L'ENLÈVEMENT
Le capitaine Sinclair était alors presque toujours à la ferme , car pendant Tété le colonel accordait beaucoup plus de liberté à ses officiers. Quoique Ton eût fait connaître au Serpent-Courroucé la captivité de la Jeune-Loutre et le motif qui l'avait occasionnée, plusieurs semaines s'écoulèrent sans que ce chef manifestât l'intention de racheter son jeune guerrier en rendant Percival. On attendait chaque jour une ouverture de sa part; mais il n'en fit aucune, et ceux qui étaient dans le secret vivaient dans une attente et dans une inquiétude continuelles. On ne savait qu'une seule chose, c'est que l'Indien, sur lequel John avait tiré était mort , ce qui faisait craindre à Malachie et à Martin que le Serpent-Courroucé ne voulût se venger sur le jeune Percival. Mais ils gardèrent pour eux cette appréhension que leur causait la connaissance qu'ils avaient du caractère des Indiens.
Vers la fin de l'été, il leur arriva des lettres et des journaux d'Angleterre et de Montréal. Les nouvelles d'Angleterre ne leur annonçaient rien qui fût pour eux d'un intérêt particulier ; cependant ils lurent les journaux avec leur empressement habituel. Un article frappa les yeux de «Henry qui le lut aussitôt à haute voix, en faisant remarquer que chaque envoi de journaux leur donnait des nouvelles de M. Douglas Campbell. L'article était conçu en ces termes .
« Une superbe chasse a eu lieu vendredi dernier avec la meute d'Oxley; » et, après la description de la contrée qu'elle avait traversé, l'article finissait ainsi :
a Nous regrettons d'annoncer que M. Douglas Campbell de Wexton-Hall, a fait une grave chute de cheval en franchissant un large ruisseau. Nous apprenons toutefois que son état est satisfaisant, d — Les lettres de Montréal étaient importantes. Elles faisaient connaître le départ immédiat de cette ville de quatre familles d'émigrants qui avaient accepté les conditions que leur avait offertes M. Emmerson , et qui venaient s'établir sur la propriété. de M. Campbell. Elles annonçaient aussi la conclusion de l'achat de six cents acres de terrain contigu à cette propriété , et renfermaient les quittances du gouvernement pour le payement de ces terres.
Les nouvelles contenues dans cette lettre engagèrent M. Campbell à envoyer, par le capitaine Sinclair^ un message au commandant du fort^ pour lui
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communiquer Tarrivée des JFamillés d'éniigrants , et pour lé prier de lui faire savoir s'il pourrait lui accorder ûh certain nombre de soldats qiii aideraient à élever les chaumières destinées à les recevoir. H lui demandaît en même temps de lui prêter deux oii trois tentés pour les loger jprovisoiremènt jusqu^à ce que leurs habitations fussent prêtes. La réponse du commandant fut îavorabîe. Tout fut alors en mouvement dahâ la ferme, afin que si la chose était possisible , les constructions pussent être avancées au moment où les récoites donneraient à tout le monde iiiiè ample ôccupaliob. En effet, Tépoque de la fenaison approchait, et sans Taide des gens du fort, il eût été impossible d'achever tous ces travàiîk, èl il aurait été forl încommo(ië d'êire obligés de loger dans la fermé quelques -uns des émï-
L^étnpiàcémënt de chacune àei quatre chaumièrfeè, Où huttes en trônes d'arbre , JTut bientôt choisi ; elles se troùVàîe'ni toutes à prèè d'uh demi-mille de la thaisôn àé M. Càmpbeîi , et jpendant que quelquestihs àe nos cbloiis, aidés d'une partie des soldats, récoltaient lé Ifoih , les autres , avec le reste des soldats, abattaient des ai»bres et élevaient les chaumières, tjuîhiè jours àpréà que l*oh eut commencé leà trâvâto, léà éttii^râtitè ârrivètetil et ftirént Ibgëé dans les tentes qù'oii leùi* avait préparées. Avéc leur àidè lès constructions avancèrent rapidement. Le contrat fait par M. Camjpbell pointait d^Mh chaqlie ëthigîpàrit tëèevràit fclhquahté afcfes dé tetre , après
en avoir défriché autant pour M. Campbell. Il y avait encore plusieurs autres conditions relatives à la nourriture des familles des émigrants, et au bétail qu'on devait leur fournir, qu'il serait trop long de mentionner. Nous dirons seulement que M. Campbell , en y comprenant ses précédents achats,, conservait environ six cents acres , étendue de terre qu'il jugeait sufBsante pour sa ferme. Ce terrain était enfermé dans une même enceinte, et avait l'avantage de s'étendre le long du lac. Le feu avait défriché une grande partie de ces nouveaux terrains , en sorte qu'ils ne demandaient que peu de travail pour être mis en état de produire une première récolte. Pendant que les émigrants et les soldats travaillaient avec ardeur, le colonel fit une visite à M. Campbell pour régler son compte avec lui et lui remit une traite sur le gouvernement pour les planches, les farines , etc. , qui avaient été fournies pour le fort.
