‹ Les colonies francaises; petite encyclopédie coloniale publiée sous la direction de M. MaximePetit;Chapitre 53 sur 62 · CARTE DE LA GUINÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

CARTE DE LA GUINÉE FRANÇAISE

LA GUINÉE

Les droits de sortie sont de 7 pour 100 ad valorem sur les produits de toute nature exportés quelle que soit leur destination (décrets des 19 février 1868, 20 juin 1882, 12 octobre 1888 (arrêtés locaux du 27 janvier 1879 et 19 novembre 1888).

Les cafés, cacaos et bananes provenant des plantations de la colonie ont été exemptés du droit de sortie pour une période de dix ans (arrêtés locaux des l®i’ mai 1893, 6 décembre 1895 et 29 décembre 1896).

Des taxes de consommation sont perçues sur les tabacs, le sel, les vins, bières, cidres, poirés et les boissons alcooliques de toute nature.

Des droits d’ancrage et de francisation, de tonnage, de congé, ont été également institués dans la colonie.

Institutions de crédit. — V. Banque de l'Afrique occidentale^ page 630.

Monnaies. Poids et mesures. — Les monnaies françaises d’or, d’argent et de billon ont cours dans la colonie. L’administration locale fait tous ses efforts pour en répandre l’usage parmi les indigènes. Elle est aidée en cela par certaines maisons de commerce, qui s’appliquent à ne plus utiliser les marchandises d’échange. Toutefois, le système du troc n’est pas complètement abandonné, bien qu’il soit moins en honneur que dans nos autres possessions de la côte d’Afrique.

La livre sterling circule aussi dans la colonie.

Le cauri est employé par les indigènes comme monnaie courante pour les achats et les ventes de minime importance. Les principales marchandises d’échange sont les tissus, le tabac, la poudre et les armes, les spiritueux, les articles de quincaillerie commune.

Les poids et mesures sont les mêmes que dans la métropole, pour les Européens. Dans les transactions avec les indigènes, l’emploi de mesures et de poids particuliers au pays subsiste encore. Les principales sont la brasse et la coudée pour les tissus, la calebasse et la corbeille pour les grains et le caoutchouc.

Louis Desbordes.

VILLES PRINCIPALES

Konakry, capitale de la Guinée française, à 135 kilomètres N.-O. de Free-Town, sur l’île Tombo, qu’un étroit chenal sépare d’un promon-

(1) Population de la Guinée : environ l 500 OOO habitants, ainsi répartis :

Ville de Konakry : 14350, dont 224 Européens; 115 Syriens; 5 Marocains; Il 000 indigènes sédentaires; 3 OOO population flottante.

Cercles de : Rio-Nunez, 150 000; Rio-Pongo, 50 OOo ; Konakry-Dubréka, 45 000 ; Canéa, 1 lO 000 ; Mellacorée, 35 ooo ; Tamisso, 20 ooo ; Farana, 175 000 ; Timbo, 400 OOO ; Labé, 200000; N’Dama, 50 000; Dinguiraï, 35000; Siguiri, 38 500 ; Kankan, 40 000; Kouroussa, 36 700; Beyla, 60 ooo ; Kissidougou, 60 ooo.

Au total, les Européens sont environ 400, dont 250 Français.

VILLES PRINCIPALES

toire de la terre ferme, et à 12 kilomètres des îles de Los, lat.N. 9° 30', long. O. 160 4'. — En 1890, Konakry n’était qu’un village nègre peuplé de 300 à 400 habitants. Aujourd’hui elle a pris l’aspect d’une ville moderne en pays africain, qui peut se promettre un brillant avenir. Des rues et des avenues régulières ont été tracées; des maisons blanches à vérandahs se sont élevées dans une fraîche oasis de tamariniers, de palétuviers, de

Rade de Konakry. — Communiqué par M. Gaboriaud.

palmiers à huile ; des hôtels où sont installés le gouverneur, le secrétaire général, les postes et télégraphes, une église se succèdent sur la grande rue; la rade, balisée et aménagée, est sillonnée de barques nombreuses et le port est fréquenté par un nombre considérable de navires; plus de vingt maisons de commerce ont créé près des quais des comptoirs, des entrepôts, des magasins; un pont de fer a rattaché l’île Tombo à la terre ferme ; les travaux de la route de Konakry au Niger sont activement poussés, et, comme on l’a vu plus haut, un chemin de fer doit relier la côte à la vallée du grand fleuve.

