CHAPITRE V
Les colonnes Donaier et do Mibielle — Le lieutenaot-uilonel Donnier. — Combat de Lam — L Édatr — Le débarquemenl sous le fCD des Chinois. — Belle conduite de la légion, — Charge de la compagnie Fraj-sannud. — Mort da cnpilaine Beynet. — Déroole des Chinois. — Combat de Chu. — Charge du 113* de ligne. — Uort du capitaine Cavellier. — Attaque des tarcos. -~ Traits de conroge. — Fuite de l'ennemi. — DestrnctioD des ouvrages.
Pendaot que la colonne du géaéral de Négrier remportait, le 8 octobre, la brillante victoire de Lang-Kep, la
colonne du lieutenant-colonel Donnier, renforcée ensuite par les troupes du commandant de Mibielle, écrasait les Chinois le 6 octobre au combat de Lam et les 10 et 11 octobre sur les hauteurs de Chu.
Ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent, les trois colonnes des lieutenants-colonels Dcfoy, Donnier et du commandant de Mibielle se trouvaient réunies, dans les vallées du Thuong-Gian, du Loch-Nan et à Phu-Lang-Thuong pour refouler l'armée chinoise d'invasion qui débouchait du Kouang-Si.
La colonne du lieutenant-colonel Donnier comprenait: deux compagnies du 143® (capitaine Fraissynaud et Cuvellier), deux, compagnies de la légion (capitaines Deynet et Bolgert), ces deux compagnies augmentées du renfort destiné au 2® bataillon, 186 légionnaires avec les capitaines Bérard et Yzombard ; un pelelon de tirailleurs tonkinois (sousJieu tenant Bataille); une section de 80 millim. de montagne (lieutenant Largouet), détachement léger d'ambulance ; canonnière Hache (capitaine Manceron), Ma^S'/e (capitaine Garnault), Cara6me (capitaine Devic), Eclair (capitaine Leygue).
La colonne du commandant de Mibielle comprenait: un peloton de tirailleurs tonkinois (sous-lieutenant Robard), le 3® balaillon du 3® tirailleurs algériens (commandant de Mibielle); deux sections de 80 millim. de ir.ontagne (11® batterie du 1â% compagnie Jourdy); détaclienient du génie avec deux mulcls d'oulils ; détachement léger d'ambulance. A cette colonne se trouvait eu outre provisoirement réuni, le demi-peloton de chasseurs d'Afrique, commandé par le sous -lieutenant Dumez.
Nous avons donné dans le chapitre IV, la composition de la colonne du lieutenant-colonel Defoy, dont e général de Négrier prit là direction.
LAM ET CHU iô
Celui-ci avait donné Tordre au lieutenant- colonel Donnier de pousser dans la vallée du Loch-Nan, avec Chu pour objectif, où se trouvait une force d'environ 4,800 réguliers chinois.
Le 5, à midi, le colonel se trouvait au village de Loch- Nan, qui venait d'être brûlé par les Chinois. Les canonnières avaient pris le contact.
Le 6, le commandant de Mibielle, rompt de Phu-Lang- Thuong, à cinq heures treote du matin pour se porter sur Hoa-Phu.
Le même jour, la colonne du lieutenant-colonel Donnier, encore embarquée sur la flottille, continue à remonter le fleuve pour choisir un point de débarquement aussi avancé que le permettront l'état de la navigation du haut Loch-Nan et le voisinage de l'ennemi.
Le lieutenant-colonel Donnier est un de nos plus brillants officiers d'infanterie. Né le 19 septembre 1836 à Cherbourg, et fils d'un capitaine retraité, le jeune Donnier entra à Saint-Cyr à la fin de 1853. Quatorze mois plus tard, il en sort le quatrième sur 228 élèves et fait toute sa carrière aux turcos, c'est-à-dire toujours en campagne. Capitaine le 18 avril 1866, il fait en cette qualité la campagne de l'Est 1870 et est blessé à la bataille de ileichshoffen d'un coup de feu au-dessus de l'œil droit. En 1883, à Sontay, il commande le bataillon de la légion étrangère qui s'empare de la porte ouest après un terrible combat. Nommé lieutenant-colonel au 83® de ligne le 6 janvier 1884, il passe avec le même grade à la légion . Il est en outre officier de la Légion d'honneur du 7 février 1882.
Le Ueutenant-colonel Donnier est de taille au-dessus de la moyenne, au teint naturellement basanné, sec, mais bon, à l'œil vif et noir. C'est l'un de ces officiers que l'on distingue sous le nom d'Africain, La plus
grande partie de sa carrière militaire, de i856 à 48S8, de 1860 à 1870, et de 1871 à 1883, s'est en effet, écoulée en Afrique où les gouverneurs et les généraux inspecteurs l'ont toujours considéré comme un de ces ofHciers solides qui ne seront jamais au-dessous de la mission qu'on pourra leur confier.
Le 6 octobre 1884, à 7 heures du matin, la colonne Donnier quitte, à bord de la flottille, le mouillage de Fong-Linh et continue à remonter le Loch-Nan.
