UN MARIAGE
Il s'écoula près de six semaines avant que Henri fut de retour de son expédition à Montréal. Pendant ce temps le colonel avait fait une seconde visite à M. Campbell et avait pris des arrangements avec lui. Une troupe de vingt soldats avait été envoyée pour abattre des arbres et pour fabriquer des pieux ; et M. Campbell leur donnait la même paye qu'autrefois. On commença à construire, pour des moutons, un hangar pour Thiver avec un enclos, et comme on avait un grand nombre d'ouvriers l'ouvrage avança rapidement. On avait aussi examiné le ruisseau en le . remontant jusqu'à une certaine distance, afin de déterminer le meilleur emplacement pour le moulin, et ou en avait choisi un à environ un demi-mille du lac où il y avait une chute d'eau considérable et oii le courant était très rapide. On ne pouvait cependant espérer voir le moulin s'élever avant l'aimée suivante, parce
qu'il fallait faire venir de Montréal ou de Québec un constructeur de moulins et toute la mécanique. On décida que le devis de la dépense serait dressé, le contrat passé et les ordres donnés pendant Tautomne, de sorte que tout serait prêt pour le printemps suivant. Ce fut un lundi matin que Henry arriva du fort, car il y avait passé le dimanche , ne Tayant atteint que le samedi soir à une heure avancée. Il y avait laissé les bateaux qui apportaient le bétail et les provisions. Tous ces objets devaient être amenés pendant le jour, mais Henry, impatient de voir sa famille, n'avait pas voulu les attendre.
Comme on peut le supposer, il fut accueilli avec joie, et, après les premières salutations, il raconta à son père ce qu'il avait fait. Il avait obtenu d'un fermier canadien quarante brebis d'une très belle espèce, quoique inférieure à la race anglaise; mais leur agent s'était donné beaucoup de peine pour lui être utile et lui avait procuré vingt brebis anglaises et deux béliers de la meilleure espèce, pour perfectionner la race. 11 avait payé ces derniers animaux assez cher, mais^^îCampbell ne trouva point leur prix trop élevé, tant il était charmé de cette acquisition.
En choisissant les moulons , Henry fut obligé de s'en rapporter à l'agent de M. Campbell et à ceux qu'il employait, car il n'était point connaisseur ; maïs il n'avait eu d'autre guide que ses propres lumières pour acheter deux chevaux canadiens. Son long séjour à Oxford l'avait rendu expert à cet égard, et le bon usage que firent ces animaux prouva que son
dioix mit été hètrreux. Il at'èif atrssi aléltèlé imê trîtie et des cochons de bonner race, et B s'était t&tt bien acquitté de toutes ses autres comtfaissiônS| lè^ ballots de peaux avaient aussi été tehdus au prit ati^ cptel on tes avait évalués; Ooirnne on peut le pensée il riipportaît beaucoup de nouvelles de Montréal, et M parlait des réunions oh an Tavait invité et des pèf^ sonnes dont il avait Mt la connaissance.
il n'avait pas manqué non plus d'achétei^y pour ses cousines, quelques-uns des ouvrages tes plus récétniment publiés en Angleterre et quelques articles de modes qu'il jugea convenir à leur sitûatton présëûte.
Il parlait encore et aurait probablement Continué de le faire pendant plusieurs heures y tant en hn adressait de questions, lorsque Martin entra et àUnonça l'arrivée des bateaux avec le bétail et lès protisionsj là-dessus tout le ttionde descendit sUr le rivage pour assister au débarqdenfent, effectué par tes soldats qui travaillaient pour M. Campbell.
