CHAPITRE II
LA FORMATION DU DOMAINE D'AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE : EXPLORATIONS CONQUÊTES, ORGANISATION {SÉNÉGAL GUINÉE, NIGER)
On peut dire que la seule histoire de notre expansion contemporaine en Afrique, grâce à la science des explorateurs, à la vaillance de l'armée, à l'effort de la diplomatie, était plus importante que celle de plusieurs siècles de notre expansion totale des périodes précédentes, La prudence ordonne, toute-
fois, de moins ins
ter sur les dimensions prodigieuses de
notre nouveau domaine africain que sur sa vérité, de méditer plutôt sur l'emploi rationnel de chaque région suivant sa nature, que de rêver l'union des diverses parties. Il y a chez nous un
«enthousiasme africain » qu'il faut éclairer sans le détruire,
qu'il faut tempérer pour le rendre efficace. Le temps est passé
où il était permis, en l'absence de notions rigoureusement exactes sur la valeur relative de chacun des fragments de cet empire, d'en parler comme d’un tout homogène, de prècher à outrance la pénétration, la jonction, dans le seul but de posséder des territoires « d'un seul tenant ». Aux conceptions grandioses d'unification territoriale et politique succèdent,
esprits que n’a pas encore émus l’äpreté des luttes économiques de ce siècle d’or et de fer, a trop souvent annihilé les avantages que semblait nous avoir assurés la « diplomatie territoriale ». Nos colonies d'Afrique occidentale comptent encore trop de frontières qui ne sont que d’une valeur géodésique et morale.
Avoir son lot dans le fameux « partage de l’Afrique » n’est pas seulement, semble-t-il, avoir son lot de frais de conquête, ‘de garde et d'administration ; le lot des « bénéfices économiques » doit lui faire équilibre. Cet équilibre n’est pas atteint : et c’est à notre détriment qu’il est rompu en Afrique occidentale : il serait dangereux de le dissimuler.