‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 48 sur 62 · LA DESCENTE DU NIGER · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DU NIGER

Les plans de Faidherbe, de Brière de l’Isle et de Borgnîs-Desbordes avaient reçu leur exécution, c’est-à-dire que la conquête française, après avoir remonté le Sénégal, était parvenue aux rives du Niger. Progressivement, notre occupation s’était étendue dans toute la grande boucle du Niger, de Bammako à Say, et près du fleuve lui-même nous nous étions emparés de Tombouctou. Cette ville occupée, il nous importait de reconnaître le reste du cours du Niger, de Tombouctou à Say, et plus bas encore, au-dessous de Say. Les Anglais étaient déjà établis sur le bas

(1) Voir, pour la capture de Samory, le chapitre Côte d’Ivoire.

GUERRES ET EXPLORATIONS

Niger, et il était urgent de prendre position sur le fleuve, aussi près que possible de son embouchure. C’était le moment aussi où des expéditions, parties du Dahomey, avaient pénétré dans Thinterland de cette colonie et s’étaient avancées jusqu’à Boussa, au-dessus des derniers postes anglais. Il fallait combler la lacune qui existait entre nos établissements du moyen Niger et ceux du bas Niger, et, par une occupation effective du fleuve, assurer la jonction entre nos possessions du Dahomey et du Soudan.

Deux missions nous firent connaître toute la partie du Niger située au-dessous de Tombouctou : les missions Toutée et Hourst. Le lieute-

Missions Toutée et Hourst.

nant de vaisseau Mizon, dans son exploration de 1890 (1), au cours de laquelle il avait eu à lutter contre le mauvais vouloir des agents de la Compagnie du Niger, n’avait remonté le fleuve que jusqu’à son confluent avec la Bénoué, qu’il avait ensuite suivie.

La mission Toutée. — Le capitaine Toutée devait d’abord remonter le Niger de son embouchure jusqu’à Tombouctou; mais, dans la crainte de voir se renouveler avec la Compagnie du Niger les conflits provoqués par les explorations du lieutenant de vaisseau Mizon, il fut décidé qu’il irait rejoindre le cours du Niger par la voie de terre. 11 partit avec le lieutenant Targe, le sous-lieutenant de Pas et l’adjudant Doux à la fin de décembre 1894.

(1) Voir le chapitre Congo.

LE SENEGAL

La mission, ayan^pour objectif le point où le 9« parallèle coupe le Niger, gagna Tchaourou, un peu au sud de ce parallèle, par Zanganado et

Savé. De là, tournant droit à l’est, elle arriva à Tchaki dans les premiers jours de février. M. Toutée traita avec le chef et, un peu plus loin, avec celui de Kitchi, et il arriva, le 15 février, en face de Badjibo, sur la rive gauche du Niger.

11 y fonda le fort Arenberg.

A ce moment le lieutenant Targe et le souslieutenant de Pas entreprirent de descendre le Niger jusqu’à la mer, pendant que le capitaine Toutée préparait l’exploration du fleuve en amont.

MM. Targe et de Pas s’embarquèrent sur deux pirogues gémellées qui, dans une tornade survenue le 15 mars, coulèrent à pic à une petite distance du poste anglais d’Egga.

L’agent de la Compagnie du Niger accueillit les naufragés et leur fournit les moyens de redescendre le fleuve.

Le capitaine Toutée avait, de son côté, continué sa route en remontant le fleuve en pirogue.

Après seize jours de navigation difficile, il arriva

Capitaine TOUTÉE, né en 1855. ^ Boussa , ayant dépassé

Phot. Brion. l^s rapides, réputés in-

franchissables. Toujours pagayant, il passa à Say, et là il s’engagea dans une région connue seulement par le voyage de Barth, où luttaient avec les Touareg les bandes d’Ahmadou et de Boubakar. Le convoi fut attaqué par les riverains. Il fallut faire le coup de feu tout en naviguant. Dans les premiers jours du mois de

GUERRES ET EXPLORATIONS

juin, la mission parvint à Zinder, à 150 kilomètres en amont de Say; le 11, elle atteignit le village de Tibi-Farca, dépendance du pays de Gogo, lequel avait fait sa soumission au colonel Joffre, peu après l’occupation de Tombouctou.