a Je peux vous assurer, M. Campbell , dit le colonel , que j'ai grand plaisir à vous donner tous les secours dont je puis disposer, et je le fais d'autant plus volontiers que j'y suis autorisé par le gouverneur. Votre arrivée et votre établissement ici ont été avantageux pour tout le monde. En approvisionnant le fort vous avez épargné au gouvernement une grande dépense, et en même temps vous vous en êtes bien trouvé , vous avez eu un débouché pour vos récoltes sans avoir besoin de les expédier jusqu'à Montréal. Cela vous a épargné de grands frais , comme nous en avons fait nous-mêmes l'expérience Il . 5*"
— hi — en faisant Venir nos provisions dé iyïohti*éai. Vous pouvez garcler ies soldats qui travaillent ici aux mêmes conditions que précédemmeiii;, et cela aussi longtemps que vous en aurez besôiii, pourvu qu'ils Moùrtiéhl m fort à renttéô dé rhiVëi».
— Eh blèii \ fei ^ôùs lé perihéttiei, je lés gàtderaî pôiil* la iiiôissoil, nous avons tanl d'occupations, iqué je m'éstimérài très heureui dô les îndemhisëî^ dé leiit travail, i
J'ai parle de l'arrivée de qliàtrë femîUés d^éittigrahts y que je vais màihtehaiii faii^ cohhaUi*é tin peu mieux k ttiés léctéiits :
Là t)rékhièt*e fettiillé était composée d'iîii mari et de sa femme appelés tiarvey ; ils àVaieiit déilx fils , âgés l'un dé quatorze et l'àlitre de seize ans, et lirië fille âgée de dix-huit. Cet homme àvkit été hh petit fermier; grâce à ison aclivilë, il gagnait hohorablementsa vie et faisait quelques éconôihies, quand sou fils aîné, âgé aloi»s d'envirbn vingt ails, se tiiit à fréquenter de mauvais sujets et à passei* sa vie daûs lés cabarets et dans les foires j oii il jJerdaiè Sbn tempis et son iargent. Son père , dont les ancêtres avaieht habité le même endroit depuis plusieurs générations , et avaient toujours été comme lui de petits fermiers , et qui était fier de ce que la famille s'étàll; bonstàmment distinguée t)ar sa probité, fit tbut ce qu'il put , mais en vain, pour le retirer du vice. — A la fin, ce fils se rendit coupable d'un vol avec effraction, ftil jugé, condamné et déporté pour la vie. Ce malheur fit une telle impression sûr son père, qu'il n'o-
— '175 — sait plus leVer la tête; il craignait de se tilbntrer dans la paroisse ; à la fin il résolut d'émigrër dans un pays où cet événement ne serait pas côiihu.
11 vendit eh conséquence tout ce qu'il pbissédait et m retidit au Canada , mais après qu'il y ifut arrivé et qu'il eut payé tbtitôs ses dépenses , il he lui reista que peu d'argent, et dès qu'il eut appi»is dé M. Émmerson les conditions offertes par É. Campbell , il les accepta avec Qppressement. Sa femme, ses deux fils et sa fille, qui l'accompagnaient, étaient kussi laborieux et aussi honnêtes que lui.
La secôhde famille , appelée Graves , consistait en un mari et sa ïemme avec ùh fils déjà grand. Deux sœurs de la femme les accompagnaient.' Ce fermier venait du comté de Buckingtiam, et avait l'habitiide des travaux de là laiterie.
La troisièïtiè faniille, qui s'appelait Jacksoh, était fort nombreuse ; ces gens avaieht été fermiers et jardiniers près dé Londres , et avaient apporté quelque argent avec eux: mais, comitie je l'ai dit, ils avaient beaucoup d'enfants, la plupart trop jeunes encore pour se rendre Jtiles avant quelques années. Ces enfants étaient ad nombre de sept : une fille de dix-huit ans, deux garçons de douze et de treize ans, puis trois petites filles et un garçon nouveàu-né . Jackson avait assez d'argent pour acheter une ferme; mais comme il était lin homme prudent , et qu'il pensait que peutêtre il ne réussirait pas d'tibord et que sa nombreuse famille épuiserait toutes ses ressources , il s'était décidé à accepter les offres de M. Campbell.
