‹ Les colons du Canada, Volume 2Chapitre 20 sur 21 · II · texte numérisé non relu

II

rent qu'ils n'en étaient plus qu'à la distance de quatre ou cinq milles.

En moins d'une heure ils arrivèrent devant la prairie et abordèrent à la place même où leur bateau était amarré. M. et Madame Campbell n'avaient pas aperçu les canots, car bien qu'ils attendissent chaque jour avec anxiété le retour de l'expédition, leurs yeux se dirigeaient vers l'intérieur du pays, ne s'attendant point à les voir revenir par eau.

a Mon cher Alfred, dit Marie, je ne crois pas qu'il soit prudent que ma tante voie tout à coup Percival : il nous faut la préparer un peu à cette rencontre. Elle l'a cru si longtempstmort, que cette secousse pourrait être trop forte pour elle.

— Vous avez raison, ma chère Marie. Ainsi nous irons en avant avec le capitaine Sinclair, Malachie et John. Que Percival se tienne au milieu du reste de la troupe, qui arrivera ensuite, et qu'il entre un moment dans la loge de Malachie. »

Après ces arrangements, auxquels Percival ne se soumit qu'avec peine , ils s'avancèrent vers la maison, comme ils en étaient convenus. Ils aperçurent en dehors de la palissade M. et Madame Campbell qui leur tournaient le dos et qui regardaient du côté de la forêt, dans la direction qu'ils avaient suivie à leur départ. Mais quand ils furent à moitié chemin, Henry sortit de la ferme avec Oscar, le chien les découvrit aussitôt et s'élança de leur côlé en aboyant de joie. Henry s'écria alors : « Mon père , ma mère, les voici ! » M. et Madame Campbell se retournèrent et virent |es

— 2t7 — voyageurs qui s'avançaient; ils coururent au-devant d'eux, et recevant Marie dans leurs bras toute explication devint pour le premier moment inutile : elle était retrouvée, c'était tout ce qu'il leur fallait alors.

a Venez ma mère, entrons dans la maison afin que vous puissiez un peu vous remettre, dit Alfred pour rempêcher de voir Percival qui s'avançait avec le reste de la troupe; prenez mon bras, appuyez-vous sur moi.

Madame Campbell, qui était toute tremblante, suivit le conseil de son fils et s'éloigna ainsi du groupe au milieu duquel était Percival. Emma regardait attentivement ceux qui s'avançaient et était sur le point de pousser une exclamation de surprise, lorsque le capitaine Sinclair lui fit signe de se taire en mettant le doigt sur ses lèvres.

Dès qu'ils furent entrés dans la maison, Alfred leur apprit en peu de mots ce qui s'était passé, combien ils avaient été heureux dans leur entreprise, et combien les Indiens étaient peu à craindre pour eux à l'avenir.

a Que je suis reconnaissante, s'écria MadameCampbell; Dieu soit loué de tous ses bienfaits ! Je craignais de vous avoir perdue, ma chère Marie, comme mon pauvre enfant. Il est perdu pour toujours, mais que la volonté de Dieu soit faite.

— Ce qui est bien singulier, ma mère, dit Alfred, c'est que nous avons appris dans notre voyage, que les Indiens avaient trouvé un enfant blanc dans les bois.

— Hélas ! ce n'était pas le mien !

— î J'^i des Disons de croire, ma chère ipère, qf^e C'étf^it Pepcival» et j'^i lieu d'espérer qu'il est encore vivant.

— Mpn cher Alfred, ne parlez pas aiqsi sans être sûr de ce que vous dites : vous pe connaissez pas le cpepr d*qne raère \ rien qu'en me p^ri^pt de cette esp^ rance vpus m'avez jetée dans upe agitatipp nerveuse dont vpus ne pouvez vops faire aucune idép; Je me suis résignée à la volonté de Dieu, ne me replopgez pas dans Fani^iété et les regrets.

— Crpyez-vous, ma chère mère, que jç vous donnerais une telle espérance si je n'avais de bonnes faisons pour croire qu'elle se réalisera? Non, ma chère mère, je ne suis pas si cruel.

— Vous savez donc que Percival est vivant, dit Madame Campbell en lui saisissant le bras?

