretiennent une végétation toujours verte. La vie animale, assourdie sur les plateaux voisins par la toute-puissance du régime désertique, éclate au contraire et s’épanouit le long du fleuve ; des indigènes sédentaires, rassurés par la présence des Français, ont établi des villages sur les points des rives où se tenaient autrefois des marchés temporaires.

On a vu que le bas Sénégal était navigable toute l’année pour les bâtiments de mer, jusqu’à Podor, sur 350 kilomètres. Mais il est séparé de la mer par une barre peu stable; dans cette section, les eaux fluviales, pendant les maigres, sont mélangées d’eau de mer, les couches inférieures sont fortement salées, et l’eau des puits trop proches du cours est saumâtre; le ravitaillement des riverains en eau potable est parfois difficile ; à défaut de puits ou de « niayes », marigots d’eau douce près de la mer, on se sert de citernes, où sont recueillies les eaux pluviales; encore doit-on s’interdire tout gaspillage, car il ne tombe guère de pluie que O”', 40 à Saint-Louis et 0“,50 à Bakel.

Au-dessus de Podor, aux basses eaux, la navigation est ordinairement praticable aux embarcations calant 0'",60, mais à certaines années des arêtes rocheuses sont découvertes et tout passage impossible : en 1860, un voyage d’essai, de Podor à Bakel, ne dura pas moins de soixante-dix-neuf jours, et l’on dut traîner les chalands à bras pour franchir trente-cinq rapides; mais c’était une saison exceptionnelle. Les indigènes circulent en tout temps sur des pirogues allongées, creusées dans le tronc d’un fromager, qu’ils peuvent facilement porter, le cas échéant, là où l’eau manque.

La crue transforme ce ruisseau d’hiver en un large et beau fleuve, assez fort pour détacher des morceaux de ses berges,

Rapides sur le haut Sénégal (Comm. par M. P. Vuillot).

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dont les arbres déracinés tombent et forment des barrages mobiles à travers le courant. La crue atteint Bakel vers le 15 mai, Podor au milieu de juin; elle s’étale d’est en ouest dans la plaine élargie ; à la hauteur de l’île à Morfil, presque noyée, se forme alors un lac large de 30 kilomètres. Au point culminant de leur ascension, les eaux montent, de 14 à 15 mètres à Bakel, en septembre, de 6 mètres, à Podor, en octobre-novembre; on voit alors des vapeurs de mer, portant 1 800 tonnes et calant 5 mètres, arriver facilement à Rayes ; l’aspect des rives du fleuve se renouvelle : la vie animale déborde dans les marigots remplis ; le cours inférieur dessalé prend une teinte brune d’alluvions qui s’étend au delà de la barre, en pleine mer; le haut pays s’ouvre à la pénétration par l’ouest et les marchandises d’échange, accumulées dans les escales aux basses eaux, descendent vers l’Océan.

Au bas Sénégal correspond le Niger du Macina, de Ségou à Tombouctou, doublé du Bani ou Bagoé, que l’on pourrait considérer comme un fleuve distinct, confluant avec le Niger dans le delta commun appelé lac Débo. Bordé sur sa gauche, jusqu’à Koulikoro, d’une falaise assez élevée, le Niger s’étale ici dans une plaine où il couvre une largeur de 2 kilomètres ; sa pente, très faible, est encore moindre que celle du Sénégal, 3 ou 4 centimètres par kilomètre; son altitude, à Ségou, est de 250 mètres et de 230 devant Kabara, port de Tombouctou. Il se déploie à travers une plaine sans arbres, où les chaloupes à vapeur ont beaucoup de peine à trouver le combustible nécessaire ; dès avant le lac Débo, des bras temporaires l’unissent au Bani, rivière large de 400 mètres.

Le lac Débo est la partie la plus méridionale de l’inondation permanente, mais d’étendue variable suivant les saisons, qui couvre une vaste dépression au sud et à l’ouest de Tombouctou. La navigation par chaloupes à vapeur est possible toute l’année sur ce marécage, mais les difficultés en sont grandes, moins encore par la rareté du combustible que par le fréquent déplacement des chenaux; aussi, dans un programme général de colonisation de l’Afrique française, devrions-nous considérer le haut Niger plutôt comme un magnifique canal d’irrigation que comme une voie navigable de premier ordre. Aux hautes eaux, l’inondation est tendue sans interruption du lac Débo au lac Faguibine; ce dernier est alors large d’est en ouest de 110 kilomètres. Les chaloupes à vapeur arrivent jusqu’à Tombouctou par un marigot temporaire, entre des plateaux ferrugineux coupés de dunes de sables. Il est notable que l’inondation, tout entière

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produite par les pluies d’amont, arrive devant Tombouctou en décembre-janvier, c’est-à-dire pendant la saison sèche. Elle per- 'met, dans les alluvions qu’elle couvre et augmente chaque année, des cultures variées, comme celles de l’Égypte. En aval de Tombouctou, elle se rétrécit en une pauvre rivière tout juste suffisante pour relier le Niger d’amont à celui que refont plus bas.

Le fleuve devant Bakel (laveuses). — Phot. L. Desbordes.

depuis Say, les pluies de la zone tropicale ; ce sont là, très exactement, trois Niger (voir ci-dessus, p. 526).

Entre le Sénégal et le Niger du Macina, les eaux superficielles sont rares : les colonnes Archinard, à la poursuite d’Ahmadou dans le Kaarta, durent apporter une provision d’eau potable ; les groupements indigènès sont pressés autour des puits, tels ceux d’Ouossébogou, qui furent disputés à nos troupes avec acharnement ; Nioro, l’ancienne capitale d’Ahmadou, est une oasis où l’eau est distribuée entre des jardins plantés en mil et en légumes ; des ravins d’oueds, aux berges abruptes, égratignent de

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raies profondes la surface du plateau. Cette nature est aussi celle du Ferlo, au sud du fleuve Sénégal, région misérable, parce qu’elle manque d’eaux courantes; quelques tribus seminomades y posent des campements temporaires auprès de puits souvent envasés ou déplacés. Enfln, dans le Gayor même, le long de la voie ferrée de Saint-Louis à Dakar, ce sont encore des eaux souterraines qu’il faut amener à la surface pour les besoins de l’homme et de l’agriculture; mais déjà quelques

courtes rivières côtières, le Joal, le Saloun, terminées par de petits estuaires, annoncent l’approche des conditions tropicales.

