‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 47 sur 62 · EXPLORATION DU NORD DE LA BOUCLE DU NIGER · texte numérisé non relu

EXPLORATION DU NORD DE LA BOUCLE DU NIGER

LE SÉNÉGAL

du moyen âge, avec ses grandes murailles en terre glaise, flanquées de tours, et ses toits plats dominant l’enceinte. Le 1®** décembre, il entrait à Fourou, dont la population est de 3000 habitants, la plupart forgerons ou tisserands.

Il quitta Fourou le 12 janvier 1888, fît étape à Diomanténé, Niélé, Léra, Lokhognilé, et le 20 février, un an presque jour pour jour après son départ de Bordeaux, il entrait à Kong, monté sur un bœuf porteur et entouré d’une immense foule, avide de voir le premier Européen qui eût jamais pénétré dans la ville. L’accueil des autorités locales et des habitants fut des plus sympathiques.

Le 12 mars 1888, M.Binger quittait Kong, se dirigeant vers le nord-est pour gagner le Mossi, et, si faire se pouvait, le Niger, à Say. Il parcourut les territoires des Komono, des Dokhosié et des Tiéfo ; puis il pénétra chez les Bobo-Fing, dont la capitale est Bobo-Dioulassou.

Le 26 mai, il franchit la Volta noire et entra dans le Gourounsi, pays sillonné de cours d’eau et couvert d’une végétation luxuriante. Il passa à Diabéré, puis à Bouganiéna, et, le 8 juin, atteignit le premier village du Mossi, Banéma, dont le chef, Bokary-Naba, se montra plein de bienveillance. Il n’en fut pas de même à Ouaghadougou (ISjuin). Là, le souverain du Mossi, Naba- Sanom, frère de Bokary-Naba, obligea l’explorateur à rebrousser chemin vers Bouganiéna et à faire route vers le sud, à travers le Gourounsi méridional, le Mampoursi, le Dagomba et le Gondja. Cette étape, qui dura deux mois, fut des plus pénibles : M. Binger faillit plusieurs fois être assassiné par les indigènes. Enfin, le 8 octobre, il arriva sain et sauf à Salaga, capitale du Gondja. Le 21, il était à Kintampo, d’où il se transporta ensuite à Bondoukou.

Épuisé de fatigue, le capitaine avait hâte de regagner Kong. Il y rentra le 5 janvier 1889, après dix mois d’absence. Il eut la surprise d’y trouver M. Treich-Laplène, résident à Assinie, qui, ayant appris que le hardi explorateur, considéré depuis longtemps comme perdu, vivait encore, était spontanément accouru pour le rejoindre avec un convoi de ravitaillement. Le 10 janvier, M. Binger et M. Treich-Laplène signèrent avec le souverain de Kong, Karamokho-Oulé, un traité plaçant le pays sous le protectorat de la France. Quelques jours après, ils prenaient ensemble la route de Grand-Bassam.

Arrivés dans la capitale du Djimini,Dakhara, le 26 janvier 1889, i ils obtinrent du roi Bomba un traité analogue à celui dej Kong. De là ils passèrent dans l’Anno et s’arrêtèrent à Aouabou,

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résidence du souverain, où fut conclu un troisième traité de protectorat. Le 28 février ils étaient à Attakrou, sur le Komoé. Ils s’embarquèrent dans des pirogues, mais la descente fut rendue très pénible par les barrages et les rapides. M. Binger tomba gravement malade et se vit sur le point de succomber. Enfin les voyageurs, recueillis sur la canonnière Diamant, qui faisait la police sur le Komoé, atterrissaient le 20 mars à Grand- Bassam, et le 11 mai 1889 M. Binger était de retour à Paris.

Cette exploration fut féconde en résultats. Jusqu’en 1886, la boucle du Niger était représentée sur les cartes par un immense espace à peu près vide, sillonné de chaînes de montagnes hypothétiques et de quelques rivières dont le cours moyen et supérieur était marqué par des pointillés. M. Binger a comblé beaucoup de lacunes et rectifié de nombreuses erreurs. Le développement total des itinéraires qu’il a relevés topographiquement atteint 4000 kilomètres, et celui des itinéraires par renseignements dépasse 50000 kilomètres. Il a donné des indications précises sur le relief du sol de la boucle du Niger, sur un grand nombre des cours d’eau de cette région, l’Ouassoulou-Balé, le Baoulé, qui se jettent dans le Niger, et sur les fleuves qui descendent vers le golfe de Guinée, notamment la Volta et le Komoé, qui relient directement les États de Kong à notre possession de Grand-Bassam.