LA COTE D’IVOIRE

LE PAYS

a région littorale de la colonie appelée Côte d’ivoire est

couverte d’une forêt tropicale, simplement éclaircie au

1 J voisinage immédiat de la mer par quelques défrichements indigènes. En s’enfonçant dans l’intérieur, on observe que la largeur de cette forêt, du sud au nord, est variable ; sur la frontière de la république de Libéria, elle s’étendrait sur 300 kilomètres ; plus à l’est, à la longitude de Grand Lahou et du Bandama, on n’en compterait guère que 80 à 100. Au delà de cette forêt côtière, se déploient sur un relief ondulé les savanes du Soudan ; elles forment ainsi, vers le milieu de la colonie, un golfe profond, le Baoulé, qui s’avance dans la forêt et rapproche beaucoup de la mer la région soudanienne, où la circulation est plus facile et les produits du sol plus variés.

On divisera donc la colonie en trois parties : la côte, dont les conditions naturelles ont été depuis longtemps modifiées par le contact des Européens avec les indigènes ; la forêt; enfin la zone soudanienne des prairies et cultures, qui présente elle-même deux versants, l’un incliné à l’ouest vers le Mayel- Balevel et le Niger, l’autre montant par bonds vers le nord et jusqu’à la hauteur du Mossi, d’où partent les sources tributaires du golfe de Guinée. La dislocation du Soudan assigne à la Côte d’ivoire les marches méridionales de cet escalier, notamment les pays de Bouna et de Kong ; sur les hauts affluents du Niger, elle confine à la Guinée française et au Sénégal, tandis que plus au nord le Sikasso, le Gourounsi, le Mossi, plus récemment occupés, relèvent encore de l’autorité militaire.

Relief et côtes. — Le littoral de la Côte d’ivoire est bordé de lagunes, allongées d’ouest en est, depuis les bouches du Bandama jusqu’à la frontière de la Côte d’Or anglaise ; à l’ouest du Bandama, vers Libéria, les lagunes cessent et le relief varié commence dès le bord de la mer : on a relevé sur une butte appelée la Montagne Ovale 402 mètres d’altitude, à une trentaine de kilomètres au nord du port de Béréby. Un mince cordon littoral sépare les lagunes de la mer, qui est peu profonde et peu active ; le rivage est précédé par un alignement de brisants, sur

LE PAYS.'

lequel déferle un perpétuel ressac : c’est la « barre » que l’on ne franchit jamais sans difficulté, souvent sans danger, et dont les eaux tumultueuses sont infestées de requins.

La présence et la continuité de la barre s’expliquent par la structure générale du sol ; les influences océaniques venues du large sont arrêtées à peu de distance de la côte par la dernière marche, immergée, des plateaux intérieurs ; les couches pro-

Village de l’intérieur.

fondes sont ainsi refoulées vers la surface et gonflent les couches superficielles de leur poussée verticale : il y a là comme un rapide marin. Le nom de barre est improprement donné à cet obstacle, il ne s’applique exactement qu’aux dépôts d’alluvions que forme, devant les embouchures des fleuves, le conflit des eaux d’amont et des flots de l’Océan ; mais, comme là aussi la mer brise, de même qu’à la rencontre du socle qui porte le continent, l’habitude a prévalu de confondre sous une dénomination unique des formes géographiques différentes, mais exprimées par les mêmes manifestations.

