‹ Les colons du Canada, Volume 2Chapitre 13 sur 21 · IS · texte numérisé non relu

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se furocurer de semblables présents, car il ne restera pas oisif. Rappelez-vous, Monsieur, que, selon toute probabilité, nous avons tué un de ses guerriers, quand il vint reconnaître la maison couvert d'une peau de loup; il n'oubliera jamais cela et s'en vengera à la première occasion. Maintenant, Monsieur, si nous lui donnons des armes et des munitions, nous lui mettrons entre les mains les moyens de se venger, et je ne serais pas surpris que nous fussions attaqués par lui et sa bande , et vaincus avec ces carabines que vous voulez qu'on lui donne.

— Il y a beaucoup de vérité et de bon sens dans ce que vous dites, Malachie,^et réellement il me semble que cela décide presque la question, et que nous ne devons pas consentir à ce qu'il propose ; mais alors, que ferons-nous pour recouvrer l'enfant?

— C'est là ce qui m'embarrasse, reprit Alfred, car je suis tout à fait de l'avis de Malachie : que nous ne devons lui donner ni armes ni munitions, et je doute qu'il veuille accepter quelque chose d'autre.

— Non, Monsieur, répondit Malachie, vous pouvez être sûr qu'il ne le voudra pas. Je crois qu'il n'y a qu'ui^seul moyen qui nous offre quelque chance de succès.

— Quelle est votre idée, Malachie?

— Le Serpent-Courroucé et sa bande nous ont suivis à la piste, et s'ils ne nous eussent trouvés en force, ils nous auraient attaqués et égorgés jusqu'au der-> nier , cela est évident. N'osant le fah*e , il a enlevé Percival et il le garde pour le rendre aux conditions

qu'il imposera. Maintenant^ Monsieur, la Jeune- Loutre est venu, vers nous, et doit revenir encore. Nous ne lui avons donné aucun gage de sûreté, aussi^ quand il reviendra, il nous faut lui dresser une embuscade et le faire prisonnier. Mais alors, Monsieur, il nous faut Taide du colonel, car notre captif doit être renfermé dans le fort. Nous ne pourrions le garder à la ferme. D'abord, il serait impossible que notre secret demeurât plus longtemps ignoré de M. et de Madamç Campbell; ensuite, nous aurions chaque nuit à craindre une attaque pour sa délivrance. Mais si le colonel était informé de toute Faffaire et voulait nous aider, nous pourrions nous saisir de ce jeune Indien et le garder comme otage pour M. Percival jusqu'à ce que nous eussions pris quelque arrangement avec le Serpent-Courroucé,

— J'aime beaucoup votre idée , Malachie , répondit le capitaine Sinclair, et si vous êtes de mon avis, ce soir, après mon retour, je ferai connaître au colonel tout ce qui s'est passé, et je verrai s'il approuve notre entreprise. Quand devez-vous vous rencontrer avec l'Indien , Malachie ?

— Dans trois jours, c'est-à-dire samedi; la lune sera dans son plein, alors je le trouverai à la tombée de la nuit , au bout de la prairie qui avoisine le fort. Ainsi nous pourrons accomplir entièrement notre projet sans que M. et Madame Campbell sachent rien de ce qui s'est passé.

— Je crois, dit Alfred , que ce que vous proposez est ce qu'il y a de mieux à faire.

-— Eh bien I que ce soil une chose décidée , dit le capitaine Sinclair : Je serai ici demain..... Non, pas demain, après-demain sera le mieux, je vous ferai connaître alors la réponse du colonel et nous prendrons les arrangements nécessaires.

-<r C'est bien, Monsieur, répondit Malachie. Maintenant tout ce que nous avons à faire est de bien garder notre secret. Mais vous feriez peut-être mieux, capitaine Sinclair, de retourner vers ces demoi* selles, car Miss Marie croira que l/affaire qui vous a retenu si longtemps loin d'elle doit être bien importante, et Malachie sourit en faisant cette remarque.