Un détachement comprenant la compagnie de la légion étrangère du capitaine Beynet et le peloton de tirailleurs tonkinois du lieutenant Bataille, protège le mouvement de la flottille, en cheminant à terre à sa hauteur, et suit la route de Fong-Linh à Chu.
Ce détachement atteint la berge de Laï-Tam en même temps que la flottille, et rend compte qu'il n'a vu aucun ennemi pendant sa marche. En conséquence ordre est donné de continuer le mouvement et d'essayer de pousser jusqu'à Lam.
La flottille y arrive vers dix heures du matin, et mouille en aval du banc de sable qui marque la limite de la navigation pour les canonnières et les chaloupes d'un tirant d'eau supérieur à 1™,50. L'escadre rejoint peu après la flottille et rend compte que, dans ce dernier trajet, elle n'a encore rien vu, et que sa marche n'a été aucunement inquiétée.
Les Chinois sont toujours invisibles, cependant on sent la présence de l'ennemi ; les villages sont déserts, les plantations dévastées; çà et là quelquo<î fiim es grisâtres, se détachant sur le fond verdâtre des rizièrej, annoncent la présence de cagnas incendiées par les rôdeurs chinois.
Ordre est donné au capitaine Beynet de disposer son détachement en halte gardée, de façon à surveiller la
route de Lam à Chu et à protéger le mouillage contre toute surprise.
Puis comme Félévation et la raideur des berges, à hauteur de la flottille, menacent de rendi*e le débarquement très difiScile, le lieutenant-colonel Donnier va avec V Éclair, à qui son faible tirant d'eau permet de franchir le dos d'âne, reconnaître en amont un lieu de débarquement plus favorable.
Un point étant trouvé, un peu en amont, qui permet Y Éclair d'accoster à quatre mètres à peine d'une berge à pente praticable, la compagnie fiolgert de la légion, qui se trouve à bord, est immédiatement mise à terre pour soutenir la compagnie Beynet, et ordre est envoyé aux jonques et au chaland portant le détachement du 143® et l'artillerie, de venir successivement accoster V Éclair, qui servira de ponton pour le débarquement.
Vers midi, cet ordre commence à s'exécuter; le 143« effectue son débarquement en passant sur YÉclair, quand tout à coup un gros nuage blanc et quelques flocons de fumâe s'élèvent au milieu des bambous à un coude du fleuve situé à 900 mètres environ en amont. Presque aussitôt une sourde détonation et plusieurs crépitements se font entendre.
Un projectile creux et quelques balles bien visées, tombent sur r£'c/aer; plusieurs soldats du 148* sont blesâés et teignent de leur sang le pont de la canonnière.
L'ennemi s'est glissé dans les fourrés du tournant de la rive et annonce sa présence par des « oh l où ! oh ! où 1 » assourdissants et le son lugubre de ses trompes de guerre.
Pendant que V Éclair riposte aussitôt par le feu de ses hotchkiss, la compagnie Bolgert part au pas de course et se porte à i,000 mètres environ en i^vant du
point de débarquement, pour prendre à revers la boucle du lleuve. Un ancien relrand)ement annamite se trouve à celte distance au bord du fleuve, envahi par la végétation, mais donnant cependant des vues sar la berge et le chemin do Clm. La compagnie Bolgert y prend po-
sition et ouvre le feu, face à l'est, sur les tirailleurs ennemis dispersés dans les bambous de la bcr^e.
L'Éclair s'avance à toute vapeur et les prend en (lanc avec sa fusillade et le feu de ses bolchkiss. Les Chinois mitraillés à outrance, sont chassés de ce point et cessent d'inquiéter directement le débarquement.
De nombreux groupes ennemis tendent d'envelopper
par la gauche la position de la compagnie Bolgert; une section de cette compagnie est portée en avant, face au nord, sur une éminence formant éperon de ce côté; les tirailleurs tonkinois accourent en soutici^, portant sur leur kéo en toile bleue un rond blanc où se détache, en chiffre rouge, le numéro de leur compa- ^ gnie ; une section de la compagnie Beynet appuie ce mouvement; cette dernière compagnie est appelée de sa position d'attente pour reforcer la ligue du combat.
De nombreux groupes ennemis s'approchent de nos positions à Ja faveur des hautes herbes et des broussailles et viennent tirailler avec nos troupes qui les contiennent par leurs salves mesurées et bien ajustées.
De notre côté, le combat est traîné en longueur , afin de laisser aux autres éléments de la colonne le temps de débarquer.
Vers uiio heure, la compagnie Frayssinaud du 143* arrive sur le lieu du combat, et se place en réserve, dans un pli de terrain, derrière Téperon qui couvre la gauche de notre ligne. La compagnie Cuvellier, du même corps, arrive peu après et se place en réserve générale dans le retranchement annamite.
La gauche de la ligne étant ainsi solidement constituée, le lieutenant-colonel Donnier porte en avant l'aile droite, vers la route de Chu, où l'ennemi se montre de plus en plus audacieux ; la compagnie Bolgert de la légion gagne du terrain de ce côté; sa ligne de feu avance rapidement.