Il a rapporté des renseignements très nombreux sur la géologie, la flore, le climat, l’ethnographie, les industries des divers peuples, les conditions du commerce dans ces régions et leur avenir économique.

Enfin il a cimenté d’importantes relations avec tous les peuples qu’il a visités ; il a signé des traités de protectorat qui ont fait rentrer dans notre hinterland les États de Tiéba, les États de Kong, le Djimini, l’Anno et le Bondoukou, et relié le Soudan français à la Côte d’ivoire.

Missions dniquandon et Crozat. — La mission Binger, en même temps qu’elle avait relié au Soudan français la Côte d’ivoire, nous avait ouvert des voies nouvelles que d’autres explorateurs s’efforcèrent bientôt de suivre, afin d’étendre l’influence française dans l’intérieur de la boucle du Niger.

En avril 1890, le capitaine Quiquandon, qui déjà en 1887 avait été envoyé dans le Bélédougou, fut. chargé d’une nouvelle mission. La chute de Ségou-Sikoro (1) avait placé sous notre domination tout le pays compris entre le Macina au nord, les États de Tiéba à l’est, et les États de

(1) Voir, au chapitre Sénégal et Soudan, Sénégal et haut Niger,

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Samory au sud. Le capitaine Quiquandon eut pour mission d’entrer en relation avec le roi Tiéba et de le gagner à notre cause. Le Dr Grozat, médecin de la marine, lui avait été adjoint.

Partis de Ségou-Sikoro le 16 mai 1890, les voyageurs pénétrèrent dans le Kénédougou, et le 3 juin entrèrent dans la capitale Sikasso, où Tiéba leur fit un excellent accueil. Le capitaine Quiquandon chargea alors le Dr Grozat et le lieutenant Spitzer de se rendre dans le Mossi et de nouer des relations amicales avec le souverain du pays.

Le lieutenant Spitzer mourut à San, en route vers le Mossi ; mais le Dr Grozat arriva par une route en partie nouvelle dans ce royaume que Binger avait traversé. Parti de Sikasso le l®r août 1890, il visita le pays des Bobos -Dioulas, qui entretiennent des relations commerciales importantes avec Kong, le Mossi, le Macina, Salag'a, le Dafma, Lanfiera, où il fut bien accueilli. Le 7 septembre, il entra dans le Mossi, où, sous l’autorité nominale du naha^ régnent près de trois cents chefs constamment en guerre les uns contre ; les autres et qui eux-mêmes subissent l'influence des marabouts.

Le naba Bokary reçut Grozat avec un mélange de méfiance, de timidité et de cérémonial ; il promit de bien accueillir les négociants français. Arrivé le 17 septembre à Ouaghadougou, sa capitale, Grozat la quitta le 1er octobre pour revenir à Sikasso le 20 novembre. L’année suivante un envoyé du naba du Mossi vint à Sikasso visiter le résident français, le capitaine Marchand.

La route suivie par Grozat était en partie inconnue, et à tous égards son voyage fut aussi profitable à la science qu’à l’extension de notre influence. Il fut le précurseur de Monteil, qui quelques mois plus tard reprit la même route.

Mission du capitaine Ménard. — Tandis que le D^ Grozat avait été envoyé dans le Mossi, le capitaine Ménard avait été chargé de parcourir, en sens inverse, les routes suivies par Binger entre Grand- Bassam et Kong, puis de relier cette ville au haut Niger en reconnaissant la région comprise entre les États de Samory et Thinterland de

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Libéria, contrée tout à fait inconnue. C’est le 22 novembre 1890 qu’il quitta Grand-Bassam ; au mois de mai 1891 il arriva à Kong, et en décembre à Sakala ; de là il pénétra dans le Kaladian, se proposant de gagner Moussardou (janvier 1892). A ce moment, lessofas (1) de Samory arrivaient dans le pays et attaquaient notre allié Fakourou Bamba. Le capitaine ne pouvait refuser à celui-ci ses conseils et son aide ; il fut surpris près de Seguila par les sofas ; malade, sans cheval, il jugea la fuite indigne de lui. Renvoyant ses cinq tirailleurs, il resta dans la petite case en terre où il était installé ; à lui seul, il tint tête à une troupe nombreuse et répondit à la fusillade des assaillants. L’épaule gauche brisée, il continuait à combattre, quand une balle l’atteignit dans le dos : il tomba et les noirs l’achevèrent (4 février 1892). Sa tête fut envoyée à Samory, qui la fit exposer comme trophée de guerre.