Ces conditions se précisent le long de la Gambie et de la Casamance; la Gambie finit en terre anglaise, mais ses sources appartiennent au Fouta-DJalon, et son cours moyen relève de notre Sénégal; avant d’entrer en plaine, elle traverse plusieurs défilés, où elle n’est pas navigable; mais les bâtiments de mer peuvent la remonter sur plus de 300 kilomètres, et ses affluents de gauche, Sandougou, Niériko, découpent dans le plateau des brèches par où l’on gagne la Falémé et le Sénégal de Bakel sans sortir de la zone de climat tropical ; l’estuaire de la Gambie, dépendance politique de l’Angleterre, appartient économique-

Le Sénégal à Kayes, aux basses eaux (Office colonial).

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ment aux maisons bordelaises qui font le commerce du Sénégal; ainsi cette colonie n’a aucune valeur pour l’Angleterre.

La Casamance, dont le cours total mesure environ 300 kilomètres, finit dans l’Océan par un chenal large de 2 kilomètres et dont les profondeurs seraient d’au moins 3“,50 jusqu’à Carabane; de là, jusqu’à Sedhiou, de grandes barques de 200 tonnes

Une cascade du moyen Niger (Société de géographie).

remontent en toutes saisons; elles font escale au passage à Ziguinchor, poste de la rive gauche. On a songé à pénétrer par la vallée de la Casamance vers celle de la Gambie moyenne, mais le pays intermédiaire, raviné, coupé de petits bois et de marigots n’est pas propice à la circulation commerciale; jusqu’à plus ample informé, la Casamance est une impasse plutôt qu’un corridor d’entrée vers le Soudan occidental; nous en dirons :autant du rio Grande et des petites rivières littorales de la Guinée portugaise, dont le commandement ne dépasse pas les districts voisins de leurs rives.

Les sources qui forment le Sénégal et la*Falémé, drainent

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tout le plateau à l’ouest de la falaise que longe le Niger ; ce sont des cours d’eau barrés souvent par des seuils rocheux, presque toujours encaissés entre des berges hautes, étalés aux confluents sur les alluvions qu’eux-mêmes ont déposées. LaFalémé, large de 300 mètres à son entrée en plaine, se joint au Sénégal en amont de Bakel ; elle est réduite en hiver à un mince filet d’eau ; pendant les crues, elle porte jusqu’à hauteur des sources du Niériko, affluent de la Gambie, des bateaux ne calant pas plus de 60 centimètres. Bafoulabé, entourée de jardins potagers et de bouquets de grands arbres, marque le point où le Sénégal est formé parla réunion de tous les hauts tributaires : le Bafing, le principal d’entre eux, a 450 mètres de large au confluent. Tandis que les cours supérieurs de ces rivières sont innavigables, torrents à cascades que prolongent de courts biefs plus calmes, le Sénégal, qui les groupe toutes, porte des chalands sur la section de Bafoulabé (140 mètres), à Médine (82 mètres, au niveau supférieur des cataractes de Félou) ; ces dernières chutes, hautes de 15 à 17 mètres suivant la saison, interrompent toute navigation, mais elles assurent, en saison sèche, la descente du Sénégal jusqu’à la mer.

Les sources les plus septentrionales du Sénégal, le Badingko et le Baoulé, ne sont plus des cours d’eau permanents, mais des chapelets de mares allongées dans un thalweg et communiquant seulement à l’époque des hautes eaux ; en saison sèche, une bande de végétation, enfermée entre des parois abruptes, remplace le courant épuisé ; plus loin vers le nord, ce sont les steppes à ravins du Kaarta, et l’on passe ainsi progressivement des rivières abondamment nourries du Fouta- Djalon aux oueds du Sahara.

On peut rattacher à cette région du Soudan occidental le cours du Niger, depuis Siguiri, où confluent toutes les sources issues du Fouta-Djalon, jusqu’à Koulikoro ou Ségou-Sikoro. Nous avons occupé sur cette partie du fleuve les positions de Siguiri, Kangaba, Bammako et Koulikoro. De Siguiri, on remonte soit vers le Dinguiraï et le Fouta-Djalon, par la vallée du Tankisso, soit vers les districts de Kankan et de Bissandougou. De la falaise qui borde le Niger à gauche tombent de petites rivières qui finissent dans le fleuve par des deltas sans cesse remaniés ; leurs cours supérieurs découpent la crête, qui apparaît ainsi, vue de l’est, comme un talus ébréché par des entailles profondes. Les plaines riveraines du Niger, dont la fertilité rassembla de bonne heure des populations agricoles, étaient avant notre conquête les territoires de chasse de Samory ; aussi y avons-nous trouvé

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des villages dévastés et des champs en friche ; depuis l’occupation française, les paysans noirs redescendent des rochers escarpés de la rive gauche ; ils recommencent leurs cultures de riz et de mil, l’élevage des bœufs et des moutons.

La navigation du fleuve n’est pas sûre en amont de Bammako ; à côté de passages où la profondeur est de 5 mètres, on rencontre des hauts fonds, des îles boisées, des bancs de sable dont la forme varie sans cesse et qui s’opposent à toute circulation régulière ; seuls des chalands, employés par le service local, sont à flot sur le bief Bammako-Siguiri. Bammako fut le point où nos colonnes atteignirent le Niger le février 1883; un fort y fut rapidement construit, d’où sont parties, dans la suite, nos expéditions au sud et au nord ; mais on n’a pu en faire, comme on l’espérait au début, le point d’attache de la flottille du moyen Niger : à 6 kilomètres en aval de Bammako, le fleuve dévale sur les rapides de Sotuba, dont on ne peut triompher qu’aux hautes eaux, par des fonds de 1"™,20 que couvre un courant violent; au-dessous, les rapides de Manambougou sont plus difficiles encore; c’est seulement à Koulikoro, 70 kilomètres en aval de Bammako,* que la navigation est libre; le fleuve est alors large de 2 kilomètres à l’étiage et coule tranquille, sans autre obstacle que l’indécision de ses chenaux, jusqu’à Ansongo.