Tout à coup, vers deux heures, une vive fusillade éclate tout autour de nos positions ; de nombreux piétinements se font entendre au milieu des broussailles; des hurlements épouvantables mêlés aux sonneries des trompes éclutent de tous côtés. Ce sont les Chinois qui débouchent en force dans les deux directions d'attaque
5a LE GÉNÉRAL DE NÉGRIER
et marchent résolument, et bannières au veut, à l'attaque de nos positions.
A gauche, les tirailleurs tonkinois, dont le chef, le , sous-lieutenant Bataille, tombe blessé en cet instant, ont un moment d'hésitation ; mais la compagnie Frayssinaud est à proximité et se porte au pas gymnastique au secours des tirailleurs.
L'ennemi est rejeté et poursuivi la baïonnette dans les reins pendant plus de 800 mètres avec un entrain et une fougue indicibles ; de nombreux cadavres jonchent sa ligne de retraite.
Dans cette attaque, M. le docteur Dreyfus, médecinmajor de 3^ classe au 143®, sauve un soldat blessé auquel les Chinois allaient trancher la tête, . A droite, les Chinois dessinent un mouvement offensif, que la compagnie Bolgert, portée tout entière sur la ligne, arrête vigoureusement. I.a compagnie Beynet arrive à ce moment de sa position de halte gardée ; le capitaine enlève rapidement ses sections de tête et les porte à gauche de la compagnie Bolgert, puis, les deux compagnies de la légion, passant au retour offensif, se précipitent à la baïonnette sur l'ennemi. Les capitaines Bolgert, Beynet, Yzombart, le lieutenant Carteron marchent en avant et enlèvent leurs hommes.
Les Chinois essayent de faire tête, mais devant la vigueur de l'attaque, ils sont culbutés et se retirent en désordre, jonchant le sol de leurs cadavres.
A ce moment le capitaine Beynet est tué raide par une balle.
Le sergent Prenier est blessé grièvement près de lui.
Sur les deux points de l'attaque ainsi dégagés, les troupes poussent de l'avant, et la compagnie Frayssînaud, du 143®, ayant fait un changement de direction à droite, sa ligne se trouve établie face à Test.
La section d'artillerie (lieutenant Largouët), a pendant ce temps achevé de débarquer. Une première pièce eàt rapidement amenée sur la ligne de combat, et achève la déroute des Chinois. Puis, la deuxième pièce ayant pris position à son tour, la section canonne à distance des troupes chinoises qui sortent des forts de Chu, pour •
recueillir les fuyards.
Le feu cesse vers cinq heures et demie. *
A la nuit tombée, les grand'gardes seules sont lais- j
sées sur les positions conquises ; le gros se replie sur j
le fortin annamite et y bivouaque. i
La nuit se passe sans incident. ;^
Nos pertes sont de H tués, dont le capitaine Beynet, ^
de la légion étrangère, et 30 blessés, dont le sous-lieu- ]i
tenant Bataille, des tirailleurs tonkinois. Les pertes de ^
l'ennemi sont considérables. '^
Les Chinois ont montré environ 4,000 hommes, et le •<
colonel Donnier voit à 5 kilomètres, dans le nord-est. • â
cinq camps chinois qui paraissent retranchés. Il devient j
donc nécessaire d'appeler à lui le commandant de ^
Mibielle, ce qui est fait le 8 au soir, et le 9 au matin, la colonne est renforcée par Tarrivée de 800 tirailleurs algériens, un peloton de tirailleurs tonkinois et une batterie de 4 pièces de 80 de montagne.
Le corps d'armée chinois établi au marché de Chu s'est solidement fortifié dans un ouvrage circulaire à grand relief, armé d'artillerie et servant d'appui à une longue ligne de tranchées casematées.
Au nord de cet ouvrage, cinq forts couvrent la route do retraite de l'ennemi vers Lang-Son.
Le 10 octobre au matin, le lieutenant-colonel Donnier se résout d'occuper dans un rayon de 1,000 à 1,500 mètres, en avant de sa position d'attente, des hauteurs, qu'il a fait reconnaître l'avant-veille et qui dominant les
défenses extérieures de Chu, constituent pour le cheminement de Fattaque un point de départ très avantageux.
Dès le réveil, une forte reconnaissance, sous les ordres du commandant de Mibielle, est poussée dans la direction des forts de la route de Lang-Son afin de détourner Taltention de l'ennemi et de le retenir dans ses positions.
A six heures du matin, une compagnie de la légion étrangère (capitaine Bplgert), est chargée d'aller. occuper la hauteur de gauche , après quoi un détachement du 143®, commandé par le capitaine Frayssinaud et comprenant la 3® compagnie et un peloton do la 4®, se porte en avant pour aller reconnaître et occuper la hauteur de droite. Il lui a été indiqué d*aborder la position par les pentes sud de façon à prendre les défenseurs à .^ revers. Le capitaine Cuvellier, qui, à titre de chef
-* • d'état-major, a fait l'avant-veille la reconnaissance som-
r- maire de ces positions, est chargé de donner la di-
rection.
Derrière chaque compagnie, portée en avant, une compagnie se tient en réserve prête à la soutenir: la compagnie Bérard de la légion, derrière la compagnie Bolgert; la compagnie Polère, du 3® tirailleurs algériens, derrière le détachement du 143*.
