MONTCALM
contre les Anglais dix fois supérieurs en nombre à . ses soldats, il aurait eu le droit de dire comme l'imperator romain : « Veni, vidi, vici. »
Montcalm fit ses premières armes sous le maréchal de Berwick; il prit part ensuite à la guerre de la
succession d'Autriche. En Italie, où il fut envoyé plus tard, il commanda le régiment d’Auxerrois-infanterie. A la bataille de Flaisance, il rallia deux fois ses soldats sous un feu terrible et reçut cinq coups de sabre. A peine guéri, il prit part à l'affaire du col d'Exilles où il fut de nouveau grièvement blessé. Il était de ces soldats héroïques, qui, par un privilège spécial, ont dans les veines le sang de dix hommes ordinaires et sont toujours prêts à le répandre jusqu’à la dernière goutte pour le service de la patrie.
Il avait épousé la petite nièce de Talon, qui fut le véritable fondateur de l'administration royale du Canada; il en avait eu dix enfants ; dans ce temps-là, on se mariait jeune en France et l’on ne redoutait pas d'avoir une nombreuse famille.
C'est le 3 avril 1756 que Montcalm s'était embarqué à Brest, sur la frégate la Zicorne pour se rendre en Amérique. L'escadre française dont la Licorne faisait partie portait 3800 hommes de troupes. Parmi les officiers se trouvaient le célèbre Bougainville et le chevalier de Lévis, qui fut depuis maréchal de France.
À peine débarqué, Montcalm débuta par un coup de foudre. Les Anglais avaient construit, sur la côte méridionale du lac Ontario,un fortnommé Chouaguen ou Oswego, dont ils comptaient se faire un point d'appui formidable pour enlever aux Français le monopole du commerce des Grands Lacs et couper les communications de Québec avec les postes de l'Ohio et la colonie de la Louisiane. Avec le coup d'œil du génie, Montcalm sentit que c'était là le point où il fallait frapper. Résolu d'enlever Chouaguen, il commença par opérer une diversion pour attirer d'un
autre côté le gros des forces ennemies. Il se transporta sur le lac Champlain, entraînant à sa suite l'armée anglaise de douze mille hommes, qui s'était concentrée à Albany. Puis partant seul et voyageant jour et nuit, à franc étrier, il fait cent lieues avec une rapidité inouïe et va prendre le commandement de trois mille hommes qu'il a rassemblés mystérieusement, quelques jours avant, au nord du lac Ontario, presque en face de Chouaguen, dans le fort de Frontenac. Immédiatement il franchit à la tête de cette troupe le lac Ontario, et attaque Île fort de Chouaguen défendu par deux régiments anglais formant un effectif de près de deux mille hommes et disposant de cent vingt pièces de canon. Le fort fut enlevé et la garnison du fort tomba entre les mains des trois mille soldats français et canadiens de Montcalm. Le 21 août, Montcalm partait pour rejoindre le chevalier de Lévis sur les bords du lac Saint-Sacrement. Il avait rasé le fort anglais, et il emmenait dix-huit cents prisonniers,dont quatre-vingts officiers, cent vingt pièces de canon, cinq drapeaux, six grandes barques et des provisions pour trois mille hommes pendant un an. C'était brillamment inaugurer la guerre du Canada.
Le hardi coup de main de Chouaguen eut du retentissement dans toute l'Amérique du Nord et frappa les Anglo-Américains de terreur et les populations indigènes d'admiration : beaucoup de sauvages, qui jusqu alors avaient observé la neutralité entre les deux nations aux visages pâles qui se disputaient les forêts et les lacs du Nouveau-Monde, proposèrent leur alliance aux Français. Montcalm s’empressa d'accepter le concours des peuplades de Peaux-Rouges,
qui, au bruit de ses exploits, avaient envoyé des émissaires pour lui offrir leur alliance. Il sentait que l'appoint des Indiens lui était nécessaire pour soutenir la lutté inégale qu'il avait entreprise et contrebalancer un peu l'écrasante supériorité numérique des Anglais. Il ne faut pas oublier que lorsque la France envoyait en Amérique une compagnie, l’Angleterre y envoyait un régiment. Montcalm n'eut jamais à sa disposition plus de sept à huit mille hommes de troupes régulières, soldats et marins, pour lutter contre toutes les forces ang'aises qui, au cours de la campagne, atteignirent le chiftre de soixante mille hommes.Pour apprécier les ressources que les deux armées ennemies pouvaient tirer du sol dont e les se disputaient la possession, i: suffit de rappeler que ‘'e Canada français ne renfermait pas, en 1756, cent mille colons, tandis que les treize colonies anglo-américaines contenaient une popu'ation de plus de quinze cent mille âmes.
Le moment est venu de faire une description rapide de l’organisation de ces tribus de Peaux-Rouges, qui jouèrent un rôle important dans l'histoire de la grande et suprême lutte des Anglais contre les Français sur les bords des grands lacs et sur les rives du Saint-Laurent.
Les Indiens qui habitaient l'immense territoire s'étendant dans la vallée du Saint-Laurent, etauxquels leur teint cuivré a fait donner le nom de Peaux- Rouges, étaient divisés en trente ou quarante peuplades. Au point de vue ethnographique, on peut considérer que ces diverses tribus rivales et souvent ennemies appartenaient à la même famille. Au point de vue de la linguistique, elles se partageaient en
Ps Lo
deux grands rameaux, l'un parlant la langue algonquine, l’autre ayant pour idiome la langue huronne.
Les principaux peuples du groupe algonquin étaient les Algonquins, les Ottawais, les Nipissings,
W, A PJ SN “