‹ Les colons du Canada, Volume 2Chapitre 14 sur 21 · IMPRUDENCE DE JOHN · texte numérisé non relu

IMPRUDENCE DE JOHN

Martin ne s'était pas trompé en disant qu'il avait vu dans Tobscurité de la forêt une figure qui ressemblait au Serpent-Courroucé. Ce chef épiait alors ce qui se passait et avait été témoin de la capture de son émissaire. Il avait suivi ensuite ceux qui gardaient la Jeune-Loutre et l'avait vu conduire au fort. Pendant ce temps Malachie, Martin et Alfred étaient revenus à la maison sans qu'aucun des autres menbres de la famille eût conçu le moindre soupçon sur ce qui venait de se passer. Ce qui leur fit grand {daisir.

a Eh bien! Malachie, dit Alfred, le matin suivant, tandis qu'ils.itaient activement occupés à ensemencer les nouveaux défrichements , que pensez-vous que fera maintenant le Serpent-Courroucé ?

— 11 est difficile de le dire , Monsieur , répondit Malachie ; car il mérite bien le nom de Serpent, si,

comme le dit TEcriturei le serpent est l'anirnsd le plus rusé qu'il y ait sur la terre. Il fera tout ce qu'il pourra, soyez«-en sûr, et s'il n'avait peur de nous, il nous attaquerait immédiatement ; mais je ne pense pas qu'il ose le faire.

~ Non , car votre lettre dit qu'il n'y a que deux carabines dans sa troupe ; ce qui n'est pas assez pour lui donner quelque chance de succès.

— C'est très vrai, Monsieur. J'ai appris que les bateaux doivent venir du fort pour chercher les planches et la farine.

-« Oui, demain, si le vent est moins fort qu'aujourd'hui; il souffl^avec violence. Où est john?

—Je l'ai laissé avec la Fraise, Monsieur; ils s'occupaient du sucre.

'— A propos, Malachie, combien en avez-vous recueilli ?

— Environ trois ou quatre quintaux , Monsieur , autant que je peux le calculer. Bien assez pour ce qu'il en faut à Madame,

— Oui, je le crois aussi. A présent nous aurons des confitures de toute espèce et le fruit ne nous coûtera rien. Les frambroises sont presque mûres ainsi que les cerises. Mes cousines auront besoin de John pour les aider à en cueillir.

~ Je suis sûr, Monsieur, qu'il le fera, quoique je pense qu'il préférât toute autre occupation. Il a dit qu'il irait ce matin à la pèche.

— Si le lac est trop agité, il ne pourra conduire iiui-méme le bateau.

— Eh bieD ! c'est précisément ce qui rengagera à s'embarquer, reprit Malachie, il n'aime pas les travaux faciles, comme de cueillir des framboises. Estil vrai , Monsieur Alfred , que quelques nouveaux colons vont arriver ici ? ^

— Oui, je le crois ; mon père le désire beaucoup; il pense que ce sera un grand motif de sécurité, et il leur a offert des conditions très avantageuses; cela ne vous plaira guère, Malachie ?

— Vous pouvez le penser, Monsieur, mais ce n'est plus le cas; si quelqu'un m'avait dit, il y a deux ans, que je demeurerais ici , j'aurais cru la chose impossible ; mais nous sommes tous des êtres d'habitude. J'étais depuis si longtemps accoutumé à vivre seul , que lorsque je vous vis pour la première fois , je ne pouvais pas supporter votre présence, pas même celle de vos jolies cousines , Marie et Emma , quoique , Dieu le sait, elles pussent apprivoiser un sauvage; mais maintenant, Monsieur, je me sens tout à fait changé ; j'ai d'abord supporté la société, parce que j'étais attaché à l'enfant , ensuite j'ai senti qu'elle ne me déplaisait pas, et à présent je l'aime. Je pense que dans ma vieillesse, je reviens aux sentiments de mon enfance. Je pense souvent à la ferme de mon père et au petit village qui s'élevait à côté; et souvent il me semble que j'aimerais voir bâtir un village ici et une église s'élever sur la colline ; je crois que j'aimerais vivre jusqu'à ce que je visse une église construite et Dieu servi comme il doit l'être.

