‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 52 sur 62 · LA GUINÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA GUINÉE FRANÇAISE

LE PAYS

La Guinée française a dû l’essor de sa fortune à l’excellent administrateur qui l’a dirigée pendant dix années consécutives, M. Ballay, devenu en 1896 gouverneur général de l’Afrique occidentale française. Accrue par la dislocation du Soudan d’un vaste arrière-pays, elle comprend des plaines côtières, des degrés qui montent vers les plateaux du Fouta-Djalon, enfin des terrasses étagées qui s’abaissent vers les plaines du Sénégal et du Niger.

Relief du sol. Côtes. — Le littoral qui correspond aux massifs du Fouta-Djalon est bien différent de celui du Gayor ; il est bordé d’îles et de récifs, entaillé par de petits estuaires ramifiés; la mer a découpé ce rivage, étalé contre la côte les alluvions amenées par les fleuves, mis à nu le squelette de pitons de porphyre, comme ceux des îles de Los.

L’Atlantique, au large des côtes de Guinée, n’est plus, en effet, refoulé par l’alizé vers le continent américain; saisi, au contraire, par le contre-courant équatorial, il se jette contre l’Afrique, lance sur elle l’effort de grandes marées qui atteignent 4 mètres à Bissagos, 6 mètres à Boké sur le rio Nunez; parallèles dans l’atmosphère au courant sous-marin, des vents d’ouest répandent sur la côte et sur les terrasses de l’intérieur des pluies abondantes, issues de l’Atlantique et qui purent, aux époques anciennes, figées sous forme de glaciers, entraîner dans les vallées ces roches striées, ces blocs erratiques que l’on rencontre dans Sierra-Leone ou Libéria.

C’est donc par un relief d’effondrement que la Guinée touche à l’Atlantique; il en est ainsi de l’estuaire de la Gambie à l’île Sherbro, près de la frontière nord de Libéria; la côte de cette république, jusqu’au cap des Palmes, est plus rectiligne, accidentée çà et là de falaises rougeâtres, mais non déchiquetée comme celle de Bissagos et de Konakry ; la mer y est moins forte, moins fortes aussi les érosions des rivières tombées de l’intérieur. La Guinée française appartient à la région la mieux caractérisée des influences atlantiques.

L’intérieur de notre Guinée est bien connu aujourd’hui : le Fouta-Djalon descend vers la plaine côtière de 750 mètres en

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deux ou trois sauts; les grès dont il est constitué se montrent à vif sur les tranches de ces marches géantes; sur les paliers est étalée une sorte de lave ferrugineuse, qui ne porte que des fourrés épineux; des vallées profondes sont évidées dans ce massif. En approchant de la côte, les formes du relief s’atténuent; le

haoval ferrugi -

neux se diversifie en ondulations plus molles, les berges raides des rivières s’écrasent et l’on passe insensiblement à la plaine côtière, avec ses alignements de palétuviers et ses monticules isolés sur lesquels se posent les hameaux indigènes.

Sur le plateau même du Fouta- Djalon, le relief dessine une série de crêtes parallèles dont la pente rapide est tournée vers le sudest; les vallées supérieures du Bafing et du Niger au nord , celles des deux Scarcies et de la Roquelle au sud,

indiqueraient assez exactement la direction de ces crêtes, du nord-est au sud-ouest. Le travail de plissement qui a tordu les grès du Fouta-Djalon a été accompagné ou suivi d’efforts volcaniques, dont l’orientation nord-ouest sud-est paraît en correspondance avec celle de la côte; ces efforts ont dressé au-dessus des crêtes une ligne de sommets granitiques, dont les points culminants ne dépassent guère 1 300 mètres près des sources

Route de Konakry au Niger au 45® kilom.

Communiqué par M. Gaboriaud.

Colonies 1

Rapides du Tinkisso. — Communiqué par M. Gaboriaud-

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du Niger, 1006 mètres près de celles du Bafîng; mais cette altitude relative suffit à faire de ces pointements des centres hydrographiques.

Les plateaux du Fouta-Djalon se prolongent au nord, découpés par les vallées des affluents supérieurs du Sénégal et du Niger; la pente générale est mieux ménagée qu’au sud : le Dinguirai se soutient à un niveau de 500 mètres, peu supérieur à celui du Macina et du Bélédougou; mais les failles où coulent les rivières sont toujours aussi abruptes; elles opposent aux communications des fossés profonds, aux talus raides, sur lesquels les sentiers descendent péniblement jusqu’au thalweg. A l’est du Dinguiraï, le pays à ravins fait place à un relief moins brisé : ce sont des mamelons peu élevés, entre lesquels serpentent des cours d’eau plus lents, attardés dans des bassins d’alluvions, des plaines ridées traversées par quelques alignements de falaises granitiques, magnifique région de cultures et d’élevage, qui fut jadis le grenier de Samory et se poursuit en arrière de Libéria jusque dans le Baoulé, parc soudanien rattaché à notre Côte d’ivoire.

Climat. — Les vents de l’océan Atlantique, souvent accompagnés de pluies, dominent pendant l’été et l’automne, de la côte aux crêtes culminantes du Fouta-Djalon; sur le littoral, la pluie, dont la colonne annuelle dépasse 3 mètres à Freetown (Sierra-Leone), tombe par averses diluviennes tous les jours, sauf une période d’accalmie dite petite saison sèche, au mois d’août: en mer, ce sont les ondées quotidiennes du « pot au noir », bien connu des navigateurs, assez redouté même, pour ses tornades, aux sautes périodiques des vents, en mai et en octobre. Au début de la saison des pluies correspondent les plus hautes températures, avec une moyenne de 25® et des coups de chaleur qui poussent le thermomètre jusqu’à 42°-45°; cette humidité lourde, encore aggravée par la tension électrique de l’atmosphère, énerve les constitutions européennes les plus robustes, car elle s’adoucit à peine pendant les nuits.

En hiver, les pluies sont plus rares, bien qu’aucun mois n’en soit complètement privé; mais le climat présente alors un nouveau danger, quand souffle le vent du nord-est, appelé qui est le sirocco du Sahara méridional; balayant les plateaux du Fouta-Djalon, ce vent plonge le long de ses falaises occidentales et rabat sur la côte les miasmes des alluvions découvertes par la baisse des eaux; il arrive ainsi chargé de poussières organiques, agent propagateur des fièvres malignes. Aussi le séjour du

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littoral est-il peu salubre ; on remarquera cependant que Konakry, située dans une presqu’île, est assainie par l’action quotidienne de la brise de mer.

Sur les plateaux du Fouta-Djalon, l’altitude intervient et le climat est plus tempéré qu’à la côte ; des orages tombent en toutes saisons, mais les pluies sont fortes, surtout au printemps, lorsque les vents du nord-est, qui ont soufflé jusqu’alors, cèdent devant ceux du sud-ouest, qui apportent les nuées de l’Atlantique. Le thermomètre monte alors à 25°, tandis qu’il va jusqu’à 40® dans la plaine côtière, mais la différence essentielle est dans la fraîcheur des nuits ; les explorateurs ont remarqué des oscillations de 20° dans les vingt-quatre heures ; les indigènes mêmes s’habillent de laine. Ajoutons que, sur ce sol travaillé par le vol. canisme et par les érosions, les eaux circulent presque partout, au lieu de former des marécages comme à la côte : le paludisme n’est à craindre que dans les fonds mal aérés des vallées. De même dans les régions arrosées par les hauts tributaires du Sénégal et du Niger, le caractère climatique essentiel est la juxtaposition de plateaux sains et de ravins fiévreux. Les districts de Kankan, de Bissandougou, de Beyla, au relief modéré, aux pluies moyennes, offriront à la colonisation des perspectives meilleures encore que le Fouta-Djalon, dès qu’on leur aura ouvert une communication aisée avec la mer.

Hydrographie. — Les cours d’eau issus du revers méridional du Fouta-Djalon tombent directement dans l’Atlantique; ceux qui partent du versant septentrional n’y arrivent que par un détour plus ou moins long, selon qu’ils confluent dans la Gambie, le Sénégal ou le Niger.

Les hauteurs du Fouta-Djalon, entre Labé et Timbo, forment le premier nœud orographique en venant du nord; de là s’échappent, par 800 mètres d’altitude environ, le Tinkisso, qui va au Niger, le Bafing, alors appelé Baléyo, les sources toutes voisines de la Gambie et du rio Grande, enfin quelques « rivières du sud », la Kakrima-Konkoré et la Scarcie occidentale. D’un second nœud, situé au sud-est du précédent, partent le Niger, la Scarcie orientale, la Roquelle et sans doute aussi les sources de rivières mal connues de Libéria; enfin, toujours sur le même alignement, un troisième château d’eau déverserait au nord les rivières du Bissandougou qui vont grossir le haut Niger à droite, et au sud celles qui forment le Cavally et la Sassandra.

L’eau ruisselle de toutes parts sur le Fouta-Djalon et des vallées affluentes tombent nombreuses dans les sillons des fieu-

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ves principaux; de là le morcellement naturel de ce pays, très arrosé, la dispersion des exploitations rurales, qui trouvent partout l’eau qui leur est nécessaire ; seuls, quelques villages de domination, centres politiques et religieux, sont posés sur les sommets culminants et habités par les chefs de l’aristocratie indigène; les fermes sont éparpillées de tous côtés, à l’origine des vallons d’où l’on surveille à la fois des plateaux à pâturages et des bassins à cultures. Les rivières, torrents montagnards, ne servent pas aux communications, mais elles disséminent la vie

Rivière Mellacorée. — Communiqué par M. Gaboriaud.

agricole et, creusant profondément leur lit dans le plateau, rapprochent la végétation tropicale de leurs couloirs des produits de la zone tempérée, qui sont ceux des districts plus découverts.