Arrivant la première en position, la compagnie Bolgert est accueillie, en abordant la crête, par un feu très vif, partant, de face, des retranchements ennemis, et de liane, du poste chinois établi sur la hauteur de droite.
Les légionnaires y répondent par des salves biea dirigées et bien ajustées, et s'établissent sur la crête, non sans éprouver des pertes assez sérieuses.
A droite, le détachement du 143®, brillamment entraîné par son chef, le capitaine Frayssinaud, gravit les i>enteâ
et atteint la crélc en refoulant vigoureusement devant lui les tirailleurs chinois ; il les di!'busque d'une tranchée où est établi le poste vu les jours précédents et les rejettent sur une butte voisine couronnée de pins. Au moment où il couronne la position, qui lui a été indiquée comme but de l'opiralion, le capitaine Frayssinaud tombe blessé d'une balle à la tête.
On l'emporte grièvement blessé.
I f soldats sont furieux et ne demandent qu'à char-
ger : 1 Vengeons notre capitaine! » crient tous ces braves gens.
Le capitaine Cuvellier prend la direction du combat. Cédant à l'entrainement général, il montre à ses hommes, de la pointe du sabre, les Chinois, qui sont repliés à 300 mètres à peine sur la hauteur des Pins et en garnissent les tranchées.
< Clairons ! la charge 1 commande-t-il. Tous partent au pas de course, comme un torrent ; au premier rang, le sous-lieutenant Juchereau de Saint-Deny, le sergeittmajor Nègre, le sergent Fhubert.
54 LK GÉNÉUAL DE NÉGlli:: R
A la Mie de cette avalanche humaine, qui descend la pente de la colline, les Chinois ouvrent une fusillade des plus nourries.
Notre détachement, brisé dans son élan, s'arrête et subit des pertes considérables. Le brave capitaine Cuvellier reçoit trois balles qui le foudroient ; autour de lui tombent un grand nombre de militaires du 143^, que son entrain a électrisés.
Là est blessé le sous-lieutenant Fourest.
Le détachement, décim3, bat lentement en retraite, emportant ses morts, ses blessés, et se replie sur la première position.
Le lieutonant-colonel Donnier le fait relever par deux
compagnie du 3® tirailleurs algériens, capitaines Polère
et Valet et dirigées par le capitaine adjudant-major
Mercier, du même corps.
[^ Les turcos sont enchantés de se porter en avant.
^I C'est la première fois depuis Sontay (il y a déjà deux
^^ mois !) qu'ils vont être sérieusement engagés : ces braves
indigènes, leurs larges pantalons de toile maculés, par la rosée du matin, courent de buisson en buisson, le fusil en arrêt, prêts à faire feu, et poussent des you ! you ! retentissants.
Pendant ce temps, une section de la H® batterie s'est placée, sous les ordres du capitaine Jourdy, sur la crête de la hauteur occupée par la compagnie Bolgert, de la légion étrangère, et près de Taile gauche.
Cette position, qui d'ailleurs assure dans la direction de Chu un champ de tir bien dégagé, permet de prendre à revers ou d'écharpe les tranchées de la hauteur des Pins, ainsi qu'un retranchement placé en arrière et d'où part une fusillade aussi nourrie que bien ajustée.
La section Largouët de la 12® batterie, est en batterie sur la position d'attente de la colonne, et cherche par
son feu, dirigé à 2,7S0 mètres, sur le fort de Chu, à intfuiéter renDemi sur ses derrières. Le fort de Chu riposte faiblement par le feu de deux ou trois canons Krupp dont il est armé, mais le tir de son artillene, insuffisamment réglé, ne nous cause aucun dommage.
Les troupes de première ligne sont ainsi en position : i
deux compagnies de la légion et la batterie Jourdy sur )
la hauteur de gauche, deux compagnies du 3** tirailleurs algériens sur les hauteurs de droite. )
Le combat dure tout le jour sous un soleil de feu. 1
L'ennemi cherche par un feu rasant des mieux ajustés ^
à nous faire évacuer les crêtes, et ses efforts les plus ^
opiniâtres se portent sur la hauteur de droite occupée par les tirailleurs algériens.
Plusieurs fois, dans cette journée, nous apercevons 5
des masses considérables de réguliers sortir des forts .
de la route de Lang-Son pour venir renforcer les défenseurs de Chu. Les Chinois, le fusil à répétition sur l'épaule, les drapeaux déployés, vont en courant rejoindre les combattants. Leurs chefs trottinent sur les flancs, au pas relevé de leurs petits chevaux à longue crinière.
Chaque arrivée de renfort est suivie d'une poussée vers nos positions et d'un redoublement marqué d'intensité de feu.
Turcos et légionnaires sont splendides de courage et d'entrain.
L'adjudant sous -officier Codron, du 3® tirailleurs, parcoure à petits pas, le sabre sous le bras, la ligne de ses hommes qui font feu, étendus à terre. Les balles ennemies semblent respecter ce brave.
Un clairon, le nommé Amar Ben-Si-Messaoud, bien qu'atteint de deux blessures, continue à exécuter ses sonneries avec le même calme que s'il se trouvait dans la cour du quartier à Gonstantiae,
56 LB Gfi.VËRAL DE NÉGRIER
Le tirailleur Abdallah Ben-\Ii reste au feu, avec une épaule fracassée, et refuse d'aller à l'ainbulance avant la lin du combat.