— Voilà un véritable changement, Malachie. Eh

bien , j'espère que vous verrez une église sur la colline, et que vous vivrez encore plusieurs années après cela pour y assister à des noces et à des baptêmes.

— n en sera ce qu'il plaira à Dieu. Il y a une chose , Monsieur Alfred , qui m'a causé une grande satisfaction, et qui, plus que toute autre, m'a réconcilié avec mon nouveau genre de vie^ c'est que par la bénédiction de Dieu et les soins de votre mère et de vos cousines, la Fraise est devenue une bonne chrétienne; vous ne sauriez croire combien cela m'a fait plaisir.

— C'est une excellente petite femme, Malachie; chacun l'aime, et je crois que Martin lui est fort at* taché ?

— Oui, Moosiewr, c'est une bonne femme, car elle ne cause point et obéit en tout à son mari. Je crois que Martin est devenu tout à fait rangé, et vous pourriez l'envoyer à Montréal ou ailleurs sans craindre qu'il se fît mettre en prison pour avoir fait du

tapage Mais je vois qu'un ours a sauté la nuit

dernière dans le champ de maïs.

— Quoi ! pourrait-il escalader cette clôture ?

— Oui, Monsieur, ils peuvent grimper partout. Mais j'ai suivi ses traces et je pense que je l'attraperai cette nuit , car je lui tendrai un piège. »

Malachie et Alfred continuèrent à travailler pendant encore deux ou trois heures, jusqu'au moment où Emma les appela pour dîner.

a Je ne peux trouver John, leur dit-elle , comme ils revenaient à la maison; la Fraise dit qu'il l'a

quittée depuis quelques moments pour aller à la pédie; Favez-'VOus vu passer le long du ruisseau t

-^ Non, répondit Alfred; mais, Malacbie, ne m*avez-vous pas dit qu'il voulait aller pécher enbateau)

^-- Oui , Monsieur.

~ Voyez-vous le bateau sur le rivage, Emma ?

•— Non , je ne le vois pas, répondit Emma, mais il peut être de Tautre cdté de la pointe.

— Je ne le vois pas non plus; j'espère qu'il n'a pas été entraîné par le vent, car il souffle avec violence ; je vais courir là-bas et voir s'il y est. »

Alfred descendit sur le rivage; le bateau n'y était plus, et , après avoir porté les yeux à Test, côté vers lequel soufflait le vent , il lui sembla apercevoir, à la distance de trois ou quatre milles, quelque chose qui ressemblait à un bateau ; mais l'eau était trop agitée par le vent pour qu'il pût bien distinguer cet objet.

Alfred revint en toute hâte et dit à Emma :

ce Je crains réellement que John n'ait été poussé à la dérive par le vent. Je crois que je vois le bateau, mais je n'en suis pas sûr. Emma , rentrez doucement et rapportez**moi ma lunette d'approche qui est placée au-dessus de mon lit. Faites en sorte qu'on ne vous voie pas , car on vous adresserait des questions et votre tante pourrait s'inquiéter.»

Emma se rendit à la maison et revint bientôt avec la lunette. Alfred et Malachie descendirent alors sur le rivage et le premier reconnut clairement que ce

qu'il avait vu était bien le bateau avec John entraînés à la dérive.

a Maintenant que faut-il faire? dit Alfred. Je vais monter à cheval et galoper jusqu'au fort, car si on ne le découvre pas avant qu'il passe , on ne pourra le sauver.

— Si une fois il entre dans les rapides, dit Malachie, il sera en grand danger, car il pourra être jeté contre un rocher et submergé en un instant.

— Oui , reprit Alfred , mais il en est encore assez éloigné.

— C'est vrai, Monsietn» , mais le vent violent qui souffle précisément dans cette direction, joint à l'impulsion du courant, l'y aura bientôt porté. Il n'y a point de temps à perdre.

