DEMI-COLONIES DE VACANCES
Sous ce titre, il faut comprendre encore deux sortes d'œuvres bien distinctes :
À. — Les premières sont organisées d’après le même système que la colonie de vacances-internat. Elles n’en diffèrent sur ce seul point que les enfants regagnent le domicile paternel. après avoir passé toute la journée sous la surveillance d'institutrices et d'instituteurs qui les réunissent dans un local donné, à proximité de la ville, et de ià, leur font faire des promenades à la campagne, si le temps le permet, ou bien s'efforcent de les occuper le plus utilement possible, dans l’établissement en .cas de pluie. L'éducation morale et pratique de l'enfant est également l’objet de soins constants, par des causeries, des lectures intéressantes, ou des travaux de couture ou de ménage pour les petites filles.
Nous avons en Lorraine une œuvre rentrant dans cette classe : c’est la colonie du Sacré-Cœur à Nancy, réservée aux petites filles de la classe ouvrière. C’est là une heureuse initiative qui devrait être suivie dans les grandes villes : cette demi-colonie-internat est en quelque sorte une variante d'École ménagère bien comprise de vacances.
La question financière est assez facile à résoudre, car
une installation de ce genre n’entraine pas de grands frais, puisqu'il y a suppression de la question couchage et du diner du soir. Le repas de midi est fourni par l'œuvre. La dépense moyenne est d'environ 0 fr. 80 par Jour et par enfant.
L'avantage de ces œuvres, par leur côté financier, est la possibilité de réunir beaucoup d'enfants, et de les arracher ainsi au désœuvrement produit par les vacances.
Notre préférence, sans contredit, reste à la véritable colonie de vacances, à la colonie d'exportation, l'enfant dans le cas de demi-colonie, ayant le désavantage de se retrouver le soir, dans le milieu où il vit toute l’année. Pourtant les résultats fournis par les mesures anthropométriques sont appréciables : l'enfant avec ce système a néanmoins pu prendre un bain d'air et de lumière, ce puissant adjuvant de la santé. Au double point de vue, physique et moral, il retire, somme toute, plus d'avantage de ce demi-séjour, en dehors de la ville, que s'il était resté oisif dans la rue malsaine du faubourg.
On ne peut done qu'encourager la création d'œuvres similaires, surtout dans les grands centres industriels surpeuplés, ne possédant pas d'œuvres de colonies de vacances à ressources suffisantes pour envoyer un grand nombre d'enfants à la campagne.
B. — Une deuxième catégorie de demi-colonies de vacances comprend les œuvres, que nous avons eu l’occasion de désigner déjà sous le nom de promenades scolaires, lors des monographies que nous en avons faites. Elles sont dues à l'initiative municipale ou privée : dans notre région, ce sont : à Nancy, l’œuvre municipale de promenades de vacances et à Bar-le-Duc, l'œuvre de M. le Docteur Ficatier.
SA
Les enfants, garçons et fillettes, se rendent le matin de bonne heure à un rendez-vous fixé, soit à l'Ecole qu'ils fréquentaient pendant l’année scolaire, soit dans la cour d'une gare de chemin de fer (Bar-le-Duc), et de là partent en excursions dans des endroits bien situés en pleine campagne, loin de l'air vicié de la ville. Le retour a lieu à la ville pour midi: un jour par semaine, le jeudi, les enfants passent la journée complètement à la campagne. La dépense est encore plus insignifiante que pour les œuvres précédentes : 0 fr. 20 à 0 fr. 30 par enfant et par Jour.
Aux environs des grandes villes, on peut aisément trouver des lieux de promenades agréables et de jolis coins de verdure, où tout à leur aise, les enfants pourront prendre leurs ébats.
En Belgique, les municipalités de certaines grandes villes ont organisé des « terrains de jeux », à quelque distance du centre urbain. Tous les jours, les enfants des écoles s’y rendent en grand nombre, ils sont là chez eux et profitent amplement de cette vie au grand air. On ne peut qu'applaudir sans réserve au développement de ces œuvres de promenades de vacances ou de jeux au grand air, qui rendent dans leur ensemble de très utiles services à la santé des enfants des grandes villes.
On ajoute en leur faveur un argument de plus, et qui mérite d'être signalé. On a dit qu’à tout prendre ces œuvres étaient une source de bénéfices certains pour le budget des hôpitaux des grands centres.
« Rien ne serait moins onéreux, dit M. le Professeur Landouzy, que d'organiser ces demi-colonies de vacances, étant donné le but poursuivi, les résultats obtenus, car les dépenses en l'espèce deviendraient productives, nos écoliers, se refaisant durant ces jours de manœuvres de
santé, un capital de forces qui rendrait au décuple aux grandes villes les sommes déboursées. On ne sait pas assez combien, ajoute le très distingué Professeur, par quelques journées de courses en plein air, pour nos petits anémiques et scrofuleux, peuvent être évitées de semaines passées à l'hôpital. — On ignore trop encore tout ce que, dans le développement de l'enfance, arrêtent, pervertissent, compromettent l’air vicié, l’immobilité contrainte, la malpropreté. »