‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 43 sur 62 · SÉNÉGAL ET HAUT NIGER · texte numérisé non relu

SÉNÉGAL ET HAUT NIGER

Les débuts de la colonie. — A partir de 1626, le Sénégal put être considéré comme une véritable colonie. De cette année date en effet la Compagnie normande, formée par des marchands de Dieppe et de Rouen, à laquelle on doit la création, dans une île de l’embouchure du Sénégal, de l’établissement qui fut l’origine de la ville de Saint-Louis.

GUERRES ET EXPLORATIONS

Dès les premières années de sa fondation, la prospérité de ce comptoir ne fit que s’accroître, mais les Hollandais, dont la puissance maritime était considérable, étaient alors les maîtres d’Arguin, de Corée et de Rufisque, d’où ils surveillaient l’embouchure du Sénégal. En 1664, la Compagnie normande vendit ses établissements à la Compagnie des Indes occidentales, à laquelle Colbert avait fait donner le privilège exclusif de faire le commerce sur toutes les côtes de l’Atlantique, du Canada au cap de Bonne-Espérance. Mais cette dernière ayant été déchue de son privilège en 1672, ses droits passèrent à la Compagnie du Sénégal. Entre temps, les Français s’étaient emparés d’Arguin, de Portudal, de Rufisque, de Corée et de Joal, dont la possession leur fut confirmée par le traité de Nimègue (1678). La Compagnie du Sénégal eut à lutter contre les Hollandais et les Anglais, qui possédaient aussi des comptoirs sur la côte ; elle fit place, en 1696, à la Compagnie royale du Sénégal, cap Nord et côte d’Afrique, qui eut pour directeur André Bruë.

Arrivé à Saint-Louis en août 1697, André Bruë fit entrer la colonie du Sénégal dans une ère nouvelle de prospérité et d’accroissement. Il explora le pays, afin d’y ouvrir de nouveaux débouchés pour notre commerce. Il visita le Cayor, remonta le Sénégal jusqu’au delà de Bakel, ainsi que la Falémé, et dépassa les chutes du Félou. II parcourut la Cambie et descendit jusqu’aux Rivières du Sud. Il fit explorer par Compagnon le Bambouk et la Falémé. Il noua des relations avec les chefs de l’intérieur, notamment avec les Maures Braknas et les indigènes du Dimar et du Toro. Il fit lever la première carte du Sénégal. Revenu en France en 1720, il retourna au Sénégal en 1723 pour régler les intérêts de la Compagnie. Ce fut son dernier voyage ; ses successeurs n’eurent qu’à suivre les voies qu’il avait tracées pour maintenir la prospérité de la colonie.

Malheureusement, pendant la guerre de Sept ans, Saint-Louis et Gorée tombèrent aux mains des Anglais, et une « Compagnie royale d’Afrique » reprit tout le commerce de la région. A la paix, Gorée nous fut rendue, mais Saint-Louis resta aux Anglais jusqu’au moment où le duc de Lauzun s’en empara, pendant la guerre de 1779. Gorée et Saint-Louis furent encore repris par les Anglais au cours des guerres de l’Empire. Enfin le traité de Paris (1814) nous restitua ces deux établissements, auxquels se limitèrent longtemps nos possessions du Sénégal (1).

La coldnie languit jusqu’en 1854, époque à laquelle le commandant du génie Paidherbe fut chargé de rétablir l’ordre dans le pays et de mettre fin aux mauvais traitements dont nos commerçants étaient victimes.

Administration de Faidherbe. — Faidherbe commença par pacifier les pays ravagés par les Maures riverains du fleuve et, après plusieurs campagnes, les amena à traiter. Il soumit

fl) La Méduse, dont le naufrage est resté célèbre, avait été envoyée, en 1816, pour transporter dans la colonie les fonctionnaires et les soldats qui devaient la réorganiser.

LE SÉNÉGAL

le Oualo, le Dimar, le Toro, et obtint la suppression des « coutumes » humiliantes payées par les traitants.

Faidherbe, ayant établi des postes sur le Sénégal de Saint- Louis à Bakel, s’efforça ensuite d’assurer l’expansion de la colonie du côté du haut fleuve. Use trouva alors aux prises avec un adversaire redoutable, le prophète El-Hadj- Omar, né vers 1797 à Aloar, près Podor.

El-Hadj-Omar avait fait le pèlerinage de La Mecque. En revenant de la ville sainte, il séjourna quatre ou cinq années au Bornou, y épousa la fille du sultan, reprit sa route vers la Sénégambie, mais dut, par suite de l’occupation française, s’arrêter dans le Fouta- DJalon, d’où sa réputation de marabout commença à s’étendre au loin. Vers 1848, il s’établit dans le Dinguiraï et chercha à recruter des partisans.

11 entra en campagne en 1850. Il remporta ses premiers succès dans le Fouta- Djalon et construisit, à proximité du Bafîng, une des branches supérieures du Sénégal, la forteresse de Koundian. De là il donna le signal de la guerre sainte en 1854 et conquit le Bambouk. 11 soumit en moins de trois ans le pays situé entre le moyen Sénégal et le haut Niger; le Kaarta, vaincu, tomba en son pouvoir. Bientôt il déclara la guerre aux Français qui cherchaient à développer le commerce du côté du Soudan, et il tenta de soulever contre nous le Bondou et le Khasso.