Les provisions furent toutes portées à l'entrée du riiagasin, tandis que les chevaux et tes npioutons furent conduits au pâturage où se trouvaient les vaches. On avait aussi envoyé du fort les rations des soldats pour une semaine; ceux-ci s'occupèrent à eïi faire la répartition, puis ils les portèreiït dans les petites but tes de branches d'arbres qu'ils avaient élevées pour te tetnps de leur séjour chez M. Campbetl. Avant la nuit tout avait été infe en ordre et Hertry fut de nouveau entouré par sa famille et appelé à répondre aux questions que Ton avait encore à lui adresser. 11
léfur dHefte le gouverneur de MMtréai les intitsit à passer Thiver au palais du gouvernement, qri*il pi^ cftètt^ dM demeisellès qtf âucuri loup n*oseraît s'approcher d'elles, et que ses aides de camp réclaftitfîenît l'honfiéur de danser avec elles au premier bal donné après leur arrivée, ce qui les fit tous rire de bon cteur. En uÉf ttïot; il parât que Henry avait reçu Faccueil le plus bienvèîllatft et le plus hospitalier, et qtrè s! là famille se tendarit à Montréal^ elle y serait traitée de toéme.
kfirès un moment de silence , Malacbie se mit à dire à M. Campbell :
éBlariiri désire que je votfs parle. Monsieur.
— Mâttîn , dit M. Campbelt en le chercbant des jenx autour de lui et en s'apèrcevant qu'il n'était pas dans la chambré ^ mais, oui, je vois qu'il est sorti. Qu'y tf-t-il donc qu'il ne puisse dire lui-même?
— C'est précisément ce que je lui disais, répondit Malacbie. Mais il a pensé qu'il valait mieux que je vous parlasse pour lui. Le fait est, Monsieur, qu'il a pris de l'atiachement pour la Fraise , et qu'il désire qu'elle devienne sa femme.
— Vraiment?
— Oui, Monsieur ; je crois qu'il n'aurait pas encore parlé de cela, mais vo'yez-vous, il y a ici tant de soldât^, et deux ou trois d'entre eux ont le même goût que Martrn, et cela fait qu'il sera tourmenté jusqu'à ce (jtie la chose soit arrangée. Et comme il ne peut guère se Èfiarier sans votre permission tant qu'il est à votre service, il m'a prié de vous entretenir à ce sujet.
— Mais là Fraise vous appartient, Malachie, et non pas à moi.
— Oui, Monsieur, je suis son père à la mode indienne : mais je n'ai point d'objectioji contre ce mariage, et je ne veux réclamer aucun présent de celui qu'elle épousera.
— Aucun présent de celui qu'elle épousera! dit Emma. Mais , c'est aH^ une femme que l'on donne ordinairement des présents ou de l'argent.
— Oui, je sais que cela a lieu chez vous. Mais les femmes anglaises ne sont pas des femmes indiennes; une femme anglaise a besoin de gens qui travaillent pour elle, et elle coûte à entretenir. Mais une femme indienne travaille pour elle et pour son mari , aussi a-t-elle une valeur, et en général on l'achète de son père; je crois qu'au bout du compte il est meilleur marché d'acheter une femme indienne que de recevoir de l'argent avec une femme anglaise. Mais enfin, il en est ce qui en est.
— Ce que vous dites- là n'est pas très poli, Malachie, dit Mme Campbell*
— Peut-être que non, Madame, mais cependant cela ne frappe pas loin du but. Maintenant, je veux bien que Martin ait la Fraise, parce que je sais qu'il est un bon chasseur et qu'il l'entretiendra bien ; et de façon ou d'autre , je sens que s'il la prend pour femme je m'en trouverai mieux ; je vivrai avec eux ici tant que Martin vous servira, et quand il aura une femme, il sera moins porté à vous quitter pour retourner dans les bois.
— Je trouve que ce projet est excellent, Malachie, dit Madame Campbell, et il me plaît tout à fait puisque nous serons tous réunis.
— Oui, Madame, vous nous aurez auprès de vous, je serai toujours avec Tenfant pour veiller sur lui, vous saurez constamment ou nous sommes, et vous serez ainsi sans inquiétude.
— C'est très vrai, Malachiei dit M. Campbell ; cela me paraît un très bon arrangement. Nous vous bâtirons une meilleure loge que celle que vous habitez.