Le Niger, d’après les explorations du capitaine Salesses, pourrait porter bateau de Kouroussa à Bammako. Le chemin de fer de la Guinée française doit se terminer à la naissance de ce bief navigable; les obstacles des rapides, jusqu’à Bammako, ne seraient pas -infranchissables, du moins aux hautes eaux; mais des travaux de correction ou tout au moins de balisage seront indispensables, car le chenal est capricieux et incertain. Quant aux rivières du sud, elles valent moins encore; toutes n’ont que de petits biefs navigables, séparés par des cascades ; on comprendrait seulement que ce régime servît au transport à distance de la force électrique pour des exploitations forestières ou même des chemins de fer.

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De nombreux nos, golfes profonds d’une centaine de kilomètres, découpent la côte entre les embouchures principales ; de petits fleuves s’y terminent, dont ceux de la Guinée française sont le Nunez, le Pongo et la Mellacorée, portant respectivement les factoreries de Boké, Boffa et Benty. Ces estuaires, encombrés de hauts fonds, ne sont accessibles qu’à des barques; nous pourrions en étendre le commandement par des sentiers lancés dans l’intérieur; le D*’ Maclaud a relevé, sur la portion française du rio Grande, une section navigable, en pays très fertile, qu’une route relierait utilement à Boké. Il semble donc que nous devions concentrer nos efforts sur l’aménagement d’un port-entrepôt unique, indépendant de l’hydrographie locale, et qui sera naturellement Konakry.

Faune et flore. — La faune et la flore de la Guinée française sont différentes, suivant que l’on considère les plaines littorales et les vallées, les pentes arrosées ou les plateaux ferrugineux du Fouta-Djalon. Les estuaires et les plaines côtières sont le domaine de la végétation tropicale ; les indigènes cultivent le riz dans les terrains à inondations ; le bananier pousse sur les berges, autour de leurs villages; la galerie forestière, partout où elle n’est pas débroussaillée, contient pêle-mêle des bois d’ébénisterie, des plantes à caoutchouc, des kolatiers et caféiers sauvages ; la faune y est abondante, oiseaux multicolores, singes, hippopotames dans les eaux fangeuses, lions même, dans les vallées encaissées du Fouta-Djalon.

Les mamelons qui émergent de la forêt portent une brousse épaisse, avec des paquets inextricables de ronces et d’épines; on y trouve beaucoup de termitières et de ruches d’abeilles; les pentes se couvrent aux pluies d’une végétation de hautes graminées, que les indigènes emploient pour l’élevage des bœufs. Quant aux plateaux ferrugineux, aux baovals qui formeraient, d’après M. Maclaud, les neuf dixièmes du Fouta-Djalon, ils sont tapissés d’une herbe, rase en saison sèche, assez haute aux pluies; peut-être autrefois possédaient-ils des forêts dont ils auraient été dépouillés par un déboisement imprévoyant. Les troupeaux de bœufs, avec leurs pasteurs peuls, vivent sur les flancs des vallées supérieures, d’où ils transhument, suivant la saison, en remontant ou descendant; des cultures sont associées par les indigènes à l’élevage, arbres fruitiers, légumes, même une sorte de vigne; l’altitude est trop grande pour le riz, mais paraît favorable aux céréales des pays tempérés. En somme, dans le Fouta-Djalon, si l’on excepte les vallées profondes où la

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nature reste souveraine, la flore et la faune sont déjà domestiquées par l’homme; la chute des plateaux vers le Niger est particulièrement fertile, et nous ne saurions oublier que les indigènes de ces contrées, déjà dégrossis par l’islam, deviendront pour la colonisation française d’excellents auxiliaires, si nous continuons auprès d’eux les méthodes discrètes et pleines de tact de nos premiers administrateurs.

Henri Lorin.

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Peuhl. — Le Fouta-Djalon est peuplé de Peuhl entourés de Mandingues. Mais ces Peuhl sont presque entièrement nigritisés par leur mélange avec les Mandingues. Ils seraient au nombre d’environ 700 000 contre 350 000 Mandingues purs. (Voir, sur les Peuhl, p. 556.)

Sousous. — Les Sousous sont une branche détachée anciennement du groupe Mandingue. Ils ont des institutions particulières, comme celle des Simos (1), dont on retrouve la trace chez les Bambaras. Leurs caractères rappellent surtout ceux des Mandingues. Mais ils se sont mêlés d’une part aux primitifs du Rio-Nuùez, Bagas, Nalous^ Landoumans^ d’autre part aux Peuhl, auxquels ils furent même plus ou moins soumis jusqu'à notre arrivée. Ceux en contact avec nous se montrent assez accessibles à une certaine civilisation. Leurs rois s’entourent maintenant d’écrivains chargés d’enseigner l'arabe, l’anglais, le français. Ils seraient au nombre de 300 000. Les misérables Bagas ne comptent dans la Guinée française que pour 25 000 individus, les Nalous et Diolas pour 20 000, les, Sierra-Léonais noirs et mulâtres pour 3 000, les Sénégalais pour 1000.

Les noirs en général n’ont pas de nom de famille. Ils se distinguent par un petit nom et le nom de leur pays. Mais, chez les Sousous, les Foulanes, même chez les Bagas, etc., il y a des noms de clan familial,des totems. Le ca'iman, le lion, le tigre, le chien, l’hippopotame sont les principaux totems. Les hommes du clan du caïman s’abstiennent de tuer cet animal, et ainsi des autres. Il n’y a que quatre clans chez les Sousous et les Foulanes, et les chefs appartiendraient tous au même clan. Il y a cinq castes professionnelles : les citoyens ou guerriers, les tisserands, les cordonniers, les forgerons, les griots. Les forgerons sont à la fois méprisés et redoutés. Les griots sont aussi partout méprisés, et ils se font craindre en bien des endroits en flagornant les chefs. La circon-, cision a, chez les Sousous, la même importance sociale que chez les

(i) Les Simos forment des sociétés secrètes dont les chefs vivent dans la forêt pour n’en sortir que sous des travestissements et restent inconnus des non initiés- Ils sont chargés de la circoncision des garçons, administrent des corrections aux femmes adultères et se livrent pendant la nuit dans les villages à des exercices capables de terrifier la population pour lui imposer leurs lois.

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Mandingues, où les jeunes gens opérés peuvent, pendant la période d’initiation, se livrer impunément à tous les méfaits.

Leurs habitations sont en terre et en bois, rondes le plus souvent et recouvertes de paille abritant une galerie au pourtour. Ils ont de petites mosquées, enceintes faites en pisé comme au Soudan. Le riz est la base de leur alimentation. Et ce sont d’ailleurs eux probablement qui en ont apporté la culture du Soudan et l’ont in troduite chez les primitifs du Rio- Nunez, leurs voisins. Ils le mangent cuit à l’eau salée et assaisonné d’huile de palme ou d’une soupe de viande ou de poisson, de la même manière que les Ouolofs le couscous, chacun puisant avec la main dans la calebasse placée au milieu des convives. Les esclaves se font une cuisine à part.

Presque tous les aliments sontmangésbouillis et la cuisine est faite habituellement par les femmes hors des cases.

Ils cultivent le mil, le maïs, l’igname, la patate, le manioc, que parfois ils mangent cru entre les repas. Ils mangent d’ailleurs beaucoup et en toute occasion, en dehors des deux repast du matin et du soir. Ils Jeunes filles sousous.

ont, comme tous les noirs, un goût très vif

pour nos alcools et boivent, quand ils le peuvent, du rhum à 30°, comme nous boirions du vin. Ils font une bière avec une racine ressemblant à notre navet. Cette bière, produit d’une courte fermentation de cette racine réduite par la cuisson à l’état de pulpe, est plutôt rafraîchissante. Avant la circoncision et l’excision, garçons et filles ne sont guère vêtus. Pendant la période d’initiation qui suit l’opération, couverts d’une longue robe marron et ne marchant qu’un long bâton à la main, les garçons restent sous la surveillance d’un marabout qui leur fait chanter des ver-

LA GUINÉE

sets du Coran ; les jeunes filles, la tête couverte d’un casque chargé de verroteries et de grelots, le corps enveloppé d’un pagne de couleurs brillantes en un tissu de coton, cardé et filé par elles, apprennent les danses sous la conduite d’une vieille femme et s’en vont donner des représentations aux notables, surtout aux Européens, pour en avoir des cadeaux.

Les mariages ont lieu presque aussitôt après.

Ils sont libres, sans aucune consécration. Le jeune homme envoie une kola blanche aux parents de la jeune fille qu’il veut, et si sa demande est acceptée, on lui renvoie une noix de kola blanche. Il donne alors un prix, souvent élevé, en troupeaux, en esclaves. Cependant les chefs et les vieillards peuvent intervenir dans le contrat, et on a vu des cas où, la femme ayant été obligée de fuir pour éviter des sévices graves, ils obligeaient le mari à la laisser libre, et même à lui payer des dommages. La rupture du mariage par répudiation n’est point rare.

La femme néanmoins n’est en général point maltraitée ; elle est coquette et sait s’embellir en portant des boucles d'oreilles d’or, des colliers de corail, des ceintures de perles, de rondelles de cuir au bas-

ventre, des anneaux d’argent aux chevilles, en se peignant les dents, les ongles, la paume des mains, le pourtour des yeux, etc. Elle fait presque tous les travaux, sauf la couture, réservée aux hommes. Mais, très aimée et respectée de ses enfants, elle acquiert souvent en vieillissant une réelle autorité. Elle ne peut pas être vendue, les Sousous ne vendent d’ailleurs en général que les captifs qu’ils font à la guerre d’embuscade. Ils sont polygames. Les esclaves seuls sont réduits à se contenter d’une femme. Ce sont leurs maîtres qui les marient en leur

Femmes sousous métissées de sang européen.

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donnant des filles d’autres esclaves. Les Sousous ne s’embrassent point : ils s’approchent nez contre nez, semblant se renifler. Les morts sont mis simplement en terre. Leur famille, quelques jours après, donne un grand repas. Les esclaves de naissance arrivent à faire partie de la famille à la quatrième génération. Tous au surplus sont traités assez bien, comme des serviteurs utiles. Ils sont cantonnés hors du village quand ils sont nombreux, et on les emploie avant tout au travail de la terre.