— Non, mais je vais entrer pour me mettre à table, et dès que j'aurai pris une bouchée , uniquement pour empêcher qu'on ne s'alarme , je me glisserai hors de la maison et je me rendrai au fort aussi vite que possible.

— C'est bien ; vous y serez à temps , car il est encore à trois milles au-dessus du fort : au fait, il ne peut passer >sans être vu.

«— Malheureusement la chose est possible à présent que l'eau est si agitée, répondit Alfred, pensez que ce sont des soldats qui se trouvent au fort et non des marins accoutumés à regarder ce qui se passe sur l'eau. Ils ne savent pas distinguer une.pièce de bois entraînée à la dérive d'avec un bateau. Mais allons dîner.

— Oui, Monsieur, je vous suis, répondit Malacbie. Mais, avant que d'entrer, je vais prendre un cheval et le seller. Dites à Miss Emma de garder le silence. x>

Alfred rejoignit Emma , à laquelle il fit cette recommandation, puis il entra avec elle pour dîner.

« Où est John? dit M. Campbell. Il m'avait promis quelques poissons du lac pour le dtner, mais il ne les a pas apportés ; vous ferez donc plus maigre chère que je ne croyais.

— Et où est Malachie? dit Alfred.

— Eh bien ? il manquera son dîner , dit Madame Campbell.

—C'est ce que je ne veux pas faire, ma mère, dit Alfred. J'ai très faim et je n'ai que cinq minutes pomr dîner, car nous devons achever de semer ce soir.

-— Je croyais que Malachie était avec vous, Alficed , dit M. Campbell? .

— n était, en effet , avec moi , mon père; mais il m'a quitté. Maintenant , ma mère , donnez-moi, s'il vous plaît, à dîner. »

Alfred mangea rapidement, puis il se leva de table et sortit. Le cheval était prêt, il s^élança dessus et galopa vers le fort, en disant à Malachie que ses parents croyaient que John était avec lui et qu'ainsi U ferait n^ieux de ne pas rentrer pour dîner, et de se tenir à l'écart.

a Oui, Monsieur, c'est ce qu'il y a de mieux à faire et on ne m'adressera pas de questions. Dépéchez-vous, car je suis loin d'être sans inquiétude sur l'enfant. »

Cependant leur plan pour cacher, le danger que

Goorftit John ne réussit pas; car Madame Campbell, depuis la perte du pauvre petit Percival , s'inquiétait plus facilement au sujet de John , et une ou deux minutes affres qu'Alft^d eut quitté la maison, elle se leva de table et alla vers la porte pour voir si elle n'apercevrait pas Malachie et John. Alfred venait de partir au galop, et elle le vit ainsi que Malachie, qui était resté seul, et suivait Alfred des yeux. Le départ mystérieux d'Alfred Talarma; il n'avait point dit qu'il dût aller au fort, et il était évident que John n'était pas avec Malachie. Elle rentra dans la ferme, et, se laissant tomber sur sa chaise, elle s'écria : II est arrivé quelque accident à John.

« Pourquoi dites*vous cela, ma chère ? lui demanda M. Campbell.

•^ J'en suis sûre , répondit Madame Campbell , en fondant en larmes. Alfred est parti à cheval pour le fort. Malachie se tient à l'écart hors de la maison. Qu'est-il arrivé ? »

M. Campbell et le reste de la famille , à l'exception de Marie qui demeura auprès de sa tante , se précipitèrent hors de la maison. M. Campbell fit signe à Emma de venir auprès de lui et obtint d'elle le récit de ce qui s'était passé.

a II vaut mieux lui faire connaître tout de suite la vérité,!» dit M. Campbell, en se rendant auprès de sa femme. Il lui dit que John était poussé à la dérive, et qu'Alfred avait couru à cheval au fort pour qu'on le recueillit dans un des bateaux ; mais qu'il n'y avait pas de danger à redouter.