Flore et faune. — Dans la zone subsaharienne, la flore et la faune sont peu différentes de celles du Sahara proprement dit. Les seuls arbres que l’on rencontre à la lisière du désert sont des gommiers, nombreux dans l’Adrar et le Ferlo, et dont le latex est transporté par des Maures vers les comptoirs des vallées ; un peu plus au sud paraissent les baobabs; les palmiers sont les hôtes ordinaires des fonds où stagne quelque humidité ; on sait que le dattier, le plus précieux de tous, prospère « les pieds dans l’eau et la tête dans le feu ». Les habitants de ces steppes sont des Maures, nomades et caravaniers, dont les bêtes de somme ordinaires sont l’âne et surtout le chameau ; ces Maures sont une race guerrière ; ils ont asservi des populations plus sédentaires, qui travaillaient pour eux autour des points d'eau ; on peut considérer comme leurs parents les Touareg, que nous avons rencontrés autour de Tombouctou; les Toucouleurs seraient des métis de nomades et de sédentaires. Notre intervention a rendu la liberté de leur travail aux Bambaras et Malinkés, jadis vassaux des nomades, qui sont restés cependant des agriculteurs, cultivant les plantes vivrières que consomment les indigènes, en récoltant d’autres pour en faire commerce.

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La vie animale et végétale est active dans les plaines que fécondent le Sénégal et le Niger; à mesure que l’on remonte le Sénégal, on est frappé de la richesse de plus en plus visible de ses rives ; des villages apparaissent à travers des bosquets de rôniers, de fromagers, de ficus : dans les arbres sautillent des singes, des oiseaux au plumage éclatant des plus vives couleurs; le fleuve lui-même, très poissonneux, occupe pour la pêche une partie des indigènes ; des caïmans se chauffent au soleil sur les bancs de sable, des hippopotames s’ébattent dans les roselières.

Sur le Niger, les arbres cessent à partir de Ségou ; la vallée, plus large que celle du Sénégal, porte de grandes rizières où l’on fait comme en Gochinchine deux récoltes par an, l’une de grain, l’autre de poisson; cesalluvions fertiles, dont la population croît rapidement sous la protection de la paix française, se prêtent à toutes les expériences agricoles ; le mil, les arachides, le coton, y sont indigènes ; les moutons et les bœufs à bosse y paissent en nombreux troupeaux ; une méthode patiente assurera le développement de ces richesses et fera peut-être du Soudan français, de Ségou à Tombouctou, une seconde Égypte produisant en abondance les grains, les légumes, le coton industriel, voire la canne à sucre.

Plus boisée que la zone qui la précède au nord-est la bande soudanienne, qui s’étend d’ouest en est de la Gambie au Sikasso ; la Gambie anglaise, la Gasamance coulent entre des rives que couvre une végétation tropicale ; dans les jungles de la moyenne Gambie, parmi lesquelles se termina en décembre 1887 la défaite du Mahmadou Lamine, vaguent les antilopes, les lions, les éléphants. Les indigènes cultivent leurs rizières sur les plages basses que fertilisent les inondations des fleuves ; un peu au-dessus poussent les bananiers, les orangers, les arbres et lianes à caoutchouc au milieu desquels se dissimulent les villages; la forêt dense, la « forêt galerie », s’attache aux bords des cours d’eau; sur les dos de pays, entre les vallées, c’est plutôt une brousse piquée de gros champignons, hauts d’un demimètre, qui sont des termitières, et de ruches d’abeilles, dont un travail peu pénible saurait tirer la cire et le miel.

Sur les hauts tributaires du Sénégal, les indigènes Bambaras et Malinkés vivent de riz, dont la paille leur sert pour couvrir leurs buttes, de mil, dont ils tirent une boisson fermentée appelée mpouk, d’une gousse farineuse nommée houl ; un grand nombre de plantes locales fourniraient aisément des fécules comestibles. L’aspect général est d’un parc, véritable

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paradis du chasseur, comme les pays du Zambèze, avec des bosquets de ficus et de bambous; les éléphants, trop poursuivis, s’y font rares, mais on y trouve encore des troupeaux de girafes, d’antilopes, de singes ; les hippopotames sont si nombreux sur le Niger, à Siguiri par exemple, qu’ils entravent la navigation des pirogues, déjà dangereuse dans des eaux infestées de caïmans. A la lisière nord-occidentale du Fouta-Djalon apparaît le kolatier, dont le fruit, très employé par la médecine indigène, fait l’objet d’un commerce considérable d’exportation ; on l’échange dans le Macina contre le sel, qui manque au Soudan occidental ; la kola est un des ‘seuls produits naturels qui fussent, avant l’occupation française, l’objet de relations à grandes distances.

Henri Lorin.

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Il est impossible de décrire successivement chacun des peuples qui occupent en si grand nombre les possessions de l'Afrique occidentale française sans dire au préalable quelques mots des conditions dans lesquelles ils se présentent et des relations qu’ils peuvent avoir entre eux. Les noirs, imitateurs puérils, n’inventent rien, conservent indéfiniment des usages qu’ils sont hors d’état d’expliquer. Nous n’avons aucune raison de croire que la base économique de leurs sociétés ait été autrefois supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Loin de là. Si anciennement on venait du dehors chercher des esclaves chez eux, peut-être en faisaient-ils déjà entre eux. Ils cultivaient moins autrefois, il est vrai. Même il est certain que la plupart ne cultivaient pas du tout. Ils étaient aussi beaucoup plus clairsemés, et la chasse leur offrait des ressources inépuisables. Le régime de guerre n’en était pas moins leur régime habituel. Et ils se faisaient réciproquement des captifs^ pour les manger souvent, quand ce n’était pas pour en trafiquer; ils se volaient des femmes, etc.