Le régime politique des Sousous est une sorte de féodalité aux liens hiérarchiques assez vagues ou relâchés, avec un roi suprême, à peu près

Mosquée en forme de meule, à Dinguiraï.

héréditaire, qui exerce le droit de vie et de mort et dispose des terres. Les sociétés de Simos jouissent d’ailleurs d’une grande influence, ainsi que les conseils des anciens, qui se réunissent dans des bois regardés comme sacrés. Les rois ont autour d’eux des guerriers qui forment une caste, des hommes vigoureux et intelligents qui font office de courriers, des maîtres de cérémonie, des musiciens, des bouffons.

Le mahométisme des Sousous est tout de surface, bien qu’ils se réunissent le soir pour prier Allah. Ils sont cependant parfois assez fanatiques et leurs marabouts, regardés comme ayant le même pouvoir que les sorciers, les dupent aisément. Ils ont des gris-gris en grand nombre et des idoles, des sorciers ou griots appelés yéli, comme tous les noirs du Soudan. Leurs instruments de musique sont à peu près ceux des Mandingues.

Zaboro wski.

LES EXPLORATIONS

Les débuts de la colonie. — Dès les premiers temps de rétablissement des Français au Sénégal, les traitants ayant des magasins à Gorée vinrent chaque année avec de petites goélettes commercer plus au sud sur la côte dans les divers pays qui constituent actuellement les Guinée portugaise, française et anglaise. On donna à cette partie de la côte, coupée de nombreuses embouchures, le nom de Rivières du Sud, qui marquait la situation géographique de ces cours d’eau par rapport à Gorée. Mais l’insécurité de la région détourna longtemps les commerçants de tout essai d’installation définitive.

Des Français s’étaient déjà établis sur le rio Nunez lorsque René Caillié partit de Boké, en 1827, pour son grand voyage à travers l’Afrique. La Casamance fut aussi occupée (1). En 1828, nous acquîmes File de Djogué, au nord de l’embouchure, puis, en 1836 et 1837, Carabane et Guimbéring ; Sedhiou fut fondé au point où s’arrête la navigation des goélettes. La Mellacorée fut reconnue par Laffon de Ladébat èn 1845.

Au mois d’avril 1849, Boké fut bombardé et occupé par les compagnies de débarquement de la corvette française La Recherche et d’un bateau de guerre belge, à la suite du refus du roi des Landoumans de supprimer la traite des esclaves, mais l’occupation du pays ne date vraiment que de l’époque où, à l’instigation du colonel Pinet-Laprade, des traités furent passés avec les chefs indigènes : en 1865, avec le roi des Nalous et avec l’almamy du Moréa, puis avec les rois du Rio-Pongo (1866), du Samo (1879), de Bramaya (1883), du Lakata (1884). L’autorité française ne fut guère que nominale au début, et les noirs ne la reconnaissaient vraiment que là où elle était appuyée par les canons de nos navires. Les gouverneurs de Sierra-Leone cherchaient aussi à s’attacher les tribus qui étaient dans notre zone d’influence. Le Moréa fut mis à feu et à sang de 1878 à 1882 par une guerre civile, et la France fut obligée d’intervenir pour rétablir l’ordre.

En 1885, le lieutenant de vaisseau Coffinières de Nordeck fit reconnaître le roi des Nalous, Youra Towel, comme suzerain de toute la région, et son fils Dina Salifou comme héritier éventuel.

La France occupait ainsi toute la région côtière comprise entre la Gambie anglaise et la Guinée portugaise d’une part, et entre cette dernière et Sierra-Leone d’autre part. Elle s’était aussi enfoncée dans l’intérieur du pays jusqu’au Fouta-Djalon.

Occupation du Fouta-Ojalon. — L’occupation du Fouta- Djalon s’imposait comme une conséquence de notre établissement et de nos progrès au Soudan et dans les Rivières du Sud. Ce massif montagneux, constitué par une série de plateaux peu accidentés et très fertiles,

(1) La Casamance appartenant à la même région géographique que les autres rivières du Sud, il en est question dans le présent chapitre, bien que son territoire soit administrativement rattaché au Sénégal.

GUINEE FRANÇAISE

est line région naturellement riche et un centre hydrogi aphique impoi tant d’où descendent la plupart des eaux qui arrosent l’Afrique occidentale. « C’est, dit le général Gallienî, le point de concours commun des trois grandes régions, distinctes d’aspect, de races et de productions, qui forment notre colonie : Sénégal proprement dit, entre le fleuve du même nom et la Gambie, Rivières du Sud et Soudan français. ^ ^ ^ >

Le Fouta-Djalon est le pays des Djalonkés, nègres d’origine mandingue, comme les Malinkés du Soudan, qui ont été refoulés et subjugués, il y a environ un siècle, par la race conquérante des Peubls.

G’est vers le milieu duxviii® siècle que ceux-ci commencèrent à pénétrer dans le Fouta-Djalon et à y créer des villages indépendants; bientôt ils proclamèrent la guerre sainte pour contraindre les indigènes à se convertir à l’islamisme.

« Le grand marabout peuhl Karamoko-Alfa {alfa veut dire noble) ne put s’emparer de Timbo, mais un de ses parents, Alfa-lbrabim, probablement un chef toucouleur, y parvint vers 1760 et prit le titre d’almamy. Cependant il n’exclut pas entièrement de ses droits la lignée de Karamoko, et les « Soryas » ou descendants d’ibrahim, qui avait pour surnom Sory (le matinal), se partagèrent l’autorité avec ceux de Karamoko, les « Alfaïas ». Depuis cette époque, en effet, il a toujours été admis que OLIVIER DE SANDERVAL,

deux souverains seraient à la fois né en 1840.

choisis dans ces deux familles, mais qu’ils exerceraient le pouvoir

à tour de rôle pendant deux ans, convention qui a été, par la suite, plus ou moins rigoureusement exécutée.

L’almamy Ibrahim étendit sa domination au delà de la Casamance força le roi du Bondou à embrasser l’islamisme et alla en expédition jusqu’au Kaarta. Ce fut vers 1800 que Timbo devint la capitale politique du Fouta, Depuis le commencement du xix® siècle jusqu’en 1830, le pays eut à souffrir de guerres intestines, mais la lutte contre les infidèles n’en continua pas moins. Plus tard, El-Hadj-Omar, ayant étendu ses conquêtes jusqu’au Fouta-Djalon, s’empara de Timbo, et les Peuhls durent lui céder le Dinguiraï.

. Le Fouta-Djalon avait été à peine entrevu par quelques voyageurs à la fin du xviii® siècle. Mungo-Park, parti de la Gambie en 1793, avait remonté le Niger jusqu’au pays des Mandingues. Mollien, en 1818, par-

LE DOMAINE COLONIAL

vint aux sources du Sénégal et pénétra à Timbo. René Caillé, qui s’était mis en route par le rio Nuûez, pour se rendre à Tombouctou, arriva le 10 mai 1827 dans la capitale du Fouta-Djalon, sans ressources et sans escorte. Le voyageur Hecquard explora en 1850 les sources du rio Grande, de la Falemé et de la Gambie, qu’il atteignit en venant de la côte occidentale.

Faidherbe avait compris de quelle importance pouvait être pour nous la possession du Fouta-Djalon, et il en fit entreprendre l’exploration par le

lieutenant Lambert, qui fut plus tard le héros des « Dernières Cartouches », à Bazeilles. Celui-ci, parti de Boké en 1860, traversa leCogon et pénétra, par le bassin du Kakriman, dans le Fouta-Djalon, où il visita Foukoumba et Timbo.

Mais il n’y avait eu jusqu’à cette époque aucune exploration complète et détaillée du Fouta- Djalon. L’un des voyageurs qui ont le plus contribué à bien faire connaître ce pays a été M. Aimé Olivier de Sanderval. Il s’était donné pour but de rechercher les moyens d’établir un chemin de fer de pénétration au Fouta-Djalon.

Après avoir fait, en 1879, une reconnaissance sommaire des embouchures des petits fleuves côtiers, il remonta le rio Grande et, par Labé, pénétra au Fouta-Djalon en 1886. Mais, arrivé à Timbo, le voyageur se vit interné par le souverain, qui lui interdit de poursuivre sa route vers le Djoliba ou cours supérieur du Niger (1). Pendant un séjour de deux mois au Fouta-Djalon, M. de Sanderval visita plus de cent villages et réunit, sur la géographie, le climat, les productions et les habitants de ces contrées, des notes qui vinrent utilement compléter les renseignements rapportés par Mollien et Hecquard. Après de longues hésitations, l’almamy se décida enfin à le laisser repartir, lui promettant que, s’il revenait ou s’il envoyait un de ses compatriotes, on pourrait reparler alors de ce qu’il avait demandé.

Mais, presque aussitôt, c’est-à-dire en janvier 1881, le gouverneur de Sierra-Leone, M. Goldsbury, fut envoyé en mission auprès de l’almamy pour traiter commercialement avec lui. Le souverain du Fouta

(i) Les sources du Niger ont été aperçues pour la première fois non par Zweifol et Mouslier, qui s’en sont seulement approchés (1879), mais par le capitaine Briquelot (1893).

GUINÉE française 6d7

Djalon refusa de concéder les avantages qu’il avait déjà promis, au moins éventuellement, à M. de Sanderval.