Le capitaine Toutée pouvait considérer son voyage comme terminé au point de vue politique, et d’ailleurs ses ressources ne lui permettaient plus d’aller très loin. Il se décida à redescendre le fleuve, et il dut, à plusieurs reprises, s’ouvrir le passage de vive force, en repoussant les attaques des bandes lancées contre lui par les gens d’Ahmadou et de Boubakar. Il descendit néanmoins jusqu’à la mer.

La mission Hourst.

— Du côté de Tombouctou, le lieutenant de vaisseau Caron avait, dans son voyage de 1887, établi la première carte hydrographique. Mais, dès 1885, le lieutenant de vaisseau Davoust avait eu l’idée d'aller plus loin que Tombouctou et de réaliser le plan de Mungo-Park. C’est ce projet que le lieutenant de vaisseau Hourst, qui avait été le second de Davoust, put faire aboutir. Il arriva au Soudan au début de 1894, mais il reçut l’ordre de surseoir à l’accomplissement de sa mission, et le projet primitif d’exploration du Niger ne fut repris que l’année suivante. La mission, réorganisée, laissa Kayes le 10 octobre 1895; elle comprenait : le lieutenant

de vaisseau Hourst; M. Baudry, enseigne de vaisseau; M. Bluzet, lieutenant d’infanterie de marine ; le D'' Taburet, médecin de marine. Le P. Hacquard, des Pères blancs d’Alger, se joignit à la mission à Tombouctou.

C’est à Koulikoro, village situé à 70 kilomètres environ en aval de Bammako, que la mission hydrographique prépara sa descente du fleuve. Elle avait trois embarcations marchant à l’aviron : le Jules- Davoust^ bateau démontable, en aluminium, et deux grands bateaux en bois, V Enseigne- Aube et le Le-Bantec. La flottille quitta Koulikoro le 12 décembre 1895.

La mission arriva à Gourao, sur le lac Débo, le 1er janvier 1896, et le s 22 janvier à Tombouctou. Au delà, elle rencontra, à partir de Rhergo ou Ghergo, une population assez mal disposée. Les chefs des Igouadaren

Lieutenant de vaisseau HOURST, né en 1864. — Phot. Pierre Petit.

LE SÉNÉGAL

ne voulurent pas se montrer. A Tosaye, on reçut une lettre de menace des Tademeket.

Le 4 mars, à Gao, des milliers de guerriers armés envahirent la rive ; c’étaient les Aouellimiden. Leur chef, Madidou, se décida à entrer en rapport avec la mission et envoya, le 12 mars, à Fafa, son neveu Djamarata, porteur d’une lettre par laquelle il promettait la liberté du commerce aux Français.

A Ansongo, village occupé par les Kel-es-Souk, la mission avait rencontré le 8 mars les premières difficultés de navigation. 'L'Enseigne-Auhe échoua plusieurs fois. Le Jules-Davoust eut quelques avaries. Le 26 mars, on atteignit Tibi-Farca, point extrême du voyage du capitaine Toutée. Le 7 avril, on arriva à Say.

Le chef de Say, qui pourtant avait signé traités sur traités, avec Monteil, Baud, Decœur, Toutée, ne voulut pas laisser séjourner la flottille. Celle-ci dut continuer sa route, et la mission alla construire plus bas, dans une île, le fort Archinard, où elle séjourna cinq mois. Elle en partit le 15 septembre.

Les populations du Dendi accueillirent bien les voyageurs. Le 2 octobre, ils arrivèrent à Boussa. Le chef noir de cette ville refusa des guides pour franchir les rapides, et il fallut risquer le passage, assez périlleux dans de semblables conditions; au dernier rapide, un des chalands chavira.

Le commandant Hourst rencontra le premier poste anglais à Léaba. A Badjibo, un détachement anglais occupait le fort d’Arenberg, construit parle capitaine Toutée, et que l’on avait décidé d’abandonner; il avait reçu le nouveau nom de Fort-Taubman-Goldie. Ayant descendu le fleuve jusqu’à la mer, la mission arriva à Porto-Novo en octobre 1896.

La mission Hourst avait constaté la navigabilité du Niger de Bammako à Ansongo (1 200 kilomètres). D’Ansongo au delà de Boussa, le fleuve est coupé de rapides qui, sauf en quelques parties, le rendent presque inabordable. Au delà des rapides de Boussa, il redevient praticable jusqu’à la mer, mais la navigation est encore difficile jusqu’au confluent de la Benoué.

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