Les sergents Racine, Tauriac, de la légion, sont blessés, mais restent, eux aussi, à leur poste.
Le 90U5-lieutenant Rouget, du même corps, prend le fusil d'un soldat tué et fait le coup de feuavecles tii-allburs ennemis.
Charge des Turcos
L(.' caporal Werner, de la légion, fait des prodiges de valeur et tombe frappi de deux balles, dont l'une lui fracasse le bras gauche. Il doit sulur l'amputation, opé-. ration qu'il supporte sans la moindre défaillance au cri de : '1 Vive la France (1) I s
(1) Une odyssée bien carleuse que celle de ce Werner. Après l« combat de Chu, sa belle conduile lui valut les félicitaiioos du général de Négrier el la médaille militaire. Au moment où il allait s'embarquer k Hsï-Phong, il fui i-econnu pour un certain ïbrard, ancien aergent-major d'infiriniera militaires, condamné par contamace, pour désertion. Rnmené en France pour purger sa condamuation, il fui acquitté pnr te conseil de gu^ire du 19> corps, aui cris de < Vive la France I *
, Vers deux heures, un fort détachement chinois sort, pareil à une noire fourmilière, des forts de l'ouest et cherche à envelopper notre aile gauche et à couper noH communications avec Traï-Dram (débarcadère des vivres et des munitions), en se glissant le long de l'arroyo qui coule derrière la position d'attente de la colonne.
Une des deux compagnies du 3® tirailleurs algériens laissées en réserve sur cette position, capitaine Chirouze, est opposée à ce mouvement tournant et réussit à Far- t
rêter. •• J
Vers quatre heures, notre aile gauche est dégagée, '
ainsi que nos derrières, et le commandant de Mibielle, >i
qui commande la seconde ligne, peut faire amener de i
Traï-Dam des munitions d'infanterie qui viennent d'y arriver et dont le besoin commence à se faire sérieusement sentir parmi les troupes de la première ligne. ^
A la fin de l'après-midi, on commence à couvrir d'un ^
bourrelet de terre la crête de la hauteur occupée par la y
légion et la batterie Jourdy. Le travail est dirigé par le i
sergent Ramus, du 4® régiment du génie et ses sapeurs, ^
sous un feu très vif, avec un entrain qui leur fait grand honneur.
A la nuit tombante» la hauteur est entièrement couronnée d'un parapet suffisant pour arrêter le tir rasant de l'ennemi. Le même travail est alors exécuté sur les hauteurs occupées par les tirailleurs algériens.
Pendant la nuit, sur tout le développement du front de combat, les troupes travaillent à renforcer les retranchements, qui, au jour, offrent une protection et une valeur défensive des plus sérieuses.
L'ennemi ne tente, pendant toute cette nuit, aucune • attaque et se renferme sur la 'i?fensivc dans ses retranchements.
Nos perteS; dans la journée du 10 octobre, ont été
de : 2i lues, dont 1 officier, le capitaine Cuveltier, du 143*, et de 89 blessés, dont 9 oHirâers, le capitaimi Frayssinaud et le sou»-iieutenant Fourest.
Ce combat acharné a coûté à l'ennemi des pertes considérables.
Le 11 dès le matin lennem prononce un > goureu^ tour ofTcnstf sur les posit ods conquises la e Ile par
nos troupes. Ccllob-ci, agenouillées derrière les épaulements dcstranchées, l'attendent tranquillement la crosse à l'épaule.
Au commandement, notre artillerie et notre infanterie reçoivent à courte distance, par un feu terrible, les Chinois qui sont forcés de se replier précipitamment, abandonnant un grand nombre de leurs morts sur le terrain, et sans nous faire éprouver la moindre perte.
Le 1^ au matiu, le général Briëre de l'isle arrive h
Chu et trouve tous les retranchemeni^ évacués par l'enncmi à la faveur de la nuit précédente.
Le 13, le général envoie un fort détachement détruire les forts qui couvrent la route de Chu à Lang-Son.
Du quartier général le coup d'œil est magnifique. A nos pieds la vallée où serpente le Loch-Nan^ avec des taillis de bambous et de nombreux villages. Au-delà, sur de petits mamelons, les cinq forts auxquels nos soldats, sans être inquiétés, viennent de mettre le feu et tout au fond, les hautes montagnes sombres formant la passe du Deo*Van, et sur les pentes desquelles s'étagent les campements des Chinois en retraite.
Rep et Chu restent fortement occupés et ferment désormais à Farmée ennemie les défilés qui conduisent de Lang-Son dans le Delta.
Pour honorer la mémoire d^s officiers tués glorieusement à la tête de leurs compagnies à Tassant de Kep et aux combats de Lam et de Chu, le général commandant le corps expéditionnaire décida que les blockhaus élevés à rentrée des défilés de Kep et sur îes positions de Lam et de Chu prendraient les noms de Planté pour celui de Kep, de Beynet pour celui de Lam, de Cuvellier pour celui de Chu. Ces noms furent gravés sur des planchettes placées au-dessus de la porte principale du blockhaus, et furent suivis de la date des combats ci-dessus.