La mer est donc, ici, dominée par la terre ; elle est sans

LA COTE D’IVOIRE

force pour forer des estuaires de pénétration ; il arrive même que, sous les vents du nord qui soufflent en saison sèche, la barre soit rejetée vers le large. Modelée de l’intérieur, la côte de notre colonie est d’accès difficile ; sur quelques points seulement, une vallée sous-marine ayant écrêté l’escarpe du rivage immergé, la mer profonde touche immédiatement à la côte, et la barre est interrompue ; c’est le cas pour la fosse de Petit-

Lagune de Grand-Bassam. — Phot. Eysséric.

Bassam, où débouchera la future voie de pénétration de la Côte d’ivoire. Pour le moment, les paquebots doivent mouiller au delà des brisants ; ils déchargent passagers et marchandises sur des barques nagées par d’excellents bateliers indigènes, les Krous. Un appontement s’avançant plus loin que la barre avait été construit à Grand-Bassam, analogue à celui de Kotonou (Dahomey); mais il a été fort endommagé par une tempête en 1899; d’ailleurs depuis la fin de 1900, la capitale officielle a été transférée dans l’intérieur, à Adjamé, qui s’appelle maintenant Bingerville.

Vue de la mer, et quelles que soient les diversités du relief

LE PAYS

intérieur, l’aspect de la côte est partout le même : derrière la frange d’écume de la barre et les eaux plus calmes qui la séparent du bord, une ligne de sable jaunâtre, piquée de taches noires qui sont des cases indigènes ; puis une verdure aux teintes pâles, celle des papyrus qui descendent presque jusqu'à la mer, et sont jalonnés par des palétuviers ; au delà, foncée encore par l’éloignement, la verdure sombre de la grande forêt, avec les ombrelles couronnantes des fromagers, dont l’allure rappelle, en plus grand, celle de nos pins parasols. Les profils sont plus altiers, sur la côte à promontoires d’Accra et de Ghristianborg, et l’on observe aussi quelques falaises à l’ouest de la colonie, par exemple à l’embouchure de la petite rivière San- Pedro.

En pénétrant dans l’intérieur, on ne trouve pas de montagnes, rien qui confirme l’ancienne conjecture des cartographes, l’existence d’une chaîne parallèle à la côte ; cette erreur n’est pourtant pas inexplicable, si l’on songe que l’idée de relief puissant est volontiers associée à celle d’obstacle redoutable ; à la Côte d’ivoire, sur un sol d’une altitude ordinairement médiocre, un tel obstacle se dresse, c’est la forêt, véritable relief végétal, qui a longtemps empêché la jonction des découvertes entre le Soudan et le golfe de Guinée, et forme une barrière plus infranchissable que tel massif alpestre. Quels sont, sous cet épais manteau, les accidents orographiques ? Nous le savons fort mal encore : le Baoulé est traversé par une chaîne ou plutôt par une série de monticules dont l’altitude croît du sud au nord ; on y cote çà et là 500 et 600 mètres. Ces belvédères jaillissent sur un plateau de moindre altitude (position de Kong, 360 mètres), marche moyenne de l’escalier géant qui monte du golfe de Guinée au Mossi (1 000 mètres). Dans l’est du pays, le district de Bondoukou est couvert par des collines de 700 à 800 mètres, qui se prolongent dans la Côte d’Or anglaise et déterminent le coude de la Volta noire vers le pays de Kintampo ; remaniées par des érosions violentes, ces hauteurs sont rayées par des coulées d’alluvions aurifères encore inexploitées, du moins sur le territoire français.

Ce ne sont pas, ici, les lignes du relief culminant qui jouent le principal rôle dans la division géographique du pays ; on doit plutôt considérer leur exposition, plus ou moins découverte, aux vents pluvieux de l’Atlantique ; ces vents viennent de l’ouest et du sud-ouest, et les plus chargés d’eau circulent dans les couches basses de l’atmosphère ; ils s’arrêtent, dans la partie occidentale de la . colonie, sur les revers extérieurs des marches du

