LES PAYS MAURES
DE ^AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE
Toute la région comprise entre la côte de l’Atlantique et les environs de Tombouctou, au nord du fleuve du Sénégal et de Nioro, de Kassambara et de Bassikounou, est parcourue par des tribus maures et par des caravanes qui vont du Soudan au Maroc et au Sahara. On peut comprendre dans cette région l’Ighidi, les déserts de Ouaran et de El-Djouf, l’Adrar, le Hodh, le Tagant, la plus grande partie du Sahel. Administrativement rattachés à l’Afrique occidentale, ces pays appartiennent en réalité à la zone saharienne, et c’est par eux que le Soudan se relie à l’extrême sud de l’Algérie.
Un petit nombre seulement de voyageurs ont pu traverser le pays des Maures. René Caillé, à son départ de Tombouctou, gagna le Maroc par
GUERRES ET EXPLORATIONS
Taoudenit. En 1850, un mulâtre originaire du Sénégal, Léopold Panet, se rendit du Sénégal à l’Adrar et atteignit la sebkha de Zemmour, d’où il gagna Mogador.
Faidherbe s’était préoccupé de faire compléter les renseignements que
Exploration des pays maures de l’Afrique occidentale française.
le voyage de Panet avait fournis sur le Sahara occidental. Par son ordre, le capitaine Fulcrand reconnut la baie d’Arguin; M. Bourrel visita le pays des Braknas ; le lieutenant de vaisseau Mage explora le Tagant ; le capitaine Vincent se rendit dans l’Adrar (1860) et détermina la position delà sebkha d’Idjil.Un indigène musulman du Sénégal, Bou-el-Moghdad, alla aussi du Sénégal à l’Adrar et de là à Mogador, par une route un peu plus occidentale que celle de Panet.
Le Dr Lenz suivit, en 1880, la grande route des caravanes de Mogador à Tendouf et Tombouctou. La même année, Paul Soleillet visita le
LE SÉNÉGAL
pays des Trarzas; mais, attaqué par les Maures Oulad-Delim, il ne put pénétrer dans TAdrar.
Un Français aventureux, Camille Douls, se fit débarquer en 1887 près du cap Carnet; fait prisonnier par les Oulad-Delim, il se présenta à eux comme musulman; traité moitié en captif, moitié en hôte, il passa un an parmi eux, recueillit d’abondants renseignements géographiques et ethnographiques et parvint à gagner Glimin, puis Mogador.
Léon Fabert se consacra, en 1889, à l’exploration de cette région si
peu connue. A trois reprises il se rendit chez les Braknas; un quatrième voyage le conduisit chez les Maures Trarzas; enfin, en septembre 1891 Fabert tenta de gagner l’Adr ar. Traversant le pays des Trarzas, il arriva dans le Tenyera, au camp du cheikh Saad-Bou, marabout influent et très favorable à l’influence française. Grâce à sa protection, Fabert put atteindre Harich, d’où il envoya une lettre au cheikh de l’Adrar ; celui-ci lui répondit en acceptant formellement le protectorat de la France, mais, occupé à guerroyer contre les Maures Douaïch, il pria Fabert d’ajourner son arrivée. Notre compatriote gagna alors l’Atlantique par la vallée de Grand-Terg et rentra à Saint- Louis le 29 novembre.
En 1893, Fabert entreprit un nouveau voyage, se proposant de gagner le Maroc. Il traversa le pays des Trarzas par des chemins différents de ceux qu’il avait suivis antérieurement. Mais arrêté par une grave maladie à Touizikt, il dut revenir à Saint-Louis sans avoir terminé son voyage. Les marabouts, d’après lui, sont accessibles à l’influence européenne et à la civilisation; il reçut d’ailleurs les déclarations les plus cordiales de plusieurs chefs.
En 1893, M. Gaston Donnet essaya vainement, lui aussi, de pénétrer dans l’Adrar pour gagner ensuite le cap Juby; il dut s’arrêter dans le Tiris.
Mais si ces voyageurs ne purent pénétrer dans l’Adrar, un de nos interprètes indigènes s’y rendit en 1892 et obtint du cheikh la signature d’un traité de protectorat confirmant la lettre écrite à Léon Fabert.
Les explorations accomplies au Soudan eurent aussi pour résultat de nous mettre en relations avec les Maures qui habitent au nord de Nioro,
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notamment avec les Allouch, les Ouled en Nacer et les Maures de Tichit, Enfin l’occupation de Tombouctou et plus tard nos progrès dans l’extrême Sud algérien contribuèrent encore à favoriser le développement de notre influence dans ces régions.
La mission Blancliet. — C’est aussi vers l’Adrar que fut dirigée, au commencement de 1900, la mission à la tête de laquelle était Paul Blanchet, agrégé d’histoire et de géographie, qui avait déjà rempli plusieurs missions archéologiques dans le sud de l’Algérie et de la Tunisie. Organisée par le journal Le Matin ^ cette exploration avait pour objet de compléter nos informations sur les pays compris entre le Sénégal et le cap Juby, pays dont l’Adrar forme la partie la plus importante. Paul Blanchet était accompagné de M. Dereims, docteur ès sciences, chef des travaux pratiques au laboratoire de géologie de la Sorbonne, du lieutenant Jouinot-Gambetta, et d’une faible escorte.
La petite colonne partit en mars de N’diago, sur la langue de Barbarie, à proximité de Saint- Louis, et piqua droit au nord, vers l'Adrar, en passant par le territoire des Maures Trarzas. Le M mai elle était à Touizikt, ayant traversé l’Inchiri et se disposant à partir pour Atar. Elle entra dans cette ville, la capitale de l’Adrar, le 5 juin ; mais, peu de jours après, elle fut attaquée, en l’absence du roi, par la population soulevée. Elle eut à supporter deux jours de combats pendant lesquels l’eau et les vivres lui firent défaut. La mission eut des morts et plusieurs blessés. Ce fut l’émir Moktar-Ould-Aïda, qui, à son arrivée, fit cesser le feu. Retenus néanmoins prisonniers, Blanchet et ses compagnons ne durent leur liberté, après une captivité de près de trois mois, qu’à l’intervention énergique du gouverneur général de l’Afrique occidentale et à l’influence du cheikh Saad-Bou. Paul Blanchet succomba à la fièvre jaune à Dakar, le 6 octobre, à la veille de rentrer en France.
Convention de délimitation franco -espagnole (S7 juin 1900). — Par un décret du 26 décembre 1884, l’Espagne avait étendu son protectorat sur les établissements du rio de Oro, et sur
Colonies I Ao
Paul BLANCHET (1870-1900).
Phot. Pierre Petit.
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toute la côte du cap Bojador au cap Blanc. La France entama en 1885 avec cette puissance des négociations au sujet de la possession du cap Blanc lui-même. La commission franco-espagnole de délimitation, réunie à Paris en 1886, suspendit ses travaux en 1888, après avoir signé un protocole consacrant un modus vivendi favorable aux prétentions de la France sur la baie du Lévrier et sur celle du cap Blanc.
Un nouvel accord fut signé le 27 juin 1900. L’Espagne est réduite, au nord du cap Blanc, à une zone littorale comprise entre la côte et le 15® degré ouest de Paris (1). Elle conserve la plaine de Tiris, mais elle nous laisse l’Adrar avec la sebkha d’Idjil, à 30 kilomètres à l’ouest de laquelle passe la nouvelle frontière. Au delà d’Idjil, la frontière rejoint le 14® 20' de longitude, et remonte vers le nord le long de ce méridien jusqu’à une distance qui n’a pas été déterminée, à cause du voisinage du Maroc.