II C
— Ce garçon a raison, dit Malachie. Eh bien! cela me paraît décider l'affaire. Nous pouvons maintenant nous emparer des hommes sans que les femmes en sachent rien. Elles ne les attendront pas avant le soir, et si même alors ils ne sont pas de retour, elles n'en seront ni surprises , ni alarmées. Laissons-les cheminer pendant quelque temps, puis nous les suivrons. Si nous pouvons nous en emparer, nous déciderons ensuite ce qu'il faudra faire des femmes. »
On convint de s'arrêter à ce plan, et Malachie fit connaître leurs projets à la femme indienne. Elle les approuva tout en disant :
« Le Vieux-Corbeau (c'était le nom du vieil Indien) est rusé; soyez sur vos gardes, »
La troupe demeura dans sa retraite pendant encore un quart d'heure, jusqu'à ce que Percival et les deux Indiens eussent traversé le terrain découvert qui s'étendait devant les loges, et fussent entrés dans les bois. Elle les suivit en marchant dans une direction parallèle à la leur, Malachie et John formaient l'avant'garde, Martin et Alfred les suivaient sans les perdre de vue, et le reste de la troupe s'avançait en se tenant à la même distance derrière Allfred et Martin. Us cheminèrent ainsi au travers de la forêt pendant plus d'une heure , lorsqu'un troupeau de daims passa rapidement devant Malachie et John. Ceux-ci s'arrêtèrent à l'instant et s'accroupirent pour se cacher. Martin et Alfred suivirent leur exemple, et les autres, sur un signe de la Fraise, en firent autant. A peme avaient-ils fait cela, qu'un daim percé
d'une flèche s'élança dans la direction suivie par le troupeau, et, après quelques bonds, tomba par terre. Au bout d'une minute ou deux, les chasseurs parurent, ils s'arrêtèrent auprès de l'animal expirant, causèi'ent pendant quelques instants, puis sortirent leurs couteaux pour l'écorcher et le dépecer. Pendant qu'ils étaient ainsi occupés, Malachie et John d'un côté, Alfred et Martin d'un autre, et le reste de la troupe d'un troisième côté, s'avancèrent doucement vers eux en rampant. Mais, pour les envelopper complètement, il fallait que le groupe principal se partageât et envoyât un ou deux hommes plus à l'est; le capitaine Sinclair dirigea de ce côté Graves et un des soldats, en leur prescrivant de ramper sans bruit jusqu'à ce qu'ils atteignissent une place qu'il leur désigna, et d'y attendre le signal qui leur serait donné.
A mesure que ces différents groupes se rapprochaient des Indiens et de Percival, le Vieux-Corbeau paraissait inquiet ; il regardait de tous côtés et appliqua une ou deux fois son oreille contre le sol; chaque fois qu'il faisait cela, tous s'arrêtaient et retenaient presque leur haleine.
a La femme indienne nous a averti que le Vieux- Corbeau est soupçonneux, dit la Fraise au capitaine Sinclair, il s'aperçoit qu'il y a quelqu'un p^ès de lui dans les bois, et elle croit qu'elle ferait mieux d'aller auprès de lui.
— Qu'elle y aille, dit le capitaine Sinclair. »
La femme se leva et s'avança du côté des Indiens, qui se tournèrent vers elle aussitôt qu'elle s'approcha
— SK)8 —
d'ejLîx. Elle leur paria et parut leur raconter pourquoi elle était de retour. Dans tous les cas, elle occupa l'attention du Yieux-Corbeau jusqu'à ce que les différents groupes lussent tout près d'eux; alors, Malachie se leva, tous les autres en firent autant et se précipitèrent sur les Indiens. Après une courte et inutile résistance, on s'assura d'eux, mais ce ne fut qu'après que le jeune Indien eut blessé un des soldats avec son couteau. On avait fortement garrotté les bras et les jambes des Indiens, lorsque Percival, que Ton n'avait pas lié, chercha à s'échapper, et d'après l'avis de Malachie, on l'attacha comme les deux autres.