— Non, Monsieur, pas une meilleure, car si vous avez tout ce qu'il vous faut, vous ne pouvez avoir besoin de davantage; elle est assez grande, mais peut-être pas assez près d'ici. Je pense que lorsque l'enclos pour les moutons sera fini, il sera aussi bien de construire notre loge dans l'enceinte de la palissade, et alors nous serons comme des gardiens pour ces animaux.
— C'est une excellente idée, Malachie. Ainsi, pour ce qui me concerne , j'accorde à Martin mon plein consentement pour qu'il se marie aussitôt qu'il le voudra.
— Q a aussi le mien , s'il est le moins du monde nécessaire, ajouta Madame Campbell.
— Mais qui les mariera? dit Emma; il n'y a point de chapelain au fort ; il est parti malade l'année dernière.
— Mais , Mademoiselle , ils n'ont pas besoin de chapelain; c'est une fille indienne, et Martin l'épousera à la manière indienne.
«^ Et quelle est cette manière ? Malacbie , dit Marie.
— Eh bien ! Mademoiselle, il viendra à la loge et remmènera chez lui.
— Alfred éclata de rïre; voilà, dit-il, ce qui s'appelle faire les choses d'une manière expéditive.
— Oui, dit Madame Campbell, un peu trop expeflitive pour que Je Tapprouve. n est très vrai, Màlachie, que la Fraise est une fille indienne, mais nous ne sommes pas des Indiens, Martin n'en est pas un, ni vous non plus qui servez de père àla Fraise; en vérité, Je ne peut consentir à un mariage de cette ^pèèe;
— Madame, ce sera corfime il vous plaira, mais il the semble qtre tout aurait bien été. Si vous allez dans un pays, et que vous vouliez épouser une fîllé de ce pays, vous l'épouserez d'après les usages du pays. Or, Martin veut une femme indienne, pourquoi donc ne l'épouserait-il pas à la manière indienne.
— Votre raisonnement est peut-être Juste, Malacbie, dit Madame Campbell, niais cependant vous devez avoir égard à nos préjugés. Nous ne pourrions Jamais regarder la Fraise comme une femme mariée, si elle l'était sans plus de cérémonie que ce que vous proposez.
— Eh bien! Madame, tout comme il vous plaira. Mais encore, supposez qu'elle soit mariée à votre manière, la Jeune fille ne comprendra pas un m6t de ce qui sera dît, ainsi quel bien en résultera-t-il?
— Aucun pour elle à présent, Malacbie. Mais rappelez-vous que si elle n'est pas chrétienne aujour-
d'hui , elle le deviendra peut-être dans la suite. J'ai souvent réfléchi sur ce sujet , et quoique je regarde comme inutile de lui parler de cela luaintenaut, cependant, dès qu'elle saura assez d'anglais pour comprendre ce que je lui dirai, j'espère lui persuader de devenir chrétienne. Si donc elle doit devenir chrétienne, comme j'espère qu'elle le sera avec le secours de Dieu, elle s'apercevra alors qu'elle n'a pas véritablement été mariée , et désirera vivement que la cérémonie ait lieu de nouveau. Aussi pourquoi ne pas la célébrer maintenant.
— Eh bien ! Madame, si vous le voulez, je ne m'y oppose pas, et Martin ne s'y opposera pas non plus.
— Cela me sera très agréable, Malachie , répondit Madame Campbell.
— Et quoiqu'il n'y ait pas de chapelain au fort , observa M. Campbell, le colonel peut marier en son absence. Un mariage célébré par unoflScier qui commande en chef est tout à fait légal.
— Oui, répondit Alfred, et il en est de même d'un mariage célébré par le capitaine d'un vaisseau de guerre.
— Qu*il en soit donc ainsi , reprit Malachie, et le plus tôt sera le mieux , car les soldats sont très importuns, et je ne puis les éloigner de ma loge. »
Martin , qui s'était tenu derrière la porte et qui avait tout entendu, entra alors : le sujet fut de nouveau discuté , et Martin remercia de la permission qui lui était accordée.
a Eh bien! dit Emma, je ne croyais pas que nou^
îiùHoTié ÉiuiSsî vite une noce dans la famille. C'est tout un èvénenient; Martin, je vous souhaite du bonheiu» : voùâ âUTèi une très jolie et très bonne femme. — Je lé pèfise aussi, Klademoiselle, répondit liîariin.