— Calmez-vous, ma chère mère, je suis... je suis certain qu'il est vivant et que c'était Iqi que les Indiens ont trouvé; et j'ai grande espérance que nous le retrouverons.

— Dieu le veuille!... Dieu le veuille dans sa grançle miséricorde! dit Madame Campbell; moq cœur ne peut plus contenir sa joie : que Dieu me donne des forces ! Oii est-il, mon cher Alfred, où est-il ? » ajouta Madame Campbell. Alfred ne lui répondit pas, mais un torrent de larmes vint la soulager.

a Je vous expliquerai cela, ma chère mère, quand vous serez plus tranquille. Emma, vous ne m'avez pas dit un mot.

— La joie m'a empêchée de parler, répondit Emma

#p tendant la m^iQ à Alfred , vms persosne n'est plus cQnteote qqe moi de yotre retour, et personne p'est p|qs rpponn^s^ante que moi de- ce qua vous ^vez ramené Marie .

— Maintenant, Alfced, je suis ealme, dit Madaipe Campbell, ainsi dites-moi tout de suite ce que vous savez.

•— Je vois en efifet que vous êtes calme, ma chère mère, et je vous dis maintenant que Perdvai n'est pas loin d'ici.

— Alfred, il est ici, je suis sûre qu'il e^ ici. •

— 1| est avec fifalac^ie et La Fraise : dans une miputp je vais vqus l'amener. »

Alfred sortit de la maison* Cette neuyeile était presque qu dessus des forces de Madame Campbell.

Mf^rie et Emrpa Recoururent auprès d'elle et la soutinrent dans leurs bras. Un instant après Alfred revint avec Percival, et sa mère pressa sur son cœur e^t enfant si longtemps perdp et pleura sur lui ; puis elle le remit dans les br^ de son père.

Quand leur première émotion fut passée, M. Campbell se mit à dire :

« Il nous reste maintenant à apprendre comment tout cela est arrivé et par quelle intervention miséricordieuse il nous a été cons^vé et rendu. Mais ce que nous savons, ce dont nous sommes assurés, c'est que nous le devons à la bonté seule de Dieu. Rendonslui donc grâces pendant que nos cœurs sont pleins de reconnaissance et d'amour, et qu'il daigne accepter l'expression de notre gratitude, d

M. Campbell se mit à genoux^ et son exemple fat suivi par tous les assistants. Dans une fervente prière, il bénit Dieu des grâces récemment accordées à sa famille, espérant qu'elle ne les oublierait jamais, mais que chacun de ses membres y verrait un motif puissant de mener une vie animée d'une foi plus ferme en Celui qui les avait si miséricordieusemeût soutenus à l'heure du péril et de l'affliction; qui par des voies si merveilleuses leur avait rendu leurs trésors, changé leurs ténèbres en lumière, et rempli leurs cœurs de joie et de félicité.

a Maintenant, mon cher Âlfrieid, dit Madame Campbell, dont les bras entouraient encore le cou de Percival, racontez-nous ce qui est arrivé et comment vous avez pu retrouver Marie et ce cher enfant. »

Alfred raconta alors comment le capitaine Sinclair, Malachie et lui avaient appris l'existence de Percival par la lettre de la femme indienne, la capture et la ' détention de la Jeune-Loutre qui en avait été la suite, et dont les Indiens s'étaient vengés par l'enlèvement de Marie.

Quand il eut fini M. Campbell se mit à dire :

« Et ce pauvre Martin, où est-il î que je le remercie.

— II est dans sa loge avec la Fraise, qui panse sa blessure; car on n'a pu le faire depuis plusieurs jours, ce qui l'a rendue très douloureuse.

— Nous avons contracté envers lui une grande dette de reconnaissance, dit M. Campbell, il a beaucoup souffert pour nous. Et votre pauvre soldat qui a été tué, capitaine Sinclair.

— Oui, dit le capitaine Sinclair, c'était un de mes meilleurs soldats. Mais c'était la volonté de Dieu. Il a perdu la vie en délivrant ma chère Marie, et je n'oublierai pas sa femme et son enfant, soyez-en sûrs.

— A présent, Marie, racontez-nous ce qui vous est arrivé avec les Indiens avant votre délivrance.