« Et pourquoi m'aurait -on caché cela s*il n'y avait pas de danger? dit Madame Gampbeil. Oui , l'eau est si agitée qu'il doU y avoir du danger. Mon cher enfant, dois-je vous perdre comme mon pauvre Percival , ajouta Madame Campbell en sanglotant. »

On fit tout ce qu'on put pour la consoler et pour apaiser ses craintes, mais avec fort peu de succès.Tout le monde passa cette après-dînée dans l'inquiétude , et Madame Campbell dans'un état d'extrême anxiété nerveuse. Vers le soir on vit Alfred revenir au grand galop. Tous les membres de la famille étaient sortis de la maison pour attendre son arrivée; le cœur de chacun palpitait d'angoisse, et la pauvre Madame Campbell était presque évanouie. Alfred les aperçut longtemps avant d'avoir traversé la prairie et agita son chapeau en l'air en signe de bonnes nouvelles.

c( Tout va bien , ma chère , 'soyez-en sûre , dit M. Campbell, Alfred n'agiterait pas son chapeau s'il était arrivait quelque malheur.

— Je veux en avoir l'assurance de sa bouche, s'écria Madame Campbell respirant à peine.

— Sauvé? cria Martin à Alfred, comme il approchait.

— Sauvé , sauvé , répondit Alfred.

— Dieu soit loué ! dit Madame Campbell à voix basse, en joignant les mains avec reconnaissance. »

Alfred sauta à bas de son cheval et se hâta de leur communiquer les nouvelles qu'il apportait. John, se confiant trop à ses forces , était monté dans le bateau , mais avait bientôt reconnu qu'il ne pouvait le

diriger par un vent si violent. II avait essayé de revenir au bord, mais inutilement, et s'était vu entraîné v^!>s les rapides, comme nous Favons dit, par le vent et le courant. Mais par bonheur, avant qu'Alfired arrivât au fort , le capitaine Sinclair avait vu le bateau à la dérive, et s'était assuré, avec une lunette, que John était dedans , faisant inutilement les plus vigoureux efforts pour gagner la rive. Le capitaine Sinclair ayant rapporté la chose au commandant en obtint la permission de mettre à Teau un bateau monté par des soldats, et ramena sur le rivage, à environ quatre milles au-dessous du fort, John et sou embarcation qui avaient déjà atteint le grand courant des rapides, et qui, une heure plus tard, auraient pu être submergés. »

Alfred avait vu depuis le fort le capitaine Sinclair gagner le rivage eu traînant à la remorque John et son bateau , et dès quil fut assuré que son frère était hors de danger , il revint en toute hâte l'annoncer à la ferme. Cette nouvelle y causa la plus ^ande joie, et, lorqu'on sut John en sûreté , on attendit son retour avec patience. Deux heures aprè;^, le capitaine Sinclair arriva à cheval avec John en croupe et fut cordialement accueilli.

a En vérité , capitaine Saindair, nous vous avons de grandes obligations, dit Madame Campbell , sans vous mon enfant aurait peut-être péri. Recevez mes plus tendres remerciments.

— Et les miens, ajouta Marie , en lui tendant la main.

— * John , vous m'avez bieu effrayée , dit Madame Campbell. Comment avez- vous été assez imprudent pour vous aventurer sur le lac avec un pareil vent ? Voyez quel danger vous avez couru.

— J'aurais été à Montréal demain matin, dit Joha en riant.

*- Non 9 jamais : vous auriez chaviré dans les rapides longtemps avant d'arriver à Montréal.

^ Eh bien! maman , je peux nager , répondit John.

— Sot enfant , rien ne peut vous efifrayer.

— Mais, Madame , dit Malachie , c'est un boa dé^ faut que d'avoir confiance en soi-même; ne le réprimandez donc pas trop à cet égard. C'est ce qui sauve bien des gens qui auraient été perdus sans cela.

— C*est très vrai, Malachie^ observa Alfred : ainsi, puisqu'il est revenu sain et sauf , ne grondons plus John. U saura qu'il ne doit plus s'exposer par un semblable temps*

-* Certainement) dit John , je ne veux pas descendre les rapides.

