CHAPITRE VIII
DUPLEIX TRAHI, — LES MOYENS DE GODEHEU, SES INSTRUC- TIONS, — DUPLEIX RUINÉ, SON DÉPART AVEC SA FEMME, SA FILLE ET QUELQUES AMIS. — ARRIVÉE EN FRANCE. — VAINES TENTATIVES DE RÉHABILITATION. == LES DÉMAR- CHES, LA MISÈRE, LA MORT.
Alors commença une série de persécutions indignes Le nouveau gouverneur qui se trouvait tenu en mépris et que l'autorité morale de Dupleix déchu mettait hors de lui-même, usa de tous les moyens pour l'atteindre dans son honorabilité et pour ternir sa réputation en cherchant à l’accuser de concussion et de dilapidations. Ce fut peine perdue, et, comme il arrive en pareille circonstance, son ressentiment s'en augmenta d'autant. La présence de Dupleix le génait. Coûte que coûte, il lui fallait presser son embarquement pour la France, et cependant, il eût la lâcheté de ne pas l’ordonner avant d’avoir matériellement ruiné son prédécesseur, en s’appropriant, au nom du gouvernement qu'il représentait, treize millions avancés naguère à Mousafer et à Salabet-Singue par Dupleix, et ponr le remboursement desquels ceux-ci avaient affecté les revenus de la province d'Arcate. Or, cette somme, l'Etat la doit encore aux héritiers de Dupleix, et si un procès
était engagé sur ces bases, peut-être ceux-ciauraientils gain de cause.
C'était de l'audace et de la félonie ; mais les hommes de ce tempérament, rampants par nature et plats comme tous les courtisans, ne reculent devant aucune action mauvaise. Si encore Godeheu avait appuyé ses indignes persécutions sur les succès militaires, la postérité serait peut-être pour lui moins dure. Mais, non seulement il n’entendait rien aux choses de la guerre et aux opérations si heureusement conduites par Dupleix, et ses instructions étaient telles que la suprématie anglaise se trouvait établie, sans secousse et sans dommage, rien que par sa seule présence. Les dimensions d’un résumé aussi bref de cette étonnante histoire ne se prêtent pas à la publication des documents. Cependant, il est indispensable, pour la honte de qui les rédigea et les donna, de reproduire les instructions officielles dont cet envieux et ce prétentieux incapable était muni, à son départ pour l'Inde, et auxquelles, d’ailleurs, il ne se conforma que trop bien.
«Un des principaux objets de la mission de M. Godeheu, y est-il dit, est la pacification des troubles de l'Inde et l’arrangement des concessions et établissements tant anciens que nouveaux. Le comité (de la Compagnie) est intimement convaincu de deux vérités : la première est que la Compagnie ne doit point devenir puissance de terre, par des possessions trop étendues et trop difficiles à garder et à défendre ; la deuxième est que la guerre est toujours un mal, qu'on ne doit s'y livrer que pour en éviter un plus grand, et que la paix, en général, est l’âme du commerce. L'intérêt de la Compagnie est de se faire
respecter, mais non pas de se faire redouter, ni d'intervenir dans les querelles du pays; ce serait le