‹ Les colons du Canada, Volume 2Chapitre 17 sur 21 · LE COMBAT · texte numérisé non relu

LE COMBAT

Le capitaine Sinclair fut vivement contrarié de ce retard, mais il n'y avait pas de remède. Convaincu que ce plan était 1§ plus prudent, il ne tit aucune objection. Alfred était aussi peiné de ce délai parce qu'il savaitquelles angoisses ses parents éprou^teraient pendant leur absence. Ils virent néanmoins avec plaisir combien le rétablissement de la femme indienne avançait rapidement, et au cinquième jour de leur halte dans la forêt, elle leur annonça qu'elle se sentait en état de marcher, si l'on cheminait lentement. On se mit donc en route le sixième jour : ils avaient épargné leurs provisions de porc salé pour n'être plus obligés de s'arrêter, et n'avoir plus besoin de se servir de leurs carabines pour se procurer de la nourriture. Le soir précédent ils avaient fait rôtir autant de viande de daim qu'ils pouvaient en conserver en état d'être mangée et ils étaient partis

au point du jour sans suivre la trace des ravisseurs, mais s'acheminant directement vers les loges de la bande du Serpent-Courroucé, sous la conduite de la femme indienne.

Comme ils n'avaient plus qu'à s'avancer ausgi vite que possible, sans fatiguer cette femme dont la tête était bandée et qui était encore affaiblie par la perte de son* sang, ils firent une assez bonne marche le pre» mier jour et s'arrêtèrent à la nuit selon leur coutume. Hs continuèrent ainsi à cheminer pendant six jours ; le soir du sixième jour, comme ils faisaient leurs arrangements pour passer la nuit, l'Indienne leur dit qu'ils n'étaient plus qu'à trois à quatre milles des loges qu'ils cherchaient. En conséquence on tint conseil sur ce qu'il y avait à faire, et on convint enfin qu'ils se laisseraient conduire par l'Indienne à un endi(^t aussi rapproché que possible des loges et où ils pourraient se cacher 3 que lorsqu'ils y seraient parvenus, l'Indienne et Malachie iraient reconnaître si le chef et sa bande étaient arrivés ou non avec Marie Percival. — La plupart d'entre eux passèrent le nuit sans dormir tant ils étaient impatients d'atteindre le lendemain. Ils se remirent en marche longtemps avant le jour, s'avançant avec de grandes précautions; l'Indienne les conduisit dans un épais taillis de sapinette du Canada placé à environ 150 pas des loges et où ils se trouvèrent parfaitement cachés. Peu après, Malachie et l'Indienne disparu* rent en rampant dans les broussailles environnantes, afijd d'acquérir, s'ils le pouvdent, de nouveaux ia-

— t04 — dices en prêtant Toreille. Pendant ce temps, le reste de la troupe avait les yeux fixés sur les wigwams, épiant qui en sortirait au lever du soleil, car il faisait à peine jour quand ils étaient arrivés dans le lieu de leur retraite.

Au bout d'une demi-heure d'attente, ils virent sortir d'une des loges un jeune Indien. Il portait des guêtres et une chemise en peau de daim selon l'usage des Indiens et tenait un arc et des flèches. Une plume d'aigle était fixée dans ses cheveux et s'élevait au-dessus de son oreille gauche^ ce qui indiquait en lui le fils d'un chef.

« C'est mon fi^ère Percival, dit John à voix basse.

— Percival, ajouta Alfred, est-ce possible ?

— Oui, dit tout doucement la Fraise, c'est Percival, mais ne parlez pas si haut.

— Eh bien, ils en ont fait un véritable Indien, dit Alfred, nous aurons à en faire de nouveau un visage pâle.»

Percival, car c'était lui, regarda autour de lui pendant quelques moments, et découvrant enfin une corneille qui volait au-dessus de sa tête, il tendit son arc, et la flèche abattit l'oiseau à ses pieds.

a Voilà un fameux coup, dit le capitaine Sinclair, ce garçon a dans tous les cas appris quelque chose. Vous ne pourriez en faire autant, John.

— Non, répondit John, mais on ne lui confie pas une carabine. »

Us attendirent encore quelques instants et virent sortir des loges une feoune et un vieillard, puis un

quart d'heure après, trois femmes et un jeime Indien âgé d'une vingtaine d'années.

ce Je pense que nous les avons tous sous nos yeux maintenant, dit Martin.

— Oui, je le pense aussi, répondit le capitaine Sinclair. Je voudrais que Malacbie revînt, je ne crois pas qu'il en apprenne plus que nous n'en savons nous-mêmes. »

Une demi-heure après, Malachie revint avec l'Indienne. Ils avaient rampé dans les broussailles jusqu'à une cinquantaine de pas des loges. Mais ils avaient craint de s'avancer au delà parce que l'Indienne avait dit que les chiens pourraient donner l'alarme, car il y en avait deux dans les wigwams. L'Indienne ajouta qu'elle était convaincue que la bande n'était pas encore de retour. On tint de nouveau conseil sur le parti à prendre. Ces Indiens ne pouvaient opposer une résistance sérieuse; il n'y avait qu'un vieillard, un jeune homme de vingt ans et quatre femmes. On pouvait aisément s'en emparer et les garder, mais il s'agissait de savoir si cela serait avantageux, car si l'un deux venait à s'échapper, il pourrail informer de leur arrivée la bande du Serpent et l'empêcher de revenir à ses wigwams avec Marie Percival. Cette question fut débattue à voix basse entre Malachie, le capitaine Sinclair et Alfred, lorsque John les interrompit en disant :

« Les voilà qui vont à la chasse, le vieux Indien, le jeune et Percival; ils ont tous leurs arcs et leurs flèches.

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