— ne —
La quatrième et dernière famille était un jeune couple du nom de Meredith. Le mari était fils d'un fermier du Shropshire, qui, à sa mort, avait partagé sa propriété entre ses trois fils : deux d'entre eux étaient restés dans la ferme et avaient payé en are^nt la part de leur frère cadet. Celui-ci étant d'un caractère entreprenant, avait résolu d'aller au Canada et d'y tenter fortune.
L'arrivée de ces familles augmenta de vingt et une iiersonnes les habitants de lat)etite colonie , ce qui en porta le nombre total à trente et un. Sur ce nombre il y en avait treize en état de porter les armes et de se défendre contre une attaque des Indiens.
Avant l'époque de la moisson , toutes les chaumières se trouvaient achevées, et tous les émigrants s'occupèrent alors à abattre des arbres autour de leurs nouvelles habitations pour se chauffer pendant l'hiver, et à défricher l'emplacement où ils comptaient établir leurs jardins pour y planter des pommes de terre au printemps suivant. La moisson se trouvant mûre leur fournit à tous une ample occupation. Le blé fut promptement récolté , grâce aux efforts réunis des soldats et des émigrants ; les premiers, ayant ainsi achevé leur tâche , retournèrent au fort, et les Campbell restèrent seuls avec les nouveaux venus. Les miss Percival trouvèrent un grand plaisir à visiter les émigrants dins leurs chaumières et à faire connaissance avec les enfants. On forma divers plans pour établir une école du dimanche et d'autres institu-
tions iiiaej; L'un d'eux fdt immëdiatëhient fails â ëiééùtiôh j ce fût tjtre M. Campbell célébrerait cfaei lliî l'office âivîn bhaque 'diuiànche et que tous leô ërnîgrâhts à'ssîsteràiètit à cô bblté. M. Campbell liV Vait qu'à slé louer de leur conduite. Ils ne taisaient ëhtchdré ni piàîtttéà ni mlirriiares de quelque travail qu'on les chargeât, 'et paraissaient satisfaits des objets que M. Campbell Ifeui* avait fournis. On forma dé ht)uvelles eXp'édilÎDtis de châsse. Meredith et le jeime GraVes se montrèrent bons chasseurs et tireurs habiles, eii sorte que les colons purent se partager en deux partis qui allaient altel'hativement à M châsse. Ceux qii'é leur loùi» n'appelait pas à sortir de l'établissement employaient leur journée à pêcher et à saler leur poisson dès qu'il était pris, afin d'en avoir line abondante provision pour l'hiver. Mais bien que M. et Madame Campbell , les miss Percival , ainsi que la plupart des membres de la famille fussent très contents de la perspective que leur offrait l'avenir , il y avait quatre personnes qui vivaient dans l'incertitude et l'angoisse. C'étaient Alfred , Malachie, Martin, et la Fraise. La connaissance qu'ils avaient de l'existence du jeune Percival, était pour eux une grande source de tourments ; car, malgré là capture et la détention de la Jeune-Loutre, rien n'iiidiquait que le Serpent- Courroucé voulût faire à son égard quelque proposition d'échange. Le capitaine Sinclair, qui venait habituelleinent deux fois par semaine à la ferme , était aussi vivement contrarié en trouvant à chacune de ses visitée, que Malachie et Alfred n'avaient pas plus
de communications à lui faire quil n'en avait lui* même à leur annoncer. Ils ne savaient trop à quoi se résoudre. Laisser passer un second hiver sans essayer de recouvrer Tenfant, leur paraissait un trop long délai, et, d'un autre côté, communiquer ce qu'ils savaient sans autre résultat qu'un amer désappointement, leur semblait imprudent, car le chef indien pouvait avoir tué l'enfant pour se venger, et alors le chagrin des parents n'en serait que plus cruel. Cela ne ferait que rouvrir inutilement leur blessure. Ce sujet avait souvent été discuté entre Alfred et le capitaine Sinclair, quand un événement inattendu mit fin à leurs débats. Marie Percival était allée un matin à un endroit appelé le Marais-du- Cèdre, près du rivage du lac, pour y cueillir des myrtilles dont on voulait faire des confitures. Elle avait avec elle une petite fille de l'un des émigrants, Marthe Jackson. Quand un des paniers fut plein, Marie renvoya à la ferme par la petite fille , en lui prescrivant de revenir aussitôt. L'enfant obéit; mais, de retour au Marais-du-Cèdre , elle ne vit plus Marie Percival. Le panier que celle-ci avait gardé était par terre sur une éminence au bord du marais avec toutes les myrtilles renversées. La petite fille appela Miss Percival par son nom pendant un quart d'heure ; mais ne recevant point de réponse , elle prit peur , s'imaginant qu'elle était devenue la proie de quelque bête féroce ; elle courut alors à toutes jambesà la maison et annonça à M. et à Madame Campbell ce qui était arrivé. Martin et Alfred étaient au mqulin.