La première mission Monteil. — Comme le D’’ Crozat, le capitaine Monteil avait reçu la mission d’atteindre le Mossi en jalonnant sa route de traités, de manière à nous assurer, à l’encontre des tentatives de pénétration des Anglais et des Allemands, les protectorats des pays compris dans la boucle du Niger. Mais sa tâche devait être plus considérable. Arrivé à Say, sur le Niger, il devait reconnaître jusqu’au lac Tchad la ligne Say-Barroua indiquée dans la convention franco-anglaise du 5 août 1890 (2), comme la limite méridionale reconnue par le gouvernement britannique de la sphère d’influence française. Son rôle était, en un mot, de préparer, dans des conditions avantageuses pour notre pays, les délimitations que prévoyait l’accord anglo-français.

Parti de Bordeaux le 20 septembre 1890, le capitaine Monteil était accompagné du surveillant militaire Badaire et d’une escorte de vingt hommes ayant déjà fait leurs preuves.

La mission partit de Kayes le 28 octobre, se dirigeant successivement sur Bafoulabé, Bammako et Ségou-Sikoro, qu’elle quitta définitivement le 23 décembre 1890.

Elle passa à San, à Kinian, où se trouvait encore le capitaine Quiquandon en mission auprès de Tiéba, et arriva le 3 mars à Samoragham, village dépendant, au moins nominalement, du chef du Kénédougou. Elle continua sa route par Bama, Bassouï'a, se dirigea vers le nord du Dafina, arriva à Kimbéri, pre mier village de ce pays, et campa le lendemain au bord de la Volta noire. Elle poussa ensuite jusqu’à Lanfiera, où elle

(1) Sofa, nom qui veut dire exactement « palefrenier», et qui avait été donné aux soldats d’élite de Samory, portant le pantalon et le fusil. Le bilakoro, qui n’avait que le bila ou pagne, pouvait, par la suite, devenir un sofa.

(2) Voir pages 496 et 602.

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arriva le 2 avril 1891, et fut bien accueillie par Falmamy, comme l’avait été l’année précédente le Crozat.

En quittant Lanfiera, la mission passa parYako et se dirigea sur Ouagtiadougou, capitale du Mossi, qu’elle atteignit le 28 avril; on se souvient que ce fut là le point extrême de l’itinéraire du capitaine Binger et qu’en 1890 le Crozat y traita avec le Mossi. Puis la mission s’engagea vers l’est, sur la route du Liptako. Après quatre jours de marche, le convoi arriva à Boussouma, puis à Ouagou. D’Ouagou, elle continua sur le Liptako par Ponsa, qui dépend du roi d’Ouagou.

Après avoir traversé des pays pauvres et incultes, et surmonté des obstacles de toute sorte, la mission arriva au Liptako, qui était livré à l’anarchie par suite de la mort récente du roi et de la rivalité de trois prétendants. Néanmoins le capitaine Monteil entra à- Dori, capitale du Liptako, et obtint la signature d’un traité.

Après y avoir reformé son convoi, il quitta cette ville le l®’^ juin, se dirigeant sur le Yagha. La mission resta près d’un mois dans la capitale de ce pays, Nebba, où le capitaine et le surveillan- Badaire furent atteints d’une violente dysenterie. Enfin les voyat geurs purent quitter le pays le 19 juillet et gagner le Torodi, dont l’importance est à peu près égale à celle du Yagha. De là, la mission se dirigea vers Say, qu’elle atteignit en juillet 1891 ; elle s’y retrouva en vue du Nfiger, qu’elle avait traversé à Ségou dix mois auparavant. Seuls, Mungo-Park et Barth avaient visité Say avant Monteil. Cette ville est à l’extrémité occidentale de la ligne droite qui, dirigée sur Barroua, au bord du lac Tchad, devait, aux termes de la convention franco-anglaise du 5 avril 1890, limiter au sud notre sphère d’influence dans le Sahara.