Les Arabes, du côté de l’orient, puis les sociétés musulmanes dans le nord, n’ont fait jusqu’à nos jours qu’étendre sans cesse plus profondément ces habitudes de capture, de vol, de trafic de l’homme par l’homme. Mais ni les anciens, ni les musulmans modernes n’avaient de raison de pourchasser les noirs bien loin, tant qu’ils pouvaient réduire en esclavage les blancs eux-mêmes. C’est donc le commerce actif établi le long de la côte occidentale pour fournir à l’Amérique des travailleurs qui a le plus développé ces habitudes, et la traite a favorisé, peut-être provoqué, la constitution de ces royaumes de guerriers, monstrueusement sanguinaires, dont la chasse à l’homme fut la raison d’être et le support. En même temps, elle introduisait la culture dans d’immenses régions, en y apportant des plantes américaines qui y sont devenues la hase de l’alimentation.

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Pour donner une idée des conséquences économiques de cette introduction, il suffit de citer V arachide^ qu’on croit généralement africaine, tellement sa culture est étendue et indispensable en Afrique ; le manioc, qui est le pain quotidien des populations sur d’énormes espaces ; Je mais, dont le rôle en quelques régions est à peine moindre.

D’autre part, les expéditions incessantes qui, de la côte, étaient faites vers l’intérieur pour capturer des esclaves, eurent aussi pour résultat de ramener et d’implanter vers le littoral des éléments qui y étaient d’abord étrangers. Elles provoquèrent en outre des représailles. Et des peuples d’abord volés se sont répandus ensuite jusqu’à la côte en conquérants. Les chefs ont vite compris l’intérêt qu’ils avaient à se rapprocher de la côte pour entrer en relations d’échange avec les blancs. La suppression de la traite n’a pas arrêté ce mouvement : car, à défaut d’esclaves, les maîtres du littoral font un commerce lucratif des produits de l’intérieur et ont presque tout le bénéfice des importations des Européens. Enfin le besoin de se procurer le sel, à l’absence duquel les peuples de l’intérieur suppléent si difficilement et si incomplètement, a été et est encore une cause d’attraction qui a agi avec toutes les précédentes pour aboutir aux mêmes effets.

Sans toutes ces influences réunies, nous ne comprendrions pas l’entassement de peuples si divers échelonnés le long du littoral et se serrant de si près. Mais elles l’expliquent; elles expliquent aussi tous les mélanges et cette sorte de superposition des peuples les plus intelligents et les plus déprédateurs par-dessus les peuples les plus anciens, à moitié détruits ou refoulés.

Un anthropologiste des plus autorisés a pu dire qu’en Afrique on rencontre des villages dont les extrémités sont occupées par des races différentes. Mais il y a entre presque tous les peuples, malgré leurs origines diverses, un véritable enchevêtrement et, plus que cela, une pénétration réciproque, des entre-croisements de caractères, des mélanges inextricables. Lors donc que, sur des différences de langue, de mœurs, on classe les peuples de l’Afrique occidentale en autant de races particulières, on s’éloigne beaucoup de la vérité, de la réalité. C’est sur des ensembles déterminés de caractères physiques que se fondent les races, et encore faut-il que ces caractères se présentent uniformément avec quelque constance sur tous les individus d’un même groupe. Or, nous ne trouvons pas entre les divers groupes des Africains occidentaux des caractères différentiels assez tranchés et assez homogènes pour reconnaître parmi eux la présence de nombreuses races distinctes. Le cheveu laineux est le premier signe caractéristique du nègre. Partout où on le trouve, sa présence suffit à attester l’existence de sang de nègre. Mais il s’associe à d’autres caractères qui attestent aussi sûrement la présence de sang étranger aux races noires. Et comme ces derniers ne sont pas rares, ce que nous voyons encore de plus clair dans notre Afrique, c’est qu’un fond nègre, issu de quatre ou cinq types primitifs, ya donné naissance à des combinaisons diverses qui sont presque comme autant de degrés de son altération par les mélanges.

Le Sénégal est occupé par des peuples d’origine différente, mais entre-

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mêlés. Et le sang noir domine aujourd’hui chez ceux mêmes qui, venus du nord ou de l’est, n’y sont établis que depuis une époque peu éloignée» Ce sont les Maures Trarzas, Braknas et Douaïchs, les Ouolofs, les Sérères, les Diolas-Balantes, les Peuhl, les Toucouleurs, les Kassonkés et Sarakolés.

Maures. — Les Maures sont de souche berbère et appartenaient au groupe des Zenagas. Ils sont établis sur la rive droite du Sénégal, auquel ils ont donné leur nom, depuis le viii® siècle ou peut-être seulement depuis le xi®. Leur peau bronze clair est encore généralement plus claire que celle des nègres et même que celle des Peuhl. Une certaine maigreur relative, leur regard vif ou dur, leurs membres nerveux, leur port, permettent de les distinguer du premier coup d’œil des vrais noirs. Mais euxmêmes sont aujourd’hui très mêlés.

Faisant depuis tant de siècles des esclaves et prenant des femmes parmi leurs voisins noirs, ils se sont condamnés à une nigritisation accélérée. Il n’y a peut-être pas un dixième d’entre eux qui soit de pure souche blanche. Parmi ces blancs, on distingue quelques individus de sang et de type arabes. Pour un tiers ce sont des nègres purs. Le reste, la grande masse, se compose de métis. Ils vivent surtout de l’exploitation des forêts de gommiers. Mais grands éleveurs de chameaux, ce sont aussi des caravaniers. Ils transportent aujourd’hui les barres de sel de Taodeni jusqu’au haut Niger, et l’échangent contre des cotonnades apportées de Saint-Louis et des noix de kola.