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ce:
rilAI'lTUK VI
IIA-HO BT HOUr-BÛP
Concenlrolion à Chu. — Ijjs Chinois dans te haut Loc-Nan. — Attaque du marché de lla-Ilo, — Les compagnies Bi>lgerl el Gra*ereau,de la légion. — Déroule des réguliers. — Belle défense Je la compagnie G:aïereau. — Posilions chinoijos de Kooï-L'op Le camp relranché et ses redonles. — Pasfag.i du Loc-Nan. — Iji colonne de Mégrier. — Dans le brouillard. — Les sapeurs du génie. — Attaque lies Tigres iinpéri ui. — Le lieiilenant Desioges. — Prise de Phong-Cot. — Combat de nuit. — Défense de la pDgO[|e de PboDg'Cot par une compagnie du llt> de ligne. — A la baionnetle. — Attaque du camp de Noui-Bop. — Belle maoœuTre du général de Nogrîer. — L'ulUique générale. — Prise du grand réduit. — Journées des 5 et 6 janvier. — Prise des déniés.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, après la déplorable qTaire de BaoLé, nous résolûmes de nous emparer de
ÎIA-lIO ET NOUl-BOP 61
vive force de la partie du pays que Tluiquc mauvaise foi
chinoise nous contestait. Dôjà nous avions occupé
Tuyen-Quan et Thaï-Nguyen ; restaient Lang-Son et
Lao-Kai. On ne connaissait qu'à peu près la route
mandarine conduisant de Bac-Ninh à Lang-Son. On dut
y renoncer en présence de Taccumulation des défenses i
chinoises dans une contrée aussi montagneuse. On \
reconnut enfin un autre passage, plus au sud, celui de
la vallée du Loch-Nan. La base d'opérations était toute \
désignée au point où cette dernière rivière cesse d'être
navigable. Cest à Chu que s'arrêtèrent nos canonnières.
De cet endroit, on gagnait par terre, à travers le col de ^
Deo-Van, Dong-Song, Than-Moï et enfin Lang-Son. 3
Chu, comme nous Tavons raconté dans le précédent H
cliapitre, était occupé en octobre 1884 par le colonel ^
Donnier. Jusqu'à la fin de janvier, on accumula sur ce ^
point, au moyen des jonques et des coolies, le plus d'approvisionnements possibles en vivres et en munitions.
Nos soldats de la brigade de Négrier passèrent ainsi près de quatre mois dans cette position avancée, ayant en face d'eux à petite distance une armée chinoise de "^
plus de dix mille hommes.
Le 7 décembre et jours suivants, les renseignements signalaient de nouveau l'apparition des Chinois dans la haute vallée du Loch-Nan, au nord et à Test de nos positions de Chu. Un millier d'entre eux étaient établis à Phuoc-Thang, d'où ils imposaient de fortes contribulions aux villages environnants, et poussaient leurs patrouilles vers Maï-So, Liem-Son et le col de Deo-Van.
Dans la nuit du 18 au 16, 3,000 Chinois affamés descendent de la montagne par la route de Deo-Van-Giapthuong, et se dirigent, afin de le piller, sur le grand n arche de Ha-Ho, au nord-est de Chu.
6) le gékéral de Négrier
Deux compagnies (n^* 3 et 3) de la légion étrangère, commandées par les capitaines Bolgert et Gravereau» une compagnie du 111°, capitaine Verdier, blessé à Keple 8 octobre, et un peloton de tirailleurs tonkinois, sont envoyés aussitôt en reconnaissance par le lieutenantcolonel Donnicr afin de s'opposer au mouvement des Chinois.
Les deux compagnies de la légion, avec les Tonki^ nois, suivent la rive droite du Loch-Nau, tandis que la compagnie du 111® remonte sur la rive gauche. Cette dernière a pour mission de passer la rivière au nord de Ha-Ho, de façon à tomber sur les derrières des Chinois pendant que la légion attaquera de front.
A un moment donné, la compagnie Bolgert, qui se trouve la plus éloignée de la réserve, se heurte contre un nombreux corps chinois venu deDong-Songet qui a passé la nuit caché dans les hautes herbes des environs de Ha-Ho. Un combat très vif et vigoureusement conduit par le capitaine Bolgert s'engage ; les avant-postes ennemis sont culbutés, et les réguliers du Kouang-Si repoussés par une brusque attaque à la baïonnette, puis par des feux de salve bien dirigés qui leur abattent beaucoup des leurs, se mettent en retraite. Mais bientôt, s'aperce vant que les forces qui les ont refoulées sont peu nombreuses, ils reviennent à la charge et accourent en masses profondes de Ha-Ho. La compagnie Bolgert rompt aussitôt le combat et se retire sur Giap-Ha, où elle s'établit sur une forte position défensive.
De son côté, la compagnie Gravereau marchait depuis environ une heure et demie, quand deux Annamites arrivent en courant et lui disent que les Chinois se trouvent non loin delà en force nombreuse. Les légionnaires accélèrent la marche et arrivent près d'un village que l'on soupçonne occupé par l'ennemi. Le capitaine le fait
IIA-HO ET JS )U1-B0P 63
conlourner par deux patrouilles^ commandées par le sergent Derappe et un autre sous-officier. Ces reconnaissances ne signalent rien de suspect, si ce n'est un habitant qui annonce que les Chinois viennent de quitter le village, en prenant la direction vers laquelle marche la compagnie.
