‹ Les colonies perdues [microforme]Chapitre 65 sur 88 · KE · texte numérisé non relu

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TOUSSAINT®LOU VERTURE.

due à l'illustre écrivain, au début de Paul et Virginie : « Sur le côté oriental de la montagne qui s'élève

derrière le Port-Louis, de l'Ile-de-France, on voit, dans un terrain jadis cultivé, les ruines de deux petites cabanes. Elles sont situées presque au milieu d'un bassin, formé par de grands rochers, qui n'a qu'une seule ouverture tournée au Nord. On aperçoit, à gauche, la montagne appelée le Morne de la Découverte, d'où l’on signale les vaisseaux qui abordent dans l'île, et, au bas de cette montagne, la ville nommée le Port-Louis; à droite, le chemin qui mène de Port-Louis au quartier des Pamplemousses ; ensuite, l'église de ce nom, qui s'élève, avec ses avenues debam bous, au milieu d’une grande plaine ; et plus loin, une forêt qui s'étend jusqu'aux extrémités de l'île. On distingue devant soi, sur les bords de la mer, la baie du Tombeau; un peu sur la droite, le cap Malheureux ; et au delà, la pleine mer, où paraissent, à fleur d'eau, quelques îlots inhabités, entre autres le Coin de Mire, qui ressemble à un bastion au milieu des flots.

« À l'entrée de ce bassin d'où l’on découvre tant d'objets, les échos de la montagne répètent sans cesse le bruit des ventsquiagitentlesforêts voisines,et le fracas des vagues qui se brisentauloinsur lesrécifs ; mais, au pied même des cabanes, on n'entend plus aucun bruit, on ne voit autour de soi que de grands rochers escarpés comme des murailles. Des bouquets d'arbres croissent à leurs bases, dans leurs fentes et jusque sur leurs cimes, où s'arrêtent les nuages. Les pluies, que leurs pitons attirent, peignent souvent des couleurs de l’arc-en-ciel sur leurs flancs verts et bruns, et entretiennent, à leur pied, les sources dont se forme la petite rivière des Lataniers. Un grand silence règne dans leur enceinte, où tout est paisible, l'air, les eaux et la lumière. A peine l'écho y répète le murmure des

palnistes qui croissent sur leurs plateaux élevés, et dont toujours on voit les longues flèches balancées par les vents.Un jour doux éclaire le fond de ce bassin, où le soleil ne luit qu'à midi; mais, dès l'aurore, ses rayons en frappent le couronnement, dont les pics, s'élevant au-dessus des ombres de la montagne, paraissent d'or et de pourpre sur l'azur des cieux. »

Maurice, cette île enchanteresse, nous appartint pendant près d’un siècle, de 1713 à 1810. A cette époque, comme nous l'avons dit plus haut, elle succombe, non sans une vigoureuse résistance, à une heure où l'Empire n'avait ni le loisir, ni probablement la volonté de s'occuper d'elle, et depuis lors, elle appartient à l'Angleterre, qui nous trouve encore trop en pied, sans doute, dans son voisinage, puisqu'elle proteste si étrangement, ou plutôt si violemment, contre nos revendications, si légitimes pourtant, sur certains districts de Madagascar. On dirait vraiment que notre vieille réputation coloniale l’obsède. Comment expliquer autrement ses réticences, sinon ses empêchements quelle s'efforce de nous susciter, et ces conseils bizarres de veiller à notre situation continentale qui, suivant elle, réclame toute notre sollicitude et tousnos soucis? L'histoire, nous le savons, hélas! réserve de tragiques surprises aux nations trop longtemps heureuses, et la fortune a des revirements subits, qui déroutent les combinaisons les mieux établies et les bonheurs les plus constants en apparence. On le verra, le jour où quelque chose du colosse britannique s’émiettera, entraînant le reste dans sa ruine.

Mais, tout ceci n’est point pour excuser nos fautes, et nous en avons tant commis, que la nomenclature

en serait trop longue. N'est-ce point ainsi, presque dans les mêmes conditions, que nous avons perdu Saint-Domingue, lorsque la Révolution française, étendant aux colonies le régime des lois, décréta l'abolition de l'esclavage. Là, notre rôle n'avait pas été non plus sans gloire, dans cette mer des Antilles où le canon francais retentit tant de fois, lors de la guerre de l'Indépendance américaine. En 1794, avec le concours du général noir Toussaint-Louverture, nous en chassâmes les Espagnols et les Anglais, sans nous douter que l’orgueil et l'ambition d'un nègre nous en chasseraient, à notre tour, et que nous perdrions Saint-Domingue, comme le reste, faute de prévoyance. Cinq ans plus tard, en effet, Toussaint- Louverture, nommé général de division £t commandant en chef des forces de Saint-Domingue, eut raison d'insurrections successives et rétablit l'ordre, mais à son profit, en se faisant nommer président à vie de la nouvelle République.

C'est alors que le général Leclerc, beau-frère de Bonaparte, fut envoyé de France, pour remettre les choses en état, et pour s'assurer de la personne du président. L'expédition fut vigoureusement menée «et réussit, mais, les hommes une fois vaincus, il fallut compter avec le climat. Le contingent français fut décimé par les maladies, et le général lui-même succomba, à la fin de l’année 1802. Depuis lors, Saint- Domingue est demeurée indépendante, malgré les révolutions qui s’y succèdent. Tout, on le voit, dans ces années néfastes, contribuait à nous chasser des mers, et c'est de là, sans aucun doute, qu'est venue cette singulière réputation d'inexpérience, qui a fait son chemin, et si bien que, comme toute sottise, elle a

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