Leur organisation sociale rappelle encore celle des Touareg. Mais, dans chaque tribu, à côté de l’aristocratie guerrière des hassans, s’est formée l’aristocratie religieuse des marabouts, et, au-dessous de la classe des tributaires, les esclaves, bien plus nombreux, jouent un rôle beaucoup plus important. Ils ne portent pas le voile sur la figure, comme le font les Touareg, et leur vêtement, un peu plus pauvre et plus simple, consiste essentiellement dans le cassouba, chemise ou soutane de coton bleu qui déteint sur la peau, et dans le serouaUa, le pantalon turc si répandu. Ils ont conservé l’amour du cheval, le goût des armes brillantes

Colonies I.

mo

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de leurs ancêtres arabes et berbères. Mais, quoique n’aimant pas le travail régulier, ils ont des artisans parmi eux qui fabriquent la plupart des objets dont ils ont besoin. Ils habitent la tente en étoffe de poils de chèvre ou de chameau. Ils ne sont pas rigoureusement monogames comme les Touareg, et la femme ne jouit pas chez eux de la même considération. Les mœurs sont aussi bien moins sévères, puisqu’ils sont, en effet, pour la plupart de sang mêlé. Le divorce serait facile pour les deux con joints et fréquent. Beaucoup d’usages nègres ont pénétré parmi eux, surtout par les femmes, dans leur façon de se vêtir, de se coiffer, de s’orner, etc., et par la formation d’une classe de griots. Ils méprisent cependant profondément les vrais noirs, à l’égard desquels ils se montrent souvent cruels.

Ouolofs. Sévères. — Les Ouolofs constituent l’élément dominant, et le plus important de beaucoup par le nombre (400 000), de la population du Sénégal. Ils occupent sur le littoral une longueur de 220 kilomètres et s’étendent dans l’intérieur jusqu’à 150 kilomètres. Ils sont grands ou très grands. Leur peau est d’un noir d’ébène, à reflet bleuâtre sur toutes les parties du corps, sauf aux faces internes des membres, aux plis du cou et du dessous des seins, qui tirent plus ou moins sur le brun rougeâtre, sauf encore la paume des mains et la plante des pieds, grisâtre comme chez tous les autres noirs. Ils n’ont pas la face simiesque de la plupart des autres vrais nègres, et surtout des primitifs. Leur front est plus droit et surtout plus large, les tempes surplombant parfois les pommettes. Leur nez est moins large et plat; leurs lèvres sont moins épaisses et, en rapport avec cette finesse relative des traits, la jambe, mieux faite, a un mollet d’ailleurs peu accusé. Les descriptions qu’on en a faites ont prêté à la Ouolove certains charmes. C’est, a-t-on dit, la plus belle des négresses. Elle doit cette réputation aux traits de sa figure moins négroïde, à la souplesse onduleuse de son grand corps (taille moyenne: 1™,62), au rachis fortement incurvé. Mais elle est, en somme, inférieure à l’homme par ses lèvres plus épaisses, l’avancement de la mâchoire inférieure, l’aplatissement du nez. Et c’est, dans la race, le jeune homme de vingt ans qui est vraiment beau par la taille, la forte musculature de ses membres supérieurs, et le contraste de sa peau si noire qui rehausse la régularité presque européenne des traits de son visage aux grands yeux à sclérotique blanc jaune azuré.

Un petit nombre de Ouolofs autour de nos centres sont convertis au catholicisme. Mais presque tous suivent plus ou moins, comme tous les peuples du Soudan, les pratiques extérieures du mahométisme accommodé au fétichisme.

Les Sérères, dont le territoire s’étend au sud de celui des Ouolofs jusqu’à la Gambie, ne diffèrent d’eux que par la grossièreté relative de ces mêmes traits et une taille plus forte, en passant au type inférieur des Diolas. Assouplis depuis longtemps à notre domination, les uns et les autres se mêlent volontiers à l’existence des Européens partout où il y en a. Ils présentent donc, suivant les endroits où on les observe, un aspect et des mœurs déjà assez différents. Là, complètement vêtus et ailleurs habituellement presques nus, ils habitent dans nos villes les obscurs rez-de-

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chaussée de maisons de pierre, alors que dans les campagnes ils préfè-

Femme ouolove et ses enfants — Phot. Noal.

rent toujours les petites paillotes rondes aux toits pointus, et vivenavec leurs animaux dans leurs courettes entourées d’une palissade sont

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vent revêtue d’un mortier de terre. Beaucoup de Ouolofs des villes portent des défroques du costume européen. Le costume indigène consiste dans le boubou^ large chemise sans manches, fendue sur les côtés, en indienne bleue. Quelquefois ils portent par-dessus un pagne bleu ou une couverture et par-dessous un pantalon large et un caleçon. Mais ils sont jambes et pieds nus, ne se servant que rarement, comme sandales, de bandes de cuir retenues par une courroie au gros orteil. Les femmes portent aussi le boubou. Plus généralement, elles se contentent d’une sorte de pagne, morceau de cotonnade carré qu’elles enroulent autour de la taille ou sous les aisselles, mais qui a constamment besoin d’être relevé ou retenu des mains ou à l’aide des coudes. La coiffure des hommes est une calotte ou toque de coton. Beaucoup de femmes se font très soigneusement travailler la chevelure. Couchées à terre, elles abandonnent leur tête à une coiffeuse qui, patiemment, étire les cheveux en petites mèches avec ses doigts trempés dans l’huile et la poussière de charbon, et en fait des petites tresses en cordonnet, des cadenettes.

Beaucoup ont une ceinture de grosses perles en verre (de 2 à 3 livres) au bas des reins, sur la peau. Filles et femmes portent aussi des boucles d’oreilles (anneaux divers avec ou sans perle) sur tout le pourtour du pavillon de l’oreille, jusqu’à près de vingt. Les trous dans lesquels se fixent ces anneaux sont faits avec des épines d’acacia maintenues en place jusqu’à cicatrisation. Ces deux derniers usages, qu’on trouve ailleurs au cœur de l’Afrique, sont à noter, surtout parce que leur origine est orientale. Il est à retenir aussi que la base de leur alimentation est le couscous de farine de millet, dont la préparation est la principale occupation des femmes; car cette circonstance témoigne suffisamment de la grande influence qu’ont eue sur ces noirs les indigènes du nord de l’Afrique.