— Où est-elle ? dit Marie.
•^ Elle est darià le jardin, jSîàdemôîsellè, dit Malachie, 6ù élié cherche à éviter les soldats : maintenant qu'ils ont fini leur travail, ils ïa tourmentent, et elle est heureuse de leur échapper. Je leur dirais bien de s'en aller; mais ils ne m'écoutent pas ; ils savent que je ne ferai pas usage de ma carabine.
— J'espère bien que non, répondit Madame Campbell. Il serait cruel de tuer un brave homme uniquement parce qu'il veut épouser votre fille.
— Oui, Madame, ce serait cruel, reprit Malachie. Aussi, plus vite elle sera la femme de Martin , et plus vite nous aurons la paix. »
Comme le bateau allait et venait continuellement entre le fort et la ferme, M. Campbell écrivit au colonel ce qu'on désirait de lui, et celui-ci promit de venir au bout d'une semaine pour accomplir la cérémonie. Ce fut une petite fête dans la ferme. Madame Campbell et les miss Percïval s'habillèrent avec plus de soin qu'à l'ordinaire. Tous les hommes firent de même. On prépara un meilleur dîner que de coutume , car le colonel ei quelques-uns de ses offiôiers devaient dîner et passer la journée avec nos fcôlonè. iSlartïn était vêtu d'habits de fête et il était de très belle humeur. La Fraise avait une robe neuve âè pëaii dé jeûné dàixh, et iiné où deux fleurs
dans ses longs cheveux noirs; elle paraissait ce qu'elle était réellement , très jolie et très modeste , mais nullement embarrassée. La cérémonie du mariage lui fut expliquée par Malachie , et elle y consentit avec joie. Le mariage fut célébré dans la matinée, une heure ou deux après on s'assit à une table bien fournie , et tout le monde fut très gai , surtout le colonel qui Tétait beaucoup plus que d'habitude , et qui insista pour que la Fraise prît place à table , ce qu'elle n'avait jamais fait jusqu'alors. Elle s'en tira cependant sans être embarrassée, elle souriait quand on riait, bien qu'elle ne pût comprendre que peu de chose à ce qui se disait. M. Campbell déboucha, en i'honriéur de ce jour, deux bouteilles de éoiï vin, et ïà réunion fut très joyeuse : les seuls riiécontents furent deux ou trois soldats qui avaient espéré épouser la Fraise ; mais comme ils étaient informés de la présence de leiir cofonel , cette circonstance arrêta toute manifestation dé hiéconteiitement de leur part. Au coucher du soleil le colonel et les oflSciérs retoùrhèrentâù fort, là famille demieura réunie jusqu'après dix heures, moment oii tous les soldats étaient couchés. Alors i/i. Campbel lut les prières et èri ajouta ùiie particulière pour le bonheur des nouveaux ma^ ries, après quoi iout le mondé dit adieu à la Fraise et lui souhaita une bonne nuit ; elle fut àloi»s conduite â la logé par Martin, accompagné par Alfred, Henry, lilâlachie , Pèrcîval et John , qui tous allèrent avec eux pour leur servir d'èscortè contre une îhsùlté de là part dés soldats désappointée.
LE SERPENT-GOURROUGÉ.
a Comme tout parait maintenant riant et gai, dit Emma à sa sœur, quelques jours après la célébration du mariage. On a peine à croire que dans peu de mois ce paysage, si animé, ne sera plus qu'une triste masse de glace et de neige, où Toreille ne sera frappée que des sifflements de la tempête et des hurlements des loups.
