CHAPITRE IX
L'ADMINISTRATION DU CANADA SOUS LA DOMINATION FRAN- ÇAÏSE. — SITUATION PRÉPONDÉRANTE DES GRANDS PRO- PRIÉTAIRES TERRITORIAUX. — LES DOMAINES ECCLÉSIAS- TIQUES. — INFÉRIORITÉ DE L'AGRICULTURE.
Il faut bien le dire, la période de la domination francaise dans le Canada dont nous venons de retracer l'histoire, et qui finit avec la prise de Montréal et la conclusion du traité de Paris, ne fut pas très prospère. La colonie se développa lentement. Ses habitants avaient pour eux le courage, le goût des aventures, une immense activité de corps et d'esprit. Mais ils étaient peu nombreux et comme perdus dans ces vastes terres de l'Amérique septentrionale, qu'ils parcouraient en trafiquants et en chasseurs. Pendant que leurs rivaux, les Anglo-Américains, fondaient là où ils s'établissaient des villages qui depuis sont devenus d'opulentes cités, eux étaient obligés de semer de distance en distance de simples postes qu’on appelait forteresses, mais qui n'étaient le plus souvent qu'une enceinte palissadée.
Les colons canadiens d'ailleurs eurent, coïnme nous l'avons vu précédemment, à soutenir de longues luttes, d'abord contre les premiers possesseurs du sol,
les Indiens, ensuite contre les Anglais. Il fallait toujours se tenir sur ses gardes, se préserver des embuscades, avoir le fusil à la main. La guerre détournait les habitants de la Nouvelle-France des travaux agricoles. Ils ne pouvaient s'occuper que de commerce. Lançant sur le Saint-Laurent, qui forme au milieu de son cours les chutes du Niagara, sur les rivières qui se jettent dans le grand fleuve, sur les lacs aux flots profonds et limpides leurs légers canots, ils allaient faire des découvertes, explorer des provinces, nouer des relations avec les tribus de sauvages, leur acheter des pelleteries. Dans ces expéditions, il fallait toujours avoir le couteau à la ceinture, le fusil sur l'épaule. Une pareille existence forme des hommes robustes et qu'aucun danger n'effraie. Mais il faut autre chose pour faire une colonie dans la véritable acception du mot. Le Canada, malgré son admirable réseau de voies navigables, ses immenses étendues de bonnes terres et ses superbes forêts, ne fut pas, sous la domination française, un pays de production; loin de là, il était obligé de tirer de la France une partie de sa subsistance.
Cependant ce sont moins encore les tendances des colons canadiens que celles du régime auquel la France était soumise au dix-septième et au dixhuitième siècles qu'il faut rendre responsables du demi-insuccès de notre colonisation dans le bassin du Saint-Laurent. Une colonie ne se développe que par la liberté ; or, la monarchie avait multiplié, dans ordre commercial et agricole, comme dans l'ordre politique et administratif, les liens qui enserraient le Canada. Le monopole du commerce resta pendant très longtemps entre les mains d'uné Compagnie, la