‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 45 sur 62 · RÉGION DE TOMBOUCTOU · texte numérisé non relu

RÉGION DE TOMBOUCTOU

Les premiers voyages à Tombouctou. — Tombouctou passait pour l’une des cités les plus commerçantes de l’Afrique, et le fanatisme musulman en avait de tout temps écarté les chrétiens ; aussi la regardait-on comme une sorte de ville sainte. On exagérait l’importance de ce centre mystérieux, mais Tombouctou, située à proximité du grand coude du Niger et aux confins du Sahara, est la station principale des caravanes qui vont de l’Afrique du Nord au Soudan et peut servir d’entrepôt aux produits d’une partie de l’Afrique.

Timboucht^ ou Tombouctou, apparaît pour la première fois sur une carte catalane de 1373. On croit que les Portugais ont pénétré dans la cité soudanaise au xv® siècle, et que, vers la même même époque, le géographe arabe Léon l’Africain l’aurait également visitée.

Vers l’an 1630, le matelot français Paul Imbert, pris par les Arabes à

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la suite d’un naufrage, fut vendu comme esclave et amené à Tombouctou. Depuis, diverses tentatives pour y pénétrer furent faites sans succès, notamment par Mungo-Park.

Le major anglais Laing put y arriver en 1826. Il avait été chargé par le gouvernement anglais d’explorer la région du Niger. Parti de Tripoli, il atteignit Tombouctou en passant par Ghadamès et le Touât ; à son retour, il fut tué entre Tombouctou et Araouan, le 24 septembre 1826-

C’est un Français, René Caillé, qui, le premier, donna une description de Tombouctou. II était né à Mauzé (Deux-Sèvres) en 1799; poussé par le goût des voyages, il tenta, presque sans ressources et sans y être préparé, de gagner le prix de 10 000 francs promis par la Société de Géographie de i Paris à l’explorateur qui atteindrait Tombouctou. A force de courage, de persévérance et de privations, il arriva le 11 mars 1828 à Djenné, d’où il descendit en barque le Niger jusqu’à Kabara, le port de Tombouctou. Il s’était fait passer pour musulman, et, considéré de tous comme un malheureux pèlerin, il put séjourner dans la cité et recueillir des informations. Il gagna le nord de l’Afrique en se joignant à une caravane, et arriva à Tanger malade et dépourvu de tout. De retour dans son pays, l’intrépide explorateur mourut, en 1838, des suites de ses fatigues, emportant dans la tombe René CAILLÉ (1799-1838).

le regret de voir planer des doutes D’après une uthogr. — Phot. Quinet,

sur la réalité de son voyage.

Vingt-cinq ans après lui, le

voyageur allemand Henri Barth visita à son tour Tombouctou, en donna une description approfondie et confirma les récits de son devancier. Parti du sud, il entra à Tombouctou le 7 septembre 1833. Il s'était fait passer d’abord pour un musulman envoyé par le sultan ; mais, s’étant lié avec le chef d’une puissante famille, il dévoila son origine et put néanmoins rester à Tombouctou jusqu’au 8 mai 1854, sans être inquiété. On l’avait cru mort, et l’on avait envoyé à sa recherche un de ses compatriotes, Vogel, qui le rencontra à la fin de 1834.

Un juif marocain, le rabbin Mordokhaï-Abi-Serour, se rendit du Maroc à Tombouctou par Tendouf et entra dans la ville costumé en Arabe (1839). Malgré les menaces qui l’accueillirent au début, il y

LE SÉNÉGAL

demeura plusieurs années, fit à la fois du commerce et du prosélytisme religieux, et y fonda une petite colonie juive.

Vingt-six ans après le départ de Barth, un autre Européen, le docteur autrichien Oskar Lenz, parti du Maroc, parvint à pénétrer dans Tombouctou (1®'’ juillet 1880), mais il n’y put rester que dix-huit jours. Il revint par Nioro, Kayes et le Sénégal.

Au cours du xix® siècle, Tombouctou a été le théâtre de luttes incessantes entre les Peuhl et les Touareg ; ces derniers ont eu presque constamment la prépondérance. Les maîtres légitimes du pays sont les Arma ou Dérabous, noirs croisés de Marocains, dont le chef porte le

Région de Tombouctou.

nom générique de Khiaia. Mais malgré son autorité sur la ville, ce chef est à la merci des Touareg, maîtres du Sahara. C’est peut-être dans l’espoir de se débarrasser d’eux que le cheikh de Tombouctou avait envoyé en 1884 un ambassadeur à Paris.