— Deux circonstances bien agréables, assurément, répondit Marie; mais je faisais en moi-même, dans cet instant, la^ même observation que vous, d
La scène qui les entourait était en effet pleine de gaieté et de vie : d'un côté du ruisseau , les hautes herbes de la prairie ondoyaient au souffle d'une brise d'été; de l'autre côté, on voyait paître dans toutes les directions les vaches , les chevaux et les brebis. Au loin , le lac offrait sux regards une surface parfaitement unie: les oiseaux chantaient et gazouillaient
— Ô7 — joyeusement dans les bois. Près de l'habitation, on voyait répandus çà et là sur le vert brillant du gazon les soldats vêtus de blanc et occupés k divers travaux. Dans les terres défrichées, le blé balançait , parmi les troncs noircis ses épis dorés j et de la cheminée de la ferme s'élevait en droite ligne vers le ciel une colonne de fumée. Le grognement des cochons, le caquetage des poules, les cris plaintifs des veaux auxquels répondaient par intervalles les beuglement des vaches , répandaient la vie dans ce tableau champêtre. A peu de distance du rivage , le bateau flottait sur les eaux tranquilles du lac; John et Malachie péchaient avec activité. Tous les chiens étaient couchés près de la palissade, à l'exception d'Oscar, qui accompagnait, comme d'habitude, ses jeunes maîtresses; et à quelque distance de la maison, sous l'ombrage d'un grand arbre, M. Campbell lisait et Percival apprenait par cœur une leçon.
a Cet endroit ne ressemble plus à présent à une solitude; n'est-il pas vrai, Marie? dit Emma.
— C'est vrai, ma chère sœur : il est bien différent de ce qu'il était à notre arrivée; mais cependant j'aimerais que nous eussions quelques voisins.
— Je l'aimerais aussi : toute espèce de société vaut mieux que point du tout.
— A cet égard, je ne suis pas de votre avis; mais en même temps je crois qu'il nous serait agréable d'avoir près de nous des voisins même peu cultivés,
y pourvu qu'ils fussent des gens respectables et bons, j — C'est ce que je voulais dire, Marie. Mais il nous
t^jift E^ntirer pour étujdi/gp sup la guitare Tair ppi)y^^u que pejf^ry noi|§ a apporté de ^q^tvé^l ; npw§ l^| ayons promis d^ le f^ire. Voici Ajffedqui yj^p^ jpi|ij? ^ pfii? dépens dp sop pisjvjeté.
— jQe sop oisiypf^, Emm^! CerfaipepipnJ ce p'^^l p^ là yotre pensée. Il est r^pemçnt^ pij pjutôt jamais saps occupation.
— IJ y a dps gens, dit Empi^, qui ^on|i ivhs ppcja,pés ^ propoi^ de picp.
— Ef il y a aijssi des gens, ma sœpr, qpi disept cp qu'ils ne pensept pas, répopdit l^arjp.
— Eh biep , Alfred , voici Emma qui décide quQ ypps êtes up paressepx.
— P^ps tous les pas, jl est probable que je ne |p serai pas longtemps, (J^^-il en s'évepfapi; avep sop chapeau; mop père se propose de nie dppner assez d'occupation. Que pepsez-yous qu'il p^'^it dit ce ma? tin avant déjeupef î
— Je pense qu'il vous aura dit que ypus pppviez aussi bien retourner sur mer que rester ici, répopdif ^iOipia en riant.
— Non vraiment. Je voudrais qu'il pi'eût fait cette offre; mais il m'a proposé ce qpi accomplirait votrç prophétie, nialicieuse petite cousine : il m'a proposé de me faire meunier. »
Emma éclata de rire en battant des piaips.
c( Que voulez-vous dire? s'écria Marie.
— Il m'a fait connaître que le moulin cpûteraij; environ 250 livres sterjing; qu'il pensait qpe, ppii^r que ma demi-paye restait sans emploi, il serait con-
vena\)}e que je 1^ P9nsacr^§se ^ bâfir ce pfpulinj ^t qu'il m'offrait l'argent nécjçss^ire pQur ce\^, qu'jl m'avancerait cettp soraipe, et qye je U rpï:pl)ojjrserai^ guand je recevrais ma p^y^; qiie ce serai/; f}^^ resr source poi|r moi, et ^nfip pj? fQoyeii d'arriver à uije situation indépendante.