Dès qu'on se fut assuré des prisonniers, Martin, Graves et les soldats s'occupèrent à dépecer le daim et à en préparer la chair pour le dîner, pendant que la Fraise et la femme indienne rassemblaient du bois pour faire du feu. Pendant ce temps, le capitaine Sinclair, Alfred, Malachie et John s'étaient assis à côté des prisonniers et portaient leur attention sur Percival, que l'on avait été obligé de lier de peur qu'il ne s'échappât ; car son séjour de près de deux ans dans les bois, parmi les Indiens, sans voir le visage d'un blanc, avait (comme cela s'est toujours vu chez les personnes fort jeunes) presque entièrement eJËfacé les souvenirs de sa vie précédente, tant nous tombons rapidement dans l'état sauvage. Il ne répondit rien aux questions d'Alfred et parut ne pas le comprendre.
« Laissez-moi essayer de l'entretenir, Monsieur,
dit Malachie -, je lui parlerai en langue indienne, n a peut-être oublié la sienne. Il est étonnant combien on retourne vite à Tétat de nature une fois que Ton vit dans les bois. »
Malachie s'adressa alors à Percival en langue indienne; Percival Técoula un moment, puis lui ré* pondit enfin dans la même langue.
« Que dit-il, Malachie? demanda Alfi'ed.
— Il dit qu'il veut chanter son chant de mort ; qu'il est le fils d'un guerrier et qu'il veut mourir en brave.
— Comme ce garçon est métamorphosé, dit le capitaine Sinclair 3 est-il possible qu*un temps si court ait pu produire un semblable changement?
-H^ui, Monsieur, répondit Malachie : il suffit d'un temps fort court pour changer ainsi les jeunes gens; mais cela ne durera pas. S'il se retrouvait avec sa mère à la ferme, il oublierait peu à peu sa vie indienne et se réconcilierait avec son ancienne existence. Une femme a plus d'influence qu'un homme. Laissons la Fraise lui parler. Voyez- vous, Monsieur, il est lié et se regarde comme un captif; mais nous ne pouvons le laisser en liberté avant d'avoir achevé notre affaire; après cela il n'y aura plus rien à craindre, et quand il aura passé un peu de temps avec nous, il reviendra tout à 'fait à lui-même. »
Malachie appela la Fraise et lui dit d'entpetenir Percival de sa famille, de sa mère et de tout ce qui avait rapport à la ferme.
La Fraise s'assit à côté de Percival, et, d'une voix Il 6*'"
3 Tout à
— 8^0 — douce, lui paria, dans sa langue, de son père, de sa mère, de ses cousines, lui rappela comment il avait été pris par les Indiens à la chasse, lui dit combien sa mère Tavait pleuré et combien tout le monde avait déploré sa perte; avec son accent doux et musical, elle parcourait les diverses circonstances qui se rattachaient à sa vie dans la ferme, et il était évident qu'il avait fini par Técouter avec attention. La Fraise continua à lui parler ainsi pendant plus d'une heure, lorsque Alfred lui demanda de nouveau :
« Percival, ne me reconnaissez-vous pas?
— Oui, je vous reconnais, répondit Percival en anglais ; vous êtes mon frère Alfred.
— Tout va bien maintenant. Monsieur, dit Malachie; seulement, il faut le tenir de près; mais le çon revient à lui. La Fraise lui parlera encore rheure. »
« Ils s'assirent alors pour manger; les deux Indiens furent placés à quelque distance sous la garde de Tun des soldats ; mais Percival resta avec eux. John s'assit à côté de lui, et coupant un appétissant morceau de daim, il le lui présenta à la bouche en disant :
a Percival, quand nous retournerons à^ la maison, on vous déliera les mains, et vous aurez une carabine à la place de cet arc et de ces flèches ; allons, mangez cela. »
C'était un long discours pour John, mais il produisit son effet, car Percival ouvrit la bouche pour y recevoir le .morceau, et, avec le secours de John, il fit un très bon dhier.
Dès qu'ils eurent fini leur repas, ils délibérèrent sur ce qu'ils avaient alors à faire. La question était de savoir s'ils devaient maintenant s'emparer des femmes qui se trouvaient dans les huttes, ou attendre tranquillement l'arrivée du Serpent-Courroucé et de sa bande.