LA COTE D’IVOIRE

plateau africain, dont l’écran abrite ainsi le Baoulé et permet la descente des savanes soudaniennes, en arrière de la forêt, jusqu’à la hauteur de Tiassalé. A l’est du Baoulé, au contraire, la forêt remonte vers le nord ; c’est que le relief moins accusé dès le voisinage du littoral permet la pénétration des vents atlantiques assez avant dans l’intérieur, jusqu’aux collines de Bondoukou et de la moyenne Volta. Les étages supérieurs du plateau sont assez élevés pour attirer, par-dessus les collines plus proches de la côte, des pluies océaniques ; le pays ondulé de Sikasso, le Mossi sont ainsi des centres de distribution des eaux, d’où les sources divergent vers le Mayel-Balevel, affluent du Niger, la Volta et la Komoé ; mais la chaleur n’est plus suffisante comme à la côte, pour que ces pluies fassent pousser du sol la futaie souveraine de la forêt.

Climat. — L’année n'est pas, à la Côte d’ivoire, partagée en deux saisons, sèche et pluvieuse, comme au Sénégal, mais bien en quatre : la grande saison sèche commence en décembre et finit en mars; la température est alors portée à sa moyenne maximum, 28°,1 ; des bouffées chaudes descendent du nord, rejetant sur la côte les miasmes des marais en voie d’assèchement: c’est le harmattan, dont nous avons déjà parlé à propos de la Guinée française ; ce changement de saison est particulièrement défavorable à la santé des Européens, car il étend jusqu’à la côte les influences paludiques de l’intérieur.

En avril commence la grande saison des pluies : il est rare que deux ou trois jours se passent sans qu’une averse abondante s’effondre sur le sol, le plus souvent au coucher du soleil et pendant la nuit; ces précipitations rafraîchissent légèrement la température (27®, 8), et les premières ondées de printemps sont attendues avec impatience par les Européens, énervés de la longue et chaude sécheresse des mois précédents. Août et septembre sont la petite saison sèche, et la température moyenne y fléchit un peu au-dessous de 26® ; une quinzaine entière s’écoule quelquefois sans qu’il soit tombé une goutte de pluie; mais comme les fleuves et les lagunes sont soutenus sans faiblir par les pluies de l’été soudanien, la décrue n’est pas sensible, les terres d’inondation restent noyées et le paludisme est moins redoutable qu’à tout autre moment de l’année. En octobre et novembre, [pendant la petite saison des pluies, le thermomètre remonte (27®, 7) ; la rémission nocturne est moins marquée.

Le golfe de Guinée est une des régions du monde où il pleut le plus ; si notre Côte d’ivoire n’atteint pas la moyenne relevée

LE PAYS

dans le Cameroun allemand (9 mètres), elle offre cependant un chiffre considérable, plus de 6 mètres de précipitation annuelle, répartie en 116 jours. Les savanes du Baoulé sont beaucoup moins arrosées. Lors de son mémorable voyage de Saint-Louis à Grand-Bassam, M. Binger remarqua qu’une des difficultés que rencontrait l’industrie aurifère, même des indigènes, dans le pays de Kong, était la disette d’eau, sauf en saison d’hivernage.

Rapide du Bandama, en aval de Tiassalé. — Phot. Eysséric.

La limite entre le climat côtier et le climat soudanien correspond à celle de la forêt littorale.

Hydrographie. — Les explorations récentes ont établi comment les pluies se répartissent entre les domaines du Cavally, de la Sassandra, du Bandama, de la Komoé. Cette distribution, intéressante pour la perfection de la cartographie et parfois pour le règlement définitif de certaines frontières (sur le haut Cavally, par exemple), paraît moins importante au regard de la pénétration et de la mise en valeur de la colonie : tous ces fleuves présentent, en effet, le caractère commun d’une inutilité générale

LA COTE D’IVOIRE

pour la navigation et presque pour le flottage ; les plus petits sont envahis par la forêt, emprisonnés sous des galeries de branches et de lianes, tapissés d’herbes flottantes; les autres sont une succession de cascades et de marécages, ainsi qu’il est facile de le conclure de nos observations sur le relief du sol : sur l’escarpe des marches du plateau, ils dévalent en torrents furieux ; sur les paliers, ils s’étalent en bassins que le jeu des crues vide ou remplit partiellement, et dont le chenal praticable, quand il existe, est séparé de la terre ferme par une bande de fange mouvante.