Mandingues ou Malinkés. — Les Mandingues sont le principal élément noir de notre Soudan. Aux xiiie-xiv® siècles, ils étaient les maîtres de l’empire de Tombouctou, fondé par les Sonraïs. Et depuis ils se sont répandus au loin. Dans tout le Mossi, jusque dans le Mampoursi, ils constituent une couche ethnique ou une classe superposée à un fond indigène plus ancien. Ils sont à l’état de groupes distincts sur le Niger au delà de Say, les Djerma étant des Mandingues venus de la région de Tombouctou, au nord du bassin de la Volta, dans la montagne de Bandiagara, etc.

Les Dioulas, commerçants en contact avec les Maures, comme avec les Ouolofs, et qui parcourent tout le Soudan avec des pacotilles, jusqu’à l’ancienne ville de Kong, sont surtout des Mandingues ou Mandés.

Bambaras, — Les Bambaras sont répandus de la rive droite du haut Sénégal, dans le Kaarta, jusque sur les deux rives du haut Niger, en pays soninké et dans le Ségou. Mêlés assurément à des Toucouleurs, ils sont pris entre des Maures au nord, des Mandingues au sud, des Peuhl au sud-ouest et à l’est. Leurs caractères sont en rapport avec ces diverses contiguïtés. Ils se rattachent cependant surtout au groupe mandingue par leurs caractères dominants et par la langue, comme par bien des détails de mœurs. Lorsqu’ils ne vont pas nus ou ne se contentent pas de

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quelque guenille attachée autour de la taille, leur vêtement consiste en une tunique descendant aux genoux, un pantalon bouffant, un large chapeau de paille ou une calotte de coton à deux pointes. Ils sont bons cultivateurs. Ils ont une organisation et des qualités militaires qu’ils tiennent sans doute des Mandingues, dans l’histoire desquels ils ont joué un rôle.

Sourdis. — A Tombouctou, on parle encore la langue des Sonraïs. Mais ceux-ci ont été plus ou moins dispersés et réduits à peu de chose, notamment par les Touareg. On les trouve en groupes autonomes dans les îles du Niger, où ils s’adonnent à la culture . du riz, dont ils' fournissent de grandes quantités aux Sahariens. Physiquement, ils different naturellement très peu des Mandingues.

Féloups ou Diolas, Balautes. — Au Sénégal se rattachent les peuplades qui occupent le bassin de la Casamance.

N’ayant pas subi les invasions venues de l’est, ni même jusqu’à nos jours le contact des Européens, elles appartiennent au fond ni- Bambara,

gritique primitif. Ce sont principalement

les Diolas (1), en contact avec les Sérères et ayant bien emprunté quelque chose à ceux-ci, et les Salantes, sur le bassin moyen, entre les Diolas et les Mandingues à l’est. Leur peau est d’un noir fuligineux. Leur torse est bien musclé, mais leurs jambes sont grêles. Leur face est ronde, leur front bas et étroit, leur nez très écrasé. Leur regard et leur attitude au repos

(1) Qu’il ne faut pas confondre avec les Dioulas-Mandingues, dont ü'est question plus haut (V. page 552).

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indiquent chez eux une torpeur intellectuelle habituellement profonde. Quelques-uns portent bien le boubou et un bonnet de cotonnade orné en arrière d’une queue de chèvre; mais, pour la plupart, la propreté corporelle et l’habillement ' sont choses à peu près inconnues. - Les femmes surtout sont d’une malpropreté repoussante. Les Diolas cultivent le riz et, sans être mahométans, pratiquent la circoncision comme les Sérères.

Les Balantes se sont jusqu’ici livrés au brigandag-e plus qu’à la culture. Certains d’entre eux semblent avoir pris des Mandingues la coutume de la circoncision.

La cérémonie du mariage , se réduit chez .

eux, à un simple ;Vol de la fille, enlevée parles amis ; de celui qui la désire. , Le mari donne ensuite un repas aux parents et un pagne à sa femme. Le pagne ■, usé , la femme peut reprendre sa liberté.

Ces unions ont donc un caractère temporaire. La fantaisie les règle presque seule chez les Diolas. La propriété du sol existerait parmi les Balantes et se transmettrait par héritage. Mais en géné- ,,Diola. ral les chefs de case '

ou même les chefs de village sont seuls

propriétaires. Leurs frères, leurs fils ne possèdent que ce qu’ils peuvent ■ acquérir en dehors du patrimoine, familial. Les nègres en général ne conçoivent pas qu’on vende le sol, bien commun du peuple. On le loue seulement par des baux à long terme. C’est surtout dans la Casamance que l’usage du poison d’épreuve répandu en Gambie, au Gabon, etc., s’est perpétué jusqu’à nos jours.

Soninkés ou Sarakolés. — Les Soninkés sont un groupe voisin des Bambaras et qui confine aussi aux Kassonkés. Leur origine est à peu près la même. Ils avaient naguère des chefs peuhl qui ont fini par se fondre

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avec eux. Et leur langue, comme leurs caractères, témoigne de l'influence des Peuhl sur eux; mais celle-ci, de même que le bambara, ne présente que des différences dialectales avec le mandingue.

Kasson/cés. — A l’est du Fouta et de la haute Casamance au Sénégal, dans le Bambouk, on rencontre des Mandingues en groupes distincts. Plus loin à l’est, du haut Sénégal au haut Niger s’étendent les Kassonkés. Ce sont, comme les Toucouleurs, des noirs en partie d’origine foulane. Mais ils ne sont formés que de deux éléments principaux.

Mandingues et Peuhl. On trouve chez eux les mêmes usages d’origine foulane que chez les Toucouleurs, en particulier la coiffure en cimier et celle en échafaudage de tresses et de chiffons, que recouvre le voile de mousseline grossière appelé bourtougal.