Malachie, par bonheur se trouvait à sa loge, la Fraise courut auprès de lui, et après lui avoir fait connaître le récit de la petite fille y elle regarda Malachie , en disant :
a Le Serpent-Courroucé. »
— Oui, c'est cela, répondit Malachie, je n'en doute pas; mais pas un mot là -dessus pour le moment. Je savais bien qu'il tenterait quelque chose, mais je ne l'aurais pas cru si audacieux. Cependant nous verrons. Retournez à la maison, dites à Monsieur et à Madame que suis allé au Marais-du-Cèdre et que je reviendrai aussi vite que possible, et vous-même suivez-moi promptement, car vos yeux sont plus jeunes que les miens et j'en aurai besoin. Dites-leur de n'envoyer aucune autre personne, cela ferait plus de mal que de bien , car on foulerait le terrain et nous pourrions perdre la trace. »
Malachie prit sa carabine, en examina l'amorce et s'achemina du côté du marais pendant que la Fraise allait à la maison s'acquitter de son message auprès de M. et de Madame Campbell. Puis laissant ces derniers qui étaient dans une grande inquiétude et qui avaient envoyé la petite Marthe Jackson chercher Alfred et Martin, la Fraise suivit Malachie au Marais-du-Cèdre : elle le trouva arrêté et appuyé sur sa carabine près du panier qui avait renfermé les myrtilles.
« Maintenant, Fraise, il nous faut trouver combien ils étaient et quelle route ils ont prise, dit Malachie, en se servant de la langue des Indiens.
— |ci, 4|t I5 Fr^isej ei) iTidiq«§p( çjîe ^ g^^ unp trace, que n'aurait 'mn\à\& remarg^fée HRa p§çr §ppne qiu R'^uçai| pa§ û^ené la ^\^ (^es ïq^ieps.
— Je vois, mon enfant, je vois cette empreis^te «$ encore deux autres. Ma\^ cpl^ ^e pc^us d\\ pas g^^d chose; suivo;i$ la pjst§ jqsqu'^ ce que pftU5 ft^f^vions à un endroit qu nous ppurrons mieux recqppaître^ l^ tracp. Voil^ sop pied, ajou^ ]\Ialacbi§ aprè^ é^yoî^^ feit ençpra 4^ux oq trois p^s. J^a semelle ^'un soulier coupe le g[azop plus forten^ent qu'ui^ mqç^s^. T^otre tâche n'es}, pas facile ^ présent, et $i \^ autfe^ arrivent, ils peuvent ^mSi faire pcrdc^ tqut ^ fait 1^ Ir^pe.
-r Ici epcore^j dit 1^ Fraise ^ ^e baissapl RQur?^' gajcder de plu^ près l'Jierjîe sèche et çouçte.
— Oui, vous avez raison, mon enfant, reprit Ma-? lachie. Suivons-la jusqu'au Ijas de |a colline, et akffSt nous y verrons plqs cl^ir. »
Grâce 2^ cette inspection minutieuse, Majachie e^ la Fraise purent continuer à sqivre cette trace pres-r que imperceptible jusqu'à ce qu'ils arrivassent ai| pied de l'éminence, à environ cent pas de leur point de dép^t. (.eur tâche était devenyç plvis difficile, car l'eiflpreinte du pied de Marie, plus aisée à distinguer, leur avait servi de gui4e pepd^nt quelques pas. Eni^uit^, on ne l'aperçut plus, §t il fu| évident qu'elle avait été soulevée de terre. Ce qui leur donna la certitude qu'p^ l'avait emportée. Arrivés au pied de l'éminence, ils reconni^re.nt distinctement des empreintes de mocs^ssins, et après en avoir mesuré
exactement la longueur et la largeur, ils s'assurèrent qu'elles appartenaient à deux personnes différentes. Ils continuèrent à les suivre jusqu'à la forêt, à environ un quart de mille du marais. Alors ils entendirent Alfred et Martin qui les appelaient; Malachie leur répondit, et ils se trouvèrent bientôt réunis. a De quoi»s'agit-il , Malachie?