Mais Faidherbe l’avait prévenu. Tandis qu’il achevait de dévaster le Kaarta, le gouverneur, parvenu à Médine, dans le Khasso, en amont de Bakel, y fît construire un nouveau poste (1855). Les Toucouleurs l’attaquèrent en avril 1857 ; ils subirent de grandes pertes et furent obligés de se retirer. El-Hadj-Omar reparut bientôt devant Médine : les assiégés, sous le commandement

Général FAIDHERBE (1818-1889).

Pbot. Carjat.

GUERRES ET EXPLORATIONS 56o

du mulâtre Paul Holl, se défendirent héroïquement, et les Toucouleurs, repoussés, furent poursuivis par les troupes de Faidherbe, qui s’était porté au secours du poste. El-Hadj-Omar se tourna alors vers le Niger et conquit le, Bélédougou , le Ségou, le Macina. Vaincu et assiégé dans ce dernier pays, il se donna la mort en 1865.

Ses fils se partagèrent son empire, et l’un d’eux, Ahmadou, devint sultan de Ségou.

En 1857, l’Angleterre nous céda Portendik. En 1859, les rois du Baol, du Sine et du Saloun reconnurent notre autorité. De 1860 à 1862, ce fut le tour du Cayor.

Pendant ses onze années

<ή.'*8o4 à Vieille tour de Médine, dite

loDüj FclldllGl Idg îivdit donc tour de Paul HolL

consolidé la domination française , qui s’étendait désormais sur tout le cours du Sénégal et sur la côte, du cap Blanc jusqu’à la Gambie anglaise.

De Saint-Louis à Kayes.

Son action administrative n’avait pas été moins importante. Tout était à créer : il pourvut à tout. Il organisa un corps de troupes indigènes sous le nom de tirailleurs sénégalais.- Il répandit notre langue, principalement par la création de l’école

Colonies I.

LE SENEGAL

des otages. Il aménagea le port de Dakar et le dota de phares, construisit trois ponts pour relier Saint-Louis à la terre ferme, établit des routes et des lignes télégraphiques, bâtit des casernes et des établissements publics de toutes sortes, créa une banque, un musée, une imprimerie, un journal; enfin, il fît faire des essais de culture et se préoccupa activement du développement économique de la colonie.

Explorations dans l’intérieur. — Un certain nombre de voyages furent tentés dans l’intérieur du pays, sur son initiative. En 1860, le capitaine Vincent fut envoyé dans l’Adrar, et l’enseigne de vaisseau Bourrel dans les pays des Maures Braknas. Un peu plus tard, un assesseur du cadi de Saint-Louis, Bou-el-Moghdad, traversa le Sahara occidental et atteignit Mogador. Mage, ensèigne de vaisseau, alla, au commencement de 1861, visiter l’oasis de Tagant, chez les Maures Douaïch, au nordest de Bakel. Les sous-lieutenants Pascal et Lambert visitèrent, le premier, le Bambouk, le second, le Fouta-Djalon.

Mais l’exploration la plus considérable fut celle du lieutenant de vaisseau Mage et du D*‘Quintin, chargés d’aller demander à El-Hadj-Omar le droit d’établir des comptoirs commerciaux entre Médine et le Niger (1862- 1864). Ils parvinrent jusqu’à Ségou. S’ils ne purent voir El-Hadj-Omar, parti pour l’expédition où il trouva la mort et dont le fils Ahmadou les retint deux ans près de lui, ils rapportèrent les documents géographiques les plus importants.

Paul Soleillet, dont l’idée était de relier EAlgérie au Soudan, accomplit à son tour, en 1878, un important voyage au Niger. Il parvint à Ségou, la capitale d’Abmadou, où il séjourna cent douze jours, et revint persuadé qu’il était possible d’établir un chemin de fer du Sénégal au Niger.

Si les successeurs immédiats de Faidberbe ne firent que créer quelques nouveaux postes, ils eurent le mérite d’affermir notre situation dans les Rivières du Sud.

L’arrivée du colonel Brière de l’Isle à Saint-Louis en 1876 fut le signal d’une nouvelle période de progrès. Reprenant le plan de pénétration vers le Niger conçu par Faidberbe, il proposa la création d’une voie ferrée reliant Saint-Louis et le Sénégal au grand fleuve du Soudan. Les Chambres votèrent en 1879 les crédits nécessaires pour des études préliminaires. La même année, un fort fut construit à Bafoulabé, au confluent du Bafmg et du Bakhoy.

Mission Gallieni. — Le gouverneur Brière de l’Isle chargea le capitaine Gallieni d’une mission ayant pour objet d’étudier le pays situé entre Médine et le Niger, d’y reconnaître un tracé provisoire, d’examiner les ressources de la région et de conclure avec les chefs indigènes des traités permettant le passage de la voie ferrée. Gallieni était accompagné des lieutenants Pietri et Vallière et des Tautain et Bayol. Partie de Saint-Louis le

Page 1