— Je cueillais^ comme vous le savez, des myrtilles dans le Mardis du Cèdre, lorsque je sentis tout à coup qu'on me saisissait et qu'on m'appliquait quelque chose contre la bouche, en sorte que je ne pus pousser un seul cri. Ma tète fut enveloppée dans une couverture qui ni' étouffait presque, puis je me sentis soulevée de terre et emportée par deux ou trois hommes. Je conservai ma connaissance pendant quelques instants^ mais enfin la suffocation devint si grande que j'éprouvai des vertiges, et je crois que je m'évanouis, car je ne me souviens pas d'avoir été déposée à terre; cependant, au bout d'un certain . temps, je me trouvai couchée sous un arbre et environnée de cinq ou six Indiens qui se tenaient accroupis autour de moi. Je fus extrêmement effrayée, comme vous pouvez le croire. Ils ne parlèrent ni ne firent aucun mouvement pendant quelques instants. Je voulus me lever, mais une main qui s'appuya sur mon épaule m'empêcha de le faire, et je n'essayai pas une résistance inutile. Bientôt après une femme indienne m'apporta de l'eau, et je la reconnus à l'instant pour celle que nous avions soignée après l'avoir trouvée dans les bois. Cela me donna du courage et de l'espérance, bien que son visage me parût impassible

^t q^e je ne piisse lire inéf?!^ d^ps ses yeiix qu'elle me Eecpnnaiss^itj; mais en y réfléchissant je fus ponvaincup que, si elle voulait m'étre utile, elle devait agi|* ainsi. Qqand je mie fus levée et que j'eus bu un peu d'eau, les Indiens parlèrent entre eux à voix t)asse. Je remarquai qu'ils montraient de la déférence à Tun d'eqx, at d'aptes la description que mop père et Alfred pous avaient faite du Serpent- Courroucé, je ne doutai pas qqe ce ne fut lui. Nous demeur&mes environ une d^^)i^heure en cet endroit, puis ils se levèrent et me firent signe de les suivre. Naturellement, je ne pouvais faire autrement, et nous marchâmes jusqu'à la tombée de la nuit, ce qui me fatigua beaucoup, comme vous pouvez le penser. Ils me laissèrent alors avec la femme indienne et se placèrent à quelques pas de moi. Cette femme me fit signe de dormir, et quoique je crusse la chose impossible, j'étais si fatiguée, qu'après avoir invoqué le Tout-Puissant, je me couchai, et peu de minutes s^près j'étais profondément endormie. Je fqs réveillée avant le jonr par leurs voix, et l'Indienne m'apporta une poignée de maïs sec, ce qui n'était pas i^n déjeuner aussi bon que ceux auxquels j'étais accoutumée; mais j'avais faim, et je réussis à le manger. Dès qiie le jour parut, nous nous remîmes en niarche, et vers le soir nous atteignîmes le bord d'un lac. On tira un canot caché sous quelques buissons ; nous y entrâmes tous, et nous côtoyâmes le rivage à la rame pendant deu:(. ou trois heures; ensuite nous débarquâmes et nous continuâmes notre

route par terre. Mes pieds commençaient à me faire très mal^ car ils étaient tout couverts d'ampoules et je pouvais à peine avancer. Les Indiens m'obligèrent néanmoins à le faire, sans user précisément de violence, mais en me traînant et me poussant pour que je marchasse aussi vite qu'eux. Je m'aperçus bientôt que je n'étais que prisonnière, et que je ne serais probablement pas maltraitée si je leur obéissais. Vers le soir je pouvais à peine mettre un pied devant l'autre, car ils m'avaient forcée à marcher dans un ruisseau pendant deux ou trois milles, ce qui avait complètement gâté mes souliers. A la nuit ils s'arrêtèrent encore, et la femme indienne prépara quelques herbes qu'elle appliqua sur mes pieds. Cela me soulagea beaucoup, mais elle continua à n'accorder aucune attention aux signes que je lui faisais. Le matin suivant je me trouvai tellement soulagée par l'application de ces herbes, que pendant la première moitié de la journée je marchai assez bien, et j'étais un peu en avant, lorsqu'entendant le chef parler d'un ton irrité, je me retournai, et, à ma grande {erreur, je le vis lever son tomahawk et en frapper la pauvre Indienne. Je ne pus m'empécher d'avancer auprès d'elle; mais je n'eus que le temps de voir qu'elle avait le crâne ouvert et qu'elle était tuée, à ce que je crus; je fus entraînée et forcée de continuer à marcher. Vous pouvez vous représenter comme mon sang se glaça dans mes veines, et quelles craintes j'éprouvai pour moi-même. Je ne savais pourquoi on m'avait emmenée, car j'ignoraid; comme