Voici quelle fut l'opinion de Malachie :
a Je crois, Monsieur, que dans tous les cas nous ferons mieux d'attendre jusqu'à demain. Les femmes, voyez-vous, ne seront point surprises si les chasseurs restent un ou deux jours absents, car elles savent qu'ils ne reviendront pas sans gi|j|^er, et qu'ils peuvent n'en pas trouver tout de suite 5 leur absence ne fera donc pas soupçonner que nous sommes ici. Ainsi je pense qu'il nous faut retourner dans notre ancienne cachette et surveiller leurs mouvements. On ne peut dire quand la bande qui amène Miss Percival sera de retour; elle peut être arrivée pendant notre absence, ou arriver demain. Il vaudra donc mieux ne pas nous embarrasser sans nécessité d'un surcroît de prisonniers. »
Tout le monde se rangea enfin à son avis, et nos voyageurs se mirent en marche pour revenir vers les hutles'des Indiens. Ils atteignirent leur cachette environ une heure avant la tombée de la nuit, après avoir pris la précaution de bâillonner les deux Indiens de peur qu'ils n'avertissent de leur capture en poussant quelque cri. Percival se montrait fort tranquille et avait commencé à échanger quelques paroles avec John.
n y avait à peine cinq minutes qu'ils étaient cachés, lorsqu'ils entendirent un cri éloigné qui partait des bois situés de Tautre côté des loges.
a Us arrivent, dit Martin ; voilà leur signal. »
Une des femmes indiennes qui étaient dans esl loges répondit à ce signal par un autre cri.
« Oui, Monsieur, ils arrivent, dit Malachie. Je vous en prie^ capitaine Sinclair, tenez-vous tranquille et asseyez-vous : vous dérangerez tous nos plans.
— Asseyez-vous, Sinclair, je vous en prie, dit Alfred. »
Le capit^e Sinclair, qui était extrêmement agité, fit néanmoins ce qu'on demandait de lui.
a Oh! Alfred, dit-il, elle est si près!
— Oui, mon cher ami; mais si vous désirçz en être plus rapproché encore, soyez prudent.
— C'est vrai, e'est bien vrai, répondit le capitaine Sinclair. »
Une demi-heure après, on vit sortir des bois le Serpent-Courroucé et sa bande, et Ton reconnut que quatre Indiens portaient une litière faite de branches d'arbre.
a Elle ne pouvait plus marcher, dit Malachie au capitaine Sinclair; aussi, la portent-ils : je vous ai dit qu'ils ne lui feraient point de mal.
— Que je la voie sortir de la litière, dit le capitaine Sinclair, et je serai content, n
Les Indiens eurent bientôt traversé la clairière et s'arrêtèrent auprès d'une des huttes. Marie Perctval fut enlevée de la litière, et on la vit marcher avec
peine pour entrer dans le wigwam, suivie de deux des femmes indiennes.
Il y eut un court entretien entre le Serpent-Courroucé et les deux autres femmes; puis le chef et sa troupe se rendirent dans une autre hutte.
« Tout va bien jusqu'ici, Monsieur, observa Malachie. Ils Tout laissée sous la garde de deux femmes dans une loge à part; ainsi, nous n'aurons rien à craindre pour elle quand nous attaquerons ^ ce qui, à mon avis, doit avoir lieu dans très peu de tetnpg^ car si nous attendons qu'il fasse tout à fait nuit, quelques-uns d'entre eux pourront nous échapper, et nous inquiéter dans la suite.
— Attaquons tout de suite, dit le capitaine Sinclair.
^ — Non pas tout de suite. Monsieur : le crépuscule se prolongera encore une heure et demie; nous attendrons encore une heure, car je pense que, comme ils n'ont rien à manger et sont fatigués d'avoir porté Miss Percival , ils iront très probablement se cou* cher, comme le font toujours les Indiens. Dans une heure ce sera le meilleur moment pour leur tomber dessus.
— Vous avez raison, Malachie. Sinclair, réprimez votre impatience.
— Il le faut, je le crois, répondit le capitaine Sinclair; mais ce sera pour moi une heure bien longue. Employons-la à prendre nos arrangements. Nous n'avons à faire qu'à six hommes.