Toucouleurs. — Du côté de l’intérieur, à l’est, les Ouolofs prennent contact avec les Toucouleurs, les Peuhl, les Mandingues ou Malinkés.

Les Toucouleurs ne constituent pas une race à proprement parler. Ils forment plutôt un élément politique important, dont le premier centre d’habitat est peut-être le Fouta sénégalais, d’où ils s’étendent sur la rive droite du Sénégal, la rive gauche du Niger, etc-

Les Peuhl, en s’avançant jusqu’au long du Sénégal, se sont mêlés à des Mandingues et à des groupes de souche mandingue, Bambaras, Sarakolés ou Soninkés, déjà eux-mêmes plus ou moins pénétrés de sang maure, ainsi qu’à des Ouolofs. De là sont nées des populations telles que les Kassonkés, les Toucouleurs, les Torodos, variables selon le degré de prépondérance : là des Sarakolés ou Soninkés, ici des Peuhl, des Maures ou des Ouolofs et des Mandingues. Toutes ces populations, formées de deux sangs au moins, pourraient être englobées sous le nom de « Toucouleurs ». Mais la prédominance acquise par les Toucouleurs proprement dits, où l’empreinte des Peuhl et des Maures est plus sensible, leur a fait réserver ce nom. Leur langue se rattache au peuhl, avec addition d’éléments maure et ouolof. Leurs caractères ne sont pas pour cela plus homogènes que

TouGOuleur (tirailleur sénégalais).

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ceux des autres groupes, « Ici, ils ont la belle stature des Ouolofs ; là, ils ont les formes sèches et vigoureuses des Maures ; plus loin, l’aspect plus harmonieux des Peuhl, ou bien la teinte approchant du bronze acajou des Sarakolés. »

En général, ils ont tous le front plus haut et plus large, les cheveux plus longs, le nez plus saillant. Leurs lèvres, plus ou moins épaisses, ne sont jamais déroulées. La beauté des femmes est souvent du même genre que chez les jaunes et les blancs, car leurs seins sont parfois hémisphériques au lieu d’être piriformes comme chez tous les nègres. Elles doivent tenir cetle beauté des Maures. Leur coiffure est un échafaudage de tresses et de chiffons, où elles accrochent toutes sortes d’objets brillants (jusqu'à des bouchons de carafe). Elle se distingue habituellement, comme celle des Kassonkés, par le voile de mousseline grossière [bourtougal) d’origine foulane.

Comme ils descendent en partie d’esclaves employés à la conquête et qu’ils ont emprunté surtout aux Maures leur orgueil, leur cruauté, leur fanatisme musulman, les Toucouleurs forment l’élément guerrier d’une grande partie de notre Soudan. Ce sont eux qui, se groupant autour de chefs audacieux, ont été les artisans de ces grands empires plus ou moins éphémères et que nous avons eu à combattre. Tel le royaume de Ségou, tels les États de Samory.

Peuhl. — Les Peuhl (au sing. Poulo), appelés encore Foulbé (au sing. Foulah ou Foulane)., sont disséminés sur un immense espace, car il y en a à travers le pays des Haoussas, dans le Sokoto, le Borgou. Mizon, Foureau en ont rencontré sur les rives du Tchad. Barth les avait vus maîtres de Yola, où ils ont été retrouvés par Maistre, et il est bien probable que les Sabangas rencontrés surl’Ombello, au nord de l'Oubangui, par Dybowski, sont une colonie détachée de groupes foulbé du Tchad, du Bornou ou de rOuadaï. Ils sont encore en groupes bien distincts, avec leurs caractères originaires, dans le Macina et entre le Ségou et le Mossi ; ils sont aussi les maîtres du Fouta-Djalon, maïs là ce n’est plus guère que parmi les chefs qu’on rencontre des hommes de sang pur, tous faisant des esclaves et épousant des négresses le plus volontiers; pour la plupart, ils sont noirs ou brun basané, avec des cheveux point ou peu laineux, de la barbe, un nez droit ou arqué. Leur port est élégant, leur taille est élancée. Les métis de Peuhl et de Maures présentent les plus beaux types d’hommes, avec leur front haut, leur nez presque aquilin parfois, leurs lèvres minces, leur teint bronze clair, la musculature proportionnée de leurs membres inférieurs. Le Foulah sang pur est d’une taille moyenne, au beau torse svelte. Il a des membres plutôt maigres, mais nerveux, avec attaches d’une grande finesse, des pieds petits, une face orthognathe ovale, un nez droit ou plus souvent arqué, des yeux grands à fleur de tête, une bouche petite, des cheveux lisses, fins, soyeux, noirs ou très bruns, la peau jaune rougeâtre de la nuance de la rhubarbe (Rochebrune). Des auteurs ont rapproché leur crâne de celui des vrais Égyptiens. Il est capace, haut, allongé (ind. céph., 70 à 73), mésorhinien. Leur orbite a parfois un indice très élevé par suite de son faible développement transverse, caractère que j’ai signalé chez les plus anciens crânes égyptiens.

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De plus, on a caractérisé leur regard par l’expression à'yeux de Chinois^ qui rappelle un des traits de la physionomie égyptienne. Leur émigration est toute moderne ; ils ne viennent pas de l’Égypte propre, mais des régions de la mer Rouge, dont ils ont l’habitation (cases de branchages en forme de meules allongées et basses), les habitudes pastorales, car ils vivent surtout de lait, seuls au milieu des nègres, et l’animal domestique, le zébu, dont ils sont les propagateurs. Ils ont peut-être introduit la culture de certaines plantes orientales et aussi la coutume de ces multiples boucles d’oreilles et autres bijoux dont chez eux hommes et femmes sont chargés. On les a crus également grands propogateurs de l’islamisme. Ils portent le turban, se couvrent de colliers de gris-gris, dont le corps essentiel, enfermé dans des sachets de cuir, sont des versets du Coran, et se montrent plus fidèles observateurs des prescriptions du mahométisme que les vrais noirs. Ils s’abstiennent de boissons alcooliques ; ils traitent leurs esclaves de cases, les esclaves nés dans la maison, comme des membres de leur famille, en réservant aux autres les travaux les plus durs ; leurs chefs, appelés Almamy, ont un caractère religieux et n’ont pas le pouvoir absolu des rois nègres. Ils ont donc bien des coutumes musulmanes, mais le fanatisme religieux est quelque peu étranger à leur caractère. Ils sont de mœurs douces assez généralement, ce qui n’exclut pas la cruauté envers les ennemis. Ils joignent le produit de petites cultures au produit de leurs troupeaux. Les femmes ne sont pas traitées en bêtes de somme, comme la plupart des négresses ; elles sont consultées et écoutées dans la maison. Les mariages se font, sauf quelques détails, suivant la coutume musulmane. Un Foulah a jusqu’à quatre femmes et des concubines esclaves. Celles-ci sont affranchies dès qu’elles ont un enfant, et cela seul aurait pu suffire à entraîner l’altération complète de la race.