Après ce dernier^ M. Gaboriaud, qui, en Afrique, s’était adjoint M. Ansaldi, se dirigea à son tour vers le Fouta-Djalon, comme chargé d’une mission par M. de Sanderval. Il déploya beaucoup d’énergie, et, après avoir été retenu prisonnier pendant quarante-huit jours à Timbo, il obtint deux traités, l’un, en date du 18 mai 1881, d’Alfa Ibrahim, roi du Foréa et de treize autres provinces, l’autre, le 10 juillet de la même année, de l’almamy du Fouta-Djalon, Ahmadou. M. Gaboriaud fut autorisé à construire un chemin de fer sur le territoire respectif des deux chefs, et il reçut la propriété à titre définitif d’une bande de terrain de 20 kilomètres de largeur sur tout le parcours de la ligne. Les souverains s’engagèrent à lui fournir les travailleurs nécessaires moyennant indemnité, promirent de veiller à la sécurité de la voie et de fournir aide et protection contre tous ceux qui inquiéteraient les blancs ; ils donnèrent à M. Gaboriaud le droit de faire le commerce et d'établir des comptoirs dans tous les pays où ils commandaient ou pourraient commander.

A Timbo, les deux voyageurs, furent rejoints par le Bayol, médecin de la marine, qui venait de faire partie de la mission Gallieni, et qui emmenait avec lui MM. Noirot, ancien comique aux Folies-Dramatiques, et Billet, licencié ès sciences.

M. Bayol avait laissé le poste français de Boké, sur le rio Nuiiez, le 17 mai 1881. C’est par Bambaya, Koussi et Foukoumba que le docteur et ses compagnons arrivèrent à Timbo. Noirot eut un grand succès avec une boîte à musique qu’il avait apportée. M. Bayol en eut un plus appréciable en faisant signer, en juillet, au souverain du Fouta-Djalon, un traité qui plaçait ses États sous le protectorat de la France.

Le D*" Bayol partit le 5 septembre, et, après avoir levé les montagnes du nord du Fouta-Djalon, il fraya, à l’est de la route suivie, en 1860, par le lieutenant Lambert, l’itinéraire de Labé à Médine, par le Bambouk, inconnu alors des géographes.

Traité de délimitation avec Tj^llemagne et le

Fortugal. — L’extension que la France avait prise dans les Rivières

Jean BAYOL, né en 1849.

Pliot. L. Brochery.

LE DOMAINE COLONIAL

du Sud et au Fouta-Djalon la mit dans l’obligation de passer, avec les puissances coloniales voisines, des traités de délimitation. Au Portugal et à l’Angleterre, qui touchaient déjà aux possessions françaises, s’était récemment ajoutée l’Allemagne. Enfin, la France avait aussi à fixer sa frontière avec un Etat indépendant, la république de Libéria.

Les Allemands, qui avaient résolu de fonder un empire colonial, avaient émis des prétentions sur certains points de la côte. Bien que la plupart des chefs fussent déjà liés à la France par des traités de protectorat, on avait poussé le roi Balé-Demba, de Dubréka, à solliciter l’envoi de sujets allemands. Nachtigal renonça cependant, par égard pour les droits de la France, à annexer la Dubréka et le Bramaya ; mais un officier allemand, au mois de décembre 1884, plaça sous le protectorat allemand le chef du Kabitaï et les villages du Koba, entre le rio Nunez et la Mellacorée. Il fallut traiter à ce sujet avec l’Allemagne.

Par le protocole de Berlin du 24 décembre 1885, cette puissance renonça aux prétentions qu’elle avait sur le Koba et le Kabitaï, pays tributaires de nos protégés du Bramaya et de la Dubréka ; la France lui céda en échange Porto-Seguro et Petit-Popo sur la côte de Guinée.

Dès l’année suivante, la France régla la question des frontières avec le Portugal. Cette puissance, par le traité du 12 mai 1886, nous céda Zighinchor, un des postes de la Casamance, le rio Gompony et des enclaves sur le rio Nunez ; elle reconnut aussi notre protectorat sur le Fouta-Djalon. La France, de son côté, cédait au Portugal le Cassini. La Sénégambie portugaise fut ainsi réduite à l’état d’enclave dans la colonie française. La délimitation fut opérée sur le territoire en 1888; le chef de la commission française était le capitaine Brosselard-Faidherbe, qui fit reconnaître à ce moment l'importance du rio Gompony et explora le Foréa et la région de Dandoum.

Nouvelles opérations au Fouta-Djalon. — Comme Faidherbe, le lieutenant-colonel Gallieni avait compris toute l’importance commerciale et stratégique du Fouta-Djalon, et sa constante préoccupation, pendant son séjour au Soudan, avait été d’y pénétrer, afin de réunir par là nos possessions du haut Niger avec nos établissements de la côte de l’Atlantique. Aussi, après son heureuse campagne de 1886-1887 sur le haut Niger, organisa-t-il une mission qu’il envoya vers le Fouta-Djalon. Le commandement en avait été confié au capitaine Oberdorf, avec le lieutenant Plat comme second, et le D^ Fras, médecin de la marine, chargé des études scientifiques.

Arrivée à Tombé, chef-lieu du Konkodougou, au commencement de 1888, la mission perdit son chef, et le lieutenant Plat en prit le commandement. Elle atteignit Timbo par Dinguiraï. Après un séjour dans la capitale, le chef de la mission fit signer à l’almamy un traité par lequel celui-ci confirmait la soumission de tous ses Etats au protectorat exclusif de la France. Le lieutenant Plat, à son retour, vint gagner la Mellacorée à Farmoréa, point extrême où aboutissent les chalands de commerce, après une marche totale de 1 142 kilomètres.

Cette mission fit connaître la vraie source du Sénégal, rectifia la posi-

GUINEE FRANÇAISE

LE DOMAINE COLONIAL

tion de Timbo, et relia les itinéraires partant du Sénégal et du Soudan à ceux qui avaient eu pour origine des points de la côte. Le Dr Fras rapporta de précieuses données sur la nature du sol, le caractère de la végétation, les eaux, le climat, la faune, l’anthropologie, les produits naturels et ouvragés du pays.

La même année, le lieutenant d’infanterie de marine Levasseur s’était rendu au Fouta-Djalon par Labé, ayant parcouru la région comprise entre la haute Gambie et un affluent supérieur de la Falémé. Le résultat de cette mission fut de joindre la Casamance au Fouta-Djalon.

Une nouvelle expédition, placée sous les ordres du capitaine Audéoud, fut chargée d’atteindre Timbo, puis de déboucher au sud à Benty, notre point extrême d’occupation, près de la frontière de Sierra-Leone. Partie de Siguiri, sur le Niger, elle suivit la vallée duTankisso, passa à Timbo et arriva à Benty. Ce voyage montrait la possibilité d’ouvrir à travers le Fouta-Djalon des communications pratiques entre les Rivières du Sud et nos postes du haut Niger.

M. Olivier de Sanderval, qui avait été le véritable instigateur de la colonisation du Fouta-Djalon, tenta de s’y rendre, en 1888, par une route beaucoup moins connue que celle qu’il avait d’abord suivie, celle de Guémé, le Tominé et Timbi-Madina ; il revint par la vallée du Konkouré.

Enfin, en 1890, M. Lamadon, administrateur de la Mellacorée, se rendit au Fouta-Djalon par Benty, et, au cours de ce voyage, il fut assez heureux pour pouvoir arrêter presque seul les sofas de Samory.

Traités de délimitation anglo-français. — Les Anglais avaient cherché, tant en suivant le cours de la Gambie que par l’hinterland de Sierra-Leone, à parvenir au Fouta-Djalon. La convention signée à Paris le 10 août 1889, et relative à la Gambie et à Sierra-Leone, réduisit ces deux colonies anglaises à l’état d’enclaves de nos possessions.

En ce qui concerne la Gambie, la convention n’a laissé à l’Angleterre qu’une bande étroite de 10 kilomètres le long de chaque rive du fleuve jusqu’à Yarbatenda. Une commission mixte dont le chef était, pour la délégation française, le capitaine Pineau, opéra une délimitation sommaire (1890-1891), complétée par une nouvelle commission en 1896.

Du côté de Sierra-Leone, cette même convention trancha le différend qui, depuis 1879, existait entre la France et l’Angleterre au sujet de la possession des rivières Scarcies, situées entre la Mellacorée et Free-Town.

Une première convention avait bien été conclue à ce sujet le 28 juin 1882 ; elle reconnaissait à la colonie anglaise le bassin des deux Scarcies et à la France celui de la Mellacorée; l’Angleterre renonçait à nous contester la souveraineté de l’île Matakong. Mais cette convention n’avait pas été ratifiée par la France. Si l’on considère que les rivières Scarcies prennent leur source dans le Fouta-Djalon, on eût, en ratifiant la convention, accordé à l’Angleterre des droits sur une région qui venait de reconnaître le protectorat de la France.

Le traité du 10 août 1889 fixait, conformément aux indications du traité de 1882, la ligne de démarcation entre le bassin de la Mellacorée et celui de la grande Scarcie ; puis elle passait entre le Benna et le

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Tambakka, en laissant le Talla à l’Ang-leterre et le Tankisso à la France; elle s’approchait ensuite du 10® degré de latitude nord, en comprenant le pays des Houbbous dans la zone française, et le Soulémania avec Falaba dans la zone anglaise. Le tracé devait s’arrêter à l’intersection du 13® degré de longitude ouest de Paris.

Mais il fut reconnu que cette nouvelle délimitation n’assurerait pas encore aux deux pays une bonne frontière géographique; elle eût, notamment, donné accès à l’Angleterre dans le bassin du haut Niger, la laissant en situation de continuer ses relations avec Samory. Comme, de plus, la délimitation s’arrêtait à l’intersection du 13® degré de longitude ouest de Paris et du 10® degré de latitude, la colonie anglaise aurait pu s’étendre du côté du nord-ouest entre ce point et la frontière septentrionale de Libéria; elle eût pu ainsi annexer la région des sources du Niger.

Une nouvelle convention, signée le 26 juin 1891 par MM. Gabriel Hanotaux et Jacques Haussmann pour la France, Egerton et Crove pour l’Angleterre, tendit à remédier aux inconvénients de la précédente en la complétant. Désormais, la colonie de Sierra-Leone se trouvait enserrée entre les possessions françaises et le territoire de Libéria, et l’influence britannique était exclue de la haute vallée du Niger.