— Et qu'à deux carabines , ajouta Alfred : ainsi, nous sommes assez sûrs du succès.
— Il nous faut d'abord faire attention, dit Martin, s'ils restent tous dans la même hutte; car, s'ils se séparent, il nous faudra nous organiser en conséquence. Qui restera avec les prisonniers?
— Je n'y resterai pas> dit John d'un ton positif.
— n le faudra , John , dit Alfred, si on décide que vous devez le faire.
— 11 vaut mieux que non , Monsieur, reprit Malachie; car aussitôt que John aura entendu le bruit des carabines, il abandonnera les prisonniers pour nous rejoindre : j'en suis certain.' Non, Monsieur; on peut laisser la Fraise avec les prisonniers ; je lui donnerai mon couteau de chasse, cela suffira. »
Ils passèrent encore une demi-heure à surveiller les loges; mais tout parut tranquille, et personne n'en sortit. Il examinèrent l'amorce de leurs carabines, puis tous les hommes furent placés de manière à cerner les huttes et à se secourir mutuellement. John fut chargé de veiller sur sa cousine Marie et d'empêcher les femmes de s'échapper en l'emmenant hors de la loge où elle était renfermée. John se chargea volontiers de cet emploi , qu'il regarda comme important, bien qu'on le lui eût confié pour l'éloigner du danger. Laissant les prisonniers sous la garde de la Fraise, qui, son couteau à la main, se tenait penchée sur eux, prête à les frapper au moindre effort qu'ils feraient pour s'échapper , la troupe s'avança en rampant vers les loges par le chemin qu'avaient suivi Malachie et la femme indienne. Quand ils furent tous arrivé^, ils attendirent quelques minutes pen-
dant que Malachie faisait une reconnaissance, et quand ils le virent se lever, il§ suivirent son exemple et se rendirent tous à leurs postes respectifs autour de la loge où était le Serpent-Gourroucé et sa bande. Les Indiens paraissaient endormis, car tout demeura dans le silence.
« Conduisons d'abord Miss Percival en lieu de sûreté, dit à voix basse le capitaine Sinclair,
— Eh bien, chargez-vous de ce soin, dit Alfred, nous sommes assez nombreux sans vous. »
Le capitaine Sinclair s'élança vers la hutte où Miss Percival avait été renfermée, et en ouvrit la porte. Marie Percival poussa un cri de joie en apercevant le capitaine Sinclair, et, se levant de dessus les peaux qui lui servaient de lit , elle se jeta à son cou. Le capitaine Sinclair la prit dans ses bras et l'emportait hors de la loge , quand une des femmes le saisit par son habit , mais John , qui venait d'entrer, présenta aux deux Indiennes le bout de sa carabine et les força de lâcher prise et de se retirer. Le capitaine Sinclair emporta alors Marie dans les buissons où la Fraise gardait les prisonniers. Le cri de Marie Percival avait réveillé les Indiens, qui, après les fatigues et les privations qu'ils avaient éprouvées, étaient plongés dans un profond sommeil. Mais aucun bruit ne se faisait encore entendre dans leur hutte. Une discussion qui s'éleva entre Malachie et Alfred, pour savoir si l'on devait entrer ou non dans la loge, fut interrompue par un coup de feu parti de la hutte et par la chute de l'un des soldats qui était près d'Aï-
fred. Ce coup fut suivi d'un second, et Martin reçut une balle dans Tépaul^ Alors, le Serpent-Courroucé, suivi de sa troupe, se précipita hors de la loge en brandissant son tomahawk et s'élança sur Malachie^ pendant que les autres Indiens attaquaient Alfred et Martin , qui étaient le plus rapprochés de la porte. La carabine de Malachie rencontra la poi trine du Serpent- Courroucé, et la balle lui traversa le corps. Le reste des Indiens combattit avec fureur, mais les assaillants s'étant rapprochés, ils furent vaincus. On n'en put prendre que deux envie, encore étaient-ils grièvement blessés. On les garrotta et on les laissa étendus par terre.
a C'était un méchant homme, Monsieur, dit Malachie en se penchant sur le corps du Serpent-Courroucé ; mais il ne fera plus de mal.