— J|B vous ai dit que yoqs sejfiez rneunier, repartit jErnipa en m^t» Pauyre 4lfr64î
7- ]Et qu'ave?-vous répondu, ^Ifred? dit Marie. •r- Je crois que j'ai dit oui, p^ce que je ij'^urais pas voulu dire nop.
— Vpus avez très bien fait Al/'red , reppj Marie. Il ne peut y ^voir d'ippqnyéniept h ce que vous aypz cette propriété, et votre refus aurait fait de la pein/e ^ votre père. Si votre argent est dépensé pour le moulin, mon oncle poufra en consacrer davantage h ^^ fprmej mais il ne s'ensuit pas que vous deviez être paeunier tpiite votre vie.
— J'espère que non , répondit AJfred. Dès que Emma aura trouvé ce grand gentleman au teint noir dont nous avons parlé , je lui céderai mpp moulin pour sa dot.
— Merci, cousin, repartit Erpma ; il se peut qije je vous rappelle votre promesse. Mais il nous faqt rentrer, Marie , et causer une si^rprise aux sol4ats avec notre musique. Ainsi, bonjour. Monsieur Campbell le meunier. »
Il y avait alors deux mois que les soldats travaillaient autour de la ferme. Ils avaient abattu et défriché une griafide étendue d^forét; ce qui, joint au
terrain déjà défriché Tannée précédente par Alfred, Martin et Henry, leur procura plus de quarante acres de terre à blé. Les pieux pour la clôture avaient aussi été préparés, et celle-ci était presque achevée autour de la prairie et du défrichement quand arriva le moment de faucher et de récolter le loin. Cette récolte était à peine terminée, qu'il fallut prendre la faucille pour moissonner le blé. Près de la bergerie, on avait élevé une grange en même temps qu'une loge pour Malachie, Martin et sa femme. Pendant six semaines tout fut en mouvement dans la ferme, et on s'y livra aux plus rudes travaux. Mais le temps fut beau et toutes les récoltes furent heureusement mises à couvert. Les services des soldats n'étant alors plus nécessaires, M. Campbell régla leurs comptes et ils retournèrent au fort.
a Qui pourrait croire, dit Henry à Alfred, en jetant les yeux sur les bâtiments, les meules de blé et de foin, et le bétail répandu dans la prairie , que nous ne sommes ici que depuis si peu de temps?
— Beaucoup de mains rendent le travail facile répondit Alfred. Avec l'aide du fort nous avons pu faire ce qui nous aurait coûté six ans si nous avions été réduits à nos propres ressources. L'argent de mon père a été bien placé, et lui rendra un bon revenu.
— Vous connaissez la proposition du colonel Forster, au sujet du bétail du fort?
— Non. Quelle est-elle?
— Il a écrit hier à mon père, pour lui dire que,
poiQWç il n' ay^ <pe )e fourrage suffisant pour pourrir ]e3 yacb^f qéq^ç^Q^ aux ofitefers é^ 1» garnison, il lui vendrai^, k ua prî^ trè$ modéré, tous les bœufii g/fi iQut ^(iu^hm^nt au fort.
^ Hm^ lors même que m;m aurions assez de four^ rage pour les aournr pédant l'hiver, qu'en ferionsqp^seQsuit^}
— Nous l^ revendrions au fort pour 1- entretien ()elf garnison, répondu. Henry, et nous en retirerions ainsi un bon profit. Le commandant dit que, de cette miUiière, l,e gouvernement s'en tirera à meilleur marché que s'il étail; obligé de les nourrir,
-* Je |e crois bien , à présent qu'ils n'ont rien k leur donner. Ils comptaient surtout sur notre prairie pour leur foin ; et s'ils n'en avaient pas eu une grande quantité en ladagasin , ils n'auraient pu les nourrir l'hiver dernier.
— Mon père y consentira, je le sais; et, en vérité, il aurait bien tort de ne pas le fmre, car la plus grande partie de ces animaux sera tuée à rentrée de l'Uver, et ne nous aura coûté que le pâturage.
