‹ Les colonies perdues [microforme]Chapitre 54 sur 88 · MACHAULT · texte numérisé non relu

MACHAULT

devant l'Angleterre, on allait exactement au devant des mêmes conséquences. Il n'était pas difficile de faire comprendre de telles choses au gouvernement de Louis XV, qui gardera, à jamais, comme un double

stigmate de honte, la perte des Indes et la perte du Canada, si nonchalamment, s'il s’est permis de s'exprimer ainsi, cédés aux Anglais par la paix de Versailles.

Mais, ilest permis, en dépit des événements funestes et de la fortune contraire, ou plutôt contrariée par les hommes, d'élever, dans le cœur des Français, un double monument à la mémoire de Montcalm et de Dupleix. Le premier, du moins, fut heureux relativement, puisque la mort le frappa sur le champ de bataille, après une lutte inégale de bien des années, où il avait déployé toutes les ressources de son génie militaire. L'autre, après avoir entrevu la conquête, la réalisation d’espérances qui dépassaient presque la taille humaine, se trouve foudroyé par la disgrâce et va traîner, comme un forcat, les dernières et lugubres années d’une vie si remplie de nobles et glorieuses pages. C'est ce que l'on peut appeler le calvaire de Dupleix, et il ne nous reste plus qu’à raconter la triste odyssée de ce grand homme, sur les pentes de ce Golgotha au haut duquel il devait mourir, accusé, condamné et moralement crucifié.

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