Les Laobés, qu’on trouve par familles isolées dans les villages peuhl, sont des Peuhl noirs, qui forment une caste professionnelle (travail du bois) un peu méprisée, comme d’autres (griots, forgerons).

Mossi. Mandingues. — Dans le Mossi, dit Binger, il n’y a pas de type assez répandu pour qu’on puisse dire : « Voilà un vrai Mossi. » On y rencontre des gens ressemblant à s’y méprendre aux Ouolofs, aux Mandés des bords du Niger, et même aux Haoussas. On distingue cependant parmi eux deux races principales. La première, plus ancienne, autochtone, n’est pas musulmane : c’est celle du Mor’o ou Mossi proprement dit. L’autre est de souche mandée. Des Mandés sont venus encore des bords du Niger dans le Mossi, au milieu du siècle dernier, et le costume qui y domine (vêtement à taille avec jupe et manches, tunique ample et pantalon bouffant) est en partie emprunté aux Touareg. Le vrai Mossi fut, jusqu’à nos jours, le principal pourvoyeur d’esclaves des marchés du Sahara. Ces noirs savent travailler le fer, le cuivre et l’argent. Ils sont très paresseux, ne cultivant leur sol, très riche, que pour en obtenir le grain nécessaire à leur alimentation. Ils maintiennent leurs femmes dans une situation d’infériorité très marquée.

Le Fouta-Djalon est une possession des Peuhl, mais ceux-ci, presque tous noirs, y sont mêlés avec des Mandingues. Et tout autour de ce

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massif sont des groupes de Mandingues presque purs. Ils sont en corps de nation sur le haut Niger, et ils ont pénétré sur le haut Sénégal dans le Bambouk, sur la haute Gambie, la haute Gasamance, repoussant les autres noirs en se taillant des petits royaumes parmi eux. Ils sont de même fort nombreux dans le Sierra-Leone et en Libéria, où ils sont représentés surtout par les Veïs-Veïs. Ils forment le fond de la population de ce qui était naguère le royaume de Samory. La domination des Toucouleurs n’a été pour eux qu'un accident, et c’est encore à leur race qu’appartiennent le peuple assez cultivé du territoire de Kong, et les Mandé-Djioulas du Bondoukou.

Quoique supérieurs aux autres vrais noirs, ils sont eux-mêmes des nègres, purs pour la plupart et laids. Du moins, on ne distingue pas chez eux l’élément exotique qu’ils ont pu assimiler. Leur peau est brun olivâtre ou couleur chocolat. Leur nez est écrasé le plus souvent. La distance entre l’ouverture nasale et la lèvre supérieure est d’une hauteur choquante, et tout l’ensemble du visage est dur et massif, par l’effet du développement puissant des mâchoires carrées et des pommettes. Ils sont dolichocéphales, platyrhiniens, mésosèmes comme tous les nègres. Leurs dents incisives sont obliques. Ils portent souvent d’énormes fardeaux sur la tête, d’où s’ensuit une soudure prématurée de la sagittale. Leur taille moyenne est de 1“,66, et ils sont souvent corpulents, avec des jambes d’apparence grêle, quoique mieux faites que celles des Ouolofs. Ils sont vêtus d’un pantalon flottant, descendant aux genoux, et du boubou^ blanc ou bleu, d’une calotte ornée de deux pointes en avant et en arrière. Ils ont le cou et les bras chargés de gris-gris et de bracelets en cuir. Jamais ils ne circulent sans leurs armes. Ils construisent en pisé des cases carrées, divisées en compartiments, et les recouvrent de paille tressée. Les femmes ont souvent chacune sa case. Ils font leur cuisine sous une paillotte particulière, et ils ont aussi un hangar pour leurs animaux. Chaque famille entoure ses cases d’une tapade ou clôture en écorce de bambou. Ils mangent le riz à peu près comme les Sousous, mais ils se nourrissent aussi de bouillie de farine additionnée de fruits de tamarin et de couscous mélangé de viande. Ils font une grande consommation, sur le haut Niger, du beurre de karité. Il est extrait de l’amande d’un arbre de la taille d’un poirier, amande entourée d’une pulpe ellemême très agréable. Ils se croient obligés d’inviter tous ceux qui les voient en train de manger. Ils sont gais et avides de gain et, par conséquent, un peu moins paresseux que les autres nègres. Ils se livrent à l’agriculture, au commerce, à l’industrie. Mais, autant que possible, ils réservent le travail de la terre aux captifs, et à leur défaut aux femmes. Se procurer des captifs est donc une de leurs grandes préoccupations. Ils n’élèvent guère que des chèvres et des moutons. Ils aiment beaucoup palabrer. Ils sont disputeurs et souvent très susceptibles. Ils n’ont, en général, pas plus de quatre femmes. Les Mandingues sont de grands propagateurs de la musique et d’instruments de musique tels que le balafon, un xylophone, la kora, harpe à deux rangs de seize cordes, le hoiirou, corne en fer, en bois ou en corne avec embouchure latérale, \m tambour 1 mètre de long, des cymbales. Zaborowski.

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