Il résulte de là qu’il serait absurde de prétendre, à coups de millions, discipliner ces cours d’eau. Les populations riveraines, tapies sous l’éternelle verdure des galeries, sont parmi les plus sauvages de toute l’Afrique et le plus souvent anthropophages. MM. Hostains et d’Ollone en ont rencontré, sur le Cavally, qui ne connaissaient rien ni des Européens de la côte ni des sofas de Samory, et c’est une raison de plus qui déconseille l’aménagement coûteux de ces rivières; mais on doit noter que leurs nombreux rapides tiennent en réserve des forces immenses que notre industrie saura plus tard utiliser pour des travaux forestiers ou même pour des transports par voie ferrée.

Jadis, après une exploration laborieuse, le capitaine Marchand croyait avoir trouvé, par le Bandama, la meilleure route d’accès vers les savanes soudaniennes ; des études plus récentes ont démontré que cet espoir n’était pas fondé. Nous devons suivre ici l’exemple des commerçants indigènes, de ces Haoussas qui commerçaient jadis, avant Samory, entre la côte et Kong; loin de suivre les fleuves, ils s’en éloignaient et circulaient sur les dos de pays où la forêt est moins dense que dans les fonds. Binger nous a raconté quelle peine il eut à traverser les marécages de la Volta noire, près de Kintampo, s’enfonçant dans un humus vaseux, privé d’air et de lumière sous une végétation accablante,. assailli par d’insupportables fourmis à mandibules. Nos fleuves de la Côte d’ivoire ne valent pas mieux que la Volta.

La seule formation hydrographique sur laquelle nous devions appeler l’attention est celle des lagunes côtières; elles sont divisées en trois groupes qui sont, d’ouest en est, ceux où finissent le Bandama, la Komoé et le Tanoé (petite rivière de la Côte d’Or anglaise). Les villages indigènes, devenus les entrepôts du commerce européen, se sont naturellement posés sur les par lesquels ces lagunes communiquent avec la mer: Lahou, Grand-Bassam, Assinie. Mais, si des travaux ne les améliorent pas, ces passages ne se prêtent qu’à une navigation médiocre,

LE PAYS

par pirogues ou chaloupes à vapeur; les profondeurs en sont variables et jamais très grandes; il en est de même des lagunes, où l’on trouve 1“, 60 devant Assinie, 0“,60 à Lahou, beaucoup moins en nombre d’endroits.

Mais dès à présent les indigènes connaissent des chenaux que nous pourrons sans doute baliser pour donner à la naviga-

Dans la région des forêts. — Phot. de M, Marcel Monnier.

tion intérieure une sécurité qui lui manque encore ; il suffit qu’un accès unique soit ouvert à la navigation maritime dans la lagune du Bandama, qui est la plus étendue, pour que tous les pays riverains entrent en relations faciles avec l’Europe. L’eau de ces lagunes n’est pas croupissante, elle est sans cesse renouvelée par l’apport des rivières affluentes et entraînée vers la mer. Il y a là une circonstance particulièrement favorable à l’extension de notre ligne de contact avec la nature guinéenne ; une soixantaine de kilomètres, au départ des lagunes, sont navigables pendant huit mois de l’année sur le Bandama et la Komoé, pour les chaloupes à vapeur qui circulent sur les lagunes.