Il fut stipulé que les commissaires techniques devraient suivre autant que possible le 13® degré de longitude ouest de Paris, à partir du 10® degré de latitude, en se dirigeant vers le sud, jusqu’à la limite entre Sierra- Leone et la république de Libéria. La ligne de partage des eaux devait être suivie de telle sorte que les deux rives du Niger fussent maintenues sous l’influence française, et, par le terme de Niger, on entendait le Djoliba, ainsi que ses deux sources principales, le Fatiko et le Tembé.

Mais, lorsque les commissaires se rendirent sur les lieux pour procéder à la délimitation, il leur fut impossible de s’entendre, les données que les diplomates avaient eues à leur disposition ne répondant pas suffisamment à la réalité des faits. Les deux commissions, anglaise et française, établirent chacune de son côté un tracé provisoire, s’en remettant à leurs gouvernements respectifs du soin de trouver un terrain d’entente. Les choses en restèrent là jusqu’en 1895.

Explorations du capitaine Brosselard-Faidlierlbe et de MM. Madrolle et Paroisse. — En 1890, le capitaine Brosselard-Faidherbe suivit la Mellacorée et remonta à l’intérieur par , Benty, Farmoréa, Ouélia, Yamaya et Simangaréa, non loin d’Hérémakono, mais il fut empêché par les troupes de Samory de poursuivre plus avant.

Deux autres voyageurs, MM. Madrolle et Paroisse, contribuèrent, dans les années suivantes, à faire mieux connaître l’intérieur des territoires des Rivières du Sud.

M. Madrolle, en 1892-1893, voyagea dans la partie occidentale de la Guinée. Il suivit le rio Compony jusqu’à Kandiafara, rejoignit le rio Grande près de Kadé, et, par Bambaya, revint vers Boffa et Konakry. Il étudia les tribus Nalous, Landoumans, Bagas, Tendas.

M. Paroisse explora d’abord, en 1891, le rio Pongo et son affluent le

Colonies I.

LE DOMAINE COLONIAL

Fatalla, qu'il trouva barré à trois jours de son embouchure de chutes infranchissables; il visita ensuite les îles Tristao et le rio Gompony. Dans une nouvelle exploration, en 1893, il partit de Dubréka, explora les territoires du Garengui et de Bramaya et, par la vallée du Konkouré, atteignit Démokoulima et Kébali, qui sont à la limite du pays des Soussous.

Traité de délimitation franco-libérien (8 décembre 1892).

— La convention franco-anglaise du 26 juin 1891, bien qu’elle n’eût pas été suivie d’une délimitation précise, avait néanmoins établi en principe la frontière entre les possessions françaises et anglaises jusqu’à la limite entre Sierra-Leone et la république de Libéria. Or, cette dernière limite se trouvait fixée, par la convention du 11 novembre 1885 entre les deux Etats, au point où la ligne de partage des eaux du Niger et des tributaires de l’Atlantique coupe le parallèle passant par Timbi- Kounda. La France avait donc à établir la délimitation entre ses territoires du Soudan (1), de la Côte d’ivoire et celui de Libéria à partir du point où s’arrêtait la frontière franco-anglaise.

Le traité franco-libérien du 8 décembre 1892, signé par MM. Hanotaux et Haussmann pour la France, et par le baron de Stein pour Libéria, limita l’iiinterland de Libéria, de manière à placer dans la sphère d’influence française tout le bassin du haut Niger, et, d’autre part, régla les contestations relatives à la souveraineté de quelques points de la côte. La France renonça au bénéfice des traités qu’elle avait conclus avec les chefs de Garraway à diverses reprises : par contre, elle fit reconnaître ses droits sur les territoires compris entre le Cavally et la rivière San-Pedro.

Convention franco-anglaise du 31 janvier 1895.

— L’absence de frontièi os nettement déterminées entre le Soudan français et Sierra-Leone avaU amené des incidents regrettables. Deux collisions dues à des méprises s’étaient produites entre des troupes françaises et anglaises (décembre 1893, janvier 1894); il y avait eu de part et d’autre des morts et des blessés. Des négociations s’ouvrirent en vue d’arriver à un règlement de la question de frontières. Elles aboutirent à la convention du 21 janvier 1895, qui fixa définitivement la frontière entre la colonie anglaise de Sierra-Leone, d’une part, la Guinée française, de l’autre, et les territoires dépendant alors du Soudan français.

La frontière nord part de l’Atlantique, un peu au nord du 9® degré de latitude nord, et suit quelque temps la ligne de partage des eaux entre la Mellacorée, appartenant à la Guinée française, et la grande Scarcie, appartenant, dans son cours inférieur, à Sierra-Leone. Arrivée à la source de la petite Mola, affluent de la grande Mola, la frontière quitte la ligne de partage des eaux et vient rejoindre la grande Scarcie, qu’elle suit jusque vers son confluent avec la rivière Kora. De là, la frontière court dans la direction de l’est-nord-est jusqu’à sa rencontre avec le 10® parallèle. Puis elle suit ce parallèle jusqu’à son intersection avec la ligne ce

(i) Ces territoires ont été rattachés à la Guinée française par le décret du 17 octobre 1899.

GUINEE FRANÇAISE

partage des eaux qui sépare le bassin du haut Niger du versant de l’Atlantique. Ainsi, le bassin supérieur du Niger appartient tout entier à la France.

Une convention commerciale, annexée à la convention de délimitation, régla les rapports entre les habitants des deux colonies.

Enfin, aux termes de lettres échangées le 22 janvier entre M. Hanotaux, ministre des Affaires étrangères de France, et lord Dufferin, ambassadeur d’Angleterre, il fut établi que le 13® degré de longitude devait, « en tout état de cause, former la limite des possessions françaises du Soudan et de la colonie britannique de Sierra-Leone jusqu’au point de rencontre de ce méridien avec la frontière anglo-libérienne». Cette stipulation avait pour objet d’empêcher les Anglais de s’avancer dans le Soudan en tournant Libéria, au moyen d’un arrangement avec cette république.

La convention du 21 janvier 1895 avait prévu qu’une délimitation serait faite sur le terrain par des délégués des deux pays : elle eut lieu en 1896, à partir de Timbi-Kounda, où commence la frontière francolibérienne.

Établissement définitif de la France au Fouta- Djalon. — Il importait à ce moment de commencer à établir des relations commerciales directes avec le Fouta-Djalon et d’assurer le libre accès des caravanes dans' les régions de l’intérieur. C’est dans ce but que M. Ballay, envoyé en mission dans les Rivières du Sud en 1890, chargea M. de Beeckmann, administrateur de Dubréka, de se rendre avec le lieutenant Chasles auprès de l’almamy, avec lequel nos relations s’étaient trouvées quelque peu altérées à la suite des événements militaires du Soudan. La mission, partie en 1891, suivit le tracé de la route qui devait relier la Dubréka à Kathia et à Demokoulima, sur la frontière du Fouta-Djalon et continua Fétude d’une route commerciale de l’Atlantique au Niger.

En 1892, l’administrateur Alby alla à son tour au Fouta-Djalon. En 1895, le capitaine Baurès fut chargé de rechercher la voie de pénétration la plus courte et la plus commode pour se rendre de Konakry au haut Niger et au Soudan central par le Fouta-Djalon.

L’administrateur de Beeckmann retourna auprès de l’almamy en 1896, et il en reçut bon accueil, ainsi que le capitaine Aumar et ses tirailleurs. Bokar-Biro exprima solennellement son désir de vivre en parfaite entente avec les Français, mais il ne tarda pas à montrer une attitude pleine de duplicité; il continua à fermer les routes au commerce et à laisser piller nos caravanes; enfin, arrivé au terme de ses deux années de pouvoir, il se déclara favorable à l’élection de Modi-Oumarou , candidat hostile à l’influence française, tandis que nous soutenions Oumarou-Bademba.

Ce dernier, ayant été repoussé par Bokar-Biro, se mit sous notre protection ; nos troupes, commandées par les capitaines Aumar et Muller, effectuèrent leur marche de Songkoya àTimbo, où elles entrèrent le 3 novembre 1896, sans avoir eu à tirer un seul coup de fusil. Bokar-Biro s’était réfugié près de Foukoumba; le capitaine Muller l’atteignit le 14 novembre, à Porédaka, et le mit en fuite.

LE DOMAINE COLONIAL

La France put, depuis cette époque, investir de la dignité d’almamy un candidat de son choix. Sauf une tentative, promptement réprimée, des partisans de Bokar-Biro, en novembre 1897, le pays a été tranquille, et une mesure prise en 1898 acheva d’y asseoir notre influence : on ne laissa désormais sous l’autorité de l’almamy que les chefs des diwals ou provinces de Timbo, de Bouria et de Kolen; les autres diwals furent déclarés indépendants comme celui du Labé.

Le cliemin de fer de Konakry au I^iger navigable. Mission Salesses. — M. Ballay, qui fut gouverneur de

la Guinée française de 1891 à 1900 et à l’habile administration duquel est due la rapide prospérité de Konakry, eut le grand mérite de faire décider l’exécution d’un chemin de fer destiné à relier cette ville au Niger navigable.

Dès 1888, le capitaine Brosselard-Faidherbe avait été chargé de procéder à des reconnaissances préliminaires pour se rendre compte de l’opportunité d’une voie de communication reliant la côte au Niger. Le point de départ alors choisi fut Benty, à l’embouchure de la Mellacorée.

Mais la mission fut arrêtée dans sa marche par les lieutenants de Samory, alors maître du pays.

Quelques années plus tard, on reprit à nouveau le projet d’établissement d’une route partant non plus de Benty, mais de Konakry; on indiqua provisoirement Farana comme point terminus. Le capitaine du génie E. Salesses, envoyé en Guinée, en 1895-1896, leva à grande échelle la chaîne qui sépare les bassins côtiers de l’Atlantique du bassin du haut Niger. La route fut commencée, et elle fut poussée plus tard jusqu’à Friguiagbé, à 135 kilomètres de Konakry.