Le 27 août 1891 le capitaine Monteil passa de nouveau le fleuve, prit la direction du lac Tchad, qu’il atteignit comme on le verra plus loin, et, de là, il rentra en France par le Sahara et Tripoli.

Conquête du Yatenga, du Mossi et du G-ourounsi. — En 1895, le commandant Destenave, alors résident à Bandiagara, fut chargé de visiter les régions situées à l’est du Macina et placées sous le protectorat de la France par les précédents chefs de missions, Binger, Crozat et Monteil. Il se rendit à Ouahigouya, la capitale du Yatenga, dont le souverain, Bakaré, accepta définitivement le protectorat français, puis à Yako, dont le chef relève du chef des nabas du Mossi. Mais le naba de Yako, aussitôt après le départ du commandant Destenave (novembre 1895), entra en lutte contre notre protégé Bakaré, qui fut chassé d’Ouahigouya.

Pour empêcher la propagation de ces sentiments hostiles, une mission

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fut organisée de suite, malgré la saison d’hiver. Elle fut confiée au lieutenant Paul Voulet, de l’infanterie de marine, second de la mission Destenave, qui emmena avec lui le lieutenant Chanoine, des spahis soudanais, et les sergents Laury et Le Jariel, avec une escorte de deux cents hommes.

La mission partit de Bandiagara le 30 juillet 1896 et se rendit au Yatenga. Ce pays était en pleine guerre civile ; la mission marcha au secours de notre protégé Bakaré, battit ses adversaires et le ramena dans sa capitale Ouahigouya. Le 26 août, le naba de Yako, qui cherchait à s’opposer au passage de la mission, fut battu, et Yako occupé.

La mission se dirigea alors sur Ouaghadougou. Déjà, au commencement de 1895, M. Alby, parti du Dahomey, s’était avancé jusqu’à Boussourima, près d’Ouaghadougou, et s’était mis en rapport avec les chefs du Mossi. Mais, malgré les assurances que Bokary-Kountou, naba du Mossi, nous avait données dans divers traités, il s’enfuit vers le sud à l’approche de la nouvelle mission, après avoir tenté une attaque contre elle.

Les lieutenants Voulet et Chanoine pénétrèrent ensuite dans le Gourounsi. Le roi Hamaria, dont le pays avait été envahi par des bandes de Zabermabés, signa à Sati, le 19 septembre 1896, un traité de protectorat. Puis, pour rassurer les populations, Voulet écrivit à Samory pour lui interdire l’accès du Gourounsi : l’almamy répondit favorablement.

La mission rentra à Ouaghadougou le 23 décembre 1896 et parcourut le Mossi. Le 20 janvier 1897, Kouka-Kountou fut reconnu comme naba à la place de son frère Bokary-Kountou, et le Mossi définitivement placé sous la domination de la France. Cet acte marquait l’achèvement de l’œuvre de Binger, de Crozat, de Monteil et d’Alby, en même temps qu’il ruinait les espérances des Anglais et des Allemands, qui avaient jusquelà prétendu atteindre le Niger, les uns par l’hinterland de la Côte d’Or, les autres par celui du Togoland.

A ce moment une mission britannique, conduite par le capitaine Donald Stewart, et partie de la Côte d’Or, était parvenue dans le Dagomba. Le lieutenant Voulet notifia au chef de la mission l’occupation du Mossi et du Gourounsi ; puis une entrevue eut lieu à Tenkodogo, le 7 février, et les chefs des deux missions signèrent une convention provisoire qui laissait à la France toute liberté d’action au Mossi.

Peu de jours après, une autre mission était signalée au lieutenant Voulet comme venant du Gourma. Cette fois, c’était une mission française composée des capitaines Baud et Vermeersch et venant du Dahomey. La jonction des deux missions se fit le 16 février 1897 à Tigba, dans le Gourma. Cet événement capital réalisait l’union de nos possessions du Dahomey et du Soudan.

Le 20 février 1897, le commandant Destenave arriva à Ouaghadougou. Il y installa comme résident le capitaine Seal et envoya le lieutenant Chanoine organiser notre occupation du Gourounsi. Le chef des envahisseurs zabermabés, Baba-To, menaçait notre protégé Hamaria; de plus, des agents anglais lui avaient, malgré le traité français, offert leur protection contre ses ennemis et, éconduits par lui, s’étaient tournés vers Baba-To. Enfin, ce dernier était plus ou moins

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étroitement associé au fils de Samory, Sarakény-Mori. Le 14 mars, Chanoine attaqua les Zabermabés à Gandiaga et les mit en complète déroute. Puis il parcourut le Gourounsi et alla établir l’autorité française dans le pays d’Asseydou (entre Gambakha et Oua), qu’il plaça sous notre protectorat.