LA COTE D’IVOIRE

Flore et faune. — La flore et la faune ne sont encore bien étudiées que le long de la côte ; mais c’est à peine si l’homme a commencé à s’en servir; elles lui sont d’ailleurs, à la première rencontre, plutôt hostiles que bienveillantes : des requins gardent la barre, les insectes pullulent dès le littoral, minant les constructions en bois, s’attaquant même au corps humain; dans les roselières, des caïmans, des hippopotames s’ébrouent lourdement, mais il semble que les progrès de la navigation sur les lagunes les relègue de plus en plus dans les criques non fréquentées des petits estuaires et dans les bassins marécageux de l’intérieur. Le nom de Côte d’ivoire, depuis longtemps, ne répond plus à aucune réalité ; les derniers éléphants se sont repliés dans les coins les mieux défendus de la forêt; dans les sous-bois, ce sont partout des bandes innombrables de singes, d’oiseaux, d’insectes; une mouche aussi venimeuse quelatsétsé interdirait aux bêtes de somme, si jamais l’acclimatation en était obtenue à la côte, la traversée de la forêt. Parmi les animaux les plus désagréables, pour l’Européen et même pour les indigènes, il faut citer la chique, puce minuscule qui s’introduit pour pondre sous les ongles des mains et des pieds et provoque, si l’on ne s’en débarrasse avant la ponte, des plaies difficiles à guérir.

La flore de la côte est celle des bords marécageux, puis de la forêt tropicale ; les arbres les plus utiles, bananiers, kolatiers, acajous, sont disséminés parmi des espèces moins intéressantes; la forêt retient surtout l’attention de l’explorateur par la densité lourde de sa verdure ; les plantes se hissent les unes sur les autres pour atteindre à la lumière; les troncs d’arbres, sur une grande hauteur, n’ont pas de branches et sont emprisonnés par les lianes; leur ramure ne s’épanouit librement qu’à l’air libre. La forêt, qui est à peu près continue auprès de la côte, s’atténue à mesure que diminue la quantité des pluies tropicales, et passe progressivement au type de la galerie, qui est celui du Baoulé et du Soudan méridional: seules, les rives des fleuves nourrissent une végétation forestière; ce ne sont plus, sur les niveaux supérieurs, que des bouquets de bois, de plus en plus clairsemés vers le nord.

Henri LopaN.

LES POPULATIONS

FakhallaSy Agni, Kroumen. — La zone intérieure des forêts de la Côte d’ivoire est peuplée de nègres primitifs, pour la plupart encore inconnus. Ils ont été çà et là entrevus plutôt que visités. A la limite nord-ouest, à la lisière du plateau où dominent les Mandingues, certains d’entre eux dans leurs villages inaccessibles , sur les berges rocheuses des rivières , sont restés anthropophages. Par la Komoé sont descendus de l’intérieur des peuples de type plus relevé, mêlés souvent d’Achantis.

Dans le Bondoukou, en contact avec les Mandés - Dioulas , mais sur la rive gauche de la Komoé et entre celle-ci et la branche occidentale de la Volta, sont établis les Pakhallas , au nombre d’environ 50 000. Ils ne sont pas familiarisés avec la vie de la rivière, ne sachant pas naviguer, ni même nager. Ils ne sont émigrés sur ces bords que depuis trois siècles environ. Ils habitaient, avec les

N'Gan, M'Ban et Kroumen de la côte, les districts montagneux du Mossi et du Gourounsi, d’où ils ont été chassés par les Mandingues, les Foulbé, les Haoussas. Des conquérants, les jTon, qui sont des métis de Pakhallas et d’Achantis, les Bonaî ou Agni-Pakhallas, et les Mandès-Dioulas, se sont tour à tour emparés de leur pays actuel. Mais méprisés par leurs voisins et conquérants, ils sont restés relativement purs. Ils sont robustes,, grands (1“,72, femmes 1“,62), avec des jambes grêles. Leur peau passe du noir mat au marron clair ou chocolat. Leur face est large, mais leur.

Un chef grébo. Groupe agnl.

LA COTE D’IVOIRE

prognathisme supérieur rappelle celui de l’Achanti, plutôt que celui du Mandingue à la mandibule énorme.