En 1897 le capitaine Salesses fut chargé d’une seconde mission ayant pour objet d’étudier non plus une route, mais un chemin de fer; le point d’arrivée devait être pris sur le Niger, à Forigine de la navigation sur ce fleuve. La mission comprenait, outre son chef, le capitaine Millot, qui avait fait partie de la mission Passaga en 1895-1896, l’adjoint du génie Naudé, et cinq sous-offlciers.

Partie de Konakry le 9 novembre 1897, la mission se dirigea vers les monts Ouloum et passa par Friguiagbé, Gouléa et Bambaïa; puis le

Eugène BALLAY, né en 1847.

GUINEE FRANÇAISE

capitaine Millot se rendit à Farana et le chef de la mission à Timbo. De cette ville, le capitaine Salesses se dirigea vers le Niger par Kounta et Toumania, leva le cours du Niantan, puis, franchissant le Niger à Soia Moreia, il atteignit Kouroussa, où toute la mission se trouva réunie le 1er janvier 1898, ayant choisi comme point terminus de la voie Kardamania, un peu en amont de Kouroussa. La mission rapporta un lever détaillé au 1/5000 d’une bande de 550 kilomètres de longueur sur 400 mètres de largeur, des itinéraires nouveaux de 3 500 kilomètres et de nombreuses observations scientifiques de tout ordre.

En 1898-1899, l’adjoint du génie Naudé fut chargé d’étudier une variante qui de Friguiagbé devait faire un coude vers le nord pour se rapprocher de Kébali et de Démokoulima. Les premiers travaux furent commencés en 1900 sous la direction du capitaine Salesses.

Exploration du Fouta-lDjalon par le Maclaud.

Depuis que nous occupons le Fouta-Djalon, l’une des études les plus complètes qui aient été faites de ce pays est due au Dr Maclaud, qui, en 1898-1899, en releva la topographie et en étudia les populations et les courants commerciaux.

De Konakry le D^ Maclaud se rendit à Timbo par Friguiagbé; au delà de cette localité, il évita le plus possible les itinéraires connus et s’avança par le Goumba et le Kinsam jusqu’au fleuve Konkouré. Au delà de ce cours d’eau, il suivit la route montagneuse de Diaguissa et redescendit sur Porédaka en relevant le cours des affluents de gauche du Bafing, branche mère du Sénégal. L’explorateur put se rendre compte que les données ethnographiques qui avaient cours sur le Fouta-Djalon étaient erronées sur beaucoup de points.

Le D^ Maclaud alla ensuite explorer la vallée du haut Bafing, déjà visitée par le lieutenant Plat, puis par le capitaine Salesses, celles du Tinkisso et de la rivière Bouka jusqu’au Dinguiraï. Ses observations confirmèrent celles du commandant Oberdorf, du lieutenant Plat et du capitaine Levasseur relativement aux sources de la Falémé, à la haute Gambie et au pays de Labé.

Après avoir coupé la route reconnue autrefois par le lieutenant Lambert sur le Tominé, le D^ Maclaud parcourut les plateaux du Bové, les plaines fertiles qui bordent le Rio Grande, dont il reconnut la navigabilité entre Touba et Kadé, les pays déserts du Pakési, du Badiar et du N'Gabou. Il compléta l’étude de la rivière Koulountou ou Rio Grey des cartes, affluent de la Gambie, relia son itinéraire dans cette région à ceux des administrateurs du Sénégal et visita le pays des Koniagui et le N’Dama.

De Kadé, M. Maclaud se dirigea vers le plateau stérile qui sépare le Rio Grande (ou Koli) du Compony (ou Cogon) et revint par Bambaya, le bassin du Fatalla et le rio Pongo.

Le Dr Maclaud rapporta de ce voyage 3 500 kilomètres d’itinéraires nouveaux levés au 1/50 000, des observations astronomiques et météorologiques, des échantillons de roches, un herbier, des collections de tout genre.

Gustave Regelsperger.

L’ADMINISTRATION

Régime légal. — La Guinée est placée, comme les autres colonies de la côte occidentale d’Afrique, sous le régime dit des Décrets (V. pp. 1-11).

Représentation au Conseil supérieur. — La colonie est représentée au conseil supérieur des colonies par un délégué élu (V. pp. 12-14).

Organisation politique et administrative; pouvoirs locaux (V. pp. 20-29 J. — La Guinée française est placée sous l’autorité d’un gouverneur, assisté d’un secrétaire général qui le supplée et le remplace en cas d’absence. Les pouvoirs de délibération sont représentés par un conseil d’administration, dont la composition et le fonctionnement sont déterminés par un décret du mois d’octobre 1899 : cette assemblée se compose du gouverneur, président; du secrétaire général, de deux fonctionnaires (le chef du service des douanes et un chef de bureau ou administrateur), et de trois commerçants notables. Le conseil d’administration siège à Konakry, chef-lieu de la colonie.

Un administrateur des colonies est à la fois chef du secrétariat du gouvernement et secrétaire-archiviste du conseil d’administration. Le service du secrétariat général comprend plusieurs bureaux.

La Guinée française est divisée en un certain nombre de circonscriptions administratives ou cercles, à la tête desquels sont placés des administrateurs civils ou des officiers. La situation de ces cercles est d’une façon générale la même que celle des pmjs de protectorat du Sénégal, et leur administration est assurée dans des conditions analogues. L’administrateur représente le gouverneur auprès des populations indigènes; il assure la police de son cercle, fait fonctions d’officier de police judiciaire,, règle les contestations et les litiges qui viennent à se produire, est officier de l’état civil et percepteur. Dans chaque cercle, il existe en outre un agent spécial^ fonctionnaire remplissant les fonctions de comptable. Cet agent a la charge d’une caisse de menues dépenses, dont il envoie mensuellement la comptabilité au chef-lieu de la colonie. Enfin, des agents du cadre des affaires indigènes sont placés dans chaque circonscription sous les ordres de l’administrateur, dont ils sont les collaborateurs immédiats.

(1) Jusqu’à la fin de l’année 1891, les territoires qui constituent aujourd’hui la colonie de la Guinée française formèrent sous la rubrique de « Rivières du Sud » une dépendance du Sénégal. Un décret du 17 décembre I89i organisa la colonie autonome de la « Guinée et dépendances », qui sous la haute autorité d’un gouverneur, comprenait en outre les établissements de la Côte d’ivoire placés sous, la direction d’un résident, et les établissements du golfe de Bénin, commandés par un lieutenant-gouverneur. En 1893 et à la date du lO mars, un nouveau décret rendait indépendants ces divers établissements, et créait définitivement les colonies de la Guinée, de la Côte d’ivoire et du Dahomey.

L’ADMINISTRATION

Au point de vue territorial, la Guinée peut être divisée en 4 régions : 1° la région maritime subdivisée en 4 circonscriptions : Rio-Nunez, cheflieu Boké; Rio-Pongo, chef-lieu Boffa; Dubréka, chef-lieu Konakry ; . Mellacorée, chef-lieu Benty ; 2° la région montagneuse, entre les pays'i côtiers et le Fouta-Djalon (cercles de Friguiagbé et d’Ouassou); 3° le Fouta-Djalon (cercles de Timbo, Labé et Kadé); 4° le bassin du haut Niger, anciens territoires du Soudan français (cercles de Dinguiraï, Kankan, Kissidougou, Beyla et Kouroussa).

La justice (V. pp. 32-44). — La plupart de nos codes et lois métropolitains ont été promulgués en Guinée française.

L’organisation judiciaire de la Guinée française, de la Côte d’ivoire et du Dahomey est déterminée par le décret du 6 août 1901. Dans chacune de ces possessions, la justice européenne est assurée par un tribunal de première instance établi au chef-lieu. Au civil, sa compétence s’étend : !<> sur toutes les affaires intéressant les Européens et assimilés; 2° sur les contestations entre indigènes concernant des actes passés sous l’empire de la loi française; 3° sur les affaires indigènes que les plaideurs, d’accord entre eux, voùdraient faire trancher ])ar nos tribunaux conformément aux coutumes locales. Des justices de paix à compétence étendue, établies dans l’intérieur, complètent cette organisation.

En matière correctionnelle et de simple police, le tribunal n’a compétence qu’à l’égard des affaires intéressant les Européens et assimilés ou les indigènes complices d’Européens ou assimilés. Il est institué à Bingerville un tribunal supérieur devant lequel seront portés les appels des jugements rendus par les tribunaux de la Guinée, de la Côte d’ivoire et du Dahomey. Des cours criminelles siégeant au chef-lieu de chaque colonie connaissent de tous les crimes commis par les Européens dans la colonie, ou commis par les indigènes dans l’étendue du ressort des tribunaux de première instance de chaque colonie. Des cours criminelles spéciales connaissent des crimes des indigènes en dehors de ces limites.

En matière indigène, le décret maintient les juridictions indigènes actuelles. Mais il exige que des arrêtés du gouverneur, pris sur la proposition du chef du service judiciaire, organisent ces tribunaux. La compétence des juridictions indigènes est limitée aux affaires civiles, correctionnelles et de simple police.

Le procureur de la République à Bingerville est chef du service judiciaire de la Guinée, de la Côte d’ivoire et du Dahomey.

Instruction publique (V. pp. 45-46). — Une école a été construite à Konakry, et un instituteur laïque envoyé dans la colonie en 1900.

La mission catholique (Pères du Saint-Esprit) dirige une école professionnelle et, en outre, des écoles primaires à Konakry, Boffa et Boké. Elle reçoit des subventions du budget local. Dans les cercles des anciens territoires du Soudan, des écoles primaires sont dirigées par des sousofficiers ou des agents du cadre des affaires indigènes. Les Pères Blancs ont également des écoles dans ces régions, notamment à Siguiri.

