PREMIÈRES TENTATIVES DE COLONISATION SUR LA COTE OCCIDENTALE D'AFRIQUE
Les expéditions françaises du XIV® siècle. — On a
longtemps attribué aux Portugais le mérite d’avoir les premiers découvert et habité les côtes de l’Afrique occidentale. Il est aujourd’hui reconnu qu’ils ont été précédés dans ces parages par les navigateurs français, dieppois, malouins, saintongeais, basques. Un voyageur du xvii® siècle, Villault de Bellefond, dans son récit de voyage sur les côtes de Guinée, avait déjà démontré cette priorité et elle se trouve confirmée par les observations d’autres voyageurs de la même époque.
Les marins dieppois et rouennais fréquentaient déjà au xiv® siècle la côte occidentale d’Afrique, mais ils éprouvèrent quelque difficulté à franchir le cap Noun, dont les abords étaient dangereux. Ce furent des Dieppois qui, les premiers, s’avancèrent plus au sud. Ils armèrent, en novembre 1364, deux navires de 100 tonneaux chacun, qui firent voile vers les Canaries ; ils atteignirent ainsi le cap Vert et mouillèrent devant Rio Fresco, dans une baie qui portait encore le nom de baie de France, lorsque Villault de Bellefond y passa en 1666. Après avoir parcouru la côte de Sierra-Leone, ils s’arrêtèrent au lieu appelé plus tard par les Portugais Rio Sestos, et, frappés de la ressemblance que présentait sa situation avec celle de leur propre ville, ils le nommèrent Petit-Dieppe. Les navires en revinrent en 1365 avec une charge d’or, d’ivoire, que les Dieppois se mirent à travailler avec un grand talent, et de poivre que l’on appela malagiiette (1).
Dès la fin de la même année, les marchands de Rouen s’associèrent avec ceux de Dieppe, pour armer quatre navires, dont l’un s’arrêta au grand Sestre, sur la côte de Malaguette ou du Poivre, nom que l’on donna à la partie de la côte de Guinée qui s’étend de Sierra-Leone au cap Palmas. Un autre de ces navires alla opérer son chargement de malaguette à l’embouchure d’une rivière plus éloignée, devant un village que les marins appelèrent Paris.
Des expéditions furent entreprises tous les ans pendant le règne de Charles V et des comptoirs, appelés loges, furent établis pour faciliter les relations avec les indigènes.
En 1382, trois vaisseaux s’avancèrent jusqu’à la Côte d’Or. L’un d’eux, la Vierge, s’arrêta en un lieu qui fut nommé la Mine, à cause de la quan-
ti) D’après Villault de Bellefond, ce serait une appellation d’origine française. Humbold a émis au contraire l’opinion que le terme de malaguette serait dérivé du mot mellaghoo, qui désigne le poivre de l’Inde.
GUERRES ET EXPLORATIONS
lité d’or qu’on y trouva; l’autre alla trafiquer à Cap-Corse et à Mouré au-dessous de la Mine, et le troisième poussa jusqu’à Akara. Une nouvelle expédition, en 1383, vint élever une loge à la Mine.
Mais, à partir de 1410, la guerre civile devait arrêter l’essor du commerce, et déjà auparavant le comptoir de la Mine avait été abandonné.
Demêmeque Villault deBellefond, le sieur d’Elbée, commissaire général de la marine, rapporte, dans le journal de son voyage à la côte de Guinée en 1669 et 1670, qu’il a rencontré des souvenirs des établissements français; un château qui appartenait aux Hollandais passait pour avoir été décoré des armes de France. Le géographe hollandais Happer, qui écrivait à la fin du XVII® siècle une description des côtes de Guinée, dit aussi que, dans l’opinion des gens du pays, les Français en ont été les maîtres avant les Portugais. On a trouvé dans le fort de la Mine des restes d’inscriptions qui semblent aussi l’indiquer.
H paraît certain que jusqu’après 1450 les Normands n’ont plus tenté aucune expédition maritime sur la côte occidentale d’Afrique.
