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CHAPITRE II

PHYSIONOMIE DE L'INDE. — SORTE DE FÉODALITÉ. — DUPLEIX VEUT PROFITER DE LA DÉCADENCE DE L'EMPIRE MOGOL, POUR ASSEOIR LA PUISSANCE DE LA FRANCE. — SON FASTE, SES CAUSES ; EFFETS QU'IL EN ATTEND. — ON S'EN EFFRAIE EN FRANCE. — SITUATION DES ANGLAIS ET DES FRANÇAIS DANS L'INDE, AU MOMENT DE L'ARRIVÉE DE DUPLEIX. — PONDICHÉRY MENACÉ. — DUPLEIX ET LA BOURDONNAIS.

Pendant les premières années de son séjour dans l'Inde, Dupleix, tout en remplissant ses obligations, observa. Bientôt il apparut aux yeux de cet homme pénétrant que ce qui existait jusqu'alors ne comptait pas, et qu'il y avait beaucoup mieux à faire, dans l'intérêt de la Compagnie des Indes d’abord, et aussi dans l'intérêt et pour la gloire de la France; c'est alors que lui apparut la possibilité d’une conquête de l'empire des Indes, au bénéfice de son pays. La puissance mogole, devant laquelle s'était émerveillée jadis, et à bon droit, l'imagination du Vénitien Marco-Polo, était alors en pleine décadence. Divisé comme autrefois l'empire d'Alexandre, entre rajahs, maharajahs, nababs et soubabs, l'Indoustan, cette merveilleuse contrée, la plus riche du monde, représentait l’anarchie la plus complète.

Comme les barons du moyen âge dans l’Europe

occidentale, chacun était maître chez soi et agissait à sa guise, Les princes indiens, pour un motif ou pour un autre, la plupart du temps sans savoir pourquoi, étaient en lutte ies uns contre les autres ; en un mot l'Inde s’effondrait dans l’amollissement, L'occasion n'était-elle pas unique de profiter de toutes ces dissensions et de faire de tous ces princes autant de vassaux d'un pouvoir central? C'est ce qui existe aujourd'hui, que Dupleix rêva ; mais on l’accusa d’ambition, et ses plus vastes projets, défigurés par l'envie, prirent les simples proportions de vues personnelles,

On ne saurait trop le répéter à notre pays, tel il est aujourd'hui, tel il fut autrefois, avant la révolution qui, en bouleversant les vieilles institutions, n'a point su transformer le caractère, ce caractère national qui se fait si difficilement aux innovations, et qui est le perpétuel défaut des hommes. C'est au point qu’un Dupleix renaissant aujourd'hui et se trouvant dans les mêmes conditions, aux prises avec les mémes espérances, il n'est pas certain qu'on ne lui susciterait pas les mêmes difficultés. La France est un des pays qui. encore à l'heure qu'il est, croient le moins à l'initiative personnelle, et s'imaginent que, pour réussir et faire fortune, il faut, à une entreprise, l'étiquette officielle. C'est un vice riche en résultats fâcheux, ou, pour mieux dire, en conséquences négatives. Et pourtant nous pourrions compter, dans nos annales maritimes, des hardiesses particulières bien faites pour donner tort à cette sotte abdication. Nous en trouverons des exemples, et nombreux, en écrivant l'histoire giorieuse, mais à peine connue, des marins et des armateurs normands et bretons du seizième siècle,

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