LA GUINEE

Enfin, les sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont ouvert à Konakry une école de filles.

D’une manière générale, près de l’église ou de la chapelle, l’école s’élève sans tarder, et les catéchistes deviennent en même temps des écoliers.

Cultes (V. p. 47). — La Guinée est constituée en préfecture apostolique. Les Pères du Saint-Esprit ont installé des missions à Konakry, ainsi que dans le Rio-Nunez et le Rio-Pongo. Les sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont une maison à Konakry, et les Pères Blancs des missions dans le bassin du haut Niger.

Les catholiques, sont à la Guinée, en moins grand nombre que les protestants. Les populations, longtemps en contact avec la civilisation anglaise, ont adopté la religion anglicane et appartiennent à différents rites. A Konakry, il existe un pasteur protestant du rit de la Reine, qui fait partie de la mission des Indes occidentales et est subventionné par elle.

négime financier (Sur les principes généraux, V. pp. 48-51). — La Guinée se suffit à elle-même, c’est-à-dire qu’en dehors de l’entretien des quelques compagnies de tirailleurs qui parfois sont stationnées sur son territoire, elle fait face avec ses seules ressources aux obligations de toute nature qui lui incombent. Il n’existe donc pas ici, comme au Sénégal, plusieurs budgets différents et s’appliquant à des régions et à des besoins divers.

Le budget local seul comprend l’ensemble des recettes et des dépenses afférentes à toutes les colonies. Ses principaux titres de recettes sont : foies contributions directes (impôt de capitation, patentes) ; 2® les contributions indirectes (importation : droits spéciaux sur certaines marchandises étrangères et sur les marchandises d’importation indirecte (décret du 4 avril 1897); droits à l’exportation : 7 pour 100 ad valorem; taxes de consommation, taxes de navigation, amendes et saisies) ; 3® divers produits : des postes et télégraphes, de l’enregistrement, de l’hôpital, etc., etc.,

Le service financier est assuré par un trésorier-payeur résidant à Konakry. Éventuellement des missions de contrôle sont effectuées par le personnel des inspecteurs des colonies.

A.rmée (V. pp. 125-139). — Une compagnie de tirailleurs sénégalais, du régiment du Sénégal, tient garnison à Konakry et à Ouassou. Une compagnie de tirailleurs soudanais est répartie dans les postes des territoires de l’ancien Soudan. Ces troupes relèvent du commandant supérieur de l’Afrique occidentale.

Les milices locales comprennent 170 sous-officiers et hommes de troupes indigènes placés sous le commandement d’un inspecteur de la milice et de deux gardes européens. Elles fournissent des petits postes aux différents cercles.

Louis Desbordes.

LA MISE EN VALEUR

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

A. Zone côtière. Le caoutchouc, l’agriculture. — Avant rétablissement des Français et la croissance tout américaine de Konakry, la côte des « Rivières du Sud » était à peu près abandonnée aux indigènes; les relations avec l’Europe se nouaient à Sierra-Leone, colonie anglaise, ou à Boké, sur le Rio-Nunez, qui est encore dans la zone d’action des maisons françaises du Sénégal.

Les indigènes, Sousous, Nalous, sont des gens d’humeur douce, mais paresseux comme tous les nègres d’Afrique, et qui se bornaient à récolter, sans soins agricoles, les grains nécessaires à leur subsistance; les alluvions du bas pays sont si riches que, pendant vingt années consécutives, on peut leur demander sans engrais, presque sans façons, d’admirables récoltes de riz; il suffit de procéder, la première année, à un débroussement sommaire, qui se résume pour les noirs en un incendie général. Dans les terrains moins humides poussaient quelques bananiers, des arachides, un peu de sésame et de manioc.

Toutes ces cultures ont été abandonnées petit à petit pour la seule cueillette du caoutchouc ; les représentants des factoreries européennes offrant aux noirs des prix excessifs, ceux-ci préférèrent bien vite renoncer à leurs champs et se procurer par un moindre travail de quoi s’approvisionner de grains et de denrées usuelles dans les comptoirs européens. Les premières années de ce système ont certainement enrichi quelques traitants, mais ces opérations, trop faciles, n’eurent qu’un temps : les réserves de caoutchouc les plus voisines de Konakry furent rapidement épuisées ; les noirs ne se souciaient aucunement d’inciser les lianes de manière à en ménager la production ; ils coupaient et taillaient à tort et à travers, encouragés par la concurrence même des traitants, dévastaient de proche en proche toutes les basses vallées, mêlaient le latex de plantes très diverses, ce qui empêchait d’établir des types commerciaux et ne se gênaient pas, au besoin, pour glisser dans les boules vendues aux traitants des cailloux et des morceaux de bois.

11 est aisé de comprendre que, si l’on eût continué de la sorte, l’avenir de la colonie eût été sacrifié; déjà l’on était obligé

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d’importer du riz pour nourrir des tribus qui en produiraient sans peine assez pour fournir des marchés étrangers ; la qualité du caoutchouc baissait, et le prix d’achat aux indigènes montait, à mesure qu’il fallait s’enfoncer plus avant dans l’intérieur pour trouver des boisements intacts. Il y eut là, au milieu de 1900, une véritable crise. Sous l’inspiration du gouverneur et sur l’exemple même de plusieurs traitants, la Guinée française a renoncé au monocommerce du caoutchouc, qui l’eût brillamment conduite

Silo d’arachides. — Communiqué par M. Gaboriaud.

à la ruine ; elle s’est assagie, elle est entrée dans « l’âge de l’agriculture ».

Depuis 1897, un jardin d’essais a été fondé près de Konakry ; le sol de la colonie convient à la kola, au café, au cacao, au bananier; ©n connaît l’emploi des premières de ces plantes; quant au bananier, il fournit un aliment de plus en plus apprécié non seulement des indigènes, mais aussi des blancs résidant au pays tropical : en Guyane, les créoles emploient la farine de bananes, sous le nom de coquintay^ à la nourriture des enfants et des malades; la consommation de ces fécules se développe aussi beaucoup aux États-Unis.

A la différence de nos voisins anglais de Sierra-Leone, nous n’avons jamais dû lutter, en Guinée, contre l’hostilité des indigènes, qui s’emploient volontiers pour les Européens; l’adminis-

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tration très paternelle et patiente de M. Ballay n’a pas peu contribué à faire admettre de ces populations une taxe des huttes, légère capitation établie en 1897 et toujours aisément recouvrée depuis. Prenons garde que Sierra-Leone forme et envoie jusque chez nous des agents indigènes, habiles au commerce avec leurs congénères, parlant anglais même entre eux et capables, après quelques voyages en Angleterre comme chauffeurs ou

Un almamy du Fouta-Djalon. — Communiqué par M. Gaboriaud.

domestiques, de nouer des relations directes avec des commerçants européens; souvent ces courtiers noirs détournent sur des ports étrangers l’exportation de notre colonie. Veillons enfin à ce que la liberté nécessaire des cultes européens ne serve jamais à couvrir, parmi nos indigènes, une éducation qui ne serait pas française.

B. Le Fouta-Djalon. Cultures et élevage ; les indigènes. — En arrière de la zone littorale, le Fouta-Djalon deviendra le parc à bestiaux et le sanatorium de notre Afrique occidentale; il possède des gisements de fer; il paraît facile d’y obtenir, sur des points bien choisis, les céréales et les légumes

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d’Europe ; une ferme d’expériences, fondée à Timbo, a déjà réussi plusieurs essais.

Les indigènes ignorent les rudiments de presque toutes les cultures : ils ne se livrent qu’à l’élevage, mais les plus intelligents d’entre eux, les Peuhl, sont arrivés à produire de beau bétail, et connaissent les principaux usages du lait. LeD’^Maclaud rencontra sur le revers méridional du Fouta, à Missida, un marabout musulman, métis de Peuhl et d’indigène, dont le troupeau de bœufs aurait fait honneur à un éleveur européen. Il n’est pas strictement exact de dire que ces pasteurs peuhl sont les maîtres politiques du pays ; mais, venus de l’est comme les conquérants qui ont ensuite occupé le Fouta et en sont encore aujourd’hui les chefs, musulmans comme eux, ils se sont mêlés à ces envahisseurs, si bien qu’aujourd’hui ils prennent rang social presque au même titre dans la hiérarchie indigène.

L’Islam a constitué au Fouta-Djalon une société dont l’analogie est remarquable avec notre féodalité du moyen âge; les seigneurs ou almamys habitent sur les hauteurs des villages palissadés, que dominent des mosquées au toit de chaume; parmi leurs vassaux, indigènes conquis ou esclaves importés du nord, les uns sont groupés à l’entrée des vallées en hameaux d'exploitation appelés roundés, les autres (et ceux-ci sont des Peuhl de race plus pure), promènent à travers les pâturages leurs troupeaux transhumants. Nos premiers agents ont été reçus avec quelque méfiance ; ils ont pourtant réussi, et le mérite en est grand, à dissiper ces préventions, en opposant aux vexations ordinaires des almamys une autorité plus juste et plus douce. Nous pouvons donc aujourd’hui considérer les indigènes du Fouta comme sincèrement ralliés; nous achèverons notre œuvre moins en leur montrant beaucoup de soldats qu’en les initiant à des pratiques agricoles dont l’islam les a déjà préparés à comprendre le profit.

L’inventaire méthodique des ressources locales du Fouta- Djalon n’est pas encore terminé, mais il ressort des premières études que l’on y rencontre à l’état sauvage nombre d’espèces dont la culture serait possible, et les vallées des fleuves sont bordées de galeries forestières où abondent les plantes à caoutchouc. Mais les moyens de transport sont très médiocres, bien qu’on soit en pays d’élevage ; M. Noirot, l’un de nos premiers administrateurs du Fouta-Djalon, surprit vivement les indigènes lorsqu’il fit son entrée dans Timbo, suivi de deux charrettes à bœufs quiportaient sesbagages(1898). Faute de bêtes de somme, c’est encore à dos d’homme que circulent les marchandises

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l’un de nos premiers soins, au Fouta-Djalon, devra être de dresser les animaux d’élevage pour les employer aux travaux agricoles et aux transports ; ceci suppose aussi l’établissement de pistes sur lesquelles puissent rouler des véhicules solides; et le réseau des communications ne sera complet que lorsque sera ouvert le chemin de fer de Konakry à Timbo.