— Eh bien! je suis contente de vous entendre parler ainsi , dit Madame Campbell, d

Le capitaine Sinclair passa la nuit avec nos colons. Avant le jour, la famille fut alarmée par le bruit d'un coup de fusil, et on pensa aussitôt que la loge où demeurait Malachie, Martin et sa femme , venait d'être attaquée. Le capitaine Sinclair, Alfred^ Henry et John , sautèrent à bas de leurs lits et furent

habillés en un instant. Dès qu'ils se furent armés y ils ouvrirent la porte avec précaution, et, tout en regardant autour d'eux ^ s'avancèrent dans le pas^ sage qui conduisait à Tenclos des moutons, où se trouvait la loge. Tout y paraissait tranquille; Alfred frappa à la porte. Malacbie répondit : m Qu'y a-t-il ?

— Nous venons d'entendre un coup de fusil près de la maison, et nous avons pensé qu'il était arrivé quelque chose.

— Oh! répondit Malachie, en riant, n'est-ce que cela ? Eh bien ! vous pouvez tous retourner vous coucher ; c'est ma trappe à ours, et rien de plus. J'ai oublié de vous en parler hier au sohr.

a Mais , puisque nous sonunes levés, nous pouvons aussi bien aller voir , dit Alfred , le jour commence à poindre.

— Eh bien I Monsieur, je suis prêt , dit Malachie , qui sortit de sa loge , en tenant d'une main sa jaquette de peau de daim et de l'autre sa carabine. »

Ils se dirigèrent vers le champ de maïs, de l'autre côté du ruisseau , et trouvèrent que le piège avait réussi, car un grand ours était étendu mort au pied de la palissade ?

a Oui, Monsieur, je l'ai attrapé, dit Malachie.

— Mais quelle était votre trappe? dit Henry*

— Vous voyez. Monsieur, j'avais suivi la trace de Tours, et comme je savais- qu'il reviendrait par le même chemin , j'avais placé une carabine avec un fil d'archal attaché à la détente , de telle sorte qu'en escaladant la. clôture l'ours devait toucher le fil avec

ses pattes de devant, et le canon légèrement abaissé devait lui envoyer la balle dans le cœur. Vous voyez, Monsieur, que la chose a été à souhait , et voilà encore une bonne peau pour Montréal.

— (y est une femelle , dit Martin, qui venait d'arriver, elle a ses petits, qui ne peuvent être bien loin.

— C'est vrai, répondit Malachie; aussi feriezvous mieux de vous en retourner tous. Martin et moi nous nous cacherons, et je réponds que dans une heure nous rapporterons les petits à la maison, d

On retoupna donc à la maison. La Fraise avait déjà fait connaître à M. et à Madame Campbell la cause de l'explosion. Environ une heure avant le déjeuner , Malachie et Martin revinrent chacun avec un ourson de quelques semaines. Ces petits animaux avaient suivi les pas de leur mère pour la rejoindre et touchaient de leurs pattes son cadavre comme pour la réveiller, lorque Malachie et Martin s'emparèrent d'eux.

« Quel charmant favori, dit Emma, je veux l'élever pour moi.

— Je veux avoir l'autre , dit John. »

On ne fit aucune objection à ce projet , si ce n'est que M. Campbell remarqua que si ce^ animaux en grossissant devenaient embarrassants , on s'en déferait, ce qui fut convenu. Emma et John prirent pos* session de leurs favoris et les nourrirent de lait. Au bout de peu de jours ils furent apprivoisés. L'un d'eux fut enchaîné près de la maison et l'autre à la loge de Malachie. Ces petits animaux devinrent bientôt

très amusants par leurs jeux. Les chiens s'y accoutumèrent et n'essayèrent jamais de leur faire du mal. On pouvait voir Oscar et les ours se roulant ensemble comme les meilleurs amis. Mais , au bout de quelques mois, ils devinrent trop gros et trop embarrassants pour des favoris. Aussi l'un d'eux fut-il envoyé à Montréal, sur un des bateaux, pour être donné en présent à M. Emmerson, et l'autre fut emmené au fort par le capitaine Sinclair, où il devint le favori des soldats.

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