ÉCOLE PRIMAIRE SUPÉRIEURE ANNEXE
Je certifie que Jeanne D... peut faire partie de la colonie scolaire qui sera conduite dans les Vosges.
Note : Enfant très délicate de santé, qui n’a pas pu fréquenter l’école depuis de longs mois.
Caractère très doux.
Juillei 1910. La Directrice,
Je certifie que Andréa P... peut faire partie de la colonie scolaire qui sera conduite dans les Vosges.
Note : Bonne petite élève docile.
Juillet 1910. La Directrice,
Les colonies-internat n'ont pas à subir les reproches précédents. Dans ce système, c'est surtout le côté moral éducateur qui est bien compris, avec une direction continuelle, qui se dépense sans cesse et qui peut agir sur l'esprit des enfants. Cela est si vrai, que toutes les œuvres à caractère nettement confessionnel ont adopté la colonie-
internat. Le but proposé est d'agir autant sur le moral que sur le physique.
La vie à la colonie d’internat est très régulière, bien réglée ; on le lui reproche, d’ailleurs, parce qu'elle a tendance à détruire l'esprit d'initiative de l’enfant, qui n’a qu'à se laisser guider toute la Journée.
On dit aussi que l'enfant de 8 à 9 ans a surtout besoin des soins de la famille. S'il a un caractère timide, il se sentira perdu au milieu de ses camarades, il n'osera rien demander, encore moins se plaindre d’un mal quelconque, ce sont des enfants qui sont malheureux en colonieinternat, et à qui le séjour de la colonie ne profite pas.
De plus que faire des enfants trop délicats : ils n'ont pas la même résistance physique pour faire de longues promenades ou participer à certains grands jeux. La plupart de nos œuvres lorraines à placement internat ont compris ces reproches, en exigeant une limite inférieure
‘âge de 9 ans 1/2 à 10 ans pour être admis à faire partie de la colonie. Certaines de nos œuvres internat ne consentent pas à prendre les enfants trop débiles, qui seraient plutôt à charge pour la colonie et la paralyseraient en réclamant des soins spéciaux assidus. C’est le médecin, dans ce cas, qui est le grand juge à cet égard, lors de Ja visite médicale précédant le départ.
M. le Pasteur Comte, de Saint-Etienne, un partisan convaincu du placement familial, critique la colonie-internat au point de vue d’une discipline parfois trop rigoureuse : «Si vous enfermez les enfants dans une maison, le séjour à la campagne ne sera que la continuation de l'Ecole, vous rendrez la campagne odieuse à ces enfants, à qui vous empêcherez de goûter la vie au grand air ». Ce reproche a élé certainement fait à juste titre dans certains cas, mais nous ne pensons pas qu'il puisse s'appliquer aux
Ps al +; PAR
œuvres lorraines, avec leurs surveillants si remplis de act et de dévouement.
En défendant leur manière de voir, les partisans du placement familial ajoutent qu'avec leur système les enfants apprennent mieux à connaître les choses de la campagne, en vivant réellement de la vie rurale qui laissera chez eux une impression et qui durera à ce point, que plusieurs de ces anciens colons viendront demander plus tard à la terre leur gagne-pain quotidien.
5e plaçant encore à un autre point de vue, ils prétendent développer chez l'enfant l’idée de famille, car le sentiment familial est élevé chez le paysan : la famille, a-t-on dit, est la richesse du paysan. Du contact de ces deux caractères si opposés l’un à l’autre de celui de l’ouvrier des villes et de celui du paysan, ilrésultera pour l'enfant une fusion très heureuse entre eux, et qui lui permettra de corriger la soif d’idéal de l’un avec le calme et le solide réalisme de l’autre.
Pour la question matérielle, la colonic-internat l’emporte, dit-on, certainement sur la colonie à placement familial, mais au contraire d’aucuns ont voulu y trouver là plutôt un inconvénient qu’un avantage, estimant que l'enfant est placé dans des conditions bien supérieures à celles du milieu habituel où il vit, et qu'on lui donne des goûls plus élevés que les siens, en l’habituant, par exemple, à ne plus se servir lui-même et à avoir autour de lui des domestiques pour mettre en ordre ses affaires.
Nous ne croyons pas que nos colonies-internat aient eu comme résultat pratique de donner à leurs jeunes protégés des idées de grandeur : on oblige les colons à se servir eux-mêmes, à cirer leurs chaussures, à faire leur lit, et à tour de rôle, à approprier le dortoir ou le réfecloire.