Aussitôt le capitaine prend ses dispositions de combat et commande: « En avant! »
A ce moment, les légionnaires entendent des feux de salves sur leurs devants. C'est la compagnie Bolgert et les tirailleurs tonkinois qui sont aux prises avec Tennenii, à cinq kilomètres de distance. La compagnie Gravereau se dirige vers le lieu du combat en forçant la marche.
Au bout d'une demi-heure, elle se heurte à une colonne chinoise qui revient du ravitaillement. Dès qu'il aperçoit les Célestes, le capitaine leur fait envoyer deux feux de section. Ils sont à 400 mètres de nous. Mais à peine avons-nous ouvert le feu, qu'ils ripostent vivement, tout en se déployant. Leur mouvement nous permet de voir les forces dont ils disposent. Ils sont là 2 à 3,000 hommes bien armés et bien commandés par des officiers européens. Notre pauvre petite compagnie de 130 légionnaires va avoir à lutter contre le gros de l'ennemi ; un contre quinze au moins.
Le capitaine (iravereau laissant les réguliers s'approcher sur son front et, exécutant des feux de salve, leur fait éprouver des pertes énormes; ceux-ci ripostent: leur feu est tellement nourri que le capitaine donne l'ordre de se coucher pour tirer.
lie nouvelles forces chinoises débouchent des bois au sud de Ha-Ho et coupent la compagnie de sa ligne de retraite. La situatiori, critique avec une troupe moins bien trempée, n'est pas compromise un instant.
M LE GËNËRAL DE NÉORIEB
Occuper le premier mamelon et nous y inslalicr solidement est l'afiaire d'un instant; mais là, la lutte devient terrible. Le feu est des deux côtés d'une intensité exceptionnelle; les combattants sont à peine sépari^s par une distance de cent cinquante mètres.
Nos soldats commencent à perdre du monde ; la place n'est plus tenable; ils prennent position sur mie autre hauteur.
C'est le moment décisif. D<^jà nous avons un sergent tué et plusieurs légionnaires tués ou blessés. Les balles sifllent dru et sec ; chacun se défend avec courage.
A ce moment le capitaine Gravcroau prend le fusil d'un homme mort et s'écrie ;
— S'il faut mourir, vendons notre vie aussi chèrement qucpossib'e! Vive la France ! Baïonnette au canon et en avant, mes enfants 1
Aussitôtiescrisde: a VivelaFrance! vive la légion ! » se l'ont entendre ; les baïonnettes biillent au soleil.
La compagnie, les officiers en tète, descend le mamelon au pas gymnastique et pousse en avant dans une
HA-HO ET NOUl-BOP 65
charge admirable en emportant ses quinze blessés à bras.
C'est ce qui nous sauve : l'ennemi, croyant à un retour offensif, se replie ; nos légionnaires se foi)t jour et s'établissent solidement à Hao-Ka, près du Loch-Nan, et à portée des secours qu'am^'iie le colonel Donnier,
Là, on fait l'appel ; 13 tués, dont l sergent, 2 caporaux; i5 blessés, dont 1 sergent et i caporal, ce qui fait 28 hommes hors de combat sur 130, après trois heures d'une lutte opiniâtre. }
Pendant ce temps, la compagnie Bolgert fait des ef- <
forts inouïs pour arriver au secours des camarades cer- ^
nés sur le mamelon. L'ennemi, voyant des renforts 4
arriver, bat en retraite, laissant quelques centaines i
d'hommes sur le terrain. 4
La compagnie Verdier, du 111®, n'avait pu agir. l
Postée 9ur la rive gauche du Loch-Wan elle n'avait trouvé J
ni sentier ni passage pour donner la main à la poignée '
de braves que le capitaine Gravereau avait si vaillamment et si intelligemment dirigés.
A quatre heures trente du soir, toutes nos troupes 4
avaient regagné leurs cantonnements. Nos pertes totales ^
s'élevaient à IS tués et 19 blessés de la légion, 1 tué et 3 blessés du l'^'^ régiment de tirailleurs tonkinois.
Le but de l'opération était obtenu, les Chinois n'ayant pu enlever de Ha-Ho aucun approvisionnement.
La légion s'était admirablement battue et les tirailleurs tonkinois qui l'accompagnaient avaient très bien tenu. Aux premières nouvelles, le général de Négrier, à ce moment près du Phu-Lang-Thuong, prenait deux compagnies de tirailleurs algériens dans cette place, et revenait rapidement vers Chu. Une reconnaissance friite par cet officier général sur le champ de bataille du 16 décembre et vers le col de Deo-Van, ne rencontra qu'une ^-
patrouille ennemie dans la direction de Phuoc-Thang; les Chinois étaient déjà remontés vers Lang-Son.
L'année 1883 commence au Tonkin sous de brillants auspices.