ï^econnaissances opérées sur le Niger. — Des

reconnaissances, faites par nos canonnières sur le Niger, nous avaient peu à peu rapprochés de Tombouctou. En 1885, la canonnière le Mage^ commandée par le lieutenant de vaisseau Davoust, poussa jusqu’à Djenné.

En 1887, le colonel Gallieni, gouverneur du Soudan français, confia au lieutenant de vaisseau Caron la mission de se rendre à Tombouctou par le Niger. Cet officier, accompagné du D"" Jouenne, du sous-lieutenant Lefort et de quelques hommes seulement montés sur le Niger ou sur le chaland Manambougou^ s’arrêta d’abord à Bandiagara, où résidait

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le cheikh des Toucouleurs, Tidiani, neveu du prophète El-Hadj-Omar. Il ne put le décider à accepter un traité et dut quitter brusquement le village. La canonnière continua sa marche et arriva devant Kabara, port de Tombouctou. Mais la défiance que nous inspirions aux Touareg, aux Toucouleurs et aux Maures, et la crainte où ceux-ci tenaient les habitants de la ville, empêchèrent les chefs de venir à bord. Le retour s’effectua dans des conditions difficiles, sur un fleuve mal connu et au milieu de tribus hostiles.

Ces premières explorations furent continuées en 1889 par le lieutenant de vaisseau Jaime. Il partit le 16 septembre de Koulikoro, en aval de Bammako , faisant 1 600 kilomètres en dix-neuf jours sur la canonnière Niger ^ et arriva le 3 octobre à Kourioumé. Les Touareg se montrèrent hostiles à l’expédition, qui était de retour à Koulikoro le 24 octobre. Elle rapportait des informations importantes sur le régime du Niger et notamment sur le lac Debo, vu pour la première fois par Mungo-Park. L’enseigne de vaisseau Hourst, resté à Mopti, dans le Macina, avec le Mage, fit aussi d’importantes observations hydrographiques.

Occupation de Tombouctou. — La conquête du Macina (1893) devait être suivie de celle de Tombouctou, qui tire ses vivres de ce pays. Le lieutenant-colonel Bonnier, qui depuis le départ du commandant Archinard exerçait le commandement des forces militaires du Soudan français, se dirigea, en décembre 1893, sur Tombouctou. Envoyé à Kabara, le lieutenant de vaisseau Boiteux, commandant la flottille du Niger, devança lui-même son chef.

Ayant ouvert utilement des négociations avec le chef de la ville et les principaux habitants, M. Boiteux profita des hautes eaux et se rendit jusqu’en face de Tombouctou, avec deux chalands armés de deux canonsrevolvers empruntés aux canonnières; le 12 décembre, il entra dans la ville avec quelques marins et fit hisser l’un des canons sur le point le plus élevé delà ville. Mais les Touareg, auxquels des Kountas s’étaient joints, vinrent, le 25 décembre, attaquer la réserve de la flottille à Kabara. Le 28, l’enseigne de vaisseau Aube fut massacré par les Touareg avec dix-neuf hommes, après une audacieuse poursuite qu’il avait tentée au milieu des sables.

Lieutenant-colonel BONNIER (1856-1894). — Phot. Camus.

LE SÉNÉGAL

Le lieutenant-colonel Bonnier était à Sansanding-, lorsqu’il apprit l’occupation de Tombouctou. 11 y arriva le 10 janvier 1894, et, au bout de deux jours, il repartit avec une colonne volante dans la direction de Goundam, pour reconnaître les Touareg qui rôdaient dans le désert. Le 14, ayant appris que ceux-ci s’étaient rassemblés avec leurs troupeaux près de Dongoï, il marcha dans cette direction, laissant à Massakoré les hommes fatigués, sous la garde du sous-lieutenant Sarda. Il campa le soir à Takoubao. Le 15 janvier, à quatre heures du matin, les Touareg envahirent tout à coup le campement et firent un horrible massacre. Le colonel et ses officiers étaient prêts au combat dès la première alerte, mais l’irruption subite d’une masse considérable d’hommes, de chevaux et de bœufs avait jeté la panique parmi les troupes indigènes. Nous perdîmes 11 officiers, parmi lesquels Bonnier lui-même, 2 sous-officiers et environ 80 hommes. Le capitaine Nigote, blessé, put rejoindre le sous-lieutenant Sarda et ramener le convoi à Tombouctou.

