‹ Les colons du Canada, Volume 2Chapitre 19 sur 21 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Personne dans la troupe ne dormit longtemps cette nuit. Il y avait beaucoup de choses à faire et beaucoup de choses à surveiller. Le capitaine Sinclair, comme on peut le croire ^ n'était occupé que de Marie Percival, dont nous parlerons de nouveau tout à rheure. Dès qu'ils se furent établis dans la clairière et qu'ils eurent pris tous les arrangements nécessaiires pour que Marie se trouvât convenablement, ils déchargèrent la Fraise de la garde des prisonniers, qu'ils amenèrent et firent asseoir près d'eux. Percival, à qui l'on n'avait pas encore oté ses liens, en fut alors délivré, et on lui permit d'aller et de venir sous la garde d'un homme qui le surveillait avec soin. Le premier objet qui frappa ses regards fut le corps dn Serpent-Courroucé. Percival le contempla quelque temps, puis il s'assit à côté de lui. Il demeura dans

cette position pendant plus de deux heures, sans prononcer une parole. Une fosse ayant été creusée, on y déposa le corps et on le recouvrit de terre. Perciyal resta encore quelques minutes près de cette tombe, puis il s'approcha des deux Indiens blessés. n leur apporta de Teau et leur parla en langue indienne. Mais, pendant qu'il était avec eux, Marie l'envoya chercher pour causer avec lui, car elle l'avait à peine aperçu. La vue de Marie parut vivement impressionner le jeune garçon. Il l'écoutait pendant qu'elle le comblait de caresses et , paraissant succomber sous tant de sensations diverses, il se coucha, poussa quelques gémissements et finit par s'endormir.

Le soldat tué par le Serpent -Courroucé fut enseveli avant ce chef. La blessure de Martin avait été pansée par sa femme qui connaissait très bien la chirurgie indienne. Elle avait auparavant cherché des feuilles avec la femme indienne, les avait broyées et en avait fait des cataplasmes pour les pieds de Marie Percival qui étaient très enflanmiés; celle-ci se trouvait déjà fort soulagée par cette application. Avant le point du jour, les deux Indiens blessés étant morts , furent aussitôt ensevelis à côté de leur chef.

Alfred et Malachie avaient résolu de partir le matin même, s'ils trouvaient un moyen convenable pour transporter Marie Percival. Mais leur troupe était alors diminuée , car un des soldats avait été tué et Martin ne pouvait rendre aucun service. La femme

iodienne était assez chargée avec les deux cambiOBS des Indiens^ celle du soldat tué et celle de Martin qui, à cause de sa blessure, ne pouyait rieu porteç. Ils u'ét£(|eDtplus actuellement q\xe six hommes valides , car John ne ppuyait pas porter grand*cbose et était chargé d'ailleifrs de surveiller Percival. Us oyaient de plui^ à garder les deux prisonniers^ en sof te qu'ils ét?|ient assez einbarrasséa. Malachie proposa de faire que litière an brancbes d'arbres eot|*elap^es , et de la suspendre à iine perche que deux hommes porteraient. Marie Percival n'était point un pesant fardeaq, et en se remplaçant cpntjuuelleip^t les ups les auti'es^ ils pourraient faire chaque jour quelques milles jusqu'à ce que Marie fût assez bien pour cheipiner av^c eux. Alfred appi*ouva ce projet et , dès qq'jl fut jour, il se reodit daus les bojs avec Malachiet pour l'aider ^ couper des b|*ancbes. 4 \W^ retour, il§ trouvèrent que tout le mpnde était deboi|t e^ que Marie I^e soufife^^t presque plu?. Ils déjeuna rent de leur provision de P^^ ^\^i fl"^ ^^^^ ^ P®** près consorpniée. pè§ qu'ils eiiyeut achevé leiir repas, il placèrent Marie daqs sa litière ef partirent en eoiiïienapt leurs pri^onpiers, h, qui ^s ne jugeaient pas encolle prudept 4e i^ndre la liberté. Le preouer jour ils ne firent que peu de chemin , étant obligés de s'arrêter ppur se procurer des vivres. La troupe, comipî^ndée par le pfipit^iine Sipclî^jr, s'étaWU spus un grand f^^bre que spn élévation rendait facile k retrpuver, pe|[^dan|; que Malaçlfle et Alfred allècent k la reçhûfche dq gibie^. A )a tofob^e de (a mût ili^ w^

vinrent a¥ec un daim^ et la Fraise leur apprit que la femme indienne lui avait dit qu'à environ deux milles plus au H\\d il y avait une rivière qui se jetait dans le lac , et que deux canots , appartenant à la bande du Serpent, étaient cachés dans les buissons qui bordaient son cours ; que cette rivière était large et rapide, et qu'elle les aurait bientôt conduits au lac dont ils pouvaient côtoyer en canot le rivage jusqu'à la ferme. Ce renseignement leur parut digne d'attention. Ils pourraient peut-être par ce moyen abréger leur voyage et, dans tous les cas, Marie Percîval aurait le temps de se rétablir. Ils décidèrent de gagner cette rivière et d'y prendre les canots, qui, au dire de |a femme indienne, étaient assez grands pour les contenir tous.

