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Les .colons se plaignirent de ce que ces conditions, qui leur étaient imposées, étaient pour eux une cause de gêne et d'embarras. D'un autre côté, elles nécessitaient de la part du gouvernement une surveillance constante sur les terres données à titre de concessions, et entrainaient par conséquent des frais d’administration considérables. On prit donc le parti de vendre purement et simplement les terres domaniales. Jusqu’en 1850 on les vendit à des prix élevés : 10, 15 et 20 shellings l'acre, c’est-à-dire en monnaie française à 42 fr. 50, 18 fr. 75 et 25 francs l’acre. Ces prix furent successivement réduits; en 1865, les terres domaniales ne se vendaient plus que de 1 à 5 schellings l’acre (de 1 fr. 25 à 6 fr. 25). Le prix moyen était de 2 shellings. |
Comme on craignait de manquer bientôt de terres disponibles, on s’en procura en expropriant la Compagnie de la Baie d'Hudson d’une partie des vastes régions qu'elle occupait et où ses agents ne se consacraient qu'au commerce des pelleteries, On sait que le domaine de la Compagnie se composait des immenses espaces qui s'étendent au nord et à l’est du Canada proprement dit. Le climat de ces contrées est rude, le sol est couvert d’épaisses forêts. On a longtemps cru que ces régions n'étaient pas cultivables et ne pouvaient être utilisées que pour la chasse et le commerce des pelleteries. La Compagnie de la Baie d'Hudson y avait bâti 200 forts, que gardaient 12,000 aventuriers pour la plupart d'origine française, qui se livraient à la chasse et trafiquaient avec les Indiens.
L'expérience montra bientôt que ces régions du nord et dr nord-ouest de l'Amérique anglaise si longtemps incultes, étaient non-seulement capables
de produire,mais douées d'une admirable fécondité. On commença à en distraire les districts les plus rapprochés du Haut et du Bas-Canada ; dans ces districts, les terres furent distribuées en lotset vendues à bas prix ; les immigrants arrivèrent en foule ; la colonisation s'étendit repidement et deux nouvelles provinces appelées à un grand avenir surgirent comme par enchantement sur le sol anglo-américain : le Manitoba et le North-West-Territory. Le North-West-Territory est en grande partie inhabitable; mais il renferme beaucoup de districts fertiles. Le Manitoba produit aujourd'hui de magnifiques récoltes de blé, et sa population, qui était de 10,000 âmes en 1870, atteint actuellement le chiffre de 120,000 habitants. L'agriculture ayant acquis, grâce à l’administration intelligente de l'Angleterre, non moins qu'à la fertilité du sol et au travail des habitants, un haut degré de prospérité, le Canada eut, ce qui lui faisait absolument défaut sous la domination française, les éléments d'un commerce d'exportation. En même temps, avec l'accroissement de la population et les progrès de la richesse et du bien-être chez les colons, le commerce d'importation se développa dans des proportions considérables. Pour les facilités de cormunication, le Canada a été favorisé; il n’y a vas de pays qui possède un plus admirable réseau de voies navigables. De nombreuses et bonnes routes ont été construites; enfin la puissance du Canada est sillonnée par dix mille kilomètres de voies ferrées, dont la contruction a coûté un milliard et demi. L'Amérique anglaise peut donc rapidement transporter sur toute l'étendue de ses immenses territoires et envoyer au dehors ses produits, qui sont principalement les céréales et les
bois de construction et aussi les pelleteries, les poissons, le bœuf salé, le biscuit, le beurre etc. La Dominion du Canada peut, sur le cours du Saint-Laurent, construire et lancer les navires qu'elle fabrique avec les bois de ses forêts et qu'elle vend à l’Angleterre. Les principaux objets que le Canada importe sont les tissus, les articles de mode, etc. Le commerce extérieur de la Dominion se chiffre par un milliard de francs, et le mouvement de la navigation, entrées et sorties réunies, est de sept millions de tonnes.
Les mesures très libérales qu’a prises l'Angleterre, la complète réforme commerciale, l'abolition de l’acte de navigation, le droit reconnu aux colonies de fixer elles-mêmes souverainement leurs tarifs de douanes, toute cette organisation, conforme aux idées de progrès qui sont l'apanage des sociétés modernes, va permettre à l'Amérique anglaise de se livrer à l’industrie. La colonie est plus tranquille, plus libre et plus prospère que jamais, et son champ d'expansion est illimité. L'espace et les éléments de production manqueront aux Etats-Unis avant de manquer au Canada. La Dominion a une étendue totale de 3,412,490 milles carrés et possède assez de terres fertiles pour nourrir une population six fois plus nombreuse que celle de la France. Et elle n’a encore que quatre millions d'habitants, des rives de l’Atlantique à celles du Pacifique, des bords des grands lacs aux contours de la baie d'Hudson.
Telle qu’elle a été constituée, le 1° juillet 1867, la puissance du Canada (Dominion of Canada) ne comprenait que les provinces d'Ontario et de Québec (Haut: Canada et Bas-Canada), le Nouveau-Brunswik etla Nouvelle-Ecosse ; c'était une surface de 350,000 milles
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