Vingt-cinq jours après, l’arrivée de la colonne du lieutenant-colonel Joffre sauva la petite garnison restée dans la ville. Les Tingeregef, tribu à laquelle appartenaient les Touareg coupables du massacre delà colonne Bonnier, furent à leur tour battus à deux reprises, les 23 et 25 mars, du côté de Goundam, et mis en complète déroute.

L’occupation de Tombouctou avait porté notre influence dans le Soudan jusqu’à la limite méridionale du Sahara. Depuis lors, notre situation s’y consolida. Le gouverneur Grodet visita, en 1894, les différents cercles et postes du Bélédougou et du Macina, et put s’avancer jusqu’à Tom-* bouctou, où il arriva à la fin de janvier 1895.

Pour surveiller le pays, des postes furent établis à Tombouctou, à Kabara, à Goundam, à El-Oualedj, à Saféré, à Gourao, ainsi que quelques postes secondaires sur le marigot de Goundam.

Opérations contre les Touareg et autres nomades. — Beaucoup de tribus touareg comme les Igouadaren, les Tademeket, les Irreganaten, les Kel-Temoulaï, les Imededgen, firent leur soumission assez promptement. Mais les Kel-Antassar, nomades d’origine berbère, croisés d’Arabes, qui vivent à la façon des Touareg, continuèrent à faire des razzias, et leur chef, N’Gouna, se montra intraitable. Ils furent énergiquement poursuivis et châtiés, en avril 1894 par le lieutenant Prantz, en mai de la même année par le capitaine Laperrine, un peu plus tard par le capitaine Gérard, en août 1895 par le capitaine Florentin, en octobre de la même année par le capitaine Imbert et le lieutenant Bérar, qui trouva la mort dans un engagement.

La ville de Bassikounou, située aux confins du Sahara, à l’ouest du lac Faguibine et des Daounas, fut occupée, le 24 janvier 1897, par le lieutenant Wirth : on se proposait de faire cesser les pillages continuels exercés par la tribu maure des Ouled-Allouch sur les troupeaux et les récoltes des tribus qui s’étaient mises sous la protection de nos postes.

Le lieutenant de Ghevigné, du 2® escadron des spahis soudanais, passa le 15 mai 1897, à Imentabomack, un traité avec Djamarata, représentant de l’aménokhal de la confédération des Aouellimiden. Ce traité renouvelait

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celui conclu par la mission Hourst le 12 mars 1896 et établissait le protectorat français sur l’ensemble de cette confédération, dont le territoire de parcours s’étend du Mossi à l’ouest à l’Aïr vers l’est, et du massif hoggar et des plateaux azdjer jusqu’au Sokoto.

Rentré le 21 mai à Tombouctou, le lieutenant de Cbevigné fut envoyé le mois suivant, avec le lieutenant de La Tour de Saint-Ygest, dans la direction de l’est, où le chef des Kel-Antassar, N’Gouna, toujours hostile, avait excité les Touareg contre nous.

Le 19 juin, nos spahis tombèrent dans une embuscade, à l’est de Tombouctou, dans la direction de Ghergo. Une première charge fut dirigée par le lieutenant de La Tour Saint-Ygest, mais personne n’en revint. Un nouveau groupe, lancé contre l’ennemi, était commandé par le lieutenant de Chevigné, qui fut blessé mortellement. Enfin le maréchal des logis de Libran réussit à percer la ligne de l’ennemi en laissant la moitié de son monde. De Chevigné, se sentant perdu, et comprenant que ses compagnons se feraient tuer pour ne pas l’abandonner, se tira une balle dans la tête, malgré les supplications du maréchal des logis de Libran, qui lui-même avait été grièvement blessé. M. de Libran ne put ramener avec lui que dix hommes.

A la suite de cet échec, le général de Trentinian envoya une colonne contre les bandes insoumises de N’Gouna. Les commandants Goldschœn et Klobb leur infligèrent, vers le milieu de septembre, une déroute complète.

Le commandant Klobb repoussa encore, en mai et juin 1898, dans les environs de Tombouctou, des hordes d’Igouadaren et de Kel-Antassar.

Quelques mois plus tard, un détachement commandé par le lieutenant Gressard opérait une reconnaissance, quand il se heurta à un fort parti de Touareg, que commandait N’Gouna. La rencontre eut lieu à Emmêla, à la pointe nord-est du lac Faguibine, et le chef ennemi trouva la mort dans le combat. La mort de N’Gouna débarrassait les environs de Tombouctou d’un agitateur dangereux.

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