— Nous sommes heureux , reprit Alfred , d'avoir trouvé des amis tels que les nôtres : d'autres c(A<ms n'auraient peutrétre pas obtenu tous ces secours.
-rNon certainement; mais vous voyez, Alfred, que nous d.evons tous ces avantages à votre crédit auprès du capitaine Loimley, du m<»ns c'est ce que disent mon père et ma mère, et je suis de leur avis. L'influence du capitaine Lumley sur le gouverneur nous a valu tout cet intérêt que Ton nous a témoigné. II 2"
— Je crois que nous devons reconnaître que la position particulière où se trouvait notre famille a fait beaucoup pour cela. On rencontre rarement des colons qui aient de bonnes manières et un esprit cultivé, et toute âme généreuse doit éprouver de la sympathie pour une famille de ce genre.
— C'est très vrai^ Alfred, répondit Henry. Mais voilà notre mère qui attend que nous rentrions pour dîner.
— Oui , et la Fraise est à côté d'elle. Quelle jolie petite personne que cette Indienne !
— Oui; et comme elle a su promptement se rendre utile ! Elle a presque abandonné ses coutumes indiennes, et elle a pris tout doucement les habitudes anglaises.
— Martin paraît Taimer beaucoup.
— Et il a bien raison, répondit Henry 5 une femme qui a toujours le sourire sur les lèvres est un trésor. Mais entrons.»
Une quinzaine de jours après cette conversation, il survint un incident qui causa à nos colons une certaine inquiétude. M. Campbell était occupé, avec Martin et Alfred , à nettoyer le magasin et à mettre en ordre les provisions. Plusieurs caisses et plusieurs ballots avaient été ouverts pour être examinés et aérés; et pendant qu'ils se livraient activement à ce travail, M. Campbell se retourna tout à coup, et , à sa grande surprise, il vit à côté de lui ua Indien qui contemplait avec avidité divers ballots de couvertures et des caisses de poudre, de plomb, et d'autres objets qui étaient étalés autour de lui.
« Eh bien! quel est cet homme?» s'écria M. Campbell en tressaillant.
Martin et Alfred , qui regardaient du côté opposé, se retournèrent au moment où M. Campbell poussa cette exclamation et virent Tlndien. C'était un homme âgé, de haute taille et fortement musclé. Il portait des guêtres et un habit de peau de daim; une plume d'aigle était fixée sur sa tête par une bandelette , et il avait autour de son cou une profusion de médailles de cuivre et de colifichets. Son visage n'avait d'autre peinture que deux cercles noirs autour des yeux. Sa tête était rasée, à Texception d'une longue touffe de cheveux qui pendait derrière. Il portait à sa ceinture un tomahawk et un couteau , et §]ur son bras une carabine. Martin s'avança vers lui et^e regarda attentivement.
a Je connais sa tribu , dit Martin , mais je ne sais pas son nom. Q'est toutefois un chef et un guerrier. »
Martin lui parla aloxs en l^gue indienne. « Ugh, » telle fut la seujle réponse de l'Indien.
a n ne se soucie pas de dire son nom , observa Martin; aussi. n'est-il ici pour rien de bon. Monsieur Alfred, allez (^rcher Malachie; il le connaîtra, j'en suis sûr.»
Alfred alla chercher Malachie. Pendant ce temps, l'Indien restait immobile, les yeux fixés sur les divers objets qui f^ présentaient à ses regards.
ot II est étonnant, dit Martin, qu'il ait pu venir jusqu'ici; il est vrai que ni Malachie ni moi ne sommes sortis dernièrement.»
— «4 — Coiôtnè il finissait de parier, Alfred rètml avec Mâlachie. Malachie regarda Tlndien et MaûtêSià \â parole.
Alors delùi-ci lui répondit dans sa lûii^&i « Je l'ai rèeonfïu^ Monsieur^ dit Malachie, àët tfslë y ai aperÇu son dos. Il n*est ici plotrt» rieil dé botf/ a|outa-t-il^ et c'est très malheureux qu'il soit précisément ar^if é dans ce moment et qn'il ait tii tdûl cela ; è'est uhe violente tentation.
