LOUIS XV
seul, s'épuisait dans le but d'accroître la fortune de son pays, de répandre son influence jusque dans les régions les plus éloignées du globe, la politique an-
glaise pose déjà les bases de sa fortune à venir. C'est elle qui soutient Cliveet Lawrence et qui transmet aux gouverneurs, agents des coraptoirs commerciaux, tout comme Dupleix, des instructions dont il serait extrêmement intéressant de retrouver les originaux, classés, sans aucun doute, dans les archives de la Grande-Bretagne.
Si l’on veut bien considérer l’histoire à ce point de vue,le rôle de Dupleix n’en fait que grandir. Son nom, celui de Montcalm défenseur du Canada, sont là pour protester contre ces ineptes accusations qui représentent les Français comme incapables de toute colonisation. Entendons-nous : la colonisation française paraît aujourd’hui une chose difficile. Il y a des raisons pour cela. La principale, c’est que les colons ne sont que la lie de la population. Le code civil, qui est une belle chose, a supprimé, néanmoins, de grandes et fécondes initiatives. Aujourd’hui, ce qui fait la force expansive äe l’Angleterre colonisatrice, ce sont les cadets de famille, ceux qui n'héritent pas et qui, instruits, appartenant à l'élite de la nation, s'en vont, non pas chercher fortune, mais faire leur fortune dans les colonies, accompagnés d’un nom irréprochable et forts de la grande honorabilité de leurs familles.
À l'heure qu'il est, l’inaptitude colonisatrice de la France est un axiome. La raison en est que la France est représentée dans ses colonies, et partout à l'étranger, par des individus qui la représentent mal. Et, il faut bien le dire, cela tient à des circonstances dont il est momentanément difficile de s'affranchir. L'expatriation, en France, est une exception. Presque partout, il est nécessaire d’avoir le courage de l’affirmer ceux qui songent à gagner les contrées étrangères,
L'INDE. 223 transocéaniques, sont des individus auxquels, pour une foule de raisons, la vie et le séjour sont devenus impossibles dans leur pays. Mais, ce n'était pas cela, au temps des Dupleix et des Montcalm. Il n'est pas possible d'établir une comparaison complète entre le Canada et l'Inde. Là, les colons affluaient ; ici, il n'y avait qu'un comptoir. Mais, il ne dépendait que du gouvernement de transformer ce comptoir. Pour cela, il suffisait à des hommes d'État prévoyants d'appuyer Dupleix, de le soutenir envers et contre tous, en un mot, de lui donner les moyens de s'établir, à un moment où la guerre était entre marchands luttant pour la prédominance de leur influence, disons de leurs maisons. i
L'histoire ne sera jamais trop dure pour ceux qui ne savent pas voir ces choses et qui, après la bataille d'Abraham et la prise de Québec, au Canada, le désastre de Trichinapaly, dans l'Inde, jetèrent ces deux colonies dans les bras de l'Angleterre et consacrèrent sa préséance et sa conquête facile, pour l'avenir. On demeure anéanti, quand on songe à de telles choses, accomplies avec une légèreté si coupable, qu'elle en paraît presque irresponsable. À ce point de vue, il est permis de maudire l'indolence et l’imprévoyance de la monarchie; quant à son inaptitude colonisutrice, cela rentre dans un tout autre ordre d'idées.
Lorsque les conseillers de Louis XV abandonnèrent le Canada à lui-même, la colonisation n'était pas de fraîche date; comme on l’a vu plus haut, elle existait depuis longtemps, et prospérait. Il est de même bien probable que, sans elle, la longue résistance de Montcalm eût été considérablement abrégée. Les exploits et l'audace des chasseurs canadiens sont légendaires,
et-les services qu'ils rendirent alors n'ont pas attendu jusqu'à nos jours pour être mis en lumière. Ce qu'il y a de certain, c'est que sans difficultés énormes, sans effusion de sang, pour ainsi dire, les hardis explorateurs des provinces riveraines françaises s'étaient implantés dans ces vastes étendues de terrain qui, sans leur action civilisatrice, seraient peut-être aujourd'hui encore, à l'état sauvage, comme certaines régions des États-Unis que la civilisation n'a pas encore eu le temps de transformer, d’une manière appréciable, au bout d’un siècle. Or, ce sont ces gens-là qui, dans une heure de folie, furent abandonnés. Quand Montcalm, écrasé par le nombre, abandonné par la mère-patrie, fut battu par le général Wolff, le Canada était français. Ici, l’aveuglement fut plus complet encore, s'il est possible. En : somme, Dupleix n'avait pas de colons, tandis que, à l'abri du pavillon français des milliers de nos com: patriotes cultivaient, fertilisaient ces vastes régions canadiennes où leu. descendants, quoique soumis à la législation anglaise, ont conservé les traditions de leurs pères, leur amour inaltérable de la patrie, et se comptent aujourd'hui par centaines de mille habitants.
Permis assurément d'admirer la ténacité de l’Angleterre, l'habileté diplomatique, grâce à laquelle elle en arrive toujours à ses fins. Quant à nommer des victoires militaires les faits d'armes qui lui valurent la conquête du Canada et celle de l'Inde, il serait bon de regarder auparavant l’état respectif des adversaires. Ici, Montcalm succombe sous le nombre, après des prodiges de tactique et de stratégie ; là, c’est plus facile encore : un seul homme tient en échec la puis-
sance anglaise, et l'ignorance des hommes du gouvernement, sollicités par la Compagnie des Indes, s'empresse de lui intimer l’ordre de revenir, non pour exposer sa conduite, mais pour la défendre, et c'est
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