‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 51 sur 62 · CARTE DU SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

CARTE DU SÉNÉGAL

LE SÉNÉGAL

en commerce par Dakar, est restée, cependant, port franc, et sa rade est très poissonneuse. Quelques paquebots et caboteurs y font encore escale.

Kayes, chef-lieu de cercle, sur le Sénégal, à 11 kilomètres de Médine par chemin de fer et à 120 E.-S.-E. de Bakel ; altitude, 914 mètres. Population, 9 000 habitants.

En 1890, cette station ne se composait que d’un groupe de baraquements et d’un énorme bâtiment carré, dit « le Pavillon des officiers ». Aujourd’hui, la ville embryonnaire, entourée d’une grande plaine, s’est développée, embellie et assainie. Des rues régulières, une nouvelle gare, des quais sur la berge du Sénégal, des bâtiments et des magasins affectés aux services administratifs, un hôpital, une école, un marché couvert, signalent l’importance qu’elle a acquise. Le village indigène est à quelque distance du quartier européen.

Pendant la saison des pluies (du 15 août au 10 septembre), les navires de Bordeaux accostent les quais où des milliers de travailleurs noirs déchargent, jour et nuit, les steamers. Kayes devient alors un centre de ravitaillement et d’approvisionnement pour toute la colonie. Son nom lui vient des kayes ou roches, placées un peu en amont, qui arrêtent la navigation fluviale pendant les basses eaux.

]VEéd.ine, poste fortifié, sur le haut Sénégal, à 720 kilomètres E.-S.-E. de Saint-Louis; station du chemin de fer de Kayes à Kita; altitude, 77 mètres. Population, 8 000 habitants. — En 1855, le gouverneur Faidherbe bâtit un fort à quelques kilomètres en aval de la cataracte du Félou. Peu à peu, des milliers de noirs échappés aux massacres d’el-Hadj- Omar vinrent se grouper dans un village entre le fort et la rivière. En 1857, le prophète parut avec une armée de 20 000 hommes devant Médine. Le fort, armé de quatre canons et muni d’une très faible garnison (8 blancs et 40 noirs), était commandé par le traitant mulâtre Paul Holl. Secondés par Sambala, le chef du village indigène, le commandant du poste et la petite garnison résistèrent, du 19 avril au 18 juillet, à l’armée fanatisée d’Omar.

Rufisque, port et chef-lieu de cercle, à l’est de l’îlot de Gorée et de Dakar; station du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis. Population, 8 091 habitants, dont 1 000 Européens. — Rufisque tire probablement son nom [Rio fresco en portugais) d’un marigot du voisinage, qui cependant ne se recommande pas par la fraîcheur de son eau. La rade est mauvaise ; un wharf a amélioré les conditions d’atterrissage sur la grève. L’eau potable fait défaut, et une végétation rabougrie croît par places dans les solitudes qui reculent dans le lointain jusqu’à la lisière d’une forêt de baobabs. Bâtie sur un plan régulier et formant un groupement de maisons blanches, à terrasse, édifiées en briques et élevées en général d’un seul étage, la ville est dominée par l’église paroissiale. L’ancien fortin sert de caserne à une compagnie d’infanterie de marine. Les rues, éclairées à l’électricité, sont sillonnées de rails Decauville qui vont de la plage aux factoreries, comptoirs et magasins. Rufisque est le principal marché des

Ségou. — Phot- communiquée par M. P. Vuillot.

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arachides du Cayor. Sur le côté sud de la ville s’étend un grand village habité par des Ouolofs et des Serères.

Saldé (La Tour de), poste fortifié et poste télégraphique, situé sur un bras du Sénégal, entre Podor et Matam, presque à l’est de Saint- Louis. Le fort, construit sur une falaise qui surplombe le Sénégal, date de l’époque de la conquête : il avait pour destination d’assurer la sécurité du fleuve et de protéger la ligne des communications avec le haut Sénégal. Autour de ce fort à mâchicoulis et à créneaux s’est groupé un important village, un pêle-mêle de cases de paille.

Ségou-Sikoro, poste fortifié et chef-lieu de cercle, ancienne capitale du sultan Ahmadou, sur la rive droite du Niger, à 1082 kilomètres E.-S.-E. de Saint-Louis et à 240 N.-E. de Bammako. Population approximative, 36 000 habitants. — Ségou forme un chapelet de bourgs indigènes qui se suivent le long du fleuve, sur un parcours de 15 kilomètres. En arrière de la berge, une haute muraille en terre, flanquée de tours crénelées, lui sert de rempart. Un nouveau poste, comprenant un ensemble de pavillons séparés, a remplacé le palais-citadelle d’Ahmadou, mais sur un point plus favorable. Les autorités françaises ont ouvert de larges avenues dans le dédale des ruelles de l’agglomération indigène. Les maisons ou cases en pisé, à toits plats et de forme cubique, sont parfois enjolivées de pignons ou d’arabesques en bas-relief. Leur aspect est plus, marocain que soudanien. Le marché se tient sur la place au centre de la cité nègre. Des casernements, des bâtiments affectés aux services civils, la mission des Pères Blancs, indiquent son évolution dans le sens européen. Mungo-Park fut le premier explorateur qui pénétra jusqu’à Ségou (1795). Le colonel Archinard occupa la capitale d’Ahmadou le 6 avril 1890 : la position commande toute la région du moyen Niger, de Bammako à Tombouctou.

