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CHAPITRE IV

RÊVE DE DUPLEIX. — NÉGOCIATIONS AVEC LES NABABS. — MOUSAFER-SINGUE ET CHANDA-SAÏB ALLIÉS DE DUPLEIX. — BATAILLE D'AMBOUR ET PRISE D'ANAVERDIKAN PAR LES GRENADIERS FRANÇAIS. — SURPRISE ET MASSACRE DE L'ARMÉE INDOUE. — FUITE DE MEHEMET-ALI. — PRISE DE GINGY PAR BUSSY. —- MARCHE EN AVANT. — MORT DE NASER-SINGUE.

Sorti vainqueur d’une lutte où tout avait été contre lui, Dupleix n'était pas homme à s'endormir dans la victoire. C'était déjà quelque chose de s'être débarrassé de Boscawen et des Anglais, mais ce n'était pas tout. Dupleix, dont les ressources en hommes étaient des plus restreintes, sentait que sa situation ne serait jamais assurée, tant qu'il n'aurait pas la haute main sur le Carnate et le Dékan, c'est-à-dire sur toute la partie méridionale de la presqu'île. Avec les princes indiens pour vassaux, il devenait inexpugnable et il voyait, de là, la domination française s'étendre petit à petit et finir par être maitresse ce l’Indoustan.

C'était un beau rêve, et nul mieux que lui n'était à même de le réaliser. Mais, maintenant qu'il avait le prestige des armes, c'était à la diplomatie qu'il lui féllait avoir recours, pour mener à bien ses vastes projets. Les nababs, malgré sa victoire, lui demeu-

raient sourdement hostiles, et parmi les plus importants, cet Anaverdikan, qui d'abord avait été pour lui, puis, qu'il avait battu et qui, finalement, s'était retourné du côté des Anglais. Un autre adversaire, qui n'était pas à dédaigner, c'était le vieux Nizam-el-Molouk, qui tenait le Carnate, et dont l'influence était considérable. Heureusement, dans les premiers jours de l’année 1749, le Nizam mourut, laissant son héritage et ses prérogatives à son petit-fils Mousafer, au détriment de son fils Naser-Singue. Des complications devaient inévitablement naître, à la suite de cette succession, et Dupleix comprit, du premier coup, tout le parti qu'il en pourrait tirer.

D'un autre côté, Chanda-Sahib, fils de l’ancien nabab détrôné du Carnate, avisait Dupleix qu'ayant noué des intelligences avec les Mahrattes, réputés pour fournir la meilleure cavalerie de l'Inde, il était prêt lui-même à revendiquer ses droits, appuyé sur une armée nombreuse et disposée à entrer en campagne. Dupleix, d’abord, se contenta d'observer ; il avait, en ce moment, à sa disposition, des forces d’environ six mille hommes, dont deux mille européens, etune formidable artillerie, bien approvisionnée et bien commandée. Il accueillit les ouvertures de Chanda-Sahib, laissa l'héritier dépouillé Naser-Singue battre l'héritier désigné Mousafer, et alors, avec une habileté rare, sut mettre le vaincu en rapport avec Chanda-Sahib, qui lui parla du grand Français, de sa puissance et de l'avantage qu'il y aurait à tirer d’une alliance avec lui pour avoir raison de Naser-Singue et le mettre dans l'impossibilité de revendiquer ses prétendus droits.

Mousafer, faible et peu intelligent, n’eut pas de mal

à se laisser convaincre ; un traité fut conclu entre lui et Chanda, sous la condition que celui-ci obtiendrait le concours de Dupleix. Le sauveur de Pondichéry voyait ainsi ses vœux comblés; il ne se jetait pas dans la mêlée, on l'appelait, et, pour prix de ses services, on s'engageait à remettre à la Compagnie, en toute propriété, d'importants territoires. Le reste allait de soi : Naser-Singue une fois battu, ce qui ne faisait pas de doute, grâce au concours des terribles soldats européens, Mousafer était reconnu comme soubab du Dékan, Chanda-Sahib reprenait ses droits sur le Carnate, et Dupleix, c'est-à-dire la France, prenait la suzeraineté tant convoitée sur ces deux territoires. L'entreprise était d'autant moins hasardeuse que Mtusafer était un prince irrésolu, très malléable, livré aux passions, entre autres à l'intempérance, et dont l'effacement complet était chose facile.

La résolution une fois prise, il ne fallait pas perdre de temps, car il était notoire que, de leur côté, les Anglais intriguaient. Entrer en campagne, frapper immédiatement un grand coup, en un mot se donner le prestige de la victoire, voilà ce qu’il fallait faire, et Dupleix n'hésita pas. Aussitôt, il réunit un petit corps d'armée solide, composé de Français et de cipayes, muni d'une bonne artillerie, et le plaça sous le commandement de d’Autheuil, vieil officier très brave, incomparable même dans l'action, avec ordre de rejoindre, au plus vite, l'armée des deux alliés. La marche fut si rapide et l'affaire si bien menée que, le 3 août même, près du village d'Ambour, Anaverdikan était battu et tué, sans que les troupes de Chanda- Sahib et de Mousafer eussent pris part à l’action. Peu

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