I Dès le 22 décembre, de nouvelles masses chinoises
sont signalées au débouché de la plaine de Chu, où elles exécutent de nombreux travaux de fortifications. Ces j troupes grossissent chaque jour et annoncent à la popu-
lation leur intention de prendre Toffensive. Leurs patrouilles sont constanunent en contact avec les nôtres.
Aussi avant de marcher sur Lang-Son, il est de toute urgence de balayer les derrières de notre colonne d'opération. 11 faut, non seulement chasser les douze mille Chinois occupant la région, qui s*étend entre les routes de Lang-Son et d'An-Chau, d'une part, et le Loch-Nan d'autre part, mais encore rassurer les populations annamites qui entourent Chu.
Ce double but fut brillamment atteint. Le 2 janvier au soir, le général de Négrier, chargé de cette mission, avait réuni à Chu les troupes suivantes :
Bataillon du 111® (commandant Faure) ;
Bataillon du 143® (commandant Farret) ;
(Ces deux bataillons sont sous les ordres du lieutenant-colonel Herbinger.)
Bataillon mixte d'infanterie de marine (commandant Mahias) ;
3° bataillon du 3® tirailleurs algériens (commandant de Mibielle) ;
2® bataillon du 1®*" régiment étranger (commandant Dignet) ;
Un peloton de 100 hommes de la compagnie de Beauquesne (tirailleurs tonkinois) ;
jl« batterie (4 pièces seulement) du 12® d'artillerie (capitaine Jourdy);
IIÀ-HO ET NOLI-BOP 67
12* batterie du 12* d'artillerie (capitaine de Saxcé);
(Sous les ordres du commandant de Douvres.)
Section du génie (lieutenant Jullien) ;
Section de télégraphie optique (deux postes) ;
Section d'ambulance (médecin-major de 2® classe, Baudot) ;
Détachement du train (sous-lieutenant Blanchard).
Depuis quelque temps, l'ennemi montrait presque chaque jour des patrouilles d'infanterie et de cavalerie dans le voisinage du poste; Chu était observé. Les émissaires étaient d'accord pour indiquer un rassemblement assez considérable, cantonné à environ 20 kilomètres à l'est de Chu, sur la route d'An-Chau.
L'ennemi couvrait ainsi les deux routes de Chu à Lang- Son qui passent, l'une par Dong-Song, l'autre par Phuc- Tang et Na-Zuong. De cette disposition de l'ennemi, résultait que toute troupe marchant sur l'une ou l'autre de ces routes, était exposée, dès qu'elle avait dépassé "Chu, à être attaquée sur ses derrières.
Des indices prouvaient que l'ennemi se renforçait de plus en plus. Il devenait nécessaire de donner de l'air au poste deCihu, qui, chaque joui*, était serré davantage.
Pour permettre de suivre les différentes phases de l'action, il importe d'indiquer aussi exactement que possible la confîgurati. n du terrain et les positions chinoises.
La route de Chu à An-Chau suit une direction de l'ouest à l'est jusqu'à Bien-Dong. Le Loch-Nan s'en éloigne, à partir de Chu, en décrivant un arc de cercle dont la convexité est tournée vers le sud. Pour retrouver cette rivière, à Bien-Dong, la route de Chu à An- Chau emfwrunte la vallée de Soui-Nien, ruisseau profondément encaissé que la végétation rend infranchissable €Ti dehors de rares points de passage.
68 LE GÉNÉRAL DE NÉGKlEll
Le Soui-Nien se jette dans le Locli-Nan, en aval du gué Dao-Bé, en contournant un massif montagneux dont les croupes abruptes surplombent la route au sud. Au nord, la route est dominée par le massif conique de Noui-Bop.
, Entre le massif montagneux, en question et le Noui-
j Bop, la route est complètement barrée par deux collines
sur lesquelles l'ennemi avait établi deux redoutes. Ces I deux forts, formant bastions, étaient reliés par des pa-
1 lissades avec tranchées servant de courtine. Derrière
cette courtine et dans la vallée même, se trouvait un troisième fort.
Ces trois ouvrages constituaient le front de défense.
Un affluent du Soui-Nien, courant du nord au sud, à <J 800 mètres à l'ouest de ces forts, constituait le fossé
d'une avancée, renforcée par une longue ligne de tranchées-abris précédées d'aJ)ati8.
Deux redoutes basses en construction appuyaient la gauche de cette avancée au sud du confluent du ruisseau et du Soui-Nien. A Test du front de défense et au nord du Soui-Nien, l'ennemi avait établi une ligne de quatre forts pour se couvrir d'une attaque venant du sud.
Enfin, un deuxième fortin était construit au pied du Noui-Bop, vis-à-vis du centre de la ligne.
Chacun de ces ouvrages, parfaitement organisés, était pourvu d'une enceinte continue. Les parapets, à deux étages de créneaux, avaient 3 mètres d'épaisseur sur 2",50 de hauteur. Ils étaient revêtus intérieurement et extérieurement d'une sorte de natte en bambous enveloppant des cubes d'argile découpés à l'avance et superposés comme des moellons ; le tout était relié intérieurement par des hartset des bambous.
Les parapets étaient précédés d'un fossé d'environ 1"*,50 de profondeur, dont la tête était crénelée. En avant