Il ne semble pas que, pour le moment, le Fouta-Djalon puisse recevoir de nombreux agriculteurs européens, bien que le climat soit relativement sain, avec une dépression bienfaisante de la température pendant la nuit : les voies commerciales sont encore trop éloignées de ces hauteurs pour en permettre utilement la colonisation; mais, sans tarder, il faut y établir quelques stations de repos pour les blancs fatigués d’un séjour prolongé sur la côte. Peut-être un de ces sanatoires, placé à portée de vallées plus chaudes, mais à l’abri de leurs influences, serait-il aisément doublé d’un laboratoire de recherches sur la flore du pays, kola, caoutchouc, etc...

G. Région du nord. Mines, cultures. — Nous avons vu que la nature avait particulièrement favorisé les pays qui précèdent au nord te Fouta-Djalon, mais cette riche contrée est à peine atteinte encore par les Européens. Le riz vient au bord de toutes les rivières, les plantes à caoutchouc foisonnent et sont encore peu exploitées; on signalait cependant, il y a quelques mois, qu’une grande maison française de pneumatiques faisait acheter directement ses provisions autour de Kouroussa. L’élevage est moins régulièrement pratiqué que dans le Fouta, mais dans le Dinguiraï, des villages indigènes extraient et travaillent le fer.

Les anciennes capitales de Samory, Kankan, Bissandougou, Beyla, étaient entourées de champs d’orangers et de céréales, bien cultivés par des captifs; mais, au temps de Samory, la prospérité d’un canton directement surveillé par le maître était payée par la ruine et la dépopulation de vastes espaces alentour; si les réceptions de l’almamy, sa prestance personnelle, les raffinements de sa politesse musulmane, les roueries de sa diplomatie le firent trop longtemps considérer et ménager comme un souverain civilisé, nous ne saurions trop fortement rappeler que son empire n’était fondé que sur la violence et soutenu que par la guerre; la paix est aujourd’hui rétablie dans ces régions longtemps troublées, elle leur rend toute leur valeur et leur ouvre les perspectives d’un brillant avenir. La population indigène se compose de Mandingues, bons

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agriculteurs, avec quelques colonies de pasteurs peuhl et de commerçants sarracolets; nous trouvons donc là tous les éléments d’une fortune nouvelle; l’islam n’a pas encore pénétré toutes ces tribus, surtout celles qui sont le plus attachées à la culture du sol; notre action n’en sera que plus facile, mais gardons-nous de provoquer, comme à la côte, par le monocommerce du caoutchouc, une hausse factice des salaires et la désertion des champs.

Voies de communication et commerce. — Les communications de tout l’arrière-pays de la Guinée avec la côte sont encore très mal assurées; nos administrateurs et quelques traitants montent de Konakry au Fouta-Djalon; d’autre part, des convois de bœufs sont acheminés assez régulièrement du Fouta vers les postes du Niger et jusqu’à Tombouctou; mais les relations directes, traversant seulement le Fouta, sont et resteront exceptionnelles jusqu’au jour où le chemin de fer courra de iConakry au Niger; les tentatives pour ravitailler par Konakry les postes des anciens pays de Samory n’ont encore pas réussi.

Il faut donc à la Guinée son chemin de fer, soit pour développer les ressources du Fouta-Djalon et en rendre l’accès plus facile aux Européens de la côte, soit pour annexer économiquement la part du Soudan que les décrets lui ont assignée. Ce chemin de fer, levé par le capitaine Salesses, a été mis en construction sous la direction de cet officier depuis le printemps de 1900. La colonie a gagé sur ses ressources propres l’emprunt nécessaire aux premiers travaux.

La voie, large de 1 mètre, part de Konakry, et sa première section (Fouta-Djalon) sera prolongée ensuite jusque sur le Niger navigable, à Kouroussa, et comptera 600 kilomètres environ. Le capitaine Salesses estime le prix de revient kilométrique au chiffre, peut-être trop bas, de 80 000 francs. Le bief Kouroussa- Bammako, par Siguiri et Kangaba, doit être en même temps doté d’une flottille à vapeur pour rejoindre la voie ferrée de Kayes au Niger. L’administration du chemin de fer doit s’attacher à ne pas accaparer toute la main-d’œuvre indigène, afin d’en laisser une partie disponible pour les autres travaux de colonisation.

Le commerce de la Guinée, en progrès incessant (sauf la crise du caoutchouc), ne laisse malheureusement pas à la France la meilleure place; ainsi que nous le disions dans notre étude sur le Sénégal, les principaux marchés de caoutchouc sont tous à l’étranger, ni Bordeaux, ni le Havre n’ayant encore cons-

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titué solidement leur clientèle; aussi voyons-nous qu’en 1899, l’exportation de la Guinée vers l’Angleterre est près de huit fois supérieure à celle dirigée vers la France ; et ce rapport paraîtrait pire encore, si l’on portait au compte de l’Angleterre les exportations par Sierra-Leone. Aux importations, la part de l’Angleterre, même sans y joindre celle de Sierra-Leone, est à peu près double de celle de la France; c’est que les tissus de coton, principal article d’importation, sont fabriqués en Angleterre meilleur marché que chez nous : l’indigène se soucie peu de la qualité, mais beaucoup du bas prix ; nos usiniers des Vosges, qui ont peu à peu conquis le marché de Madagascar sur les filateurs américains, devraient disputer de même à nos rivaux celui de l’Afrique occidentale française, bien que les conventions internationales ne nous permettent pas d’y assurer partout à leurs importations les mêmes faveurs douanières qu’à Madagascar.

Les communications postales avec la métropole sont assurées par deux lignes françaises : celle des Chargeurs réunis (Bordeaux) et celle de la Compagnie Fraissinet (Marseille).

Depuis quelque temps, des concurrences nouvelles aggravent celle de l’Angleterre : les paquebots allemands (Compagnie Woermann, de Hambourg), qui touchent régulièrement à Konakry sont de plus en plus encouragés par les chargeurs, que leurs offlciers et commis gagnent par une complaisance inaltérable et par les soins apportés à la manutention des marchandises. D’autre part, une ligne de paquebots affrétés, essai d’une compagnie belge indépendante, relie depuis 1899 Anvers à tous les ports africains, de Dakar à Saint-Paul-de-Loanda.

Ici, en résumé, l’administration a tout fait et continue à ne rien négliger pour ouvrir à nos commerçants et à nos sociétés coloniales la vaste et riche carrière qu’est la Guinée française; elle a politiquement assuré la paix parmi les indigènes; elle s’occupe d’accroître la valeur agricole du pays et de lui donner une voie de pénétration vers l’intérieur. Il serait fâcheux que le bénéfice de cette préparation fût recueilli surtout par des étrangers; certaines compagnies françaises ont d’ailleurs récemment donné des preuves de leur intelligence des conditions locales et des ressources d’avenir de la colonie ; espérons que les initiatives particulières mériteront bientôt les mêmes éloges que celles des pouvoirs publics.

Henri Lorin.

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RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ

Une réglementation en tous points identique à celle qui est applicable au Sénégal, à la côte d’ivoire, au Dahomey et au Congo, et qui porte la date du 24 mars 1901, a été instituée à la Guinée française par quatre décrets relatifs au domaine public, au régime forestier, au régime foncier et aux terres domaines (V. pp. 65-75 et le chapitre Congo).

TRAVAUX PUBLICS

Les travaux publics (V. pp. 93-99) se répartissent en trois services distincts : 1® les ponts et chaussées de la colonie ; 2° la route de Konakry au Niger; 3® le chemin de fer qui doit relier la côte à la vallée de ce fleuve. Un conducteur colonial, ayant sous ses ordres deux commis européens, des auxiliaires et des ouvriers indigènes de toutes spécialités, assure le service des ponts et chaussées. Par les soins de ce service, les immeubles de la colonie sont construits et entretenus, les ports sont surveillés et aménagés. Il a la charge, en outre, de l’établissement du cadastre et la surveillance de la voirie.

Les travaux de la route de Konakry au Niger, entrepris en vue de faciliter les communications de la côte avec les riches régions de l’intérieur, furent confiés d’abord aux ponts et chaussées, puis à l’artillerie de marine. La route est ouverte jusqu’à Friguiagbé, village situé à 133 kilomètres de Konakry.

heport de Konakry comporte principalement une jetée-abri, avec feux.

Le décret du 6 juillet 1879 a fixé pour la Guinée française, comme pour les autres colonies de la côte d’Afrique, la réglementation sur la recherche et l’exploitation des mines.

Cette réglementation réserve aux explorateurs, dans la forme la plus simple et la plus rapide, le bénéfice de leurs découvertes dans les régions neuves, mal définies, dites « régions d’exploration, qu’ils contribuent à faire connaître » (V. Sénégal).

RÉGIME COMMERCIAL

Tarif douanier. — La législation métropolitaine, telle qu’elle résulte de la loi du 11 janvier 1892 (V. p. 105), n’est pas applicable à la Guinée. Cependant certaines marchandises acquittent à l’importation les mêmes taxes que celles fixées pour les tarifs métropolitains.

Les droits perçus sont de deux sortes : droits d'entrée, droits de sortie.

Les premiers frappent : 1° les marchandises d’origine étrangère ; 2® les marchandises d’importation indirecte. Ils varient avec ces marchandises et ont été fixés soit par les tarifs métropolitains, soit par les décrets des- 27 mai 1892, 21 juillet 1896, 22 août 1896 et 4 avril 1897.

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