— «34 — VOUS, que Peroival étdit encore vivant, et que la Jeune-Loutre était renfermé dans le fort. Je erus, lorsque le chef frappa la femme indienne, que c'était pour $'en débarrasser et que j'étais destinée à la ren^placer. Cette idée me rendit presque folle, mais je conservai^ topjours de Tespérance, et en cheminant je priais ce Dieu qvii vpit nos actions les plus secrètes et qui enfead les prières silencienses du cœur, et pendant que je priais, je sentis naître en moi r^ssprî^nce que je serais délivrée. Jf^ s^^vais que l'on s'apercevrait aussitôt ^e mon ^l^sence, et qu'il y aurait des personnes qui exposeraient leurs jours pour me sauver, si j'ét^js encpre en yie i aussi, je fis ions mes efforts pour marcher aussi vite que possiWe afin de ne pas irriter les Indiens. Mais je n'eus personne, ce soir-là, pour penser me£i pieds, qui étaient en sang et très enflés, et je me sentis bien malheureuse lorsque je me couchai seule. Je ne pouvais chasser de ma pensée l'image de la pauvre Indienne, baignée dans son sang et i^e §ans qu'on pût lui re-: procher ni un crime, pi une faute, rien, en uq mot, qui me f}t comprendre le motif de ce meurtre. Le lendemain, comme d'bftbitude, nia nourriture fut du m^ïs sec, encore je n'en reçus qu'une poignée pour ma subsistance pends^pt vingt-quatre b^ur^s; cependant je ne sentais point la faim, je souffl*ais trop. Je pus marcher, en n^e traînant, jusqp'à environ midi, alors je n^ pus al|er plus loin. Je m'arrêtai et je m'assis. Le chef m'ordonna, par lignes, de me lever; je lui montrai ri^^s pipds, qqi ét^^i^Ql e^fiés

jusqu'^u-d^ssus de I^ cbpville, mais il inmsta et leva sur mpi son tomahawH pour n)'ol3|iger, pfti? la crainte, à lui pbéir. J'étais tpllerp^nt épuisée, que j'aurais presque reçp Ip coup avep reconnaissance; mais je pensai à vous, mon cher oncle et ma chère tante, et à vous, mps chers ar^is, et jp résolqs, pour Tamour de vous, de fairp eftcprp un pffort. J'y réussis : je courus, je ïp^rcbai f|^ns ijqp çompjètp ftgpnie pendant plus 4*une heqre ; pnfip, vaincue par la doiileur, je tombai sans ponp^jssanpe

-^ Ma pajivre Marie ! s "écria Emmft.

— J'ai souvent, bien sopvent pensp ^ vpij^, ipa chère sœur, répondit Marie en J'embrassanJ;. Je prois qu'il s'écppla un assez long espace de teoips avant que je reprisse mes sens, ajpufa Marie; car Iprsque je reviqs à nioi, je vis les Indiens occupés activement à fabriquer qne espèce de litière avpc de^ branches d'arbre. Dès qu'ils l'eurent achevée, ils \ne placèrent dessus et la suspendirent h une perche qu'ils portèrent sur leurs épaules. J'ai à peine })psoin de dire que je voyageai plus agréablement qu'apparav^t, bien que mes pieds fussent d^ns un crpel état et me causassent de vives souffrances. Ce spif-l^ nous fîmes halte au bord d'un petit ruisseau, et je tins mps pieds dans l'e^u pendant depx ou trois heures, ce qui diminua beaucoup rinflamn[iation et lenflure, et je pus ensuite un peu dormir. Ils me portèrent encore un jour, et croyant alors avoir assez fait, je reçus l'ordre de marcher de nouveau; je pps le faire pendant deui^ jours, au bout desquels je ipe trouvai

dans le métne état qu'auparavant. Les Indiens firent de nouveau une litière, et Ton me porta jusqu'à notre arrivée aux huttes du Serpent-Courroucé et de sa troupe. Alfred vous a raconté ce qui s'est passé ensuite. »