— Le Serpent l'a enlevée, Monsieur, je n'en doute pas, répondit Malachie. Le coquin est décidé à avoir l'avantage sur nous. Nous n'avons qu'un prisonnier, et il en a deux. »
Malachie leur expliqua ce qui lui faisait croire qu'elle avait été enlevée, et Martin fut aussitôt de son avis.
« Eh bien î dit alors Alfred, avant d'agir, consultons-nous sur ce qu'il y a de mieux à faire.
— Monsieur, répondit Malachie, ce qu'il y a de mieux à faire pour le moment, c'est que la Fraise et moi nous suivions la trace et que nous cherchions à obtenir de nouveaux indices, et quand nous aurons recueilli autant d'informations qu'il nous sera possible, il nous faudra nous réunir en nombre suffisant et nous mettre à la poursuite des Indiens. Suivons seulement leur trace avec attention, et nous ne la perdrons pas, surtout si la Fraise est avec nous, car elle a des yeux meilleurs que ceux d'aucun Indien, homme ou femme, que j'aie jamais connus.
— C'est bien, Malachie; mais que dois-je faire pendant que vous suivrez la piste ?
-^ Eji bien, Monsieur, rassemblez les hommes II 6
— 48« — pour notre expédition, et faites en sorte que chacun soit prêt à partir; car, si cela est possible, il faut que nous soyons loin dans trois heures.
— Le capitaine Sinclair aimerait sans doute venir avec nous, dit Alfred, sans cela, il serait tout à fait hors de lui.
— Il Faimerait peut-être, répondit Màlachie froidement; mais je préférerais qu'il ne vint pas : il ne serait pas assez calme.
— Ne craignez rien ; mais il faut que j'aille raconter à mes parents tout ce qui s'est passé. Je leur dirai que Percival est vivant.
— Pourquoi cela, Monsieur? répondit Malachic. Vous ne ferez que les tourmenter davantage. C'est assez qu'ils aient à gémir sur l'enlèvement de Miss Percival, sans leur donner un nouveau motif d'angoisse en leur faisant connaître la situation de leur fils. Je me bornerais à dire que Miss Marie a été enlevée par quelqu'un, sans leur parler de la capture de la Jeune- Loutre et de nos motifs pour la faire.
— Oui, cela vaudra peut-être mieux, dit Alfred. Je vais donc laisser Martin ici, et j'irai à cheval trouver le capitaine Sinclair au fort. Deraanderai-je quelques soldats?
— Oui, Monsieur. S'il y a parmi eux quelques bons chasseurs, deux d'entre eux nous seraient to^ utiles. Nous devons être plus nombreux que les ffldiens, et ces derniers, si vous vous en souvenez, sont au nombre de six, outre le chef. N«uts sommes trois ici : vous^ Martin et moi; le €apiW|||^ Sinclair et
deux soldats font six ; le jeune Graves et Meredith font huit. C'est assez, Monsieur; ce qui est plus que suffisant est nuisible. Il faut que M. Henry reste; j'en dis autant de M. John, parce qu'il ne sera pas de retour avant notre départ. J'ea suis fâché, car j'aurais ainié l'avoir avec moi.
— On n'y peut rien, reprit Alfred. Eh bien, nous allons vous quitter, Martin et moi, et, si je le peux, dans deux heures je serai de retour avec le capitaine Sinclair.
— Aussi vite qu'il vous plaira, Monsieur, et Martin préparera les provisions nécessaires pour notre voyage, afin que, s'il est possible, nous n'ayons pas besoin de faire entendre le bruit de nos carabines.»
Alfred partit en toute hâte, et Martin le suivit après avoir reçu quelques directions de Malachie. Ce dernier et la Fraise continuèrent à suivre, pendant plus d'une heure, la trace des Indiens dans le plus épais du bois, jusqu'à ce qu'ils arrivassent à un endroit où on avait allumé du feu, et où les empreintes marquées sur le sol attestaient que l'on y avait séjourné quelque temps.
« Voilà où était le nid de toute la bande, dit Malachie en portant ses regards autour de lui. »
La Fraise, qui examinait le terrain, ajouta :
« Voici encore le pied de Miss Marie.
— Oui, oui; on voit bien que deux Indiens l'ont enlevée et amenée' ici, où les autres les attendaient, et c'est d'ici que toute la troupe est partie. Maintenant, il nous faut trouver leur nouvelle piste,
qu'ils auront sans doute pris soin de nous cacher. »
La Fraise lui montra encore une empreinte près de la place où le feu avait été allumé, et ajouta :
< Le mocassin d'une femme.
— C'est vrai , reprit Malachie ; l'Indienne est donc avec eux; tant mieux, car, puisqu'elle m'a envoyé cette lettre, elle peut encore nous être utile si elle le veut. »