Tombouctou [Tin-Bouktou et autres variantes), ville du Sahara méridional, sur la lisière du Soudan (boucle du Niger), à 20 kilomètres N. du Niger, à 1 550 kilomètres E.-N.-E. de Saint-Louis et à 2 400 S.-S.-O. d’Alger; lat. N. 16° 49', long. O. 5° 12'. Population approximative, de 8 000 à 9 000 habitants.

Cité du désert, longtemps mystérieuse, Tombouctou occupait jadis une aire plus étendue : des ruines très nombreuses de murailles sont disséminées sur les espaces déserts du nord et de l’ouest. On sait que son enceinte fut détruite en 1826 par les Foulah. La cité actuelle, dont le périmètre figure un triangle de 5 à 6 kilomètres de développement, renferme elle-même des ruines, des terrains vides et des petits étangs. Le sol sur lequel elle est assise ne dépasse que de quelques mètres le niveau moyen du Niger; ce sol sans verdure et sans ombre produit par places seulement des arbrisseaux, des mimosas et de rares palmiers.

A l’ouest et au sud-ouest de Tombouctou et jusqu’au lac Déôo en amont, une série de lacs, dont le plus considérable est le Faguibine (longueur, 110 kilomètres), communiquent par des canaux temporaires avec

A Tombouctou. — Phot. communiq^uée par M. P. Vuillot.

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le Niger pendant la saison des pluies; pendant l’hivernage également, l’inondation couvre tout le pays compris entre le fleuve et la ville. Ka~ bara, à 10 kilomètres du bras septentrional du Niger, et Korioumé^ à 1 5 kilomètres, sont les ports de Tombouctou : un marigot artificiel, large de 50 mètres, conduit les embarcations du Niger à ces deux ports, à l’époque des crues.

De loin, Tombouctou a un aspect de grande cité orientale; de près et dans l’intérieur de l’espace qu’occupe l’agglomération de ses maisons et d,e ses deux cents buttes de paille (celles-ci autour de la ville), on pressent l’abandon et la déchéance : rues peu larges, parfois tortueuses, simples chaussées de sable ou de gravier; maisons cubiques, en briques séchées au soleil et crépies, pour la plupart délabrées, renfermant deux cours et n’ayant en général qu'un rez-de-chaussée. Quelques-unes ont leur façade flanquée de gros piliers, et la fenêtre de la chambre élevée au-dessus de la porte est encadrée de colonnettes. Des trois mosquées encore debout, deux datent du xi® siècle, une du xv® ; celle du nord a cinq nefs; celle du sud-ouest, voisine du fort Bonnier, a onze nefs et sa tour atteint 50 ou 60 pieds d’élévation. Une église catholique a été édifiée en 1895.

D’après le recensement de 1898, la population fixe comprend cinq mille personnes et la population flottante, quatre mille. Les éléments ethniques qui constituent cet amalgame sont : les Sonrhaï (en majorité), les Maures (négociants venus du Maroc, de Tunis, de Ghadamès, de Saint-Louis), les Arabes, Touareg, Foulah, Mossi, Mandingues. Les Ramma ou Rami^ métis issus des conquérants marocains du xvi® siècle, exercent une autorité aujourd’hui plus fictive que réelle. Tombouctou, jadis ville de lettrés autant que place de commerce, possède plusieurs écoles et une bibliothèque de manuscrits.

Grâce à sa situation privilégiée à proximité du Niger, entre les oasis sahariennes et les régions du Soudan, Tombouctou est « le lieu de rencontre de ceux qui voyagent en pirogue et de ceux qui cheminent à chameau»; par conséquent, c’est le lieu d’échange des productions naturelles du Soudan et des marchandises ou produits manufacturés des pays méditerranéens. Les échanges commerciaux, longtemps ralentis, sinon suspendus, par suite des razzias incessantes des Touareg et des Foulah, ont repris un essor marqué sous la protection de l’autorité française.

René Caillié pénétra à Tombouctou en 1827; Oscar Lenz y séjourna en 1880. A la suite du massacre du colonel Bonnier et de son détachement, le commandant Joffre occupa la ville en 1894, et la France i’a gardée.

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