Ils ont quelques tatouages ornementaux. Ceux-là seuls pratiquent la circoncision et l’excision qui sont en contact avec les Mandingues du Barabo. Les femmes se percent le lobe de l’oreille et même tout le rebord du pavillon. Ils connaissent l’usage du ne.j} nep, qu’ils appellent

sotio^ usage si répandu dans le Sénégal. Ces deux dernières circonstances s’accordent avec ce que nous savons d’autre part , pour nous les montrer, habitant autrefois le Mossi, en contact avec les Ouolofs auxquels ils ressemblent. Leur vêtement est le cosa^ tablier triangulaire attaché derrière, dont on ramène la pointe entre les cuisses par devant et qu’on recouvre d’un pagne. Ils sont très soigneux de leur personne, se baignant journellement. Ils ne se rasent pas les poils comme tant d’autres , mais les cheveux parfois.

Ils se couvrent la tête du fattara de Kong, Hommes et garçons assiniens. morceau d étoffe en-

roulé en diadème, ou se l’entourent de

boyaux de mouton gonflés d’air. Ils n’ont pas d’armes encore, sauf quelques mauvais fusils, et chassent au piège. Ils construisent des cases en briquettes de glaise ou en palissades de rônier enrobées d’argile. Comme les Agnis et les Achantis, ils sculptent sur leurs m.urs des seins de femme, symbole de la fécondité et des mains aux doigts allongés en signe de droiture et d’hospitalité.

En descendant de l’intérieur vers la partie orientale de la Côte d’ivoire, on rencontre des populations de même origine que les Pakhallas. Elles sont venues plus anciennement. Elles ont absorbé quelques éléments archaïques, et se présentent parfois dans un mélange confus- Enfin il y a

LES POPULATIONS

parmi elles des Achantis et peut-être aussi des Mandés. Les Appoloniens, établis à la limite orientale de la Côte dTvoire, sont eux-mèmes en effet de purs Achantis. Toutes ces populations ont été groupées sous le nom d’Agni et forment un ensemble d’environ 750 000 individus. On leur a donné aussi le nom de Paï-Pi-Bri. M. Delafosse, qui les fait venir du massif qui sépare la Komoë du Tanoé, depuis seulement cent cinquante ans, les considère comme intermédiaires aux Achantis et aux Krous. Leur aille serait de 1“,65 à l^jSO, leur peau d’un beau bronze clair, leurs cheveux très crépus. Ils les rasent sur place, comme les Pakhallas, avec un couteau bien affilé. On observe chez leurs femmes, quoique rarement, des seins hémisphériques. Ils ont encore comme les Pakhallas, l’usage du. nep 7iep ouolof, et pas plus qu’eux ils ne connaissent la circoncision. Ceux du Baoulé paraissent avoir joui d’une certaine civilisation importée par des colons d’origine inconnue.

Les Assiniens sont grands (lm,67) mais trapus et fortement musclés, noirs, à nez très épaté et à lèvres déroulées. La base de leuralimentation est la banane. Sur la côte, ils consomment beaucoup de poisson fumé, et à l’intérieur ils cultivent le manioc, l’igname. Le gouvernement est une monarchie absolue. Mais le roi ne peut pas se dispenser de consulter les anciens et surtout le grand féticheur.

A l’ouest, le groupe des habitants des lagunes de Potou, Ebrié et Lahou, qui s’élèvent à 170 000 individus, n’offre guère de particularités distinctives. Plus loin encore, à l’ouest-nord-ouest, se rencontrent les Kroumen^ qui habitent, au nombre de 230 000 environ, les cercles de San Pedro, Sassandra, Bereby. Ils sont connus depuis le xvii® siècle sous leur nom actuel, car ils occupent encore le littoral de Libéria et ont fourni depuis aux Européens une main-d’œuvre abondante et facile. J’ai signalé plus haut leurs rapports avec les Pakhallas, bien qu’ils se liment la partie interne des incisives médianes supérieures, mutilation inconnue de ceux-ci. Les épaules larges, le cou assez court, la figure bonasse, la peau bronze foncé, ils se rapprochent également du type des Assiniens trapus.