— Êtes- vous sérieusement blessé, Martin? demanda Alfred.
— Non, Monsieur, c'est peu de chose : la balle n'a fait que traverser les chairs et n'a touché aucun os. Ainsi, j'ai eu du bonheur. Je vais aller vers la Fraise pour me faire panser par elle.
-— Il est tout à fait mort. Monsieur, dit Graves, qui s'était agenouillé auprès du soldat tombé sous le premier coup de feu.
— Pauvre garçon 1 s'écria Alfred. Eh bien ! je ne suis pas fâché qu'ils aient commencé l'attaque, car je ne sais si j'aurais eu le courage de me servir de ma carabine , s'ils n'avaient tiré les premiers.
— Ils ne s'attendent jamais à ce qu'on leur fasse quartier, dit Malachie.
— Je pense que non. Maintenant, qu'allons- nous faire des femmes? Elles ne peuvent faire aucun mal.
— Non, pas beaucoup, Monsieur; mais, dans tous les cas, il nous faut leur en oler les moyens. Nous n'avons qu'à nous emparer de toutes les armes qui sont dans leurs loges. Nous avons leurs deux carabines; mais il faudra encore rassembler les arcs, les flèches, les tomahawks et les couteaux, et les détruire ou en prendre possession* John, voulez-vous vous occuper de cela? Prenez Graves avec vous.
— Oui, répondit John, » qui se mit aussitôt à fouiller les loges avec Graves.
Les deux femmes qui se trouvaient avec Marie Percival étaient restées dans la hutte, d'où la carabine de John les avait empêché de sortir ; mais les deux autres s'étaient sauvées dans les bois pendant le combat. Cela était peu important; on annonça même aux premières qu'elles pouvaient s'en aller si elles le voulaient; et dès que Malachie le leur eut dit^ elles se hâtèrent de suivre l'exemple de leurs compagnes. John et Graves enlevèrent des huttes toutes les armes qu'ils purent y trouver ; Malachie et Alfred gagnèrent alors le taillis où s'étaient rendus auparavant Marie Percival et Sinclair. Alfred embrassa sa cousine, qui était encore trop émue pour pouvoir s'exprimer librement, tant le changement soudain de sa position avait bouleversé ses pensées et ses sentiments. La réappariu 7
tioQ de Percival , qui lui semblait une résurrection , n'était pas la moins puissante des émotions qui l'agitaient. Pendant qu'Alfred se consultait avec Malachie, il vit les cabanes des Indiens en flammes. Martin, dès que sa blessure avait été pansée, y était retourné et y avait mis le feu.
<x Tout va bien, Monsieur, dit Malachie : cela prouvera notre victoire et servira de leçon aux autres Indiens <
— Mais que deviendront les femmes?
— Elles se joindront à quelque autre bande, Monsieur, et raconteront ce qui s'est passé. C'est ce qu'il y aura de mieux.
— Et nos prisonniers, qu'en ferons-nous?
— Nous les relâcherons 5 bientôt nous n'aUi*otîs plus rien à craindre de leur part; mais, auparavant, emmenons-les avec nous dans les bois pendant deux ou trois jours, de peur qu'ils n'appellent à leur secours quelque autre bande avec laquelle ils sont peutêtre alliés.
— Et les Indiens blessés?
— Doivent être laissés aux soins de la Providence, Monsieur. Nous ne pouvons les prendre avec nous. Nous leur laisserons des provisions et de l'eau. Les fempiôs reviendront ici et les trouveront; s'ils sont encore en vie, elles les soigneront. Mais voici John qui apporta quelques peaux d'ours, qu'il a mises de côté pour Miss Marie; ce garçon a agi avec réflexion. Dès que les flammes seront éteintes, nous nous établirons dans la clairière, et nous placerons quelqu'un en
sentinelle pour la nuit; demain^ avec Taide de Dieu, nous nous mettrons en route pour retourner à la ferme. Nous apporterons de la joie à vos parents, et le plus tôt sera le mieux, car notre longue absence les aura bien inquiétés.
— Oui, dît Marie Percival; dans quelle douloureuse incertitude ils doivent être. Véritablement, comme dit la Bible, Tespérance différée rend le cœur malade. »