•— Il y a du bon sens dans votre observation, Ma^ lachie, » dit Alfred en riant.

Le colo^^el Sinclair retourna au fort dans la soirée. Il revint au temps fixé et leur apprit que le colonel approuvait tout à fait leur plan de s'emparer du jeune Indien comme otage, et qu'il le garderait dans le fort dès qu'on l'y aurait amené.

« Avons-nous besoin qu'on nous envoie quelque secours du fort? ajouta le capitaine Sinclair. Non pas, sans doute^ que je croie la chose nécessaire pour prendre un jeune Indien, du moins c'est ce que j'ai dit au colonel.

— Non, Monsieur, comme vous le dites, nous n'avons pas besoin de secours. Je pourrais moi-< même lui tenir tête s'il n'y avait que cela à faire : ce n'est pas de la force qu'il nous faut. Il est aussi minc<à«t aussi souple qu'une anguille, et aussi ài$^.

flcile à tenir, j'en suis certain* Si nous pouvions nous servir de nos carabines , l'affaire serait sans difficultés^ mais deux de nous auront assez de peine à le retenir, et si une fois il nous échappe il courra plus vite qu'aucun de nous.

— Eh bien! Malachie, comment ferons* nous donc?

— J'irai seul à sa rencontre, tandis que vous, M. Alfred et Martin vous vous tiendrez cachés à quelque distance et vous vous glisserez peu à peu de notre côté. Martin tiendra prêtes des courroies de peau de daim, et quand vous vous serez élancés sur lui , il le liera aussitôt. Martin connaît les Indiens et saura bien s'y prendre.

— Eh bien ! si vous croyez que nous trois ne puissions pas en venir à bout , prenons encore Mar* tin.

— Ce n'est pas la force qui nous manquerait, Monsieur, répondit Malachie, mais il vous glisserait entre les doigts en moins d'une demi*minute, s'il n'est pas bien lié. Maintenant nous irons à l'endroit où je dois le rencontrer, nous l'examinerons, et je vous montrerai où vous devrez vous cacher, car il ne faut pas que demain il nous voie ensemble de ce côté-là , at« tendu qu'il pourrait se trouver aux aguets et concevoir quelques soupçons. »

Ils s'avancèrent alors à l'extrémité de la prairie du

côté du fort , à environ un mille de la ferme , et

Malachie ayant choisi son terrain, et leur ayant indi-

• que où ils devaient se cacher, ils revinrent à la mai-

son, après qu'Alfred fut convenu de l'endroit et du moment où Martin et lui se réuniraient au capitaine Sinclair au jour fixé.

Le jour suivant écoulé , et quand le soleil se fut couché derrière le lac, Malachie se rendit à l'extrémité de la prairie. Il y était à peine depuis dix minutes quand le jeune Indien se présenta devant lui. Il était armé, comme précédemment, d'un tomahawk, d'un arc et de flèches. Mais Malachie avait à dessein laissé sa carabine.

Malachie s'assit aussitôt qu'il aperçut l'Indien, comme c'est l'habitude chez ces peuples quand ils veulent avoir une conférence, et la Jeune-Loutre suivit son exemple.

« Mon père a-t-il parlé à l'homme blanc? dit l'Indien après un moment de silence.

— L'homme blanc est affligé de la perte de son enfant et sa femme pleure, répondit Malachie. Il faut que le Serpent-Courroucé amène l'enfant à la loge des hommes blancs «t il recevra des présents.

— L'homme blanc sera-t-il généreux ? continua l'Indien.

— Il a de la poudre , du plomb , des carabines et du tabac , de tels présents plairont-ils au Serpent- Courroucé ?

— Le Serpent-Courroucé a fait un son ge, reprit l'Indien, et il me Ta raconté. Il a rêvé que l'enfant blanc était remis entre les bras de sa mère , qu'elle pleurait de joie, que l'homme blanc ouvrait son magasin et dopnait au Serpent-Courroucé, dix carabines,

deux barils de poudre et autant de plomb que quatre hommes pouvaient en emporter.