Mais des variations s’observent parmi eux. Et, en effet, en dehors d’eux, des Agni, des Mandingues, il y a encore « sur la terre de la Côte d’Ivoire près d’un million d’habitants épars, surtout au nord-ouest, pour lesquels toute classification même provisoire serait prématurée » (Clozel).

D’après les portraits que j’ai vus, cette masse comprend des primitifs très inférieurs, notamment dans la région avoisinant Rodioso. Elle comprend aussi des colonies plus ou moins isolées de très beaux hommes comme les Los et, à côté d’anthropophages comme les Boubouris du moyen Komoé et les Ousbés du Bandama, des tribus de mœurs très douces. Les Achantis, qui ont été l’élément moderne plus ou moins civilisateur dans cette région, sont eux-mêmes d’origine orientale. Leur arrivée ne daterait que du xvi® siècle. Ce sont des noirs, mais très supérieurs aux vrais nègres, surtout aux primitifs, par les traits du visage plus régulier, les formes du corps plus parfaites, le buste souvent admirable, et par l’intelligence Ils se sont rendus célèbres par leurs coutumes des sacrifices humains, à peu près au même titre que les Dahomans.

Zaborowski.

LES EXPLORATIONS

Établissement de la France à la Côte d’ivoire. —

C’est de 1842 que datent les premières négociations engagées avec les chefs de la côte, sur la demande de maisons de commerce qui y étaient établies. Le commandant Boüet-Willaumez obtint la cession de territoires où furent fondés les postes d’Assinie, de Grand-Bassam et de Dabou. Mais, en 1870, ces postes furent évacués et laissés aux mains d’un négociant de La Rochelle, M. Verdier, qui, grâce à ses persévérants efforts, put, malgré les tentatives du gouvernement de la Côte d’Or anglaise, conserver Assinie et Grand-Bassam à la France.

C’est seulement en 1883 qu’un décret du 20 décembre ratifia tous les traités signés depuis 1842 avec les chefs du littoral. Nos comptoirs furent alors placés sous l’autorité du commandant du Gabon. Ils furent plus lard rattachés à la colonie du Sénégal et placés sous la surveillance spéciale du lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud, résidant à Gorée.

D’autres conventions furent conclues en 1890 et 1891 avec les chefs de la région comprise entre le Cavally et la rivière Lahou, après que la mission du capitaine Binger eût étendu dans l’intérieur du pays la zone d’influence française. Le 10 août 1899, une première convention avait déterminé la frontière entre nos possessions et la colonie anglaise de la Côte d’Or jusqu’à Nougoua, sur le Tanoé. Une convention du 26 juin 1891 prolongea cette frontière beaucoup plus au nord, laissant Assikasso et Bondoukou à la France ; au delà de ce point, elle rejoint la Volta qu’elle suit jusqu’au 9® degré de latitude nord.

A cette époque diverses missions furent chargées d’assurer notre domination sur toute la Côte d’ivoire. Le lieutenant Arago explora la rivière Sassandra ; les lieutenants Armand et de Tavernost s’avancèrent dans le Baoulé par le Bandama, sans pouvoir dépasser Tiassalé, au voisinage duquel Voituret et Papillon, qui représentaient la Société d’études de l’Ouest africain, furent assassinés. En même temps, les lieutenants Quiquerez et de Segonzac levèrent la carte du littoral entre Lahou et le Cavally. Quiquerez avait entrepris de remonter le San Pedro et signé plusieurs traités avec les chefs de village de la côte.

Mission Binger. — En 1892, le capitaine Binger reçut la mission d’opérer la délimitation de notre colonie d’accord avec une commission anglaise, à la tête de laquelle était le capitaine Lang. Les lieutenants Braulot et Gay, M. Marcel Monnier et le D*" Crozat accompagnaient M. Binger. Les négociations n’aboutirent pas, mais la mission entreprit de reconnaître l’hinterland de notre colonie. Elle parcourut ainsi 2 000 kilomètres dont 400 à 500 en pays jusque-là inexploré.

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