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CHAPITRE X

L'ADMINISTRATION DU CANADA SOUS LA DOMINATION ANGLAISE. — LIBERTÉS LOCALES. — IMMIGRATION = CONCESSIONS ET VENTES DE TERRES. — AGRICULTURE ET COMMERCE.

Nous devons à la vérité de constater que l’Angleterre a plus fait pour la prospérité matérielle du Canada, pour le libre développement de son agriculture, de son commerce et de son industrie en un siècle, que les Français dans une période de deux cents ans.

Nous avons dit ce qu'était le Canada au moment où, par la conclusion du traité de Paris, en 1763, ce pays devenait définitivement une possession britannique, La population de la Nouvelle-France s'élevait à environ 80,000 âmes. La grande artère navigable de la colonie, le fleuve Saint-Laurent, avait vu s'élever sur ses bords un grand nombre de forteresses, mais seulement trois villes : Québec, Montréal et les Trois- Rivières, peuplée chacune de quelques milliers d’habitants. L'agriculture manquait de bras, et la colonie était obligée de tirer sa nourriture du dehors. Quant au commerce, il était bien faible : les exportations ne dépassaient pas 1,800,000 francs, et les importations atteignaient cinq millions à cause des envois que

faisait le gouvernement ! La Pominion du Canada renferme une population riche et industrieuse de près de quatre millions d’âmes. D'opulentes cités se sont élevées de toutes parts là où l’on ne voyait, sous la domination française, que des huttes de trappeurs ou des tentes indiennes. La production des céréaies est considérable et le commerce entre l'Angleterre et ses colonies du Nord de l’Amérique atteint, importations et exportations comprises, un demi-milliard.

Il nous paraît intéressant d'étudier rapidement la façon dont s’est opérée cette transformation. Le progrès n'a pas été exceptionnellement rapide, mais il a été continu depuis un siècle. Au lieu de chercher à britanniser le Canada, à imposer à la population des fonctionnaires anglais et des lois anglaises, les conquérants accordèrent à leurs nouveaux sujets des libertés civiles et administratives, En 4774, le bill de Québec rendit aux Franco-Canadiens la coutume de Paris et établit un conseil législatif pour l'administration des affaires de la colonie. Les communes obtinrent l'indépendance ou la vie locale, qu’on leur avait toujours refusée au temps de l'administration française. En 1791, le gouvernement anglais fit un pas décisif dans la voie qui peu à peu devait amener le Canada à jouir d’une autonomie presque complète. Il fut décidé que le Canada formerait, au point de vue administratif, deux provinces, le Bas-Canada et le Haut-Canada, et que les deux districts auraient l’un et l’autre uñe représentation législative. Le gouvernement colonial devait se composer d’un gouverneur et de deux chambres : l’une, le conseil législatif, nommée par le roi; l’autre, l'assemblée représentative, nommée par les habitants. Les bases du suffrage furent établies

assez largement pour que chacun püût facilement devenir électeur. Peu de temps après, des constitutions analogues furent octroyées à la Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et à l'île de Terre-Neuve. Les colons canadiens eurent, comme les Anglais vivant dans la Grande-Bretagne, la liberté de la presse, le droit de réunion et le droit de pétition.

Le gouvernement prit des mesures pour favoriser le rapide peuplement du bassin du Saint-Laurent. Après la séparation de l'Angleterre et des treize colonies qui ont formé le noyau de la puissante confédération des États-Unis de l'Amérique du Nord, un grand nombre d’Américains, qui étaient restés fidèles à la cause de la métropole — ceux qu’on appelait les loyalistes — vinrent se réfugier au Canada ; on leur distribua des terres au nord des grands lacs; on en donna aussi, la paix conclue, aux soldats anglais qui avaient combattu la rébellion ; la part des loyalistes américains, dans la distribution des terres qu'on fit à cette époque, fut de trois millions d’acres ; les soldats et marins anglais ou allemands congédiés après la guerre d'indépendance et qui voulurent se faire labourcurs eurent à se partager plus d’un million d'acres. À la fin de 1815, le gouvernement usa du même procédé qu'après la guerre d'Amérique: il transporta dans le Canada un nombreux contingent d'officiers et de soldats. Plus tard et en cinq ou six fois, les autorités anglaises organisèrent des convois d'émigrants, principalement composés d'Écossais, qu’on transportait gratuitement dans la colonie et auxquels on donnait des terres.

Ces émigrants se fixaient surtout au nord des grands lacs, dans le Haut-Canada, aujourd’hui province

d'Ontario. Cette partie du Canada devint ainsi très rapidement anglo-saxonne, tandis que le Bas-Canada, où se trouvent les villes de Québec et de Montréal, est resté profondément français. C'est grâce au courant d'immigration insignifiant dans le Bas-Canada, mais très important dans le Haut-Canada, que le chiffre de la population de cette dernière province est arrivé peu à peu à dépasser celui de l’autret Lors du traité de Paris, en 1763, sur les 80,000 habitants de la colonie, il y en avait 70,000 dans le Bas Canada et seulement 10,000 dans le Haut-Canada. En 1848, la population du Bas-Canada était de 750,000 âmes. En 1852, la proportion était renversée : le Haut-Canada prenait le premier rang, avec 950,000 habitants, tandis que le Bas-Canada en avait 900,000. Aujourd'hui la province de Québec compte 1,300,000 âmes, presque tous d’origine latine. La province d'Ontario, enrichie, non-seulement par le travail de ses habitants, mais aussi par l'immigration, a une population de 1,800,000 âmes. Dans les deux provinces réunies, cent vingt ans de bonne administration ont accru la population dans la proportion de 35 pour un.

En ce qui concerne le régime d’appropriation des

terres, le gouvernement anglo-canadien suivit tour à

tour divers systèmes. Pendant la première période de la domination britannique, jusque vers 1815, on pratiqua surtout le procédé des concessions gratuites, qui étaient conditionnelles et provisoires : le concessionnaire devait prendre possession, dans le délai d'un mois, du lot de terres qui lui était attribué ; il devait mettre en culture au moins douze acres de terrain en quatre ans; il était tenu de se bâtir une maison d'une dimension de 20 pieds sur 18.

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