Ce fut dans la première moitié du XV® siècle que les Portugais, entraînés dans ce mouvement par Henri le Navigateur, parcoururent toute cette côte et y fondèrent des établissements; en 1443, ils prirent possession de la Mine, que nous avions abandonnée. Les Français ne recommencèrent à fréquenter les côtes de Guinée, au dire de Villault, que sous Henri III.
La conquête des Canaries; Jean de Béthen-
court. — Les expéditions des Génois, des Normands et des Portugais avaient fait connaître les îles Canaries, qu’habitaient les Guanches, mais ce fut un gentilhomme normand, Jean de Béthencourt, qui au début du XV® siècle y fonda le premier établissement.
Né vers 1360, Jean de Béthencourt appartenait à l’une des plus anciennes familles du pays de Gaux. Ancien chambellan de Charles VI, il avait été ruiné par les guerres, et, ayant réalisé une certaine somme en engageant ses fiefs de Normandie, il se rendit à La Rochelle pour y fréter un navire. Il y rencontra un autre chambellan du roi, Gadifer de La Salle, qu’il prit pour lieutenant. L’expédition partit le l®*" mai 1402. Béthencourt avait amené des Normands, Gadifer des Gascons. Une sédi-
LE SÉNÉGAL
lion éclata bientôt dans l’équipage, et il fallut débarquer des matelots sur la côte d’Espagne. Néanmoins, Béthencourt aborda à l’île de Lancerote; mais, ne pouvant s’en rendre maître, il revint en Espagne chercher des renforts, laissant à Gadifer la conduite de sa petite troupe. Il obtint tous les secours nécessaires du roi de Castille, Henri III, à condition de lui faire hommage des terres qu’il était résolu à conquérir. Il revint aux Canaries, que Gadifer avait continué à explorer. Les îles Lancerote et Fortaventure furent soumises, la nouvelle conquête organisée, les indigènes convertis au christianisme. Béthencourt, revenu en France en 1405, repartit bientôt pour les Canaries avec une troupe de colons. A la fin de la même année, après avoir occupé les îles de Gomère et de Fer, il laissa définitivement la colonie, dont il confia le gouvernement à son neveu Maciot de Béthencourt.
Celui-ci commit de telles exactions que la reine Catherine de Castille dut envoyer contre lui trois caravelles. Maciot vint à Madère et, raconte Azurara, vendit au prince Henri ses droits sur les îles.
Nouvelles expéditions dans T A.frique occidentale au XV® et au XVI® siècle. — On peut présumer que, dès 1470, les Normands recommencèrent leurs expéditions à la côte de Guinée. Le Dieppois Jean Cousin, fît flotter, en 1488, le pavillon français sur l’Atlantique. D’après une tradition, il aurait d’abord cinglé vers les Açores; mais, emporté vers l’ouest par un courant, il aurait débarqué près de l’embouchure d’un grand fleuve, sur une terre inconnue dans laquelle on a voulu voir l’Amérique; puis, reprenant la direction du sudest, il serait venu toucher sur la côte méridionale d’Afrique, à la pointe appelée depuis cap des Aiguilles ; de là, il aurait regagné l’Europe en longeant les côtes du Congo et de la Guinée. Aucun document n’établit la réalité de ces suppositions.
Nos marins avaient certainement repris, au xvi® siècle, à commercer sur les côtes occidentales d’Afrique ; car, à cette époque, Coligny avait demandé qu’on les protégeât contre les Portugais, et plusieurs d’entre eux prirent part à l’expédition dirigée contre Madère par Peyrot de Montluc. Le Sénégal avait particulièrement attiré les négociants de Dieppe et de Rouen, qui y faisaient, dès la fin du xvi® siècle, un commerce assez suivi ; ils s’y étaient portés surtout depuis que les Portugais les avaient chassés de leurs établissements de la Guinée. Au xvii® siècle, les Français s’y implantèrent d’une manière définitive.