— Mais qui est-11? dit M. Campbell.
— Le Serpent-Courroucé, Monsieur, répondit Malachie. Je ne pensais pas qu'il pût être dans cette partie du pays avant la réunion du conseil des Indiens, qui n'aura lieu que dans le mois prochain^ et j'avais l'intention de te surveiller alors.
— Mais qu'avons-nous à craindKe de lui?
— » Cest ce que l'on verra j mais ce que je ptiis dire, c'est qu'il tieht les yeui ftxés stit ce qui ë, pcWr lui, plus de valeiir qtie tout l'or an molidé, et il n'est rien moins qu'honnête.
i^ Mais nous n'avons rien à redouter d'un hothme seul^ remarqua Alfred.
— Sa troupe n'est pas bien lôitl , dit Malachie. H a plusieurs compagnons, quoiqu'ils ne soiefit pas très nombreux, et ceux qui le suivent ne valent pas mieux que lui. Il nous faut nous tenir sur nos gardes. » r
Malâdiie parla alors à l'Indien pendant quelques nroments; il ne répondit que par un «t Ugh. t> a Je lui ai dit que toute la pciidre et le plonA
qu'il voit sont pour nos carabines, qui sont plus nombreuses que celles de toute sa tribu ; non que cela puisse faire ^nd bien, mais, dans tous les cas, il vaut autant leur faire connaître que nous sommes bien préparés, f^let homme paraît émerveillé de tant de munitions^ c'est un fait; c'est dommage qu'il ait vu tout cela.
— Lui en donnerons -nous quelque peu? dit M. Campbell.
— Non, non. Monsieur, il n'en ferait d'autre usage que de chercher à s'emparer du reste. Cependant, je crois qu'il est le seul de sa bande qui ait une carabine. Ce qu'il y a de mieux à faire est de fermer la porte, et alors il s'en ira. »
Ils firent ce que demandait Malachie, et l'Indien, après avoir attendu quelque temps , tourna sur ses talons et s'en alla.
« Ce Serpent-Courroucé est un vrai diable, ajouta
Malachie, en le voyant s'éloigner; mais ne vous en
[•ouvera à qui parler avec moi.
voulu qu'il n'eût jamais vu toutes
cas , il vaut mieux ne rien dire de son apparition aux personnes de la famille, dit M. Campbell; cela ne ferait qu'alarmer nos dames sans produire aucun bien.
— C'est vrai, Monsieur. Je veux seulement le dire à la Fraise , dit Martin : elle est Indienne , et cela la mettra sur ses gardes.
— Ce sera cff effet convenable ; mais , Martin ,
II r**
averlisses-lft de n'en parler ni à Madame Gampbell^ ni aux jeunesi filles.
•^ Né craigneiî rien, Monsiëtff, répondit MàlacMe; J'observerai néanmoins ses moiivÊmeilts. Demain je serai dans les bm snr ses tracés^ Je suis content qull tn'ait yh ici, car il a peur de moi, je le sais* h
L'Indien, soit à son arrivée, sdt à son ékSpàil^ tfftvaft été vu ni par Madame Campbell^ ni par les personnes qui se trouvaient dans la maison ^ et lorsque M* Campbell et ses compagnons y rentrèrent, fls recfmnurènt que personne ne soiipçoniiak la visite qu'ils avaient reçue. Le àecret fut bien gardé; mais cet incident causa beaucoup d'inquiétude pendant quelques jours. A la fin les alarmes de M. GampbeH se calmèrent peu à peu. Malachie s'était mis en Campagne avec John, et avait découvert que tous les Indiens s'étaient réunis près de là pour tenir un conseil, et qu'il y eti avait plusieurs autres troupes dans les bois. Mais quoique la visite du Serpent-CourtoUcé pût être en partie un eflet du hasard, Maiachie n'en était pas moins eoùvaincu que , selon toute apparence, il leur ferait une autre visite, s'il pouvait réunir une troupe suffisante pour obtenir de force les cbieis qu'il avait, vus et qu'il paraissait eonvoil^ si vivement;
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