Ainsi, pendant que les Anglais espéraient arriver les premiers au Mossi et au Gourounsi, la mission Voulet, partie de Bandiagara, avait réussi à placer ces deux pays sous notre protectorat, à obliger une mission anglaise qui venait du Mossi à rétrograder vers Gambakha, à préserver le Gourounsi contre les sofas de Samory, enfin, de concert avec la mission Baud, à établir définitivement la jonction du Dahomey et du Soudan par le Mossi et le Gourounsi.

La convention franco-anglaise du 14 juin 1898 (1) vint confirmer cette situation favorable, en nous reconnaissant le Lobi, une partie du Gourounsi et le Mossi tout entier. La frontière, marquée par le thalweg de la Volta noire, jusqu’au lie degré de latitude nord, suit dès lors le parallèle dans la direction de l’est d’une façon à peu près constante jusqu’à son intersection avec le chemin allant de Sansanné-Mango à Pama par Djebiga.

Le Mossi demeura paisible depuis notre occupation. Cependant, au commencement de 1899, le village de Gorsi, au sud de Niouma, manifesta de l’hostilité. Le capitaine Amman, alors résident à Ouaghadougou, alla inspecter la région, et lorsqu’il se présenta devant Gorsi, la population refusa de fournir des vivres à la colonne. Une reconnaissance envoyée aux environs du village fut attaquée. A cette nouvelle, le capitaine partit avec des tirailleurs pour disperser ce rassemblement; le lieutenant Grivart, chargé de faire une poursuite avec la cavalerie, fut atteint d’un flèche (14 février 1899).

Occupation du Liptako. — Pendant ce temps, le chef de bataillon Destenave avait continué à opérer dans la région Est-Macina. Après être passé à Ouaghadougou le 20 février 1897, il alla installer à Dori une résidence dont l’action s’étendait sur l’Aribinda et l’Oudala jusqu’au Niger, sur le Liptako et le Yaga. Dori est un point de passage de Touareg pillards allant vers le sud et alliés des Peuhls, pillards comme eux.

Du Liptako, le commandant Destenave était allé occuper Say, où un de ses oficiers, le capitaine Betbeder, entra le 19 mai 1897. Tout le pays, de Bandiagara à Say, était dès lors sous notre domination.

Cependant nos troupes se heurtèrent encore à une difficulté. Un ma-

(i) Cette convention est intervenue, en conformité des déclarations échangées à Londres le 5 août 1890 et le 15 janvier 1896, à l’effet d'établir une ligne de démarcation définitive entre les colonies anglaises de la Côte d’Or et du Lagos et les autres possessions britanniques à l’ouest du Niger, et les possessions françaises de la Côte d’ivoire, du Soudan (qui, jusqu’au décret du 17 octobre 1899, avait formé une colonie distincte) et du Dahomey; et à l’est du Niger, entre les possessions anglaises et françaises, ainsi qu’entre les sphères d’influence des deux puissances. (Voir les chapitres Côte d’Ivoire et Dahomey.)

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rabout peulh, Modibo-Diagourou, ravageait alors le pays et rançonnait les caravanes. Le capitaine Mainvielle résolut de l’en chasser. Le 6 juin 1897, il se trouva en présence d’une troupe de Peuhls et de Touareg d’environ deux mille hommes. Il n’avait avec lui qu’une centaine de tirailleurs et vingt-cinq spahis auxiliaires. Une charge des spahis, commandée par le lieutenant Henri Bellevue, qui reçut une lance au travers du corps, obligea l’ennemi à battre en retraite.

Occupation du pays des Bolbos et du Kénédougou. — Le Kénédougou était depuis longtemps sous notre influence, et son roi, Tiéba, avait reconnu notre protectorat. Les explorateurs qui passèrent à Sikasso, Crozat, Quiquandon, Monteil, avaient tous reconnu ses bonnes dispositions.

En 1891, Marchand fut envoyé auprès de lui comme résident. Mais, à la mort de Tiéba, son frère et successeur Babemba eut une attitude équivoque. Une première mission, dont fut chargé le capitaine Braulot, fut envoyée auprès de lui en 1896. Babemba se soumit.