Le lendemain matin, guidés par l'Indienne, ils se dirigèrent vers la rivière qu'ils atteignirent dans l'après-midi. Ils trouvèrent les canots, qui étaient grands et en bon état, et, les ayant traînés sur le rivage , ils résolurent de différer leur embarquement jusqu'au lendemain, attendu qu'ils manquaient de provisions. Alfred, Malachie et John profitèrent de ce délai pour aller à la chasse, car Percival s'était montré si tranquille et si content de se trouver près de Marie, qu'il paraissait s^étre réveillé de sa vie indienne comme d'un songe et avoir retrouvé tous ses anciens souvenirs. Ils ne jugèrent donc plus nécessaire de le surveiller; en effet, il ne voulait plus s'éloigner de sa cqusine et commençait à faire diverses questions qui prouvaient que plusieurs choses qu'il

avait oubliées pendant son long séjour c)iez l^s Indiens lui revenaient à Tesprit. Les chasseurs furent heureux, ils rapportèrent assez de gibier pour nourrir la troupe pendant quatre ou cinq jours. Le lendemain de grand matin ils conduisirent les prisonniers dans les bois à environ un demi-mille de distance, et leur montrant le nord comme la direction qu'ils devaient suivre, ils délièrent les courroies de peau de daim qui les attachaient et les mirent en liberté. Gela fait,* il s'embarquèrent dans les canots et descendirent rapidement le courant.

La rivière sur laquelle ils s'embarquèrent, alors peu connue des Européens, est appelée aujourd'hui la Tamise et sur ses bords s'élève une ville qui porte le nom de Londres. Elle se jette dans la partie supérieure du lac Erié, c'est un noble et rapide cours d'eau. Pendant trois jours ils la descendirent à la rame, débarquant chaque soir pour dormir et faire cuire leur provisions; le quatrième jour ils furent forcés de s'arrêter pour se procurer des vivres. Ils y réussirent, et le jour suivant ils entrèrent dans le lac, à environ deux cents milles à l'ouest de la ferme. Marie Percival était tout à fait rétablie et trouvait le voyage charmant. Le pays était alors dans toute sa beauté; les arbres balançaient leurs rameaux sur les bords de la rivière; ils ne rencontrèrent aucun Indien et n'aperçurent aucune de leurs huttes sur les rives. Quelquefois ils faisaient fuir un daim qui était venu se désaltérer dans le courant, et un jour, en doublant une pointe de terre^ ils se trouvèrent au milieu d'une

tx0Qpe d0 ces f^nimaux: qui traversaient la rivière à la nage, ce qui leur permit d'en tuer autant qu'ils en avaient l^soijd popr §e nourrir jusqu'au terme de leur veyage.

Perciyal ava^ alors tout à fait pris son parti de ne plus nicner la vie (}^s Indiens et paraissait très impatient de retrouver son père et sa mère dont il parlait sans cesse. H ayait complètement recouvré Tusage de Tanglais, que^ cbose étrange, il comprenait fprt bie^ qpand on lui ftdressait la parole, mais dont il avait presque oublié la prononciation et qu'il ne parlait d'abord qu'avec difficulté. Le temps était remarquablement beau e^ les eaux du lac étaient si calmes que nos voyageurs avançaient rapidement, quoiqu'ils débarquassent cbaque soir. Le seul désagrément provenait des moustiques q^i s'élevaient en nuages autour d'eux dès quMIs touchaient au rivage, et dont ils ne pouvaient se délivrer qu'en allumant de grands feux qui jetaient une épaisse fumée; mais ce n'était qu'une bagatelle en comparaison de la joie que leur causaient l'heureuse délivrance des prisonniers et le succès de leur expédition. Ils étaient pleins de reconnaissance envers Dieu pour les bienfaits dont il les avait comblés, surtort Marie Percival et le capitaine Sinclair qui ne quittait jamais cette dernière qu'au moment où elle se retirait pour dormir.

Dans l'après-midi du sixième jour, ils découvrirent

avec joie dans l'éloignement le fort Frontignac, et

quoique la ferme fût cachée à leurs regards par la

pointe boisée qui s'avançait dans le lac, ils reconnu^

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