Quand Marie Percival eut terminé son récit, tout le monde se mit à table pour souper; il est à peine besoin d'ajouter qu'avant que chacun se retirât pour dormir, M. Campbell ne manqua pas de rendre grâces au Tout-Puissant pour la conservation de ceux qui lui étaient si chers. Le lendemain, ils se levèrent tous pleins de santé et de joie. Martin vint de bonne heure à la ferme avec la Fraise; sa blessure allait beaucoup mieux ; il reçut les remerciments de M. et de Madame Campbell, qui lui exprimèrent aussi le regret que leur causait son accident. Peudant le déjeuner, M. Campbell se mit à dire : a John, au milieu de la joie que nous a causée le retour de votre frère et de votre cousine, j'ai oublié de vous gronder pour vous être sauvé comme vous Favee fait.

— Eh bien ! ne le faites pas à présent. Monsieur, dit Malachie , car il nous a été très utile , je puis vous l'assurer.

— Non^ je ne le gronderai pas à présent, répondit M. Campbell ; mais il ne faut pas qu'il se conduise ainsi une autre fois. S'il m'avait fait contialtre son extrême désir de vous rejoindre, je lui en aurais probablement accordé la permissio^n.

— • Il faut maintenant que je prenne congé de

— «37 — VOUS et que je retourne au fort^ dit le capitaine Sinclair; j'espère cependant vous revoir tous dans peu de jours; mais il faut que je fasse connaître le résultat de notre expédition et la mort du pauvre Watkins. Pouvez-vous me prêter un de vos chevaux, Monsieur Campbell ?

— Certainement, répondît M. Campbell. Vous savez qu'on attend chaque jour le bateau de Montréal : peut-être nous app^rteréz-vous nos lettres quand il sera arrivé, d

Le capitaine Sinclair, comme on peut le penser, se sépara bien à regret de ses amis, et au bout d'un jour ou deux la famille avait repris ses occupations habituelles.

Les émigrants, pendant l'expédition, avaient récolté une grande partie du blé, et chacun alors s'aida à terminer la moisson.

a Que nous sommes heureuses à présent, Marie, dit Emma à sa sœur eh se promenant un jour le long du ruisseau et en regardant John qui péchait des truites.

— Oui, ma chère Emma, nous avons reçu une leçon qui, je l'espère, nous préservera désormais de tout sentiment de regret, si nous en avons quelquefois éprouvé dans notre situation actuelle. Le malheur dont nous avons été délivrés, nous a montré combien nous devons être reconnaissants. Nous n'avons plus rien à craindre des Indiens, et je sens que je pourrais passer ici le reste de mes jours avec un cœur plein de paix et de gratitude envers Dieu.

— Mais pas sans le capitaine Sinclair;

— Pas toujours sans lui : le temps viendra, Je i*ësp^, où j€> pourrai récompenser sa t)atience et l'intérêt qu'il me porte; mais il n'est pas encore venu j et c'est à mon oncle et à ma lante à dêcidef» quand il doit arriver. Où est Percival?

— Il est allé dans leô bois aVec Malachîe; il portait une carabine sur son épaule, ce dont il paraissait très fier. John n'est nullement jaloux; il dit que Percival doit apprendre à se servir de là carabine, et mettre de côté son arc et ses flèches, (Jùi ne sont que des armes ridicules. Nd troUVez-Vôùs pas qiie le séjour de Percival parmi les Indiens Ta beàticoup changé ?

— Beaucoup : il a pris quelijiiè Chose de plus iftâle et il est plus silencieux ; il semble pensël* davantage et parler moins. Mais Henry nous fait des sigties. Lé dkier est prêt, et nous ne devons pias faire attendre les gens qui ont faim.

— Non, répondit Emma; cal», daiis cc cas, jeiilé ferais attendre moi-même. »

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