— C'était un bon songe, répondit Malachie^ et il se trouvera vrai quand Tenfant sera revenu auprès de sa mère.

— Le Serpent-Courroucé a eu un autre songe. Il a rêvé que l'homme blanc avait reçu son enfant et avait chassé hors de sa loge le Serpent-Courroucé.

— C'était mal , répondit Malachie. Regardez-moi mon fils : avez-vous entendu dire que le Blaireau-^ Gris ait jamais fait un mensonge? 9 et Malachie, en disant cela, saisit le bras du jeune homme. .

C'était le signal convenu entre Malachie et ses compagnons qui s'élancèrent de leur retraite et s'emparèrent de l'Indien. La Jeune-Loutre fit un bond, et, en dépit de leurs efforts pour le retenir , il se serait certainement échappé , car il avait dégagé son tomahawk et allait le faire tourner autour de sa tête, si Martin n'avait pas déjà fait passer une courroie au* tour de la cheville d'un de ses pieds, ce qui permit de renverser l'Indien par terre. On lui attacha alors les bras derrière le dos avec une aujre courroie, et celle qui lui attachait la cheville du pied fut donnée à tenir à Alfred.

<x Vous avifiç raison , Malachie , dit le capitaine Sinclair, je ne peux comprendre comment il a réussi à nous glisser des mains; mais il nous aurait certain nement échappé, et nous aurait probablement encore cassé la tête avant que de s'enfuir.

— « Je connais la nature de ces Indiens , répondit II 5*

Malacbie; on n'est jamais sûr d'eux, lors même qu'ils sont attachés y à moins que la courroie ne les serre jusqu'à pénétrer dans leurs os. Mais vous le tenez maintenant et assez serré , le plus tôt que vous gagnerez le fort ne sera que le mieux. Vous avez vos carabines dans le buisson?

— Oui , répondit Martin , vous les trouverez derrière le grand chêne.

— Je vais les chercher, non pas que je croie qu'il y ait grande probabilité qu'on vienne le délivrer.

— Nous n'avons pas à l'emmener bien loin, dit le capitaine Sinclair, car comme je ne voulais pas qu'Alfred et vous fassiez assez longtemps absents pour donner lieu à des questions, j'ai une escouade de soldats et un caporal cachés dans les buissons à un demi-mille d'ici. Mais Malachie, il conviendrait de faire connaître à l'Indien qu'on ne le retient que comme otage j, et qu'il sera libre dès qu'on aura ramené l'enfant. »

Malachie s'adressa à l'Indien dans sa langue et lui communiqua le message du capitaine Sinclair.

«Dites-lui qu^il y a plusieurs Indiens autour du fort qui , s'il a quelque chose à faire dire au Serpent- Courroucé, s'en chargeront.

La Jeune-Loutre ne fit aucune réponse à tout ce que lui dit Malachie, mais parut regarder autour de lui avec impatience.

« Eloignez-vous aussi vite que vous pourrez, dit Malachie, car, soyez-en sûrs, le Serpent-Courroucé devait le rejoindre après notre entretien. Je le vois

aux regards qu'il porte de tous côtés comme s'il attendait du secours. Je vais aller avec vous et je reviendrai avec Alfred et Martin , car je n*ai pas ma carabine.

— Vous pourrez prendre la mienne , Malachie , dès que nous aurons rencontré les soldats. »

Celte rencontre eut lieu au bout de quelques minutes. Le capitaine Sinclair se chargea alors de l'Indien et se dirigea avec sa troupe vers le fort. Malachie, Alfred et Martin retournèrent à la maison, et avant qu'ils entrassent dans la prairie, Martin aperçut à peu de distance un Indien de haute taille caché dans l'obscurité de la forêt.

a Oui , j'en étais sûr , lui dit Malachie. J'ai bien fait de ne pas revenir sans vous. Après tout, dans les bois y un homme n'est pas un homme sans sa carabine. »

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