Un peu plus tard, une colonne dirigée par le commandant Valet, et peu après par le capitaine Hugot, se mit en route de Ségou pour le pays des Bobos, situé à l’est du royaume de Babemba, afin de reconnaître la route directe entre Ségou et la Volta et de seconder l’action du commandant Destenave. Le 23 avril 1897, elle livra à Mansara, dans la boucle de la Volta, un combat assez vif, qui débarrassa le pays des bandes de Bobos pillards et nous assura la possession définitive de la Volta. Cette opération complétait l’œuvre que venaient d’accomplir les lieutenants Voulet et Chanoine au Mossi et au Gourounsi.

En 1898, la lutte contre Samory ramena les opérations du côté du pays des Bobos. La colonne Gaudrelier ayant repris Kong le 27 février, ce fut bientôt après le tour de Bobo-Dioulassou.

Enfin, une colonne, commandée par le lieutenant-colonel Audéoud, lieutenant gouverneur par intérim du Soudan français, s’empara de Sikasso, la capitale du Kénégoudou, et brisa la résistance de Babemba.

Le capitaine Morisson avait été envoyé à Sikasso, tant pour mettre fin aux agissements de Babemba avec Samory que pour déterminer la frontière limitant le Kénédougou à l’ouest ; il avait trouvé auprès du chef indigène un accueil hostile, et la mission avait dû abandonner la ville, sous peine d’être massacrée. Le gouvernement décida de châtier le fama de Sikasso.

Réunie le 9 avril 1898 au poste de la Bagoé, la colonne passa le 15 avril le Bananko. Elle eut à livrer des combats dès son entrée dans le Kénédougou; néanmoins, elle arriva bientôt en vue de Sikasso, et le camp fut établi à 1 500 mètres environ de la ville. Celle-ci opposa une assez longue résistance. Il fallut repousser les attaques incessantes des sofas, reconnaître les alentours, construire des ouvrages. Le lieutenant Gallet trouva la mort dans un combat livré le 25 avril.

L’assaut final fut donné le mai. La première colonne, ayant à sa tête le capitaine Morisson, s’ouvrit un passage à la baïonnette ; les autres ayant pu pénétrer à leur tour, l’ennemi fut refoulé par delà les

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murs, mais le lieutenant Loury fut blessé à mort. Enfermé dans son habitation, le fama et ses derniers défenseurs opposèrent une résistance désespérée et furent tués ; dès lors, la ville était à nous.

Missions d’études dans les régions du moyen Niger. — L’effet produit par la prise de Sikasso avait été considérable. Ce fait d’armes contribua, avec la récente réoccupation de Kong par nos troupes, à déterminer la marche rétrograde de Samory. Bientôt après il tomba entre nos mains.

La capture de Samory, qui eut lieu le 24 septembre 1898, près de la frontière de Libéria (1), ramena le calme au Soudan français, et le général de Trentinian, lieutenant gouverneur de cette colonie, put se préoccuper de son développement économique. Il arriva à Kayes en décembre 1898, accompagné d’un mission d’environ quatre-vingt personnes, hommes à compétences techniques et diverses qui furent chargés de réunir sur place les renseignements nécessaires pour la mise en valeur de nos possessions. Ils se répandirent dans les pays du nord de la boucle du Niger et dans les contrées avoisinant Tombouctou.

L’un des membres de cette mission, M. Adolphe Lejeal, attaché au Conservatoire des arts et métiers, qui était parti en février 1899 du poste de Bandiagara, avec une escorte, pour le Hombori, fut tué par les Touareg au cours d’une reconnaissance.

Par contre, M. X. Goppolani réussit pleinement. Après avoir traversé la boucle du Niger et parcouru l’Aribinda, il s’avança au nord-est de Bamba, obtenant sur son passage la soumission de nombreuses tribus rebelles et entrant en relation avec le chef des Touareg Aouellimiden,

De retour à Tombouctou, M. Goppolani se mit en route vers le nord avec M. Robert Arnaud, accompagné d’une escorte indigène. Les voyageurs purent passer pacifiquement au milieu des populations maures, et atteignirent l’oasis d’Araouan, où Oscar Lenz était allé en 1880, mais où aucun Français n’avait pénétré depuis René Caillé en 1828.

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