ILE MAURICE
palmistes qui croissent sur leurs plateaux élevés, et dont toujours on voit les longues flèches balancées parles vents.Un jour doux éclaire le fond de ce bassin, où le soleil ne luit qu'à midi ; mais, dès l'aurore, ses rayons en frappent le couronnement, dont les pics, s'élevant au-dessus des ombres de la montagne, paraissent d'or et de pourpre sur l'azur des cieux. »
Maurice, cette île enchanteresse, nous appartint pendantprès d'un siècle, de 1713 à 1810. A cette époque, comme nous l'avons dit plus haut, elle succomba, non sans une vigoureuse résistance, à une heure où l'Empire n'avait ni le loisir, ni probablement la volonté de s'occuper d'elle, et depuis lors, elle appartient à l'Angleterre, qui nous trouve encore trop en pied, sans doute, dans son voisinage, puisqu'elle proteste si étrangement, ou plutôt si violemment, contre nos revendications, si légitimes pourtant, sur certains districts de Madagascar. On dirait vraiment que notre vieille réputation coloniale l'obsède. Comment expliquer autrement ses réticences, sinon ses empêchements quelle s'efforce de nous suscita, et ces conseils bizarres de veiller à notre situation continentale qui, suivant elle, réclame toute notre sollicitude et tous nos soucis? L'histoire , nous le savons, hélas! réserve de tragiques surprises aux nations trop longtemps heureuses, et la fortune a des revirements subits, qui déroutent les combinaisons les mieux établies et les bonheurs les plus constants en apparence. On le verra^ le jour où quelque chose du colosse britannique s'émiettera, entraînant le reste dans sa ruine.
Mais, tout ceci n'est point pour excuser nos fautes, et nous en avons tant commis, que la nomenclature
260 LES COLOxNIES PERDUES.
en serait trop longue. N'est-ce point ainsi, presque^ dans les mêmes conditions, que nous avons perdu Saint-Domingue, lorsque la Révolution française, étendant aux colonies le régime des lois, décréta l'abolition de l'esclavage. Là, notre rôle n'avait pas été non plus sans gloire, dans cette mer des Antilles où le canon français retentit tant de fois, lors de la guerre de l'Indépendance américaine. En 1794, avec le concours du général noir Toussaint-Louverture, nous en chassâmes les Espagnols et les Anglais, sans nous douter que l'orgueil et l'ambition d'un nègre nous en chasseraient, à notre lour, et que nous perdrions Saint-Domingue, comme le reste, faute de prévoyance. Cinq ans plus tard, en effet, Toussaint- Louverture, nommé général de division et commandant en chef des forces de Saint-Domingue, eut raison d'insurrections successives et rétablit l'ordre, mais à son profit, en se faisant nommer président à vie de la nouvelle République.
C'est alors que le général Leclerc, beau-frère de Bonaparte, fut envoyé de France, pour remettre les choses en état, et pour s'assurer de la personne du président. L'expédition fut vigoureusement menée et réussit, mais, les hommes une fois vaincus, il fallut compter avec le climat. Le contingent français fut décimé par les maladies, et le général lui-même succomba, à la fin de l'année 1802. Depuis lors, Saint- Domingue est demeurée indépendante, malgré les révolutions qui s'y succèdent. Tout, on le voit, dans ces années néfastes, contribuait à nous chasser des mers ; et c'est de là, sans aucun doute, qu'est venue cette singulière réputation d'inexpérience, qui a fait son chemin, et si bien que, comme toute sottise, elle a