SAUVAGES DE LA FLORIDE RENDANT HOMMAGE AUX ARMES DE FRANCE
incurie qui voue le nom de cet indigne roi à l’exécration de tous les Français.
Louis XV n'avait même pas eu le courage et le patriotisme de protester contre l’odieuse déportation des Acadiens accomplie par l'Angleterre au moment où s'ouvraient les hostilités sur les bords de l'Ohio. On sait que par le traité d'Utrecht, qui avait terminé la guerre de la succession d'Espagne, la France avait
cédé à l’Angleterre la fertile Acadie, en même temps que les contours de la Baie d'Hudson. En abandonnant à nos rivaux d'Outre-Manche cette belle contrée, que les Anglais se sont empressés de débaptiser et à laquelle ils ont donnné le nom britannique de Nouvelle-Ecosse, Louis XIV avait stipulé formellement que les droits et les propriétés de ses anciens sujets seraient repectés. Pendant un demi-siècle, les Anglais administrèrent cette population sans avoir rien à lui reprocher, rien, que l'amour qu'elle gardait pour la France. C'était encore trop aux yeux des Anglais. Ils résolurent de se débarrasser des Acadiens et prirent, pour arriver à leur but, un moyen absolument barbare.
Dans le cours de l’année 1755, les soldats de l’armée britannique entourèrent les villages des Acadiens, les livrèrent aux flammes, chassant à coups de crosse de fusil les malheureux qu'ils renfermaient. Puis ils les entassèrent demi-nus sur leurs vaisseaux comme ils auraient fait d’un vil bétail, et les jetèrent sur les côtes de la Virginie et de la Caroline sans prendre même la peine d'assurer leur subsistance. La plupart des Acadiens périrent de misère et de chagrin. Ceux qui survécurent, ne voulant point rester au milieu de leurs bourreaux, s’acheminèrent à travers la vallée du Mississipi vers la Louisiane. Là au moins était le drapeau de la France ! Là, ils entendraient parler la langue de leur ingrate et chère patrie d'origine. La moitié des infortunés voyageurs périrent dans les marais du Mississipi, sous les flèches des Indiens ou à la suite des privations qu'ils endurèrent. Naturellement les Anglais ne leur avaient donné ni provisions, ni armes, ni munitions. Les plus robustes parmi les
émigrants Acadiens arrivèrent jusqu'à la Louisiane et s'établirent sur les bords du Mississipi, dans un vaste terrain qui prit le nom de côte des Acadiens.
Comme nous le disions plus haut, l'atroce conduite des Anglais vis-à-vis des Acadiens, qui avait excité des idées de haine et de vengeance bien compréhensibles chez nos colons du Canada et de la Louisiane, avait laissé Louis XV complètement insensible. Il suffisait au descendant de Henri IV, au prince qui gouvernait « le plus beau rovaume du monde après celui des cieux » de se vautrer dans les orgies de Versailles. Quant aux affaires, il les laissait aller comme elles pouvaient, c'est-à-dire fort mal. Que lui importait ? Après lui, le déluge! Le déluge vengeur est venu en effet : Trente ans après les événements du Canada, la Révolution emportait dans son cours furieux, irrésistible, le trône des Bourbons et bien d'autres choses avec lui.
Enfin, unedernière insulte des Anglais mit Louis XV dans l'impossibilité de garder plus longtemps son âttitude inerte et égoïste. Au printemps de 1756, sur un: ordre de l’Amirauté britannique, les marins anglais fondirent subitement, sans déclaration de guerre, sur nos navires de commerce et ramenèrent dans les ports de la Manche trois cents bâtiments français montés par dix mille hommes d'équipage. L’Angleterre s’est montrée coutumière de ces guetapens, mais celui-là dépasse tous les autres en audace et en cynisme. :